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Nature

  • Mandala

    paolo cognetti,les huit montagnes,roman,littérature italienne,montagne,famille,apprentissage,marche,escalade,sommets,amitié,alpage,nature,culture« Tout en disant ces mots, il traça à l’extérieur de la roue une petite pointe au-dessus de chaque rayon, puis une vaguelette d’une pointe à une autre. Huit montagnes et huit mers. A la fin, il entoura le centre de la roue d’une couronne qui devait, pensai-je, être le sommet enneigé du Sumeru. Il jaugea son travail un instant et secoua la tête, comme s’il avait déjà fait mille fois ce dessin mais avait un peu perdu la main dernièrement. Il planta quand même son bâton au centre, et conclut : « Et nous disons : lequel des deux aura le plus appris ? Celui qui aura fait le tour des huit montagnes, ou celui qui sera arrivé au sommet du mont Sumeru ? »
    Le porteur de poules me regarda et sourit. Je fis de même, parce que son histoire m’amusait et que j’avais le sentiment de la comprendre. Il effaça le mandala de sa main mais je savais que je ne serais pas près de l’oublier. Celle-là, me dis-je, il faut absolument que je la raconte à Bruno. »

    Paolo Cognetti, Les huit montagnes

  • Amis de la montagne

    Le roman de Paolo Cognetti Les huit montagnes (2016, traduit de l’italien par Anita Rochedy) est tout à fait à la hauteur des éloges lus dans la presse et dans la blogosphère : la passion du père pour la montagne, d’abord pesante pour son fils (le narrateur), imprègne toute leur vie de famille. Les parents avaient quitté la campagne pour vivre à Milan. « Leurs premières montagnes, leur premier amour, ça avait été les Dolomites. » Ils s’étaient mariés au pied des Tre Cime di Lavaredo – un mariage rejeté par les parents de la mère, célébré entre amis, en anorak, un matin d’octobre 1962.

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    Photomontage : https://www.gliscrittoridellaportaaccanto.com/

    A Milan, ils habitent au septième étage, sur un grand boulevard, dans le vacarme. La mère infirmière travaille comme assistante sanitaire, elle accompagne les femmes enceintes jusqu’au premier anniversaire du bébé. Le père, chimiste, n’en peut plus des grèves et des licenciements dans l’usine, dort mal. Vers la fin des années 1970, ils reprennent leurs chaussures de marche : cap à l’est, « direction l’Ossola, la Valsesia, le val d’Aoste, montagnes plus hautes et sévères »

    Découvrant le mont Rose, son père tombe amoureux de la région. Il lui faut les trois mille, les glaciers ; sa mère préfère les deux mille ou mille, la vie des « villages de bois et de pierres ». C’est elle qui trouve une maison, en 1984, dans le village de Grana. Pour le père, ce qui compte alors, c’est de monter au sommet ; pour la mère, d’agrémenter la vieille maison et aussi de pousser son fils Pietro à se lier davantage avec les autres.

    Le torrent tout proche devient le terrain de jeu de l’enfant ; il finit par faire connaissance avec un garçon qui garde des vaches dans les prés, Bruno Guglielmina, qui a quelques mois de plus que lui, sans savoir encore qu’il se fait un ami pour la vie. C’est pour le retrouver à l’alpage que le garçon va suivre son père en haute montagne et apprendre ses règles : prendre un rythme et s’y tenir sans s’arrêter ; ne pas parler ; aux croisements, choisir la route qui monte.

    Heureusement sa mère lui a appris le nom des arbres et des plantes – « pour mon père, la forêt n’était rien d’autre qu’un passage obligé avant la haute montagne ». Il n’a pas son endurance, mais parvient tout de même à le suivre jusqu’à la cime où son père s’arrête enfin pour lui passer en revue « les quatre mille d’est en ouest, toujours du premier au dernier, parce qu’avant d’y aller, il était important de les reconnaître, et de les avoir longtemps désirés. »

    A la mort de son père, à soixante-deux ans, Pietro en a trente et un : « Je n’étais pas marié, je n’étais pas entré à l’usine, je n’avais pas fait d’enfant, et ma vie me semblait à moitié celle d’un homme, à moitié celle d’un garçon. » Il vit seul dans un studio à Turin. Fasciné par les documentaires, il s’est inscrit à une école de cinéma. Son père lui a légué une propriété à Grana, dont il ne sait rien, mais où Bruno va le conduire, lui qui a beaucoup accompagné son père dans ses courses en montagne.

