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jardin

  • Jardinière

    Jardinière d'oeillets.jpgCadeau très apprécié d’une amie qui me savait temporairement incapable de planter quoi que ce soit, cette belle jardinière d’œillets vivaces fleurit sans discontinuer depuis que je l’ai reçue . 
    Rose saumon et rouge mêlés, c’est elle qui a ouvert le bal des couleurs cette année et lancé la gamme chromatique du rose. Quelle fête !

    « Relever le défi des choses au langage. Par exemple ces œillets défient le langage. Je n’aurai de cesse avant d’avoir assemblé quelques mots à la lecture ou l’audition desquels l’on doive s’écrier nécessairement : c’est de quelque chose comme d’un œillet qu’il s’agit. » (Francis Ponge)

  • Gamme chromatique

    En musique, la gamme chromatique « procède par demi-tons successifs, soit en montant, soit en descendant » (TLF). Ce jeudi de l’Ascension, c’est mon jardin suspendu entre averses et éclaircies qui m’inspire. Quelques plantes en pot y jouent en ce printemps la gamme du rose, auquel Pastoureau a consacré sa dernière « Histoire d’une couleur » parue. Une aimable lectrice m’avait offert à cette occasion trois roses : rose Schiaparelli, Cuisse de nymphe et Cuisse de nymphe émue. Aucun rosier n’a réussi à survivre sur la terrasse exposée au sud-ouest ; j’ai renoncé aux essais, mais pas au rose.

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    Partons du plus clair : le rose pâle d’un anthémis m’a séduite alors que j’en cherchais d’un ton plus vif. Il a parfaitement trouvé sa place entre une scabieuse, une nouveauté ici, et un petit pot d’œillets de rocaille à cœur rose entouré de blanc, cadeau d’une tante attentionnée, grande amie des fleurs. L’anthémis rayonne ; les fines fleurs roses-mauves du géranium vivace qui passent la tête au-dessus de la verdure sous les arbustes en bac sont plus discrètes, les premières fleurs de lavande les accompagnent.

    Rose tendre aussi, avec ses pétales très clairs, presque blancs, veinés de rose, le gaura me fait le plaisir de refleurir cette année. Ici, c’est la première fois que cette réputée vivace a bien résisté aux rigueurs de l’hiver. Le pot a changé de place et quand une plante apprécie son nouvel emplacement, on le lui laisse.

    Autre belle variation de ton sur les pétales d’un « géranium français » à grandes fleurs (ci-dessus), plus exactement un pelargonium grandiflorum, qui traditionnellement (chez moi) monte la garde à l’angle de la terrasse près du toit voisin : leur bord blanc se fond dans un magenta clair puis un rose rouge plus foncé à l’intérieur. Je le trouve très élégant, pas vous ?

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    Sous un saule marsault où j’ai dû couper une branche morte, j’ai accroché un petit fuchsia (ci-dessus). Rien de tel que de placer cette plante en hauteur, leçon apprise en visitant les serres royales de Laeken. Ses premières clochettes viennent de s’ouvrir : sous leur haut d’un rose vif quasi rouge, comme les étamines, la jupe des pétales est d’un parme très délicat.

    Des pois de senteur dont j’ai dû éparpiller les graines l’an dernier au-dessus du pot de la clématite vieillissante ouvrent leurs premières fleurs. Celles de la clématite ont eu bien du mal à s’épanouir sous cette grimpante sauvage. Comme chaque année, après le printemps, la clématite s’étiole, nous verrons si ces pois de senteur entre rose et violet supporteront mieux qu’elle la chaleur de l’été.

    Deux pélargoniums d'un rose quasi fluo font vibrer la note rose à la fenêtre de la salle à manger. On peut compter sur ces plantes faciles et solides pour fleurir jusqu’à l’automne. En face de mon bureau, la nouvelle vedette de l’année (ci-dessous) est un somptueux dahlia tropical, si je me souviens bien de l’appellation affichée aux pépinières. Sa fleur : un cœur jaune couronné de rose – spectaculaire ! Je devrai lui trouver bientôt un plus grand pot, ce dahlia solaire le mérite !

