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critique

  • Continuum

    Silent friend affiche nb Grete.jpg« Le jardin botanique devient alors le théâtre où le hasard réunit les âmes esseulées, qu’elles soient végétales ou humaines. À l’instar de ses personnages, Silent Friend parvient à nous projeter à nouveau dans ce continuum de lignes invisibles mais pourtant bien présentes : celles qui nous relient les uns aux autres, mais qui nous unissent aussi à notre environnement, « ami silencieux » et témoin millénaire de nos histoires. »

    Extrait de la critique de Silent Friend par Jeanne Loubière (Le bleu du miroir, 1/4/2026)

  • Tobias Spierenburg

    Après avoir lu « Les brumes silencieuses de Tobias Spierenburg » par Gwennaëlle Gribaumont dans La Libre Arts du 4 mars dernier, où elle présente l’exposition en cours à la galerie Albert Ier, j’ai immédiatement cherché le site de cette galerie bruxelloise et j’y ai découvert un univers pictural très attirant. Un catalogue reçu m’avait un jour fait visiter une expo de loin, une critique le peut aussi. 

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    © Tobias Spierenburg, Roseaux II, huile sur toile, 80 x 200 cm.

    Né en 1977, d’une famille de peintres, cet artiste néerlandais à première vue paysagiste « déploie une peinture de l’effacement où l’arbre, dépouillé d’horizon, devient pure vibration. » (Citations tirées de l’article et du site de la galerie). Après l’immersion dans le paysage, où il prend parfois quelques photographies, c’est plus tard, dans l’atelier, que le souvenir fait naître la toile : « En peignant, j’essaie tout d’abord de rapprocher l’ambiance de ce souvenir le plus nettement possible, jusqu’à ce que l’image devienne diffuse, qu’il ne reste que de la lumière, et que je sois amené à chercher une autre harmonie de couleurs. »

    « […] et je peins couche après couche afin d’obtenir une profondeur indéfinissable, pour me rendre compte que ce que je peins, c’est mon état d’âme du moment. » Sensation de flottement, apesanteur, flou – « une esthétique de la disparition », écrit la critique, et aussi un appel à la contemplation, au calme, voire à la méditation. Ces jours-ci, le brouillard matinal nous y invite aussi, en ville.

    On peut lire sur le site de la galerie plusieurs textes de Tobias Spierenburg, artiste qui paraît « indifférent aux modes et aux prescriptions du marché ». Le peintre y parle de ses influences, de son art. Il peint aussi des dunes, des nuages. « Souvent, il faut tout un chemin pour accéder à une harmonie naturelle. J’emploie beaucoup de couches transparentes de peinture pour arriver à des couleurs plus subtiles. Ainsi je prends le temps de donner un caractère travaillé à mes peintures dans lesquelles j’essaie de créer des atmosphères poétiques, simples et silencieuses ».

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    © Tobias Spierenburg, Vallée I, huile sur toile, 92 x 65 cm

    Le site de la galerie Albert Ier offre de nombreuses illustrations. Sur celui de la galerie Jamault qui le représente en France, Tobias Spierenburg parle de son travail dans une petite vidéo. « Ses œuvres nous livrent un antidote à la saturation du monde, nous offrant la beauté de l’imperceptible, ce qui n’apparaît qu’à ceux qui acceptent de ralentir », écrit Gwennaëlle Gribaumont. 

    Exposition Tobias Spierenburg, Galerie Albert Ier, Bruxelles > 05.04.2026

     

  • S'interroger

    hustvedt,les mirages de la certitude,essai,littérature anglaise,états-unis,neurosciences,problématique corpsesprit,cerveau,pensée,critique,biologie,philosophie,expérience,questions,culture,extrait« On peut donc à bon droit s’interroger : pourquoi se soucier de ce qu’est l’esprit ? Il est manifeste que beaucoup de gens vivent leur vie sans gâcher une minute de sommeil à se poser cette question. Or elle est importante, me semble-t-il, parce que la solution qu’on lui apporte a, de manière plus ou moins visible, des conséquences dans de nombreuses disciplines. Par exemple, si les problèmes mentaux relèvent du cerveau et non de l’esprit, pourquoi avons-nous la psychiatrie pour soigner l’esprit et la neurologie pour le cerveau ? Pourquoi pas une seule discipline consacrée au cerveau ? Chaque jour nous apporte des informations nouvelles en provenance des confins de la science du cerveau, de la génétique et de l’intelligence artificielle, et le contenu de ces rapports est déterminé par la façon dont chaque savant comprend le problème corps/esprit. 
    Il est devenu évident à mes yeux que définir l’esprit est une nécessité cruciale dans de nombreuses sortes de recherches. »

    Siri Hustvedt, Les mirages de la certitude

  • Corps & esprit

    Dans Vivre, penser, regarder, Siri Hustvedt, essayiste et romancière, maître de conférence en neurosciences, avait déjà montré à quel point, depuis toujours, elle éprouve une « curiosité constante à l’égard de ce qu’être humain signifie ». Son essai Les Mirages de la certitude (2016, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Le Bœuf, 2018) porte sur « la problématique corps/esprit ».

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    Dès la première phrase, elle se situe de manière critique : « En dépit de prédictions enthousiastes selon lesquelles l’innovation technologique va ouvrir la voie à l’utérus artificiel et à la vie éternelle, il est encore vrai que tout être humain naît du corps de sa mère et que tout être humain meurt. » Si les sciences affinent la description des mécanismes physiologiques, déterminer en quoi consiste l’esprit « et ce qu’il a à voir avec nos corps » reste une question ouverte.

