« Kyoko revient de la salle de bain. Elle veut s’allonger sur le lit, car elle a mal à la tête. Yûji la suit dans la chambre d’amis que j’ai préparée pour eux. J’apporte les tasses vides dans la cuisine.
Alors que je fais la vaisselle, mon fils vient prendre de l’eau. Je lui demande : – Tu as offert à ta tante un bouquet de suzuran à l’aéroport. C’était ton idée ?
– Non, c’était l’idée de grand-mère.
– Je m’en doutais.
Je lui répète ce que Yûji nous a appris sur cette plante. Tôru réagit calmement :
– Toxique et mortelle ? Mais qui aimerait en manger ou boire l’eau du vase ? Il y a beaucoup d’arbres et de fleurs comme ça. On n’a qu’à faire attention.
– Comme tu es sage !
Il annonce fièrement :
– Le suzuran s’appelle « lily of the valley » en anglais, et « muguet » en français.
– Comment connais-tu ces mots étrangers ?
– Par grand-mère.
– Vraiment ?
Il hoche la tête et ajoute :
– Ah, il y a un autre mot en français : « amourette ». »
Aki Shimazaki, Suzuran
![« […] au musée du Prado à Madrid, elle fut hypnotisée non seulement par les grands tableaux de Vélasquez comme Les Ménines, mais encore et surtout par les peintures noires de Goya dont notamment Le Chien, ce tableau presque abstrait qui représente au milieu d’une surface jaune et marron verdâtre la minuscule tête d’un chien presque entièrement enseveli, comme s’il subissait solitairement la destruction du monde par une catastrophe innommable. Une fraction de seconde, tout au fond des yeux d’Aya, l’image de Hanna se superposa à celle du chien qui tournait son regard vide vers le ciel s’effondrant. A chaque pas qu’elle faisait dans un musée, où qu’elle fût, elle se demandait si son père avait marché là où elle marchait. » Akira Mizubayashi, La forêt de flammes et d’ombres,Goya,extrait](http://textespretextes.blogspirit.com/media/01/00/2090924338.jpg)


