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dessin

  • Se tenir les coudes

    Guelassimov esquisse.jpg« Quand on amenait les petits bleus, Guéna les mitraillait de questions pour savoir qui ils étaient, d’où ils venaient. Il disait que les gars de Moscou devaient se tenir les coudes. Les ploucs n’avaient qu’à crever tout seuls dans leur coin. Lui était de Friazino, dans la région de Moscou. Pacha venait du même endroit. Guéna disait qu’ils avaient eu du bol. Ils étaient passés par le même bureau de recrutement, avaient fait leurs classes ensemble et avaient atterri ici, dans la même unité. C’était assez rare. Moi, j’étais de Podolsk. C’est pourquoi, lorsque est apparu Sérioja, Guéna lui a dit : « T’en fais pas. On est trois. Et pas des demi-portions. On te laissera pas tomber. » Parce que Sérioja était un Moscovite pur jus. Il avait vécu toute sa vie dans la 3e rue du 8-Mars. Dix minutes d’autobus jusqu’à la station de métro. C’était un ardent supporter du Dynamo.
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    Fiche-nous la paix avec ton club de flics ! disait Guéna. Ils sont même pas foutus de savoir jouer. Pas vrai, Pacha ? Pas vrai qu’ils savent même pas jouer ? »

    Andreï Guelassimov, La Soif

    Illustration : projet de roman graphique (à découvrir sur Behance)

  • La soif de Kostia

    La Soif est un roman court et fort d’Andreï Guelassimov (Jajda, traduit du russe par Joëlle Dublanchet, 2004). La vodka y apparaît dès la première phrase : « Je n’avais pas réussi à caser toute la vodka dans le frigo. » Olga, sa voisine, fait régulièrement appel à Kostia (le narrateur) quand Nikita ne veut pas aller se coucher. Il suffit qu’il propose au gamin de venir chez lui – l’enfant le regarde alors avec « les yeux comme les soucoupes »  – pour que celui-ci accepte d’aller au lit. « Excuse-moi de toujours t’embêter, me dit-elle alors. C’est que… il n’a peur que de toi… Moi, il ne m’obéit plus du tout. »

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    Kostia vient d’être payé pour son boulot, il ne compte pas bouger de chez lui un certain temps. Olga : « Tu ne vas pas lâcher la vodka pendant trois mois ? » Il proteste, compte simplement rester à la maison et regarder la télé. « Chez moi, je me suis approché du miroir et je suis resté devant un long moment. J’ai regardé ce que j’étais devenu. » Dans le véhicule blindé attaqué en Tchétchénie, c’est lui qu’on a dégagé en dernier, on le croyait mort. « Ça fait que maintenant, je n’étais plus bon qu’à faire peur aux gosses. » 

    « Ne décevez pas vos pères » avait dit le censeur aux élèves de l’école professionnelle du bâtiment, mais chez beaucoup, il n’y avait pas de père, plutôt « des espèces d’oncle Edouard » qui aidaient leur mère à se débrouiller. Kostia se souvient des étés de son enfance et de son père en short blanc toujours un peu loin, jouant au volley avec des filles bronzées. Lui avait la peau trop claire, comme sa mère, et restait avec elle sous le parasol.

    Après le cours de dessin industriel, le censeur s’était plaint de ses dessins (de femmes nues) au directeur, mais celui-ci avait pris l’adolescent sous son aile et lui avait prêté un livre sur Les Caprices de Goya. C’est chez lui que Kostia avait vu pour la première fois de telles quantités de vodka dans un même endroit. On la lui apportait par caisses – « J’ai continuellement soif, Constantin. » Et puis Kostia a appris par le fils du directeur que son père avait abandonné la peinture et que c’était pour ça qu’il buvait. Puis celui-ci est parti et n’est pas revenu.

    Les amis de Kostia boivent eux aussi comme des trous : Pacha et Guéna avec qui il était en Tchétchénie, « qui savaient que j’avais un visage, avant ce bout de viande cramé que j’avais aujourd’hui à la place ». Guéna l’a lancé « dans la réfection d’appartements hauts de gamme » pour de riches clients. Avec Pacha, Guéna emmène Kostia à Moscou, à la recherche de Sérioja, le quatrième homme du blindé. Il vit seul, boit trop, disparaît régulièrement, mais cette fois, sa tante se demande si on ne l’a pas tué : d’autres personnes vivent dans son appartement.

    Le premier problème de leur équipée, c’est que Guéna et Pacha sont en froid, pour une grosse somme d’argent que chacun des deux reproche à l’autre d’avoir prise. Le second, c’est qu’ils ont fait appel à Kostia parce que son père travaille à la mairie de Moscou et qu’ils comptent là-dessus pour les aider à retrouver leur copain. Kostia n’est pas chaud, il n’a plus vu son père depuis dix ans.

    Celui-ci habite encore à la même adresse, avec une femme bien plus jeune, Marina, et deux enfants. « Que reste-t-il de l’enfance ? Des rêves dans lesquels on s’approche de la première maison où l’on a vécu, et dont on essaie d’ouvrir la porte, alors qu’on sait qu’il n’y a plus personne ? Et comme on est encore tout petit, on n’arrive pas à atteindre la poignée. Des odeurs ? »




    La bande-annonce de Jajda, adaptation cinématographique par Dmitri Turine (2013)

    Finalement obligé de passer la nuit chez eux, en attendant que ses amis reviennent le chercher, Kostia dessine pour faire passer le temps – les enfants sont ravis. Entre ses souvenirs, ceux de l’enfance, ceux de la guerre et le présent, Guelassimov nous entraîne dans le sillage du héros défiguré de La Soif, qui a appris d’un peintre raté comment boire et comment regarder le monde. « La Soif, c’est plus que celle de la vodka, c’est aussi la soif de vivre », comme le dit ici un lecteur, en conclusion.