    « Une paroi de roche lisse, haute, inhabituellement blanche, tombait sur ce plateau tourné vers le lac. De la neige dépassaient les restes de trois murs à sec, taillés dans la même roche blanche (…). Deux murs brefs et un long devant, quatre par sept, comme disait mon plan cadastral. » Un petit pin cembro. « Le voilà, mon héritage : une paroi de roche, de la neige, un tas de pierres de taille, un arbre. »

    Bruno était avec le père de Pietro quand il a vu et puis voulu ce terrain, « la barma drola » (la roche étrange), pour y construire une maison. Il en a dessiné les plans et fait promettre à Bruno de la construire. Pietro n’ayant pas d’argent, son ami lui propose de payer uniquement le matériel et de lui donner un coup de main. Ce sera « la maison de la réconciliation ».

    « Bruno et moi vivions peut-être le rêve de mon père. Nous nous étions retrouvés dans une pause de nos existences : celle qui met fin à un âge et en précède un autre, même si ça, nous ne le comprendrions que plus tard. » Cette maison devient le centre du monde pour Pietro, il y amène des amis, un jour une fille, Lara, qui tombe elle aussi amoureuse des alpages.

    Puis il repart. Sa passion pour l’Himalaya est la plus forte et quand Bruno, attaché pour la vie à « sa » montagne, l’interroge au retour de son premier voyage au Népal, il répond que « débarquer là-bas, c’est comme voir enfin un temple en entier après avoir contemplé des ruines toute sa vie. »

    Une lecture à ne pas manquer pour tous ceux qui aiment la montagne. Ceux qui ont fréquenté les chemins du Piémont ou du val d’Aoste retrouveront dans Les huit montagnes (prix Strega, prix Médicis étranger, 2017) des impressions inoubliables, en plus d’une belle approche des liens familiaux et de l’amitié.

  • Retour

    Musée Van Buuren / 4

    Dans le tram, au retour du musée Van Buuren, une jeune fille assise près de la vitre me fait penser à un Balthus. Est-ce sa pose alanguie ? ses cheveux relevés ? sa robe bain de soleil blanche ? son immobilité ? Non. C’est la position de sa jambe droite, pliée vers l’arrière, le pied cambré. (Chez moi, je ne retrouverai pas la toile que j’avais en tête. Un peu l’atmosphère des Beaux jours – remplacer le miroir par un écran de téléphone.)

    Van Buuren (133).JPG

    A la descente du tram, je me demande d’où viennent ces écailles brunes dont le quai est jonché. Il suffit de lever les yeux : les arbres perdent leur écorce par grandes plaques, à cause de la sécheresse exceptionnelle de cet été 2018. Les platanes de l’avenue Demolder, en sursis d’abattage, ont déjà leur tronc quasi tout pelé. Je rentre avec un grand morceau d’écorce à la main, en pensant à Jephan de Villiers.

  • Deux

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    Ils étaient deux à nous suivre ou à nous précéder, curieux de l’animation, à un peu de distance. On appelle un chat ? Le plus souvent, sauf pour les familiers, il feint l’indifférence. Il vit sa vie. Pour celui-ci, tiens, c’était juste le moment de faire ses griffes. Pour l’autre, de surveiller ses arrières.

    Jardin Demolder (23).JPG

  • Estivale au jardin

    Premier jour de l’été, première Estivale 2018 à Schaerbeek. La formule n’a pas changé : des promenades guidées sont proposées par l’asbl PatriS le jeudi à 12h30 et le dimanche à 17h, elles sont gratuites (sur inscription). Lorsqu’un lieu privé s’ouvre à la visite, c’est une aubaine, surtout quand on passe devant assez souvent.

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    La guide a donné rendez-vous à l’angle de l’avenue Demolder et du boulevard Lambermont ; à l’origine, en face, une brasserie occupait l’angle du côté impair, dotée d’une marquise au-dessus de sa terrasse – d’où le recul imposé à toutes les maisons construites dans le prolongement ; des jardinets, derrière des grilles, agrémentent les façades. Les travaux dans l’avenue Demolder sont loin d’être terminés, les barrières et le bruit du chantier seront un peu gênants (ensuite viendront la réfection des trottoirs et la plantation de tilleuls pour remplacer les platanes, pas tous, hélas, mais ce n’est pas le sujet du jour).

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    Notre guide signale, côté impair, une maison de briques rouges (ci-dessus à gauche) à l’allure plus modeste que ses voisines, qui a perdu des éléments de façade originaux ; c’est toujours intéressant de découvrir les photos ou dessins anciens conservés au patrimoine communal que la guide montre pour nous aider à comprendre comment une façade a évolué au cours du temps. Ces maisons ont été construites entre 1907 et 1913.

