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Belgique

  • Un but de promenade

    Nous aimons faire le tour des étangs au Rouge-Cloître. Ce beau site en forêt de Soignes est un excellent but de promenade à toutes les saisons. En ce temps des vacances, par un jour de juillet entre nuages et soleil, l’ambiance y était paisible. Du côté de la ferme, un grand tournesol brillait comme un roi soleil.

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    On ne se lasse pas du spectacle de la lumière sur les écailles des étangs, ici argentée, là vert sombre, là plus blanche. Un groupe de bernaches s’y laissaient flotter, sans hâte, comme absorbées elles aussi par les taches lumineuses en constante métamorphose. Au bord de la forêt, un autre bassin montrait des nénuphars jaunes dans un camaïeu de verts.

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    On peut prendre un verre à la terrasse de la Maison du Prieur, rénovée. On y sert une petite restauration le week-end – et des frites. Intriguée par cette porte en acier corten à proximité et son logo, « rubea vallis », j’ai découvert en ligne que le Théâtre de la parole y organisait des activités.  

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    En revenant vers les ateliers d’artistes, nous avons aimé les jardinières fleuries et cet amusant cheval en bois devant les locaux de Cheval & Forêt. Puis, avant de reprendre la voiture au parking, cette roulotte serre rigolote et bien fleurie.

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    Les étangs que longe la rue du Rouge-Cloître vers Auderghem pourraient inspirer un peintre paysagiste, ne trouvez-vous pas ? Ce n’est pas le sujet de Robert Giron, un peintre méconnu actuellement présenté au Centre d’Art. Je vous parlerai de lui la semaine prochaine, mais attention, pour info aux amateurs, l’exposition se termine ce dimanche 26 juillet.

  • L'accord

    stéphane lambert,l'apocalypse heureuse,récit,littérature française de belgique,autobiographie,pédophilie,famille,écriture,homosexualité,mort,reconstruction,grèce,culture,extrait« L’ensoleillement de l’île des Cyclades où j’écrivais ces lignes semblait prolonger l’accord que j’avais entraperçu, guidé par les mots du thérapeute. Cette luminosité n’était pas qu’extérieure – peut-être avais-je au fond de moi un paysage grec, ce n’était pas invraisemblable puisque dans les derniers mois de sa grossesse ma mère avait séjourné dans le Péloponnèse. L’idée que ce cadre réduit aux stricts éléments premiers (terre, mer, ciel, vent, soleil) baignait dans mes grands fonds me plaisait. Son âpreté me ramenait à un dénuement auquel j’aspirais. Les considérations secondaires qui empoisonnaient mon quotidien se révélaient ici instantanément caduques. Un grand calme régnait en maître, battu en vain par les bourrasques. La splendeur tragique de ces paysages où je me sentais si bien provenait d’anciens cataclysmes.

    […] tout cela avait été sculpté par les ravages d’éruptions volcaniques. Ici l’apocalypse avait déjà eu lieu. La dévastation avait engendré la beauté avant qu’à son tour la beauté ne sème la dévastation. Dans ce décor propice à l’invention des dieux, nous nous baignons tranquillement aux portes de la mort, savourant la proximité du ciel et de l’abîme. »

    Stéphane Lambert, L’Apocalypse heureuse

  • Apocalypse heureuse

    De Stéphane Lambert (°1974), je ne connaissais pas grand-chose en dehors de ses essais sur l’art – j’ai aimé Le Vertige et la foi, son texte sur Nicolas de Staël. L’Apocalypse heureuse a remporté en 2022 le prix Victor Rossel. Ce récit sur son enfance chaotique et la fracture familiale, il l’a dédié à son père. S’il se termine sur une note d’apaisement, c’est surtout de souffrance qu’il s’agit dans ce livre en deux parties : « La maison qui n’a pas existé » et « Le jardin caché ».

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    En se rendant chez un médecin pratiquant la thérapie EMDR, après plusieurs essais de psychothérapie et psychanalyse, il passe devant l’école primaire qu’il a fréquentée sur le boulevard. En face, il avait visité une maison dans un clos fleuri avec ses parents en éprouvant le désir d’une vie nouvelle, mais cela ne s’était pas réalisé : « cette maison n’avait pas existé, le rêve s’était avéré impossible. »

    Le hasard, aussi improbable que cela paraisse, veut que le cabinet médical qu’on lui a indiqué se trouve dans l’immeuble de D., l’ami de ses parents qui avait « abusé » de lui, trente ans plus tôt. Son nom y figure encore sur une sonnette. Pourquoi s’obstiner à vouloir écrire là-dessus, à s’arracher du monde alors que  l’été l’appelle à la fenêtre sur l’île grecque où il séjourne comme chaque année ?

    Sur une photo de vacances en Bretagne, prise par D. qui les accompagnait, il voit son regard d’enfant fasciné vers lui et l’air abasourdi de ses parents, qui devinaient peut-être ce qui se passait sans réagir. Quand ils l’avaient su, avertis par des rumeurs, ils s’étaient tus. A la demande du médecin, à qui il a parlé immédiatement de la « relation amoureuse » qu’il avait cru vivre à dix ans (sujet de son premier roman), il cerne les moments de son enfance et de son adolescence qui l’ont « émotionnellement le plus marqué ».

