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Passions

  • De Moore à Rodin

    C’est au Middelheim, parc de sculptures d’Anvers, que j’ai vu pour la première fois les personnages à la fois humains et abstraits, aux formes organiques, du sculpteur anglais Henry Moore (1898-1986). Vous avez sans doute déjà vu l’une de ses figures allongées souvent monumentales, sa « forme signature », comme celle du jardin de la Fondation Gianadda à Martigny. La galerie Boon de Knokke exposait à la Brafa deux petits formats attachants qui datent de la même époque, Mère allongée et enfant de 1979 et Femme assise et enfant de 1980 (ci-dessous).

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    © Henry Moore, Femme assise et enfant, 1980, bronze,
    15 x 12,5 x 21 cm, Boon Gallery

    Lors d’éditions précédentes de la Brafa, j’ai découvert l’art de Goudji (°1941), orfèvre et sculpteur français d’origine géorgienne. Ce Toro de fuego en argent martelé et repoussé, jaspe, aventurine, sodalite, agate (42,5 x 27 x 11,5 cm) illustre bien sa manière qui ajoute à la technique de la dinanderie l’incrustation de pierres dures dans le métal. Non seulement pour la cape colorée de ce taureau imaginaire, mais aussi pour ses cornes, ses yeux, sa langue. D’autres pièces sont montrées sur les sites d’Ary Jan et de la galerie Capazza.

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    Goudji, Toro de fuego,1941, argent martelé et repoussé, jaspe, aventurine, sodalite, agate,
    42,5 x 27 x 11,5 cm, galerie Ary Jan

    La nature et le temps, les éléments sculptent la matière minérale. Nous avons observé à la galerie Stone (Pays-Bas), spécialisée dans les cristaux, fossiles et météorites, des pyrites de grande taille aux étonnants cristaux cubiques. Curiosité naturelle, ce lapis lazuli veiné de blanc, très décoratif, se dressait sous un fossile impressionnant.

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    Stone Gallery

    Revenons à l’art avec un sculpteur symboliste belge, George Minne (1866-1941), dont on connaît de nombreuses figures agenouillées, comme celles de la fameuse fontaine de Gand, sa ville natale. Ce sont souvent des adolescents graciles. J’ai été ravie de découvrir chez Thomas Deprez cette Baigneuse en bois de buis, très bien présentée sur une sellette entre des chaises art nouveau (Horta ?). Vous la verrez sous différents angles sur le site de la galerie et en grand sur celui de la Tribune de l’art.

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    Au milieu : George Minne (1866-1941), Baigneuse I, 1899, Buis - 40 cm, Thomas Deprez Fine Arts

    Enfin, Univers du Bronze propose toujours de belles choses pour les amateurs, notamment des sculptures animalières parmi lesquelles figurait un chat couché, un petit bronze de Steinlen comme je les aime. Mais ce qui m’a le plus impressionnée, c’est cette magnifique Tête de Balzac par Rodin (1840-1917), « avant dernier état », dite aussi « Variante S1652 » (détails dans le dossier de presse (pdf) de la galerie).

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    Auguste Rodin, Tête de Balzac, avant dernier état, Bronze à patine brun vert richement nuancé
    19,4 x 18,5 x 18,2 cm 
    Épreuve ancienne signée "A Rodin", fonte au sable et travail probable d'Auguste Griffoul vers 1897-1903)

    Ce bronze à patine brun vert richement nuancée  était présenté entre deux versions d’une tête de femme : Hanako, une actrice populaire japonaise qui s’est produite dans toute l’Europe au début du XXe siècle. Masque d’Hanako, patine verte à l’antique sur un socle de marbre aux veines mordorées, est la plus ancienne (1920-25) de ces deux fontes posthumes qu’on pouvait comparer avec une Tête  à la patine plus foncée. Le musée Rodin compte une cinquantaine de portraits d’Hanako dans divers matériaux et techniques.