    « Tout ça, c’est dans ta tête », dit-on à quelqu’un dont on juge le problème « psychologique » ou « mental ». « Mais de quoi sont faites les pensées ? Si elles ne viennent pas de notre corps, d’où viennent-elles ? » L’autrice se penche sur le « Je pense donc je suis », le propre des humains selon Descartes ; sur le matérialisme de Thomas Hobbes, son contemporain, pour qui pensées et sensations, dans cette « machine » qu’est le corps humain, s’apparentent à des « mouvements du mécanisme cérébral » ; sur les idées de Margaret Cavendish, généralement ignorées de son vivant et redécouvertes, pour qui « l’esprit n’est pas seulement un élément de l’être humain, mais fait partie de la totalité de l’univers ».

    Rappelant que toutes les idées sont, « d’une manière ou d’une autre, des idées reçues », Hustvedt « interroge la certitude et prône le doute et l’ambiguïté, non que nous soyons incapables de connaître les choses, mais parce qu’il nous faut examiner nos convictions et nous demander d’où elles viennent. Le doute est fertile en ce qu’il ouvre le penseur à des pensées qui lui sont étrangères. Le doute est générateur de questions. » Vous l’aurez compris, cet essai est rempli de questions très intéressantes.

    « Si l’on croit que l’esprit est une chose différente du cerveau, la question devient : De quoi l’esprit est-il fait que le cerveau n’est pas ? » Et si le cerveau est simplement un organe comme un autre, « pourquoi l’esprit est-il considéré comme plus noble qu’une simple partie du corps ? » Il n’y a pas de théorie unique sur la nature de l’esprit : « La confusion règne, et pas seulement chez ceux qui pensent rarement au problème corps/esprit. Scientifiques, philosophes et érudits s’affrontent fréquemment à propos de cette question. »

    Son essai est « personnel », écrit Siri Hustvedt dans une longue parenthèse : « je m’efforce de comprendre ce que j’ai eu du mal à comprendre ». Elle s’intéresse aux hypothèses cachées et cherche à bousculer « quelques-unes des convictions fondamentales ou prémisses confuses » de manière à faire comprendre que « beaucoup reste inconnu pour ce qui est de l’esprit et de sa relation au corps et au monde. » Même si nous ne possédons pas ses larges connaissances scientifiques et si certains développements sont ardus, elle arrive à nous y intéresser par son questionnement original.

    L’inné et l’acquis, les cerveaux « rigides ou malléables », les histoires de jumeaux, le rationnel et le sensuel… Pour présenter différents points de vue sur ces distinctions, elle rappelle des théories, des expériences, des anecdotes, puise dans la culture populaire, dans les articles scientifiques (dont elle donne les références dans une quarantaine de pages à la fin de l’ouvrage). Dans Esquisse d’une psychologie scientifique, un manuscrit abandonné en 1896, retrouvé et publié en 1950, Freud, neurologue de formation, projetait de donner « une psychologie en tant que science de la nature » où il parlait des neurones comme de « particules matérielles ».

    Certains considèrent que les esprits fonctionnent comme des ordinateurs : comment leurs modèles intègrent-ils les émotions, l’expérience sensorielle et sensorimotrice, le flux de conscience ? Hustvedt réaffirme régulièrement que « les humains sont des créatures humides, et non sèches », à la fois par « l’humidité » de la réalité corporelle et pour les distinguer de la théorie computationnelle de l’esprit qui assimile le mental et les neurones conceptuels à une machine de traitement de l’information. Elle ne croit pas à l’avènement « d’une ère post-biologique et surnaturelle de robots brillants et immortels ».

    Mémoire, imagination, empathie, il reste tant d’aspects à explorer plus avant dans notre réalité humaine, dans la relation corps/esprit – « des myriades d’incertitudes ». Avec Les Mirages de la certitude, Siri Hustvedt « nous invite dans à ne pas accepter benoîtement un avenir conditionné par des industries qui minimisent l’importance de ce qui fait toute notre humanité. »      

  • Dur comme fer

    Filippova Place publique Le Monde.jpg« Les choses qui comptent sont autant ailleurs qu’ici. La connaissance de soi passe par la découverte de l’autre, de l’étranger, dans ce libre jeu entre l’ancrage et le mouvement qui fonde l’idéal cosmopolite. Si tant de personnes de la génération de mes parents demeurent encore nostalgiques des dernières années de l’empire soviétique, s’ils refusent de reconnaître ses vices, depuis la pénurie de papier-toilette jusqu’au racisme ordinaire, c’est qu’ils croyaient dur comme fer à cette utopie-là. Ces Soviétiques jeunes, instruits, optimistes, métissés à l’image de leurs bibliothèques, attendaient de la perestroïka qu’elle ouvre les vannes de la démocratie dans la même joie unanime qu’avait fait jaillir la glasnost, quand tout le monde se mit à lire les livres que la veille encore on planquait sous le manteau.
    On connaît la suite. »

    Diana Filippova, De l’inconvénient d’être russe

    Photo : Parmi les fondateurs de Place publique, le 5 novembre 2018, à Paris.
    De gauche à droite, Claire Nouvian, Diana Filippova, Raphaël Glucksmann