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  • Boucle

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    « Le passé est une chose longue et lente à guérir. On le croit derrière nous alors qu’il est devant, qu’il nous mène et nous guide. C’est un cercle. Une boucle. J’ai mis longtemps avant de comprendre que certains de mes choix n’avaient pas été des choix, mais des nécessités, et de la même manière, que certains choix de Josef étaient de simples moments de cette boucle. »

    Antoine Wauters, Haute-Folie


    Modest Huys (1857-1932), Ferme au soleil couchant

  • Un autre mot

    « Kyoko revient de la salle de bain. Elle veut s’allonger sur le lit, car elle a mal à la tête. Yûji la suit dans la chambre d’amis que j’ai préparée pour eux. J’apporte les tasses vides dans la cuisine.
    Alors que je fais la vaisselle, mon fils vient prendre de l’eau. Je lui demande :
    aki shimazaki,suzuran,roman,littérature française,japon,muguet,famille,amour,culture,extrait– Tu as offert à ta tante un bouquet de
    suzuran à l’aéroport. C’était ton idée ?
    – Non, c’était l’idée de grand-mère.
    – Je m’en doutais.
    Je lui répète ce que Yûji nous a appris sur cette plante. Tôru réagit calmement :
    – Toxique et mortelle ? Mais qui aimerait en manger ou boire l’eau du vase ? Il y a beaucoup d’arbres et de fleurs comme ça. On n’a qu’à faire attention.
    – Comme tu es sage !
    Il annonce fièrement :
    – Le
    suzuran s’appelle « lily of the valley » en anglais, et « muguet » en français.
    – Comment connais-tu ces mots étrangers ?
    – Par grand-mère.
    – Vraiment ?
    Il hoche la tête et ajoute :
    – Ah, il y a un autre mot en français : « amourette ». »

    Aki Shimazaki, Suzuran

  • Le chien

    « […] au musée du Prado à Madrid, elle fut hypnotisée non seulement par les grands tableaux de Vélasquez comme Les Ménines, mais encore et surtout par les peintures noires de Goya dont notamment Le Chien, ce tableau presque abstrait qui représente au milieu d’une surface jaune et marron verdâtre la minuscule tête d’un chien presque entièrement enseveli, comme s’il subissait solitairement la destruction du monde par une catastrophe innommable. Une fraction de seconde, tout au fond des yeux d’Aya, l’image de Hanna se superposa à celle du chien qui tournait son regard vide vers le ciel s’effondrant. A chaque pas qu’elle faisait dans un musée, où qu’elle fût, elle se demandait si son père avait marché là où elle marchait. » Akira Mizubayashi, La forêt de flammes et d’ombres,Goya,extrait« […] au musée du Prado à Madrid, elle fut hypnotisée non seulement par les grands tableaux de Vélasquez comme Les Ménines, mais encore et surtout par les peintures noires de Goya dont notamment Le Chien, ce tableau presque abstrait qui représente au milieu d’une surface jaune et marron verdâtre la minuscule tête d’un chien presque entièrement enseveli, comme s’il subissait solitairement la destruction du monde par une catastrophe innommable. Une fraction de seconde, tout au fond des yeux d’Aya, l’image de Hanna se superposa à celle du chien qui tournait son regard vide vers le ciel s’effondrant.
    A chaque pas qu’elle faisait dans un musée, où qu’elle fût, elle se demandait si son père avait marché là où elle marchait. »

    Akira Mizubayashi, La forêt de flammes et d’ombres

  • Suavité

    A la terrasse d’un café, au cœur du parc d’Ueno, Amélie remarque une jeune femme élégante dans une « robe en soie vert jade », d’un vert « subtil » difficile à décrire.

    amélie nothomb,le livre des soeurs,l'impossible retour,roman,littérature française,famille,mots,japon,voyage,culture,couleur,extrait« Je connais peu de plaisirs aussi grands que de jouir d’une couleur. Etre en présence d’un coloris stupéfiant, abolir toute autre sensation, ne plus percevoir que cette vibration particulière de la lumière, puisque la couleur traduit le spectre en un langage intime que nous appelons bleu, rouge, en l’occurrence vert, je nommerai cette nuance le jade de cérémonie. 
    Je réagis comme si j’avais pris des champignons hallucinogènes, pourtant je n’ai bu que le plus ordinaire des thés. C’est le charme de ce vert pâle qui me vaut ce trouble exquis
    […].
    Qu’importe de ne plus avoir de souvenirs incarnés dans cette ville. Il fallait peut-être faire table rase pour que Tokyo devienne, dans ma mémoire, uniquement la suavité de ce vert.
    Je suis comme le personnage d’
    A rebours, lui qui consacre son énergie à débusquer la couleur parfaite et à s’y immerger – chez lui, l’orangé. Quand j’avais lu Huysmans pour la première fois, à dix-huit ans, je m’étais interrogée sur la possibilité de vivre la couleur de façon à ce point paroxystique. Aujourd’hui, je ne me pose plus la question mais je le vis. »

    Amélie Nothomb, L’impossible retour

    Parc d'Ueno, photo routard.com

  • Triomphe

    « L’ascension de Pozzi, du garçon de Bergerac au membre éminent de la haute société parisienne, fut un triomphe aux diverses causes : intelligence, caractère, ambition, professionnalisme et, oui, un charme séducteur qui opérait sur les hommes comme sur les femmes ; il avait, au chevet de ses patients, des manières aussi rassurantes pour le poilu mutilé que pour la comtesse hypocondriaque. Ce qui est surprenant, vu ce que l’époque avait de frénétique, rancunier et perfide, c’est la relative rareté des ennemis qu’il se fit dans la vie. Cela aidait, bien sûr, d’être médecin (qui sait quand il ou elle en aura besoin d’un) ; d’être accueillant, généreux, riche par son mariage, sociable, curieux de nature, cultivé et voyageur. […]

    Barnes L'homme en rouge.jpg

    C’était un athée scientifique en un temps où l’Eglise s’opposait durement à l’Etat ; un dreyfusard affiché dans un pays que l’Affaire divisait ; un novateur en chirurgie dans une profession connue pour son conservatisme ; et un Don Juan dans une société où tous les maris n’étaient pas complaisants. »

    Julian Barnes, L’homme en rouge