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couleurs

  • Belles de trottoir

    C’est l’été, promenons-nous dans les bois, les champs, baladons-nous en ville – les « estivales » reprennent à Schaerbeek. Goûtons les plaisirs de la marche avec les yeux bien ouverts sur le paysage, le patrimoine… et regardons où nous mettons les pieds.

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    Durant ce drôle de printemps, j’ai découvert de nouvelles mosaïques dans mon quartier, des « belles de trottoir ». On appelle parfois ainsi les plantes sauvages qui poussent dans les rues, pourquoi ne pas en faire autant avec ces carrés de couleurs qui égaient habitants et passants ?

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    L’artiste Ingrid Schreyers en avait mis devant chez elle, il y a une dizaine d’années, et le succès de « couleur pavé » a été tel que de nombreuses mosaïques sont apparues ici et là. D’autres créateurs ont pris le relais, pour le bonheur des Schaerbeekois. Parfois elles s’écaillent, disons qu’elles se patinent.

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    Le placement de ces mosaïques, dalle ou pavé, est encouragé par la commune, elle prend leur installation en charge. Chacun choisit le motif, les couleurs : il y en a de tous les styles. Le bestiaire des trottoirs ne comporte pas que des chats et des chiens. Certaines mosaïques sont abstraites, d’autres forment un abécédaire, cliquez sur le site de l’Atelier Flamand rose et vous en verrez d’autres.

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    Au son du saxo, je vous souhaite un bel été. Laissez leurs ailes aux libellules, leurs fleurs aux passeroses, parlez aux chats – ils aiment ça – et surtout ne forcez pas l’allure !

  • L'histoire du jaune

    Au Musée de l’Orangerie : quel côté préférez-vous ? demande mon professeur de français à ses élèves de rhéto dans les salles des Nymphéas de Monet. « Celui-là, lui dis-je alors, en montrant Soleil couchant. – Vous aimez ce jaune ? » Des années plus tard, J., devenue une amie, m’enverra L’atelier au mimosa de Bonnard sur carte postale – puisque j’aime le jaune.

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    Aussi étais-je curieuse de découvrir Jaune. Histoire d’une couleur de Michel Pastoureau. D’après Bleu, Noir, Vert, Rouge et Les couleurs de nos souvenirs, je savais déjà que le jaune est en bas de classement chez les Occidentaux interrogés sur leur couleur préférée (moins de 5%). J’ignorais comment le jaune avait pris des connotations négatives en Europe, associé à la trahison ou à l’exclusion, comme l’étoile jaune de sinistre mémoire.

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    Paul Klee, Monument en pays fertile, 1929. Berne, Zentrum Paul Klee

    La couverture de l’album est d’un jaune difficile à nommer, disons ocre ; le titre et le nom de l’auteur, dorés. Dès l’introduction, Pastoureau précise que « l’or occupe bien souvent une grande partie de la place réservée à la couleur jaune » tandis que « le jaune, lui, semble jouer à cache-cache avec le chercheur ». Son histoire se décline en trois temps : une couleur bénéfique (des origines au XVe siècle), une couleur équivoque (VIe-XVe siècle), une couleur mal aimée (XVIe-XXIe siècle). En épigraphe, une citation de Goethe : « Le jaune est une couleur agréable, douce et joyeuse, mais placée dans l’ombre elle devient vite déplaisante, et le moindre mélange la rend sale, triste, laide et de peu d’intérêt. »

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    Peinture murale représentant les travaux des champs. Deir-el-Médineh (Egypte),
    tombe de l'artisan Sennedjem, vers 1280-1270 avant J.=C.

    Les ocres jaunes du paléolithique, terres argileuses naturelles, ont toutes sortes de nuances : « paille, chamois, abricot, miel, roux, fauve, bistre, mordoré ». A l’âge des métaux, on associe le jaune au soleil, au miel et à la cire, aux blés mûrs, aux cheveux blonds, à la bile aussi (pas encore au citron). Dans l’Antiquité classique, le prestige de l’or valorise la couleur jaune. Les Egyptiens, qui adorent Rê, dieu du soleil et du feu divin, font un usage surabondant du métal jaune dans les tombes des pharaons. Les mythologies anciennes le mettent en scène : pommes d’or du jardin des Hespérides, « âge d’or », mythe de la Toison d’or… A Rome, Hélios s’élance chaque matin sur son char ; Apollon, dieu de lumière, a les cheveux blonds.

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    Joueur de tibia, détail d'une peinture murale dans la tombe des léopards,
    Tarquinia (Latium), nécropole de Monterozzi, première moitié du Ve siècle avant J.-C.

