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arbres - Page 8

  • Arbres

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    Quand l’homme de lettres dit

    qu’il couche quelque chose par écrit

    et répète qu’une fois encore

    il va jeter une idée sur le papier

    qu’il la rejette de sa tête

    de sa corbeille à idées

    Et puis

    comme les chats noirs d’aujourd’hui

    et des siècles passés

    qu’il ronronne un instant

    et s’endorme en rêvant

    sur le papier couché

    et qu’il entende

    l’éclat de rire de la forêt

    à qui on demande ses papiers

     

    Oui qu’il entende

    les arbres de cette forêt

    clignant des feuilles

    et déclinant leur pedigree

     

    Jacques Prévert, Arbres (Gallimard, 1976)

     

  • Vieilles branches

    Puis-je pour une fois vous appeler ainsi, lectrices & lecteurs fidèles, vieilles branches ? Je vous écris au retour d’une promenade au parc, ce parc schaerbeekois dont je vous ai déjà parlé, le parc Josaphat, rendu à sa beauté et dorénavant mieux protégé : les tags ont disparu du kiosque à musique, les outrages des statues.

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    Honneur aux arbres aujourd’hui : l’automne exceptionnellement sec et peu venteux jusqu’ici ne les a pas encore tous mis à nu. J’aime au printemps la transparence des jeunes feuillages qui habillent peu à peu leur silhouette de vert tendre. A présent c’est l’inverse, les arbres laissent tomber leurs couleurs d’apparat en draperies sur l’herbe et dévoilent leur charpente.

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    Quand le ciel est au bleu, les arbres ne peuvent le cacher : ce sont des danseurs qui réinventent les courbes. Ils s'exercent à l'immobilité, mais c’est à force d’entraînements, de perpétuels ajustements que leurs bras dessinent la juste arabesque, l’élan gracieux, des figures inédites. Ils dansent ensemble, à se toucher, improvisent de nouvelles lignes de vie.

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    Se promener dans un parc, c’est regarder devant, autour de soi, tout près, plus loin, c’est avancer, s’arrêter, contempler. Les arbres ont différentes manières de signaler leur importance : les plus hauts, les plus larges, les plus colorés ont de la branche, forcément.

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    Créé il y a plus d’un siècle, le parc Josaphat préserve de vieux arbres remarquables. Le goût de l’époque l’a doté çà et là de passerelles dans le style rocaille, pâle mais charmante imitation des formes végétales. Plus inattendus dans ce genre, une table et de petits bancs pour une halte, un pique-nique.

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    L’Elagueur (Albert Desenfans) rappelle que l'espace n’est pas naturel dans un jardin public : on y a dessiné la nature, composé l’environnement, pensé les effets. Des arbres se déploient d’un seul côté pour libérer le passage aux promeneurs, d’autres forment là une voûte, ici une grotte. Entre végétaux aussi, il faut laisser de la place aux autres.
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    Le ciel est beau vu de la terre. Sous la ramure d’un arbre, quand on lève les yeux, on entre dans une lumière particulière et on découvre les autres dimensions de l’arbre, sa manière d’occuper l’espace à tous les étages. L’entrelacs des branches se révèle, et la texture intime du feuillage.

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    Les oiseaux y sont chez eux, y ramagent, mais que guette cette perruche sur ce tronc autour duquel pies et corneilles s’agitent sans que bronche le plumage émeraude ? Mystère. Camille et Gribouille ont des loisirs plus terre à terre. Quant à Cendrillon (Edmond Lefever), le regard baissé vers son soufflet depuis longtemps caché par la verdure, elle reste éternellement jeune au pays des vieilles branches. 

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  • Thiry poète marchand

    Succédant à son père, Marcel Thiry achète et revend des stocks de charbon, de bois, il voyage. « Son existence est à présent ponctuée d’échéances, d’horaires de trains, de chambres d’hôtels, de Bourses du Commerce, de buffets de gares. » (Bernard Delvaille) Nouvelles sources d’inspiration.

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    « Tu vends des peupliers au marché de Roermonde.
    Tu es venu par le moins lyrique des trains.
    Bourse aux arbres : la roue ironique du monde
    T’arrête ici pour faire un calcul en florins.

     

    Bientôt, wagons, vous nous aurez assez blasés
    De notre ancien plaisir de passer les frontières ;
    Seuils des pays, nous vous aurons assez usés,
    Et les virginités des gares douanières.