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    Auguste Rodin, Masque d'Hanako, étude type E 1907-1908,
    bronze patiné vert à l'antique, 17,9 x 11,4 x 11,9, Univers du Bronze

    De Moore à Rodin, j’ai suivi ici l’ordre de ma visite à la Brafa. A part Goudji, ces artistes ont tous connu deux siècles. Quelle riche période pour l’art dans les dernières années du XIXe siècle et le début du XXe !

  • A la Brafa 2026

    A l’entrée de la Brafa 2026, les visiteurs étaient accueillis cette année dans un décor à la fois céleste – le ciel dans toutes ses nuances – et floral, les nuages et les atmosphères laissant place sur le tapis tantôt à un bouquet ancien (nature morte), tantôt à une large fleur imprimée aux carrefours des allées, comme ce dahlia.

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    Vue du décor à la Brafa 2026

    La première toile que j’ai remarquée porte la signature d’un peintre français contemporain, Jean-Pierre Cassigneul (°1935) : une élégante au grand chapeau dans un jardin fleuri. Un tour sur le site de cet artiste permet de voir que son univers est décoratif et assez répétitif : des femmes plutôt indifférentes sous leur chapeau, au jardin, en bord de mer... Est-il bien connu en France ?

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    © Jean-Pierre Cassigneul, Se voir dans un regard, 1990,
    huile sur toile, 130 x 97 cm, galerie Ary Jan

    On aime retrouver d’année en année certains stands toujours harmonieux, comme celui de la galerie Mathivet où trônait une magnifique lampe oiseau de Lalanne. Un Chat maître d’hôtel de Diego Giacometti y invitait au salon sous une tapisserie d’Aubusson d’après Josef Albers, 2 ocres Jaune et Orange, de la série Hommage au carré. « Là tout n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté ».

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    Vue partielle du stand de la galerie Mathivet

    Chez Alexis Bordes, autre galerie parisienne, on se pressait devant une œuvre rarement montrée de Léon Spilliaert. En attendant de pouvoir m’en approcher, j’ai aperçu un petit bronze de Meunier dont je ne me souvenais pas, La Prière. Puis, en observant Mères et enfants sur le quai du port d’Ostende, je m’interroge : crayon gras ou pastel, comme suggère l’exposant ? Spilliaert mélange les techniques. On voit bien le trait qui marque les contours et le grain des couleurs comme frottées sur du papier vergé. A Ostende, il a souvent dessiné ou peint des scènes de port, des pêcheurs ou des femmes de pêcheurs comme ici, avec ce drôle de petit chien noir.

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    Léon Spilliaert, Mères et enfants sur le quai du port d’Ostende, 1910,
    Crayon gras et crayon sur papier, 50,2 x 32,2 cm

    Chez Patrick Derom, une superbe marine, Mer vue de Mariakerke, typique de Spilliaert, portait un point rouge : elle avait déjà trouvé son acheteur. Une nature morte sur papier m’a intéressée, elle est visible sur le site de l’exposant : une boîte blanche devant un miroir, une bouteille, des coquillages, des livres et un crayon. Le jeu des reflets déstabilise le regard entre l’avant et l’arrière. Sur chaque côté, un objet est coupé. Enigmatique et fascinant Spilliaert.

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    Léon Spilliaert, Vue de la mer depuis Mariakerke, 1909,
    encre de Chine, lavis, pinceau, crayon de couleur et pastel sur papier, 47,7 x 71,1 cm

    A la Brafa, on aime découvrir des choses jamais vues, des créateurs qu’on ne connaît pas encore et bien sûr, retrouver des artistes qu’on aime ou découverts lors d’une autre édition. Par exemple, un beau Bonnard peint vers 1911, Promenade à Paris (chez Alexis Pentcheff). Ailleurs un autre arbre à cocons de Charles Macaire ; une sculpture en marbre d’Atchugarry près d’une toile de Zao Wou-ki.

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    Pierre Bonnard, Promenade à Paris, vers 1911,
    Huile sur toile, 40 x 60 cm, galerie Alexis Pentcheff

    Au stand de BG Arts, qui rassemble des Lalique de toutes les couleurs, ce qui attire notre attention d’abord, c’est ce grand Vase aux éléphants d’Emile Gallé (Etablissements Gallé ?) qui se suivent à la queue leu leu autour d’un palmier. Ils se détachent en brun sur un fond jaune or, sous un feuillage vert. Très éclairé, superbe, on aimerait aussi voir ce vase impressionnant à la lumière du jour.

