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Culture

  • Hommage à Du Bellay

    Des mains amies m’ont mis entre les mains Les Chapellades du poète courtisan de Jean-Loup Seban. Ce recueil de poésie vient de paraître (hors commerce) à l’occasion des cinq cents ans de la naissance de Joachim Du Bellay, grand poète de la Pléiade, ou, comme l’écrit l’auteur, « en l’honneur du Quint-centenaire de la Nativité du sieur du Bellay, Gentil-homme angevin, Poëte excellent ».

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    Jean-Loup Seban se désigne comme un « rimeur d’oire » (d’aujourd’hui). Vous pouvez lire son parcours de professeur, chercheur et pasteur sur le site de l’Association des Écrivains belges. Après la lecture de ses Chapellades (coups de chapeau, selon le glossaire), j’y ajouterai le titre de « versificateur ». « Le poète est un être inspiré, un quasi penseur ; le versificateur est un virtuose. Le poète est un rejeton des dieux ; le versificateur un amant des Muses. » Ainsi le présente Marcel Detiège (à propos d’un autre recueil, La Bouquineuriade) sur le site de l’Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie-Bruxelles.

    « Souffrez, cher amateur d’ancienne poésie,
    Qu’un vieux bibliophile, ivre de fantaisie,
    Vous présente un hommage au rimeur Du Bellay
    Dont l’œuvre émerveilla tant le clerc que le lai
    De la plus belle cour du monde sublunaire ! »

    Ainsi s’ouvre l’Epistre au lecteur de Seban. Sa « Corona di Sonetti » m’a littéralement éblouie : quinze sonnets dans lesquels nous nous plaisons d’abord à retrouver la personnalité de l’auteur de Défense et Illustration de la langue française, ami de Ronsard, avec qui il fonde la Brigade, puis la Pléiade.

    « Après les brumes, le mauvais temps et les crépuscules du Moyen Age, le soleil se levait enfin sur la France » écrit François Bott au début d’un article du Monde des Livres glissé dans mon XVIe siècle de Lagarde et Michard (Pique-niques Renaissance, sur la nouvelle édition Pléiade de Ronsard et des Œuvres poétiques de Du Bellay en deux tomes dans les Classiques Garnier, 29/10/1983).

    Mais revenons aux sonnets de Jean-Loup Seban : « Ecoutons Du Bellay conseiller l’artisan… » Truffés d’allusions littéraires (le renvoi aux notes en bas de page n’est pas indiqué à l’aide de chiffres mais de signes typographiques : astérisque, croix latine ou double, etc.), ses poèmes nous racontent la vie et l’œuvre du poète qui fut aussi courtisan.

    Tout au plaisir de retrouver le dernier vers d’un sonnet au début du suivant, je découvre peu à peu, et avec ravissement devant tant de virtuosité, en quoi consiste une « couronne de sonnets » : non seulement la chute du poème y devient l’ouverture d’un autre, mais le quinzième sonnet, « Sonetto maestro », sonnet maître, est composé par le premier vers de chacun des quatorze sonnets ! Waouh ! si j’ose écrire. 

    Sous le titre « Apollon malcontent »,  Jean-Loup Seban poursuit même, à partir de ce sonnet maître, par un sonnet à bouts rimés – « rimeur » et « rimailleur », décidément. Puis ce sont des vers en hommage aux poètes de la « Brigade stellifère »« Terza rima » :

    « Aux sept filles d’Atlas, aux sept bardes d’Egypte,
    Gloires d’Alexandrie et du monde lettré,
    Des français se sont joints dans l’éternelle crypte ! »
    (premier tercet)

    Et puis viennent d’autres « poëteries » : sonnets, ballade, stance, iambes… Faut-il rappeler l’origine italienne du sonnet (« sonetto ») et l’admiration des poètes de la Pléiade pour la Renaissance italienne ? Voici « Un amant pétrarquisant » :

    « Noble ami de Manuce, en la Sérénissime,
    Bembo, par ses sonnets dignes d’un troubadour
    Pétrarquisant, cueillit le plus charnel amour
    Auprès de Maria, la veuve aimant la rime ! »

    Sans oublier « Le chat du poëte », qui rappelle la fameuse épitaphe de Du Bellay en mémoire de son chat Belaud.

