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peinture

  • L'Arbre

    picasso & abstraction,exposition,bruxelles,musées royaux des beaux-arts,peinture,sculpture,représentation,art figuratif,art abstrait,création,culture« Un arbre ? ou une abstraction ? Des courbes, des contre-courbes, des formes humaines se mêlent aux formes végétales. Deux tonalités rassurent : des verts pour indiquer le feuillage et des bruns rose sable pour les troncs et le pourtour de l’arbre.
    Au sommet, une ouverture bleue indique le ciel. Ce sont nos points d’ancrage dans le réel. […] »

    Suite à lire ici : Picasso & Abstraction, podcasts/transcriptions, Episode #4, Textes de Jennifer Batla © MRBAB 2022

    Pablo Picasso, L'Arbre, 1907, huile sur toile, Musée national Picasso-Paris,
    Dation Pablo Picasso 1979 © Succession Picasso

     

     

  • Picasso, abstrait ?

    Merveilleuse affiche « musicale » (ci-dessous) pour Picasso & Abstraction, l’exposition en cours aux Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles. Elle montre « les liens entre l’œuvre de Picasso et l’histoire de l’art abstrait » et l’on y observe « au fil des décennies le mouvement de balancier que l’artiste opère entre abstraction et figuration. » (MRBAB). Cécile Debray, actuelle présidente du musée Picasso-Paris, rappelait dans un entretien que Picasso « éprouve une certaine réticence vis-à-vis de l’abstraction qui ne serait que pur jeu de formes, décoratif ou spirituel » (La Libre Belgique).

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    Pablo Picasso, Violon et feuille de musique, 1912, Paris, Papiers collés sur carton, 78 x 63,5 cm,
    Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso 1979 © Succession Picasso
     (affiche de l'exposition) Photo © Adrien Didierjean/RMN 

    Comme cette exposition est exceptionnellement accessible tous les jours, j’ai profité d’un lundi matin pour éviter l’affluence ; les groupes scolaires se succédaient, ce qui permettait de goûter le dialogue parfois ardu entre conférencières et élèves. Devant Le peintre et son modèle, au début du parcours consacré à l’atelier du peintre (peintures, sculptures, photos), les visiteurs peuvent écouter le premier des quinze « podcasts » explicatifs ou en lire la transcription (liens sur le site de l’expo) dont je me suis inspirée ici et là pour ce billet.

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    Devant Pablo Picasso, Le Peintre et son modèle, 1926, Huile sur toile, 172 x 256 cm,
    Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso

    Sur cette toile où ligne et couleur sont « radicalement dissociées », en suivant les lignes, on repère le peintre à droite, devant une toile fixée sur un châssis, et le modèle à gauche, bras croisés, son profil en grand, un pied géant… L’esquisse préparatoire près du bord droit indique que la composition n’est pas le fruit du hasard. Le thème du peintre et de son modèle, Picasso l’aborde depuis 1914. Dix ans plus tard, il travaille aux illustrations du Chef-d’œuvre inconnu de Balzac où on peut lire ceci : « En s'approchant, ils aperçurent dans un coin de la toile le bout d'un pied nu qui sortait de ce chaos de couleurs de tons, de nuances indécises, espèce de brouillard sans forme ; mais un pied délicieux, un pied vivant. Ils restèrent pétrifiés d'admiration devant ce fragment. »

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    Statuette de fécondité Abron, bois, Côte d'Ivoire, XXe s., Collection R. Dams / Pablo Picasso, Petit Nu de dos aux bras levés, 1907,
    huile sur toile, Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso

    Retour à la figure dans la première salle (le parcours est à la fois thématique et chronologique) centrée sur la découverte des objets africains et océaniens au Musée du Trocadéro en 1907. Formes simplifiées, absence de perspective, une voie nouvelle s’ouvre pour représenter les corps. On voit bien la parenté de structure entre une statuette de fécondité africaine et Petit nu de dos aux bras levés, une étude pour Les demoiselles d’Avignon.

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     Pablo Picasso, Paysage aux deux figures, 1908, huile sur toile,
    Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso

    Il y a là deux très beaux objets prêtés par l’Africa museum de Tervuren : une statue Kota en bois et laiton (Gabon), aux lignes du visage fortes et stylisées, et un masque Pende (RDCongo) bicolore qui évoque irrésistiblement le cubisme. Près d’un paysage de Cézanne, qui leur a montré la voie, un paysage cubiste de Braque et Paysage aux deux figures de Picasso montrent la même tendance à traiter le paysage par facettes, à disperser les couleurs, les lignes organisant la composition.