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    Emile Gallé, Vase "éléphants", vers 1925,
    Verre multicouche soufflé-moulé dégagé à l'acide, BG Arts

    Les artistes belges sont toujours mis en valeur à la Brafa et je constate que j’ai fait de même ici. J’admire Le Passeur d’Anto Carte qui date de la même époque, le cartel indique le musée M de Leuven pour la provenance. Une nature morte de Rik Wouters, Le saladier, me surprend puis m’émeut chez Virginie Devillez. La galeriste me fait observer la date : 1915. Mobilisé, Rik Wouters avait été envoyé aux Pays-Bas en 1914, où il a commencé à souffrir d’un cancer de la mâchoire. En 1915, il avait pu s’installer à Amsterdam où Nele est venue le rejoindre et il a continué à peindre, même après la perte d’un œil. Il y est mort en juillet 1916. Un saladier, un chou, quelques fruits sur une petite table…

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    Rik Wouters, Nature morte (Le Saladier), 1915,
    Huile sur toile, 85 x 102 cm, Virginie Devillez Fine Art

    Virginie Devillez (Bruxelles) était présente pour la première fois à la Brafa, avec une très belle sélection. Ne voyant pas le Nu couché en jaune et bleu de Gustave de Smet, repéré en préparant ma visite, j’ai eu le plaisir de pouvoir le découvrir dans une réserve du stand, à l’abri des fortes lumières. Lui aussi envoyé aux Pays-Bas pendant la Première Guerre mondiale, il s’est éloigné de l’influence d’Emile Claus en découvrant l’expressionnisme. Son évolution est bien présentée dans le dossier de presse de la galerie belge, en regard de ce dessin.

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    Henri Fantin-Latour, Vase de pivoines, 1902,
    Huile sur toile, 41 x 37 cm, Douwes Fine Art

    Pour terminer, je vous montre ces délicieuses pivoines de Fantin-Latour. Toujours attirée par les fleurs, j’ai admiré à divers endroits de superbes bouquets du XVIIe siècle. L’art ancien a retrouvé plus de place à la Brafa. Je vous en parlerai dans un autre billet, ainsi que de la Fondation Roi Baudouin, l’invitée d’honneur. Et peut-être aussi d’autres belles choses, plus tard.

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    Pour information, la foire des antiquaires de Bruxelles occupait cette année un hall supplémentaire, réservé aux bars et restaurants. Leur décor magnifique de végétaux et de fleurs en mettait plein la vue sous des ciels aux couleurs du couchant.  

  • Jeanclos

    Il y a dix ans, j’ai vu pour la première fois des sculptures de Jeanclos (1933-1997) au Palais des Beaux-Arts de Lille et cinq ans plus tard, d’autres œuvres à la Brafa, dont j’avais admiré la beauté intemporelle. Quel bonheur de retrouver cet artiste sur le stand de la Galerie Capazza à la Brafa 2026. D’abord cette terre cuite de la série Kamakura, « née d’un voyage de Georges Jeanclos au Japon, qui l’a mené jusqu’à l’ancienne capitale médiévale du pays, abritant les plus anciens jardins zen japonais » (Site de la galerie).

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    © Georges JEANCLOS, Kamakura, 1983, terre cuite,
    30 x 47 x 40 cm, Galerie Capazza, Brafa 2026

    Dans un texte intitulé La force de la fragilité, dont on peut lire des extraits en ligne, Tzvetan Todorov rappelle les événements traumatisants qui ont marqué l’enfant et sa famille durant la deuxième guerre mondiale et les ont amenés à franciser leur nom d’origine Jeankelowitsh en « Jeanclos ». Puis il décrit son travail et affirme : « la beauté existe, on peut l’ériger face à l’extrême ».