  • Sur la terrasse

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    Le soleil sur ta peau joue à la marelle

    Je bois l’été et m’enivre des ombres
    tendres

    Nous danserons sur la terrasse d’un café
    improbable et je serai le badaud éternel
    du début des mondes

     

    Jean-Paul Schmitt, La pluie est amoureuse. Poèmes, 2019.
    © Jean-Paul Schmitt, Intérieur Café V (Péristyle de l’Opéra), huile sur toile, 116 x 89 cm

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  • Schmitt à Venterol

    Au sympathique Bistrot de Venterol (place du Château), l’invitation de la galerie Ombre & Lumière montrait de quoi attirer : Café III – Le Myrabelle à Amsterdam (quatre personnes attablées près d’un comptoir, une huile au couteau) et, au verso, une Nature morte aux pivoines (une toile carrée où les touches de bleu, pour l’ombre et pour souligner le petit verre aux pinceaux, capturent le regard après qu’il a glissé sur les fleurs dans leur vase).

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    Rendez-vous pour le vernissage à l'ombre du beau campanile de l'église de Venterol

    Le 7 septembre, il y avait déjà du monde à dix-huit heures au pied du très beau campanile en fer forgé pour le vernissage de Jean-Paul Schmitt : après quinze ans d’activités théâtrales, installé dans les Monts du Lyonnais, il peint depuis près de trente ans. Le Café de l’invitation est bien mis en valeur sur le mur blanc au-dessus des marches, juste en face de l’entrée.

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    © Jean-Paul Schmitt, Café III (Le Myrabelle à Amsterdam), huile sur toile, 116 x 89 cm

    Une autre scène de café où l’on retrouve un fort contraste entre lumière et ombre est accrochée dans la salle de droite, sous l’inscription « Soli Deo Gloria » calligraphiée sur la cheminée. On y voit une femme avec une fleur rouge dans ses cheveux blonds, sans doute la muse de l’artiste, qu’on a aperçue dehors en arrivant à la galerie. On la retrouvera sur d’autres toiles (Anne à la toque) et on verra d’autres belles ambiances de café plus loin, un sujet de prédilection de Jean-Paul Schmitt.

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    © Jean-Paul Schmitt, Pivoines, huile sur toile, 80 x 80 cm

    Le vase aux pivoines annonce un autre versant de sa peinture : la contemplation des choses, des jardins, des paysages. Un fin cyprès se dresse à l’avant d’un champ jaune pâle, à droite d’un chemin bordé d’arbres – contraste encore entre les aplats de couleur à droite et la partie gauche du tableau plus travaillée.

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    © Jean-Paul Schmitt, Brantes, acrylique sur toile, 46 x 55 cm

    Dans une niche, au-dessus de petits formats proposés sous marie-louise, une vue de Brantes, ce beau village de la Drôme provençale : ses façades blanchies par le soleil, ses arbres – du vert, du jaune, de l’orangé – font face au versant bleu du Ventoux. Schmitt rend bien l’impression qu’on ressent là devant la montagne dans l’ombre quand on la contemple d’une terrasse ensoleillée.

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    © Jean-Paul Schmitt, Les pots bleus de la Sablière (détail), huile sur toile, 90 x 90 cm

    A gauche de l’entrée, une salle plus grande. J’aime Les pots bleus de la Sablière, une autre toile carrée où un groupe de plantes en pots, lavandes, plantes grasses et autres, se tiennent compagnie près d’une boîte aux lettres. Et aussi la Nature morte à la boîte à sel (bleue) dont l’ombre (bleue) coule sous un vase de jonquilles. Sur le côté, une gravure très sobre – cafetière et plat de poires – repose des couleurs fortes.

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    © Jean-Paul Schmitt, Nature morte à la boîte à sel, huile sur toile, 50 x 50 cm

    La galeriste d’Ombre & Lumière a fait sortir tout le monde pour présenter Jean-Paul Schmitt et son œuvre consacrée à la « symphonie du quotidien » : conversations et bruits de café, musique, chaleur et silence des paysages, nus féminins. « Badaud éternel », Schmitt écrit aussi des textes, des poèmes. En la remerciant, le peintre rappelle que « la peinture, ça ne se parle pas ».

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    © Jean-Paul Schmitt, La Coise vers Vaudragon / Nénuphars et ponton / Dessert au jardin / Au bord de l'eau,
    huiles sur toiles (petits formats divers)

    Son goût des motifs de plein air apparaît aussi dans quatre petits formats assemblés : rivière teintée de rose, Nénuphars et ponton sous un ciel rouge, table dressée pour Dessert au jardin, groupe de baigneurs au bord de l’eau. L’atmosphère de l’exposition est épicurienne. La quarantaine de peintures et de dessins joliment accrochés, quelques gravures et livres permettent de faire connaissance avec ce peintre figuratif qui réussit à « amener le spectateur dans une image à lui ».

    A voir à la Galerie Ombre & Lumière, 12, rue du Goulet, à Venterol, jusqu’au 4 octobre 2019.

  • Palais de Justice

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    "La plupart des détails existent. C’est aussi défendre le symbole qu’est la justice, et elle en a bien besoin aujourd’hui, ainsi qu’une manière de rendre hommage à la rigueur de Jacobs. Dans mes repérages dans les arcanes du Palais de Justice, j’ai essayé d’être aussi impliqué que lui, aussi précis." »

    Laurent Fabri, François Schuiten signe le dernier Blake & Mortimer (L’Echo, 29/5/2019)

    Digigraphie signée Schuiten – Durieux : Blake et Mortimer, Le dernier Pharaon
    ACBD (Brusel.com)