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    Pablo Picasso, Nature morte ovale au trousseau de clés, 1912, encre et crayon graphite sur papier d'emballage,
    Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso

    Au début des années 1910, place au cubisme « analytique » : l’objet, la figure sont fragmentés, décortiqués en éléments constitutifs. Les gris, les bruns, les ocres dominent ; la structure importe plus que les tons. Picasso comme Braque donnent à leurs toiles des titres qui nous incitent à reconnaître une forme ici ou là, des clés, une bouche, une serrure, un damier (Nature morte ovale au trousseau de clés de Picasso), mais on est parfois « largué » comme l’écrivait une critique dans Le Temps à propos de Femme lisant de Braque, une toile par ailleurs harmonieuse et lumineuse. De Picasso, Guy Duplat écrit ceci dans La Libre Belgique : « Son art ramené parfois à des signes est toujours comme un condensé de la réalité jusqu’à s’en distancier très largement. »

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    Pablo Picasso, Guitare et bouteille de Bass, 1913, bois, papier collé, fusain, clous,
    Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso

    Le collage de fragments sur la toile puis les papiers collés comme dans Violon et feuille de musique repris sur l’affiche (ill. 1) touchent à l’abstraction. Ce violon attire l’attention : rectangle bleu avec deux petits rectangles bruns (papier d’emballage) pour les ouïes, manche blanc « droit comme un métronome », segment de disque noir à la base, double galbe sur un côté en guise de profil. Beaucoup de douceur dans les couleurs un peu passées, le papier de la feuille de musique a un peu jauni. Quelle poésie dans cette composition ! Guitare et bouteille de Bass a été conçu dans le même esprit.

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    Pablo Picasso, Portrait de jeune fille, 1936, huile sur toile,
    Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso

    Picasso cherchera d’autres façons de « spatialiser » à l’aide de lignes, par exemple dans Portrait de jeune fille dont les parties semblent posées comme une sculpture devant la mer, une toile peinte au printemps 1936 à Juan-les-Pins. A la fin de cette année-là, il multiplie les formes angulaires, les discordances entre forme et couleur dans Nature morte à la lampe : « trop blanc », « ça coupe comme le verre » comme quand la vie fait mal, d’après le commentaire de cette toile. Est-ce en référence à la guerre civile en Espagne ? La lampe à la « lumière mordante » annonce-t-elle celle de Guernica ?

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    Pablo Picasso, Nature morte à la lampe, déc. 1936, huile sur toile,
    Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso

    Les dernières années de création suscitent des réactions diverses sur la « virulence » des couleurs, les sujets érotiques, la liberté gestuelle du peintre. Le parcours se termine avec La Cuisine, qui semble « une abstraction grise et blanche » de prime abord. Françoise Gilot, la compagne de Picasso à l’époque, y reconnaissait une fenêtre, une table, la cage aux deux tourterelles, celle du petit hibou, les assiettes, la plaque tournante du four…

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    Pablo Picasso, La cuisine, 1948, huile sur toile,
    Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso

    En partenariat avec le Musée Picasso de Paris, Picasso & Abstraction propose un angle original pour observer comment a évolué Picasso, représentant incontestable de la création artistique sans cesse renouvelée. Les œuvres ont été choisies pour illustrer cette approche, elles montrent la diversité des moyens picturaux utilisés, entre figuration et abstraction, sans jamais renoncer au réel. « Il n’y a pas d’art abstrait, disait Picasso, il faut toujours commencer par quelque chose. On peut ensuite enlever toute apparence de réalité, il n’y a plus de danger, car l’idée de l’objet a laissé une empreinte ineffaçable. »

  • Enumérant

    Perec Points.jpg« Les soixante dernières pages du livre contenaient les révélations les plus intéressantes du point de vue de la collection. Elles se présentaient comme le compte rendu succinct mais détaillé des onze séjours que Hermann Raffke avait effectués en Europe entre 1875 et 1909. Aucun souci d’écriture n’avait présidé à la rédaction de ces notes, d’une lecture rapidement lassante, énumérant à longueur de pages l’emploi du temps des journées du brasseur : visites d’ateliers et de galeries, consultations d’experts, contacts avec des courtiers, déjeuners avec les artistes et les marchands, rendez-vous avec des collectionneurs, des restaurateurs, des encadreurs, des expéditionnaires, des banquiers, etc. »

    Georges Perec, Un cabinet d’amateur

    (J’attire l’attention par la suspension des italiques
    sur les nombreux clins d’œil de Perec aux lecteurs.)

  • Cabinet d'amateur

    Et voici pour suivre un livre tout mince, quatre-vingts pages environ, publié en 1979 : Un cabinet d’amateur de Georges Perec. Un titre qui titille la curiosité des amateurs d’art. Perec emprunte à Jules Verne un passage de Vingt mille lieues sous les mers pour épigraphe : durant la visite du Nautilus (chapitre XI), le héros découvre la riche bibliothèque du capitaine Nemo et puis un salon où celui-ci a rassemblé ses objets d’art et de curiosité : « Je vis là des toiles de la plus haute valeur, et que, pour la plupart, j’avais admirées dans les collections particulières de l’Europe et aux expositions de peinture. […] »