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    L’avenue Demolder est de style éclectique : des maisons « classiques », « beaux-arts », parfois « art déco » ou « pittoresques » s’y côtoient. Dans l’ensemble, beaucoup de riches détails architecturaux persistent un siècle plus tard, et c’est un enchantement quand les propriétaires les conservent et les font restaurer. Je vous renvoie à un ancien billet sur cette avenue, où sont évoqués les Teughels, Diongre ou Hemelsoet, entre autres architectes renommés de cette époque.

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    Quand des sgraffites retrouvent leur splendeur ou quand, les originaux perdus, des artisans d’aujourd’hui les renouvellent, quel bonheur pour les yeux ! Ainsi ces deux créations d’Elise Raimbault qui représentent, en haut d’une façade, la musique et la littérature. En face, nous admirons un sgraffite restauré : une jolie femme entourée d’enfants symbolise la douceur du foyer. Les deux maisons qui jouxtent cette façade présentent de beaux matériaux, mais la polychromie du sgraffite attire l’œil en premier. La guide montre sur une photo d’époque les grands sgraffites sur le même thème qui ornaient les maisons voisines, disparus.

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    Il est temps de nous diriger vers la large façade classique de l’hôtel de maître (1910) au jardin hors de l’ordinaire. La belle porte (vitre et fer forgé) ouvre sur un passage cocher qui mène à l’arrière. Le premier propriétaire, un entrepreneur, avait réservé tout le premier étage à une salle de billard. La guide résume l’histoire de cette demeure due à l’architecte Albert Dankelman, cite ses propriétaires successifs dont une danseuse tombée amoureuse d’un entrepreneur de jardins. Dans les années 1990, la maison a été remise à neuf, mais pas le jardin. La dernière propriétaire, qui a acquis cette propriété de 19 ares en 2010, lui a rendu sa beauté.

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    Première surprise en découvrant le jardin à l’arrière de la maison : le mur qui le longe porte un beau relief, une fontaine végétale, et aussi les marques de la serre qui a été enlevée, probablement pas d’origine. Ensuite, on aperçoit de magnifiques écuries, dans le fond, restaurées il y a un an, une construction en briques avec une tourelle à flèche ! Nous y entrerons plus tard.

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    Au bout du chemin, le jardin se déploie aussi vers la droite en intérieur d’îlot, à l’arrière des jardins des maisons suivantes. Un robot est en train de tondre la pelouse, un lapin qui l’a visiblement adopté comme compagnon de promenade ne cesse de lui tourner autour. Deux lapins, deux chats, c’est un jardin vivant. Quel superbe terrain de jeux pour une famille de quatre enfants !

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    D’autres belles surprises dans ce jardin : un pavillon à coupole avec sa balustrade neuve où s’appuie un beau massif d’hortensias, et dans le fond, près d’une pièce d’eau, une serre ancienne elle aussi remise en état, de style rocaille, flanquée de jardinières dans le même matériau qui imite les formes organiques de la nature.

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    C’était une serre chauffée, comme en atteste un très vieux poêle, peut-être destinée à la culture d’orchidées en vogue au début du siècle dernier. C’est en 1928 qu’on a trouvé la formule du ciment de Portland, un matériau liquide auquel on pouvait donner forme avant qu’il se solidifie et devienne un tronc d’arbre, jardinière en faux bois, voire un écureuil.

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    Durant cette visite centrée sur le patrimoine, on a peu parlé des plantations, mais lorsque la guide a déploré la perte d’une grande boule de buis dévorée comme tant d’autres par la pyrale et fait admirer d’autres buis encore intacts, un des participants a expliqué la méthode la plus écologique pour s’en préserver : installer des oies à proximité. Les larves de ce papillon nocturne font leur régal ! (Mieux vaut prévenir que guérir, les premiers signes d’attaque une fois visibles, il n’y a plus grand-chose à faire.)

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    Cette première Estivale schaerbeekoise s’est terminée par la visite des élégantes écuries et de leur tourelle. L’intérieur a retrouvé ses voussettes originales au plafond, les murs sont en briques apparentes. Une grosse cuisinière anglaise en fonte et un établi de boucher font office de cuisine à proximité d’une grande table en bois, on sent que les propriétaires veulent respecter l’esprit du lieu. 

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    Au moment de saluer et de remercier la propriétaire, certains se sont enquis de l’intérieur de sa maison, également de style éclectique. Mais la visite organisée se limitait à ce beau grand jardin, si rare en ville, et je suis ravie d’en avoir fait le tour.