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Nature

  • Mésanges

    Friandes des graines de tournesol, les mésanges sont bien plus nombreuses à venir au silo cet hiver et à notre grande joie, les mésanges bleues qui avaient un peu disparu sont à présent aussi assidues que les mésanges charbonnières. Celles-ci, les plus communes, sont bien reconnaissables avec leur calotte noire et leur cravate – la bande noire tout le long de leur poitrine, moins large chez la femelle que chez le mâle.

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    Cette mésange bleue que, pour une fois, j’ai pu photographier de plus près, allait se nourrir quand elle a perçu ma présence et hop, elle s’est tournée pour me regarder de face. Amusante, non ? Les mésanges sont si vives qu’elles sont souvent floues sur les photos, ces deux-ci me semblent assez bonnes pour vous les montrer.

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    Mésanges charbonnières et mésanges bleues aiment venir en bande au silo et j’adore les voir s’accrocher par-ci par-là en attendant leur tour. Ces « rondes de mésanges », écrit Philippe Massart (Les oiseaux du parc Josaphat et de Schaerbeek), sont à la fois « une protection contre les prédateurs » et aussi « une aide dans la découverte de sources de nourriture ».

  • Blanc comme neige

    Vendredi 9 janvier. La pluie et le vent ont chassé toute trace de neige. A la fenêtre, c’est la vue d’hiver des jours sans charme. Jour de deuil. La cérémonie d’hommage aux victimes de l’incendie de Crans-Montana, diffusée en direct de Martigny sur TV5 Monde, a mis des mots et des notes sur la tragédie du premier janvier avec sobriété, justesse, retenue. Une minute de silence puis les carillons de toutes les églises de Suisse partagent l’émotion bien au-delà de ses frontières. (Le président de la Confédération a cité dix-huit autres pays !)

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    Les photos que je voulais vous montrer aujourd’hui n’ont rien à voir avec cela. Dans le noir & blanc qu’il me semblait voir aux fenêtres ces jours-ci, des instantanés pris à des moments d’humeur contemplative le rappellent : rien n’est jamais complètement blanc comme neige. Voyez ce jasmin d’hiver qui fleurit contre une palissade avec son jaune lumineux, moins vif que celui des mimosas, solaire tout de même.

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    Ces dernières années, ils n’ont pas été si fréquents à Bruxelles, ces jours où le jardin suspendu se couvre de poudreuse et que celle-ci s’accroche même aux murs, aux roseaux qui bordent la terrasse, s’installe sur les toits et y passe la nuit. La neige recouvre si bien les intérieurs d’îlot qu’elle dissimule ce qui est moche, unifie le paysage, anoblit les broussailles, souligne les ramures – fastueusement.

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    Une plante en boule devenue hirsute avec les années se métamorphose soudain en bonsaï par la grâce de coussinets ouatés. Le chat d’extérieur hiberne tandis que la noiraude, au chaud, s’étend de radiateur en radiateur. Devenus objets décoratifs, les arrosoirs attendront encore longtemps avant de reprendre du service. D’autres jours de neige viendront et, en espérant ne pas devoir affronter coûte que coûte les "conditions glissantes" annoncées par la météo, on se mettra volontiers aux fenêtres pour débusquer les nouveaux attraits de la ville enneigée.

  • Lumières

    2026,lumière,nouvel an,voeuxPar les journées courtes et sombres de décembre, les oiseaux sont souvent apparus en bande dans notre ciel.

    Difficile de les identifier, de passage au-dessus des toits ou se posant sur les peupliers près du boulevard.

    Vols de migrateurs ? Echauffement matinal ?

     

     

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    Joie pour nous de revoir le bleu du ciel dont cet hiver froid a été assez généreux jusqu’à présent.

    Ou cette guirlande de clématites à contre-jour qui accroche l’œil des promeneurs de l’après-midi. La plupart des jardinets hibernent, certains s’éclairent aussi quand portes et fenêtres décorées pour les fêtes deviennent lumières.

     

     

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    La dernière page de 2025 est tournée et aussi celle d’un formidable roman que je voulais relire depuis longtemps ; il ouvrira lundi le festival de lecture du nouvel an.

    Avec ce joli bonhomme de neige d’un bon pâtissier chocolatier, je vous présente, chères lectrices & chers lecteurs – qui me faites le plaisir de commenter souvent ou de temps à autre, qui passez en silence, qui découvrez T&P ou qui revenez ici –,

    mes meilleurs vœux pour 2026.

     

  • Clarté

    Proust Soudan Octave Rayon de soleil sur la ferme.jpg« Est-ce pour cela qu’il s’était senti si heureux ? Nous ne savons pas pourquoi le vif éclat du soleil matinal nous donne tant d’espérances, les premiers froids de l’hiver tant de gaieté, pourquoi la clarté longue et dorée du soleil de cinq heures, même étendue pendant une classe ennuyeuse sur un pupitre noir tout fouillé par les canifs des élèves, a tant de charme pour nous. Mais pourvu que nous ne soyons pas torturés par une angoisse trop douloureuse qui nous empêche de participer à aucune douce impression et nous fait passer au milieu d’une belle journée d’été comme un enfant qui pleure au milieu d’enfants qui courent et qui jouent, ce charme garde toujours sur nous le même pouvoir. Grâce à lui, sans avoir besoin pour cela d’en retrouver les jeux, le jardin, la santé, les espérances, nous retrouvons pour un moment la douceur même de notre enfance. »

    Marcel Proust, Jean Santeuil (A Illiers)