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    Comme on dit par ailleurs « cabinet de curiosités » pour une pièce ou un meuble destiné à accueillir des « choses rares, nouvelles, singulières » (Wikipedia), on appelle « cabinet d’amateur » la pièce où un collectionneur rassemble ses tableaux, sculptures et autres beaux objets. Commençons à lire Perec : « Un cabinet d’amateur, du peintre américain d’origine allemande Heinrich Kürz, fut montré au public pour la première fois en 1913, à Pittsburgh, Pennsylvanie… »

    Des manifestations culturelles organisées par la communauté allemande y avaient lieu à l’occasion des vingt-cinq ans de l’empereur Guillaume II : ballets, concerts, spectacles et aussi une exposition de peintures, d’avril à octobre, à l’hôtel Bavaria. Cette œuvre du jeune peintre Kürz représente Hermann Raffke, brasseur et mécène, « assis dans son cabinet de collectionneur, devant ceux des tableaux qu’il préfère » : une pièce rectangulaire où trois murs sont couverts de peintures. Cette toile fit le succès de l’exposition. Perec en cite la description dans le catalogue sur plus de quatre pages.

    Les visiteurs étaient fascinés par la reproduction des peintures si bien faite dans le Cabinet d’amateur de Kürz qu’on les reconnaissait clairement et de plus, « merveilleuse surprise », le peintre avait mis « son tableau dans le tableau. » Le charme « quasi magique » de ce jeu de répétitions était encore amplifié par l’aménagement raffiné de la pièce où se trouvait la toile, « aménagée de façon à reconstituer le plus fidèlement possible le cabinet de Hermann Raffke. » (La première édition du roman de Perec portait en sous-titre : Histoire d’un tableau.)

    Le succès fut tel qu’il fallut limiter et le nombre de visiteurs dans cette salle et la durée de leur passage. Peu avant la fin de l’exposition, un visiteur exaspéré par l’attente « fit soudain irruption et projeta contre le tableau le contenu d’une grosse bouteille d’encre de Chine »Ensuite une revue d’art publia un article intitulé « Art and reflection » où après avoir avancé que « Toute œuvre est le miroir d’une autre », l’auteur rappelait l’histoire des cabinets d’amateur, « tradition née à Anvers à la fin du XVIe siècle » et perpétuée jusque vers le milieu du XIXe. Le critique citait une longue liste des plus célèbres peintures du genre.

    « Le matin du jeudi 2 avril 1914, Hermann Raffke fut trouvé mort. » Quelques mois plus tard eut lieu une première vente de sa collection. Commence alors le recensement des œuvres : notice du catalogue, descriptif, mise à prix, déroulement et résultat obtenu. Une seconde vente sera organisée dix ans plus tard. Entre-temps, deux livres étaient parus sur la fameuse collection et la manière dont elle s’était constituée, tableau par tableau. Certains des peintres étaient bien connus (Chardin, Cranach, Vermeer…), d’autres pas.

    Même si l’on est soi-même amateur de peinture, j’avoue m’être lassée des énumérations et de la succession des descriptions, comme si on lisait toutes les notices à la suite l’une de l’autre dans un catalogue. Après un résumé de l’histoire des œuvres, les dernières pages d’Un cabinet d’amateur amènent le lecteur à regarder tout cela d’un tout autre œil (Wikipedia vend la mèche, mieux vaut s’abstenir de consulter l’article avant d’avoir terminé, ce sera bien mieux d’y aller après).

    « Le génial fondateur de l’Oulipo a décliné dans ce roman qui fut son testament littéraire ses thèmes de prédilection : l’original et le reflet, la réalité et l’illusion, l’emprunt, la copie, la modification, la variation, la mise en abîme... » écrit justement Robin Guilloux sur son blog à l’intitulé perecquien (Le chat sur mon épaule).

    C’est un tour de force que ce petit livre bourré de tableaux. En plus de l’érudition dont il fait preuve dans Un cabinet d’amateur, Georges Perec y montre, comme dans La Vie mode d’emploi, un goût phénoménal pour le réalisme dans le rendu du sujet observé, pour l’accumulation aussi (rappelez-vous Les Choses), et, non moins phénoménal, un goût certain pour la mystification.

  • On dirait

    zoé valdés,les muses ne dorment pas,récit,littérature espagnole,ma nuit au musée,madrid,musée thyssen,art,peinture,balthus,bonnard,canaletto,modèle,muse,culture« L’affiche de l’exposition ne pouvait être que le tableau en question, Passage du commerce Saint-André, qui – pourquoi continuer à me le cacher ? – m’a évoqué dès le premier regard la scène des marchands du Canaletto dont je viens de parler.
    Là aussi, un homme de dos – semblable aux amis du marchand de Canaletto -, une baguette de pain à la main, semble retourner chez lui. Mais une fillette, presque adolescente, contemple, à l’instar du célèbre marchand de Canaletto, la partie cachée du passage et… elle aussi nous regarde ! On dirait qu’elle nous observe, depuis ce passé que seul l’art peut nous rendre présent, en faisant de nous des confidents ou des complices immédiats. »

    Zoé Valdés, Les muses aussi ne dorment pas

    Balthus, Le passage du commerce Saint-André, huile sur toile, 1954, Collection privée