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    © Georges JEANCLOS, Couple Dormeur, 1989, terre cuite,
    31 x 50 x 21 cm, Galerie Capazza, Brafa 2026

    Jeanclos parlait de « la part féconde du hasard ». Dans une vidéo proposée par la Galerie Cappaza (Nançay, Sologne) qui présente cet artiste en permanence depuis 1995 – Georges Jeanclos, sculpteur d’humanité –, on entend Todorov parler de Jeanclos chez Pivot, puis le parcours du sculpteur est raconté en images et en mots, avec des textes de l’artiste dits par Charles Gonzales – je vous la recommande.

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    © Georges JEANCLOS, Arbre de vie Adam et Eve,1987, terre cuite,
    74 x 66 x 27 cm,  Galerie Capazza, Brafa 2026

    Jeanclos : « Je suis un modeleur. L'argile m’est familière. Je sais l’humidité propice à la naissance, la fuite dans le temps de l’eau, choisir le bon moment pour faire naître de la terre les images fécondes. […] Passion immodérée de cette matière souple, humide, qui répond à toutes mes pulsions, est devenue un journal de terre, témoin de mes jours de bonheur et de mes nuits. Elle a donné forme à chaque événement qui ponctue mon existence. »

    Pour vous raconter ma visite à la Brafa,
    j’ai besoin de plus de temps. A demain ?

  • Tête rousse

    Tyler Redhead 2.jpgQuand Micah faisait son jogging, il ne portait jamais ses lunettes. Il détestait les sentir rebondir sur son nez. Il détestait la façon dont elles se couvraient de buée quand il transpirait. C’était fâcheux parce que, ces dernières années, sa vision de loin s’était nettement dégradée. Non pas qu’il devînt aveugle ou quoi que ce soit ; il vieillissait tout simplement, comme son ophtalmologue l’avait formulé avec si peu de tact. La nuit, la signalisation au sol était pratiquement invisible et, pas plus tard que la semaine précédente, il avait écrasé une araignée noire qui se révéla être du fil à coudre emmêlé. Sur le chemin du retour, ce matin-là, il commit l’erreur habituelle de confondre brièvement une certaine bouche d’incendie délavée, dont la teinte rosâtre rappelait celle d’un vieux pot de fleurs en terre, avec un enfant ou un adulte de très petite taille. Il y avait quelque chose dans le sommet arrondi de cet objet qui apparaissait progressivement à mesure qu’il descendait une pente menant à une intersection. Ça alors ! se disait-il à chaque fois. Que faisait cette petite tête rousse au bord de la route ? Parce qu’il avait beau savoir, depuis le temps, que ce n’était qu’une bouche d’incendie, il ne se passait pas un matin sans qu’il soit un court instant victime de la même illusion. »

    Anne Tyler, Un garçon sur le bord de la route

  • Sur le bord de la route

    Un garçon sur le pas de la porte de la romancière américaine Anne Tyler (°1941) Redhead on the Side of the Road, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cyrielle Ayakatsikas  – est un roman centré sur une vie ordinaire, celle de Micah Mortimer, la quarantaine, dans un quartier du nord-est de Baltimore. Sa société s’appelle « Techno crack », son surnom au lycée. Devenu aussi « l’intendant clandestin de la résidence où il habite en sous-sol », il travaille officiellement comme installateur et dépanneur à domicile pour ceux qui ont besoin d’aide en informatique. Rien d’exceptionnel mais une histoire bien racontée.

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    Grand, un peu voûté, il porte toujours « la même tenue : jean, t-shirt ou sweat-shirt selon la saison ». Il a une « bonne amie », mais ils ne vivent pas ensemble. Les gens qui ont besoin de ses services lui téléphonent, des vieilles dames souvent. Très routinier, il a des habitudes pour tout, pour la vaisselle, pour le nettoyage réparti sur chaque jour de la semaine. En voiture, il imagine un « dieu de la Circulation » qui le félicite chaque fois qu’il respecte le code ou fait preuve de courtoisie. « Au moins, cela chassait un peu l’ennui. »

    Juste quand il a garé sa voiture devant la maison d’une cliente, son amie Cassia Slade l’appelle. L’institutrice a eu la visite surprise de Nan, la locataire officielle qui lui sous-loue son appartement. Elle n’a pas pu cacher Moustache : Nan, allergique aux poils de chat, est furieuse. Cassia s’attend à ce qu’elle l’oblige à se’en débarrasser ou pire, l’expulse. Micah tente de la calmer ; de toute façon, elle trouverait un autre logement si c’était le cas. Cass coupe court brusquement.