    Octave Soudan (1872-1947), Rayon de soleil sur la ferme

  • Jean Santeuil (I)

    Roman de jeunesse inachevé, Jean Santeuil de Marcel Proust (1871-1922) est publié dans la collection Quarto avec un bel autoportrait d’Edward Steichen avec sa sœur  – regard surgi du passé en couverture de mon exemplaire de 2001. Jean-Yves Tadié (son biographe) commence ainsi sa préface : « Qui dira le charme, le jaillissement des œuvres de jeunesse ? » Proust vient d’achever Les Plaisirs et les Jours quand il aborde pour la première fois, à vingt-quatre ans, l’écriture d’un roman. En première page, il s’interroge : « Puis-je appeler ce livre un roman ? C’est moins peut-être et bien plus, l’essence même de ma vie recueillie sans y rien mêler, dans ces heures de déchirure où elle découle. Ce livre n’a jamais été fait, il a été récolté. »

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    Le manuscrit de la Bibliothèque nationale ne porte pas de titre, Proust ne lui en a pas donné, n’a pu assez le structurer pour qu’il soit publié (entre autres raisons). Ce n’est qu’en 1952 que les feuillets épars des caisses récupérées au garde-meuble sont organisés pour une première édition, « par thèmes et en suivant l’âge du héros ». En 1971, une deuxième édition paraît dans La Pléiade, le texte repris ici. Les titres des chapitres sont également dus aux éditeurs.

    « J’étais venu passer avec un de mes amis le mois de septembre à Kerengrimen, qui n’était alors (en 1895) qu’une ferme loin de tout village, dans les pommiers, au bord de la baie de Concarneau. Beaucoup de Parisiens et d’Anglais y venaient passer la belle saison absolument comme dans un hôtel. » Ainsi commence la préface où Proust raconte combien son ami et lui avaient été émus d’apprendre la présence de « C. », un écrivain qu’ils plaçaient très haut.

    Aussitôt, ils lui avaient fait porter une lettre. Après l’avoir rencontré, ils s’étaient mis à l’observer et à le suivre de loin dans ses promenades. C. finissait toujours par entrer dans la maison du gardien de phare pour y écrire au calme. Sollicité, l’écrivain avait accepté de leur lire le soir ce qu’il avait écrit l’après-midi. Il disait ne rien inventer, avoir connu le duc de Réveillon et « ce Jean » sensible et de santé « chétive ».

    Ses admirateurs espéraient comprendre « quels sont les rapports secrets, les métamorphoses nécessaires qui existent entre la vie d’un écrivain et son œuvre, entre la réalité et l’art, ou plutôt, comme [ils pensaient] alors, entre les apparences de la vie et la réalité même qui en faisait le fond durable et que l’art a dégagée. » Quatre ans plus tard, C. « était mort subitement », sans que les journaux parlent du « roman » dont ils avaient une copie – « je me suis décidé, mon ami ayant d’autres affaires, à publier celle-ci. »

    J’en suis à mi-lecture. « Enfance et adolescence » débute avec une scène proche de celle qui ouvre A la recherche du temps perdu : Jean, sept ans, « nerveux », revient une troisième fois dire bonsoir à sa mère. Mme Santeuil veut lui faire perdre « ces habitudes de petite fille » et l’élever « virilement ». Le docteur sait le goût de l’enfant pour la musique et la poésie, ses parents préfèreraient pour lui une « carrière véritable, comme la magistrature, les Affaires étrangères ou le barreau ».

    Avant d’aller au collège, Jean restait toute la journée aux Champs-Elysées avec sa bonne, y refusant les invitations à jouer des autres enfants, jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance « d’une jeune fille russe avec de grands cheveux noirs, des yeux clairs et moqueurs, des joues roses, et qui brillait de cette santé, de cette vie, de cette joie qui manquaient à Jean. » Marie Kossichef sera son grand amour d’enfant. Il en est si surexcité que ses parents s’efforcent de l’éloigner d’elle et l’envoient prendre des leçons particulières à l’heure où il la rencontrait.

    Au lycée, Jean s’éprend « d’amitié » pour Henri de Réveillon, qui admire ses devoirs de français que le professeur lui fait lire tout haut « au milieu des rires ». Un jour, Henri le ramène chez lui, où sa mère, la duchesse, est ravie d’enfin voir « monsieur Santeuil » et le garde à déjeuner. C’est le début d’une grande amitié.

    Au fil des pages apparaissent des motifs et thèmes qui reviendront dans la Recherche : le son des cloches, les pommiers ou les lilas en fleurs, les aubépines, la lumière du soleil qui rend heureux. « A Illiers » est plein de fleurs, de jours d’été, de promenades, du jardin qui le rendent « fou de joie ». Et aussi Le Capitaine Fracasse, la lanterne magique… Déjà sa manière imagée de décrire ou d’expliquer par analogie nous enchante.

    « Les Réveillon », le plus long chapitre, raconte les grandes heures passées par Jean Santeuil avec son ami Henri. A Paris d’abord, où les relations entre les deux familles sont assez complexes, puis à la belle saison, à Réveillon même où Jean jouit pleinement de la vie de château à la campagne, lit, se montre gourmand et sensuel. « Toutes les scènes que je vous raconte, je les ai vécues. » Les observations de la vie en société se mêlent à ses réflexions sur la nature, l’art et la vie. Jean passe là encore une partie de la mauvaise saison, « un temps qui a son charme aussi ». « Les lieux sont des personnes », écrit-il, avant d’expliciter que « leur physionomie » reste dans notre mémoire, irremplaçable.

    (A suivre)