    Comme souvent dans l’histoire des couleurs, les techniques des teinturiers influencent le choix des couleurs qu’on porte. On est plus tolérant à Rome qu’en Grèce à ce sujet. Les Romains s’habillent surtout de blanc, de rouge et de brun, le jaune est réservé aux femmes. Le prix de la teinture diminue selon qu’elle est réalisée à base de safran (crocus), de gaude (résédacée) ou de genêt, les trois matières colorantes « grand teint ».

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    Flore. Peinture murale provenant de la villa Ariane sur la colline de Varano, près de Stabies,
    1er siècle avant Jésus-Christ (?). Naples, Museo Archeologico Nazionale

    Pas de jaune dans la Bible, constate Pastoureau, ni dans le culte chrétien au Moyen Age, mais dans l’héraldique, le jaune « d’or » fait partie des six couleurs de base. Le chevalier jaune des romans arthuriens est tantôt un allié, un protecteur, tantôt un traître, un félon – l’ambivalence s’installe. Les cheveux blonds sont signes de noblesse, de beauté, comme chez Iseut la blonde.

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    Roue des urines. Recueil des traités de médecine en latin et en français (début du XVe siècle)
    © Paris, BnF, ms. lat. 11229, folio 19 v. (Source)

    Le jaune est physiquement lié aux couleurs des urines et de la bile. Des nuanciers aidaient les médecins à en déterminer la teinte exacte pour établir un diagnostic. Les connotations morales du jaune (excepté pour l’or) deviennent négatives : on l’associe à l’envie, au mensonge, à la trahison. Pourquoi ? Pastoureau émet l’hypothèse d’un rapprochement par homonymie entre « fel », mot latin qui désigne le fiel des animaux, la bile humaine, et « fel » qui donne « felon » au cas régime en ancien français.

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    Konrad Witz, La Synagogue, panneau détaché du Retable du Miroir du Salut, vers 1435. Bâle, Kunstmuseum

    En Toscane, le jaune était volontiers porté par les femmes au XIVe siècle ; deux siècles plus tard, les chrétiens s’en détournent. Couleur de Judas, le jaune tend à « devenir la couleur des juifs et de la Synagogue ». Sur les miniatures et les vitraux du Moyen Age, ils portent souvent une pièce de vêtement de cette couleur, un chapeau ou un bonnet conique. A partir du XIIIe siècle, c’est une contrainte qui leur est imposée dans les villes d’Occident, pour les identifier au milieu des chrétiens. On peut y voir des racines de l’étoile jaune. La pièce jaune cousue sur le vêtement est en forme de rouelle, losange, étoile ou autre – les usages varient selon la région, l’époque. D’autres couleurs ont servi à discriminer certaines catégories de gens (prostituées, lépreux, bourreaux, musiciens, bouffons…), mais rien de généralisé, indique l’auteur, les contre-exemples abondent.

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    František Kupka, IIe Etude pour La Gamme jaune, 1907. Houston, Museum of Fine Arts.

    Le protestantisme déclare la guerre aux couleurs trop vives ou voyantes, il privilégie « un axe noir-gris-blanc, plus digne ». Le jaune en est la principale victime. En peinture aussi, on peut observer de l’inconstance. Abondant jusqu’en 1560, le jaune se fait rare ensuite ou discret, sauf dans la peinture néerlandaise du XVIIe siècle (« le petit pan de mur jaune ») et chez quelques Français du XVIIe (Simon Vouet, Claude Gelée dit Le Lorrain). « Les grands peintres des jaunes sont plus récents : Turner, Gauguin, Van Gogh, la plupart des fauves, Schiele, Kupka. »

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    Jean-Honoré Fragonard, La Liseuse, vers 1770-1772. Washington, National Gallery of Art

    La fascination pour l’Orient, où le jaune est omniprésent, va lui rendre de l’attrait, notamment au XVIIIe siècle, qui aime les « jaunes frais et lumineux ». Fragonard utilisait surtout du jaune de Naples qu’il rendait particulièrement éclatant. C’est à la fin de ce siècle que le jaune devient la couleur de l’Asie, ce sera la couleur de l’anneau qui la représente sur le drapeau olympique.

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    Giotto, La trahison de Judas, 1305. Padoue, chapelle des Scrovegni.