    « Louons de Belaud la grâce gentille,
    Emmusiquons, cher luth, la cantatille ! »

    Précieux livret paru en mai 2022 chez Claude Van Loock à Bruxelles, Les Chapellades du poète courtisan sont agréablement illustrées d’estampes « du cabinet de l’auteur ». Le papier se caresse de page en page. Deux encarts y sont glissés, un glossaire très utile pour qui ne partage pas tant d’érudition et une reprise du frontispice : un portrait de Du Bellay sous lequel sont cités ces vers de Jacques Moysson : « Tes vers, ta fluidité, /Ta Muse, & ton docte Livre, / Du Bellay te font revivre / D’immortelle éternité. » Merci, Jean-Loup Seban, ami des Muses.

  • Feria

    Dès notre première promenade à Cordoue, en traversant le Guadalquivir sur le pont romain, nous avons croisé, surpris mais ravis, des Andalouses en tenue de fête, de la tête aux pieds. Nous apprendrons plus tard que durant la dernière semaine de mai se déroule chaque année la Feria de Cordoba, une foire en hommage à Notre Dame de la Santé (Nuestra Señora de la Salud).

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    Le soir, en faisant le tour de la Mezquita-Cathédrale, nous avons vu la plus « moderniste » de ces robes spectaculaires sur une élégante qui prenait volontiers la pose et dont le charme faisait visiblement la fierté de son cavalier. (Ma photo est floue, malheureusement.)

    Cordoue Feria (2).JPG

    Dans cette famille photographiée le lendemain le long de la même enceinte, les tenues masculines ne sont pas traditionnelles, mais j’espère que vous apprécierez l’ambiance de cette scène festive prise sur le vif par mon photographe personnel. Festive Andalousie.

  • Vu à Cordoue

    Comme Séville et Grenade, Cordoue a son palais forteresse, mais l’Alcázar de los Reyes Cristianos (l’Alcazar des Rois chrétiens) qui se visite aujourd’hui n’est plus celui des Omeyyades. De style mudéjar, celui-ci a été construit par le roi Alphonse XI au XIVe siècle, « en ne gardant qu'une partie des ruines de l’ancienne forteresse maure » (Wikipedia). Il a servi de tribunal à l’Inquisition. Ses jardins, dont certaines parties étaient en travaux, ont de quoi enchanter les yeux : orangers, bassins et fontaines, statues, fleurs à foison, grandes amphores végétales.

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    Dans une allée d’arbres taillés en colonnade, un monument majestueux rappelle la rencontre entre les rois catholiques Isabel et Fernando avec Christophe Colomb, ils se font face sur un socle imposant. Leur entrevue avait pour but de financer son projet de voyage aux Indes, voyage qui débouchera finalement sur la découverte de l’Amérique.

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    Fleurs de mai (3).jpgFleurs de mai (2).JPGPeut-être pourrez-vous identifier cette plante remarquée non loin de là, sur une ancienne muraille de Cordoue, comme l’indique la plaque « Torreón de la Muralla » (XIVe siècle).
    Ses fleurs sont d’une telle beauté, ne trouvez-vous pas ?
    Un peu plus loin se dresse un monument en hommage au poète et philosophe Aben Hazam (XIe siècle).

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    Cordoue Aben Hazam.jpg

    Nous venions de nous promener dans le charmant quartier de la rue San Basilio, célèbre pour ses fenêtres et ses patios abondamment fleuris. Nous sommes entrés çà et là pour les admirer. Sur certaines façades, on affiche fièrement sa participation au concours annuel. Mes félicitations aux jardiniers-décorateurs qui ont littéralement couvert leurs fenêtres de pélargoniums – dans ces pots bleus, l’effet est magnifique !