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    Et voilà la grêle qui sautille à l’instant sur la terrasse : les saints de glace ne sont pas une légende. Dans l’air très froid de ce 14 mai, les fleurs du jardin suspendu vont perdre des pétales sous les averses orageuses, leur couleur virer un peu, mais de nouvelles éclosions de rose prendront le relais. Chez vous aussi ?

  • Tout est signe

    anne le maître,le jardin nu,récit,littérature française,deuil,déménagement,jardin,oiseaux,nature,culture,résilience,quête de sens« Il y a ce temps de l’apprentissage, de l’écoute active et concentrée, et puis il y a celui où on n’a plus besoin d’être conscient pour sentir la présence de l’autre. On sait qu’il est là, simplement parce qu’il y est.

    Un claquement d’ailes, une branche qui frémit, une empreinte, l’enveloppe d’une graine, la trajectoire d’une abeille, une plume abandonnée sur l’herbe : tout est signe, porteur de significations. »

    Anne Le Maître, Le jardin nu

  • Le jardin nu

    Publié il y a peu, Le jardin nu d’Anne Le Maître suit de quelques mois Un si grand désir de silence. On a l’impression de se connaître un peu, quand on se fréquente dans la blogosphère ; de plus j’ai eu l’occasion de rencontrer Anne il y a quelques années, quand elle était de passage en Belgique. Je suis sensible à son style, à ses couleurs.

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    Le livre s’ouvre sur des vers de Louise Glück, tirés de L’iris sauvage. A chaque « temps » du Jardin nu sa citation en épigraphe, autant de propositions de lecture qui vibrent à l’unisson. Pourquoi un jardin « nu » ? me suis-je demandé. La réponse vient dès le début : « Un jour, quelque chose de ma vie s’est arrêté. » Peu après les obsèques de l’homme qu’elle aimait, Anne Le Maître s’est mise à chercher un autre lieu de vie que celui où elle l’a accompagné dans un long combat contre la maladie : une maison, un endroit où « se terrer », où il y aurait un « bout de jardin » et un arbre. Un « ailleurs ».

    Sa  maison Castor rebaptisée « maison des Castors », « une petite maison sans allure, une maison mitoyenne des années cinquante dans une rue bordée de maisons toutes pareilles », elle l’a « reconnue » avec son petit jardin, un lilas, un cerisier. Des amis l’ont aidée à l’aménager. Elle y a trouvé refuge près d’un arbre « peuplé d’oiseaux », une « présence bienveillante » plus forte que la mort.

    « Il aura fallu cet effondrement de ma vie, cet arrachement, cette dépossession qui m’a laissée plus démunie qu’un naufragé recraché par la mer sur un rivage inconnu pour que je me découvre environnée d’invisibles. » Elle appréciait la « nature » en voyage, en randonnée, comme elle l’a raconté dans Sagesse de l'herbe. A présent, elle éprouve « le besoin presque vital de faire connaissance de manière fine avec ce qui [l’]entoure ».

    Au bout du compte, elle découvre dans son jardin trente-sept espèces différentes d’oiseaux. Parmi eux, un roitelet, espèce en déclin, oiseau braconné, qu’elle traite avec tout le respect dû à un colocataire. Sur un bout de terre épuisé par les herbicides et l’anti-mousse, elle tente « d’améliorer les choses », commence un compost, ensemence le jardin de ce que des amis lui apportent.