    Le premier à aller à l’université dans sa famille, Micah a déçu leurs attentes. Ennuyé par les cours magistraux, il avait bifurqué vers l’informatique et puis abandonné en dernière année pour fonder une société éditrice de logiciels avec un autre étudiant. Leur association n’avait pas marché. Son métier actuel le satisfait – « aucune raison d’être malheureux ».

    Chaque visite à domicile le fait entrer dans l’univers de ses clients qu’il finit par connaître. Quand il arrive le soir chez Cassia avec une commande emportée de « son restaurant de grillades préféré », elle a déjà dressé la table. A nouveau, elle réagit mal à son conseil de rappeler Nan elle-même pour y voir clair et n’est pas enthousiaste quand il propose de passer la nuit chez elle.

    Le lendemain matin, de retour de son jogging, Micah trouve devant chez lui « un jeune homme vêtu d’un blazer en velours côtelé » qui l’attend. Brink Adams, comme il se présente, connaît le nom de Micah et lorsqu’il complète le sien, Brink Bartell Adams, Micah comprend qu’il est le fils de Lorna Bartell, sa petite amie à l’université, devenue avocate à Washington. Brink a trouvé une photo de Micah parmi les souvenirs de sa mère, celle-ci a parlé de lui comme de son « grand amour ». Il s’est figuré qu’il était le fils de Micah.

    Or Brink a dix-huit ans, Micah a arrêté ses études il y a plus de vingt ans et Lorna « se réservait » pour le mariage : il n’est pas le père biologique du garçon. Ce qui le surprend, c’est que Brink avait déjà deux ans quand sa mère s’est mariée. Micah lui conseille de l’interroger, elle, et lui offre un café avant de partir chez un client. Cette visite surprise fait remonter ses souvenirs, il se rappelle leur rupture, le choc quand il avait vu Lorna sur un banc avec un garçon de son groupe biblique qui l’embrassait.

    Brink réapparait le soir – il a passé la journée dans une bibliothèque – et est ravi de partager le chili que Micah prépare pour Cass et lui. Il est trop tard pour rentrer dans sa chambre d’étudiant en Virginie et il aimerait dormir sur le canapé, Micah est d’accord. A l’arrivée de Cass, le garçon, très à l’aise, lui annonce qu’il va « squatter la chambre d’ami ». Après le journal télévisé, elle préfère rentrer chez elle, encore inquiète à l’idée de devoir se réfugier dans une voiture si elle perd l’appartement. Le lendemain matin, une suite de textos arrivent sur le téléphone de Brink. Lorna lui demande de donner un signe de vie. Micah enjoint Brink d’appeler sa mère inquiète, mais le garçon prend ses affaires et s’en va.

    Les interventions de Micah chez ses clients sont décrites avec humour, de même que le repas chez sa sœur Ada qui nous fait découvrir sa drôle de famille : « des gens bruyants, joyeux, négligés, vêtus de couleurs extravagantes, entourés de chiens qui aboyaient et de bébés qui pleuraient par-dessus le raffut de la télévision, et au milieu de bols de chips et de sauces déjà sauvagement dévorées ». On comprend pourquoi Micah s’est juré de faire les choses autrement, quitte à passer pour un maniaque.

    Cass a très mal pris qu’il héberge un inconnu et ne lui ait même pas proposé sa chambre en cas de besoin. Micah manquerait-il d’empathie ? Ses sœurs le persuadent de chercher le numéro de téléphone de Lorna pour la rassurer. Que cache la fugue de son fils ? Le titre de la traduction renvoie à Brink, son visiteur. Le titre original correspond au sentiment de ce célibataire d’être un laissé pour compte, « sur le bord de la route ».