    Fleurs de mai patios.jpgFleurs de mai (5).jpg

  • Comme vous voudrez

    Ishiguro Klara.jpg« En atteignant la voiture, je me préparai à reprendre ma place habituelle, mais la mère dit : « Mets-toi devant. Tu verras mieux. »
    Je m’installai donc à côté d’elle et j’observai la même différence qu’entre le milieu du magasin et la vitrine. La route descendait entre les champs, le Soleil était visible au milieu des nuages, et je remarquai les grands arbres regroupés à sept ou huit sur l’horizon alors que l’espace était vide autour d’eux. […]
    « Je te suis reconnaissante, Klara. Grâce à ta compagnie, je me suis sentie moins malheureuse.
    – J’en suis très contente.
    – Peut-être que nous pourrons recommencer de temps en temps. Si Josie est trop malade pour sortir. »
    Je me tus, et elle ajouta : « Tu n’y vois pas d’inconvénient, Klara, n’est-ce pas ? A ce que nous faisions une autre promenade de ce genre ?
    – Non, bien au contraire. Si Josie ne peut pas venir.
    – Tu sais quoi ? Je pense que nous ferions mieux de ne rien dire à Josie. Sur ce que tu as fait là-haut. En l’imitant. Elle pourrait mal le prendre. » Puis, au bout d’un autre moment, elle demanda : « Donc nous sommes d’accord ? Pas un mot à Josie à ce sujet.
    – Comme vous voudrez. »

    Kazuo Ishiguro, Klara et le Soleil

  • Une amie artificielle

    Klara et le soleil (2021, traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch) : le titre de Kazuo Ishiguro était noté depuis assez longtemps pour que j’aie perdu son sujet de vue. Aussi ai-je hésité en début de lecture : allais-je vraiment m’embarquer dans un roman qui donne la parole à Klara, une AA, à savoir une amie artificielle, un robot qui fonctionne à l’énergie solaire ? S’il n’y avait pas eu la signature de l’auteur des Vestiges du jour et d’Un artiste du monde flottant, prix Nobel de littérature 2017, je ne sais si j’aurais continué.

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    Octave Soudan (1872-1947), Rayon de soleil sur la ferme

    Auprès de moi toujours était déjà un roman d’anticipation (autour des dons d’organes). D’une manière ou d’une autre, Ishiguro explore les relations que nous avons avec nos proches et l’expérience de la solitude. Dès le début, quand elle est encore neuve, Klara est une excellente observatrice de ce qui se passe dans la boutique et au-dehors (ce qu’elle peut apercevoir de la vitrine). Elle assiste au succès de la nouvelle génération Boy AA Rex, mais Gérante la rassure : un jour, l’un des enfants qui entrent dans la boutique la choisira, elle, Klara, si douée pour regarder et apprendre, voire comprendre les humains.

    Ce sera Josie, « une fille pâle et frêle » de quatorze ans, qui la salue à travers la vitre et à qui Klara rend son sourire. Heureuse de ses réactions, Josie lui promet de revenir. Après quelques jours, elle réapparaît et lui confie qu’elle ne se sent pas très bien parfois ; si elle accepte de devenir son amie, il faut que ce soit en toute connaissance de cause. Quelque temps plus tard, Josie revient avec sa mère. Pour tester l’AA, celle-ci lui demande d’imiter la démarche de sa fille – « Très bien. Nous la prenons. » (Fin de la première partie du roman qui en compte six.)

    Ishiguro raconte l’arrivée de Klara dans la maison où Josie vit avec sa mère et une gouvernante qui s’occupe d’elle quand sa mère est au bureau. Klara aura pour tâche de veiller sur Josie dont elle partagera la chambre, de la distraire et de donner l’alarme en cas de besoin. L’amie artificielle découvre leur univers, leurs habitudes, et peu à peu les choses et les gens qui comptent aux yeux de Josie. Elle observe ce qui lui fait plaisir, reçoit ses confidences. Quand elle doit assister aux rencontres de socialisation entre Josie et d’autres jeunes, elle est beaucoup moins à l’aise ; certains la traitent comme un jouet sophistiqué.

    On découvrira peu à peu des secrets, un drame sous-jacent, des tensions. Comment affronter la maladie, la nôtre ou celle d’un proche ? Klara n’a pas seulement été acquise pour tenir compagnie à Josie. Sa sensibilité est telle qu’elle développe des compétences très proches des sentiments humains. Qu’est-ce qui nous humanise ou nous déshumanise ? Jusqu’où iront nos rapports avec les machines ? 

    L’addiction au numérique est déjà bien visible. Ishiguro va encore plus loin en prêtant à l’amie artificielle de surprenantes qualités d’empathie – une version romanesque de l’intelligence artificielle. Klara et le soleil questionne les comportements et la manière dont les relations interpersonnelles évoluent, dans cette dystopie où la frontière entre être humain et robot semble de plus en plus poreuse.