     

    Où est le voyageur-Psyché qui adorait
    Les Eros endormis des wagons de seconde,
    Et les trains plus aventureux que la forêt ? .
    Il vend des peupliers au marché de Roermonde. »


    (Statue de la Fatigue, 1934)

     

    1935 est pour lui l’année de partage entre la paix et la guerre, à nouveau. La Hollande où il se rend pour ses affaires entre dans son univers poétique et surtout le thème de la fuite du temps, abordé aussi dans des nouvelles, des récits, des proses.

     

    « L’ange A-quoi-bon descend quelquefois dans les villes.
    C’est souvent par des soirs changeants, qu’il va pleuvoir,
    Que la rose des vents s’effeuille au ciel des villes ;
    Alors l’ange A-quoi-bon sort des squares tranquilles.
    On passe à travers ses lins simples sans le voir,
    On croit que c’est le vent qu’on a sur la figure
    Et sur le dos des mains heureuses, mais c’est sa
    Robe et son corps immatériel qu’on traversa,

    Et l’on en garde un bleu immortel en vêture.

     

    Car l’à-quoi-bon bleuit subtilement la ville,
    Un bleuté d’aquarium vient délaver la vie.

     

    Rare et heureux celui qui a traversé l’ange,
    Connu son corps de vent caressant comme un linge
    Et qui en sort vêtu d’un bleu indifférent.
    Rien ne lui est plus rien de l’amour, du courant
    Des tramways cristallins, de la mort, des lumières ;
    Il passe à travers les passants et les matières
    Comme l’ange à travers son passage a passé,
    Il laisse un peu de bleu au tramway traversé
    Et ses yeux sont lavés d’avoir traversé l’ange
    Et sont plus clairs d’avoir été des yeux d’aveugle
    Et sauront voir, quand il descendra vers le Fleuve,
    L’Ange à-quoi-bon assis sur la berge à l’attendre. »


    (Ages, 1935)

     

    Le thème du temps destructeur gagne du terrain – Usine à penser des choses tristes – mais il l’envisage sans trop de mélancolie, serein, lucide. Il se réjouit que sa fille Lise (virologue renommée) accompagne son « grand âge ». Et chaque année, heureusement, ramène les fleurs de saison,  jacinthes bleu-Pâques, asters, colchiques. Les arbres, il en fait commerce et il les aime, ils reprennent vie dans des vers libres :

     

    « Tous les arbres que j’ai tués se mettront quelque jour à revenir
    Non tels que je les aurai mutés par commerciales métamorphoses,
    Non pas distribués comme ils le sont par mes contrats et mes factures
    Au large du monde avide et réceptif… »
     

    (Prose des forêts mortes in Trois longs regrets du lis des champs, 1955)

     

    Marcel Thiry, poète, marchand, a aussi été très actif dans la vie publique : membre, puis secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, membre à vie du Conseil international de la Langue française, cofondateur du Rassemblement wallon, un parti défenseur des francophones pour lequel il a été sénateur, puis sénateur européen. A l’écart des courants et des modes, « Marcel Thiry incarne en quelque sorte l'homme pressé de la poésie belge d'expression française » (Karel Logist )

     

    « Hiver. Les révélés du noir sur vert et gris.
    Hiver pour la fine écriture des branchages
    Tracée en phrase collective au long des pages
    De ciel, par longs dessins épiés incompris,
    La diffuse arabesque au-delà des langages,
    Dont même celle qui nous attend, notre lot
    Final, elle la totale, n’a pas le mot. »

     

    (L’Encore, 1975)

     

  • Frondaisons

    « Heureuses les villes qui sont gardées par les arbres ! Des bois ceignent Paris, Vienne, La Haye, Berlin. L’avant-garde de Bruxelles est une forêt. Le sol de la Flandre est plein de graines qui deviennent moissons, celui du Hainaut est compact de charbons qui deviennent du feu, celui de l’Ardenne et le Namurois (sic) est lourd de pierres qui deviennent des édifices, celui du Brabant est traversé de racines qui deviennent des troncs, des branches et des feuilles avant de se muer en splendeur et quiétude et santé. Ceux de nous qui habitèrent Bruxelles n’ont jamais pu se défendre d’un violent amour pour ce mouvant et admirable voisinage. Quand le travail nous épuisait, ce nous était une joie d’aller sous les frondaisons proches nous refaire de la force, et nous retremper dans la solitude. »

     

    Emile Verhaeren, Les chantres de la Forêt de Soignes
    in R. Stevens & L. Van der Swaelmen, Guide du promeneur dans la forêt de Soignes (G. Van Oest & Cie, Bruxelles-Paris, 1914).
     

    Lorrain Jenny, Verhaeren.jpg
    Verhaeren par Jenny Lorrain
    (Musée d’Ixelles)