    « J’avais débranché tout ce que j’avais pu dans ma vie : au jardin, tout continuait. » De semis en rempotage, elle se retrouve prise dans le flot de sa vie « tissée à d’autres vies ». Son attention nouvelle aux signes infimes autour d’elle lui permet non seulement de rester vivante mais aussi de recueillir un enseignement : « Tout est plus vivant de devoir mourir.» Il ne s’agit pas seulement de mettre les mains dans la terre, sa quête est surtout spirituelle (Le jardin nu est publié dans la collection « j’y crois »).

    Tout ce qui vit ou revit dans le jardin, elle en prend soin – « Il y avait donc des vivants qu’un de mes gestes pouvait sauver. » Y compris la chatte des voisins, « Madame Chat », qui l’apprivoise, elle qui avait décidé de « ne plus jamais tisser avec quelque chose de vivant, homme ou animal, ces liens qui vous crucifient quand ils se rompent. » Prise de conscience : « En soignant le vivant, c’est moi que je soigne. »

    Une des manières fortes de « rejoindre » ce qui vit, pour Anne Le Maître, aquarelliste, c’est la peinture : « une de mes manières de discuter avec ce qui m’entoure », écrit-elle. Le jardin nu déploie un « monde de sons autant que de couleurs ». Elle s’y plaît à simplement regarder, être à l’écoute. La joie peut être retrouvée.

  • Octobre

    Octobre a ramené tous les gris des ciels pluvieux mais aussi des couleurs dans mon jardin suspendu. Les cosmos (en pot) malingres tout l’été fleurissent généreusement, leurs corolles d’un rose violacé dansent au moindre souffle. Les feuilles pâlissantes du ginkgo biloba ne dansent pas, elles frémissent, elles s’accrochent, quelques-unes sont déjà à terre (façon de parler). La clématite, en face, est entrée dans la danse d’automne avec deux nouvelles fleurs.

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    Henri Le Roux, Jardin aux tournesols et potirons, 1922

    La tendance est ici au mauve – avec les asters et un pélargonium – tandis que les allègres dipladenias (mandevillas) trompettent en rose vif et que les bidens, tenaces depuis un an et demi, tiennent la note jaune citron. Les verts ? Douchés jour après jour, ils reprennent du poil de la bête, pour la plupart, avant de virer. Ils font notre bonheur de citadins haut perchés. Au pied de la clématite, derrière une petite plante grasse posée à son pied pour lui faire un peu d’ombre sur une terrasse où il n’y en a guère en été, voilà qu’une fougère s’impose parmi les sauvageonnes qui tapissent la terre. Une fougère, exposée au sud-ouest !

    Après Bleu, Noir, Vert, Rouge et Jaune, nous prépare-t-il l’histoire du blanc ? La conférence que Michel Pastoureau a donnée cette année à Lausanne permet de l’espérer. Si bien racontées par l’historien, les couleurs aident à vivre, les couleurs sont la vie. Les couleurs et leurs innombrables nuances. Aussi ai-je toujours eu un peu de mal avec les premières paroles d’Antigone, dans la pièce d’Anouilh, répondant à la nourrice : « De me promener, nourrice. C’était beau. Tout était gris. Maintenant, tu ne peux pas savoir, tout est déjà rose, jaune, vert. C’est devenu une carte postale. Il faut te lever plus tôt, nourrice, si tu veux voir un monde sans couleurs. »

    Le Jardin aux tournesols et potirons qui illustre ce billet est une huile sur toile d’un peintre belge, Henri Le Roux, datée de septembre 1922. Des couleurs chaudes et lumineuses. Pourquoi les masques jetables sont-ils bleus ? « Il s’agit de masques médicaux, aux couleurs assorties aux tenues du bloc opératoire, le bleu et le vert étant plus apaisants que d’autres couleurs », ai-je lu dans Libé. Le bleu est la  couleur préférée des Occidentaux, répète Michel Pastoureau dans chacun de ses livres. Pendant ces journées trop peu ensoleillées, il n’est pas interdit, en attendant de les voir disparaître pour de bon, d’imaginer que ces masques mettent sous les yeux de petits bouts de ciel bleu.