    En premier, il cite le jour de la séparation de ses parents, deux ans après cette photo. Son père se tenait sur la terrasse de ce qui était leur appartement au huitième étage, sa mère était assise près de lui sur le siège avant du camion de déménagement. C’était « mieux comme cela », mieux que les disputes violentes entre des parents que son frère et lui tentaient parfois de séparer. De cette tragédie lui viendrait « l’incapacité de croire en ce que l’on vit. »

    Sa mère lui avait ensuite présenté son amant, un homme marié, banal. L’image qu’il se faisait d’elle en avait pâti durablement. Ils s’étaient éloignés l’un de l’autre. L’adolescent avait trouvé refuge dans une vie intérieure, dans la lecture, considérait Maupassant « comme un frère ». Quand il avait téléphoné à sa mère, trente ans plus tard, pour lui annoncer que Jan, son compagnon depuis dix-neuf ans, voulait le quitter, elle avait répondu : « Mais Stéphane, tu n’es pas quelqu’un de facile ! » Quant à son père, dépressif, il avait trouvé une autre compagne. Son fils ne croyait plus ni aux familles réussies, ni à la valeur des études, sans trouver son chemin.

    Contre le silence, il avait trouvé quelque chose qui le tenait en vie : l’écriture, « une échographie du vivant, qui rendait perceptibles les bruits sourds à l’intérieur du silence. » La seconde partie s’ouvre sur la mort de son père, moment névralgique. Un jour, « le jour mémorable où je crus que le ciel ma tombait sur la tête », il avait appris dans la même heure « que Jan avait été violemment agressé à Rio et que [son] père venait d’être transféré aux soins intensifs ».

    Lorsque son père en était sorti pour une chambre à l’étage, lui était parti à Amorgos, dans les Cyclades, sans se douter qu’il y ferait une nouvelle rencontre amoureuse. « A une soixantaine de kilomètres à vol d’oiseau d’Amorgos, un certain Jean […] écrivit L’Apocalypse dans une grotte sur les hauteurs de Patmos. »

    Richard Blin : « La question de l’intime et celle du processus de création convergent toujours chez Stéphane Lambert » (Le Matricule des Anges). Evocation d’une souffrance longtemps tue, obsession de la mort, difficulté à se reconstruire, apaisement dans l’écriture, L’Apocalypse heureuse de Stéphane Lambert est un récit qui va « de la tourmente à la sérénité », comme l’écrit Jeanine Paque dans Le Carnet et les Instants.

  • Paysages intérieurs

    Sur la table des nouveautés à la bibliothèque, Le nuage et la rivière d’Eric Brogniet (°1956), recueil paru l’an dernier aux éditions Le Taillis Pré. Une invitation à découvrir ce poète belge régulièrement publié depuis 1982, également essayiste et critique.

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    Elu en 2010 à l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, actif dans le monde des Lettres belges, il a créé en 1987 la revue Sources de la Maison de la Poésie à Namur.

    Impossible de définir
    Ce qui est par-delà les mots
    Dans le pinceau ne doit
    même pas rester
    Une goutte d’encre

    Maître Dōgen (1200-1253)

    Comme le disait Philippe Jones lors de la réception du poète à l’Académie, « Commenter réduit la chair vive du poème ; toute explication en modifie l’accent ou l’équilibre. Tout discours jette un trouble, seul le tête-à-tête peut déboucher sur un accord ou un divorce selon l’apriorisme du quémandeur. »
    Voici donc quelques poèmes aimés dans ce recueil, des textes courts et denses, à l’instar de l’épigraphe du maître zen (ci-dessus).

    Qui dévaste un jardin détruit un homme
    Mais celui qui plante un arbre
    En sachant qu’il ne jouira pas
    Toujours de son ombre
    Rend grâce à la vie

    Ne cherche pas un chemin
    Laisse une trace

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    Je suis ce qui m’assoiffe
    Je suis la solitude et la rivière
    Je suis le ciel qui me coiffe
    Et le cœur de la pierre

    Quand vers la terre
    Monte le sommeil de l’été
    Ce que je tais
    Est un soleil délié

    Eau noire, eau blanche
    Du temps qui s’écoule
    Abreuve en toi la source
    Qui t’abreuve

    Nuage ? Rivière ? On se sent invité à la contemplation du ciel et de la terre, de l’eau qui les traverse. Le poème repris en quatrième de couverture appelle aussi à la concentration, à l’écoute. Eric Brogniet écrit des paysages intérieurs, habités par la lumière et le silence.

    Il n’attend rien
    Ne désigne pas un futur
    Celui qui fait don de lui-même
    La rivière ne sait rien encore
    De la mer ni du nuage
    Mais elle a la couleur du ciel
    Et sa source l’accompagne
    Dans son ruissellement, son murmure.

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    Le ciel est pareil à ton visage
    Que je lis entre lumière et nuages
    Comme les pages d’un livre
    Qu’une main effeuille
    Si lentement qu’en son cœur
    Bondit avec le jour et la nuit
    Un chaos magnifique
    De soleils et d’étoiles

    Sur le site des Editeurs singuliers, Le nuage et la rivière est présenté comme suit : « Un livre de spiritualité, de sagesse, proche de la pensée bouddhiste. Une démarche méditative. »

  • Images partagées

    Le carreleur

     

    Un jour le carreleur croira terminé son ouvrage

    qui occupait toute sa vie. Il sera différent

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    non plus agenouillé, renivelant sans cesse

    Mais debout. Il prendra le sol de ses mains

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    et l’immense tapis de grès et de faïence

    flammes, fleurs et oiseaux, tessons et les carreaux

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    Il les dressera d’un seul coup. Le mur ne sera que lumière

    multicolore et verticale où il disparaîtra.

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    Pierre Seghers (Les mots couverts, 1970)

     

    En hommage aux ouvriers que je vois ouvrir les trottoirs, les refermer, d’une rue à l’autre, pour l’électricité, la fibre et autres nécessités, quel que soit le temps.

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    En hommage à ceux qui installent de nouvelles mosaïques de trottoir, au bonheur de ceux qui les composent et de celles & ceux qui rêvaient de partager ces images.

    Tania