    Au début du XXe siècle, le jaune se fait discret. On se contente de petites touches. Il est exclu du vêtement masculin, sauf par désir de transgression ou, au théâtre, pour le costume des trompeurs ou trompés. En France, les « syndicats jaunes » sont considérés comme des traîtres vendus au patronat. Jaune aussi pour la carte des prostituées russes, pour le passeport des bagnards français, et même pour la camisole des aliénés ! Cependant il « opère un violent retour dans la peinture », chez Van Gogh, grand amoureux de cette couleur. Gauguin l’aimait aussi, surtout l’orangé qui, avec le jaune, règne sur la palette des Fauves.

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    Vincent Van Gogh, La maison jaune, 1888. Amsterdam, musée Van Gogh.
    (Quelques-unes parmi les très nombreuses illustrations du livre.)

    Dans le dernier chapitre, « Jaune pour le temps présent », Pastoureau évoque inévitablement l’étoile jaune imposée aux juifs par les nazis. Puis il constate que si cette couleur a fait son entrée dans le monde du sport (le « maillot jaune », la balle de tennis), elle reste rare dans les grandes villes européennes, sauf pour ce qu’on veut rendre très visible – taxis, boîtes à lettres dans certains pays, et plus récemment le gilet de sécurité, devenu emblème des « gilets jaunes ». En Europe du Nord, on le voit davantage sur les façades ou à l’intérieur des maisons que dans l’Europe méditerranéenne. Sinon le jaune reste souvent cantonné aux loisirs, à la montagne ou sur la plage.

    La conclusion de Michel Pastoureau ? « Si je n’étais pas historien mais créateur – peintre, styliste, graphiste, designer, publicitaire – j’en profiterais et miserais davantage sur le jaune. Je partirais en reconquête pour lui donner une place digne de celle qui fut la sienne dans l’Antiquité grecque et romaine et qu’il a perdue au cœur du Moyen Age, sans jamais la retrouver par la suite. Le jaune, une couleur d’avenir ? » Et pendant que je tente de raccourcir ce billet, Mina, la chatte noire, dort en rond sur son coussin jaune.

  • Plumasserie

    incas,inca dress code,exposition,cinquantenaire,bruxelles,mrah,amérique précolombienne,pérou,textiles,parures,couleurs,culture« En préambule, il est important de discuter du contexte dans lequel la grande majorité des textiles nous sont parvenus, celui des tombes où les défunts étaient vêtus ou emballés dans plusieurs couches de tissus. C’est aussi l’occasion de mettre en avant l’art de la plumasserie qui, grâce aux conditions de préservation de la côte du Pacifique, nous est parvenu avec toutes ses couleurs éclatantes. »

    Serge Lemaitre, Introduction du catalogue Inca Dress Code, Musée Art & Histoire, Bruxelles, 2018-2019.

    Figurine féminine habillée, Pérou, Culture Inca, 1450 – 1532 
    Argent, plumes, laine de camélidé, coton 14 x 8,5 cm
    © Coll. Janssen-Arts, Communauté flamande (MAS), Photo : Hugo Maertens

  • Parures des Incas

    La grande exposition « Inca Dress Code », au musée du Cinquantenaire, est consacrée en réalité aux « Textiles et parures des Andes » sur une période beaucoup plus large. D’autres cultures précolombiennes ont précédé les Incas (XIIIe-XVIe s.) dans la Cordillère des Andes (Pérou, Bolivie et Chili). L’art textile y occupait une grande place, à côté de l’orfèvrerie et de la céramique. L’exposition met en valeur environ 200 objets du Musée Art & Histoire de Bruxelles, du Linden-Museum de Stuttgart, du MAS d’Anvers et de collections privées belges.

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    Les tisserandes utilisaient les ressources locales, le coton et les laines de camélidés acclimatés à la haute montagne : le lama, l’alpaga et la vigogne, joliment présentés au début du parcours. On peut toucher ces trois sortes de laines pour comparer leur douceur, j’adore celle de l’alpaga. Métiers à tisser, fuseaux, aiguilles et leur étui, peignes, boîte à ouvrage en vannerie, tout un matériel ancien d’origine péruvienne est exposé en vitrine. Une vidéo montre les différentes étapes de la préparation des laines et des teintures naturelles.

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    Métier et accessoires, Pérou, 1100-1450.

    La finesse de fragments de textiles datés d’avant notre ère est stupéfiante, comme celle de gazes du premier millénaire. Ces tissus précolombiens sont décorés de motifs géométriques et aussi de formes animales ou humaines. Le textile « était considéré comme un bien extrêmement précieux : il servait non seulement à se vêtir, mais était aussi symbole de pouvoir et d’identité et pouvait servir comme offrande ou bien d’échange. » (MRAH)

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    Sac à coca, Pérou, Culture Inca, 1450-1532 ap. J.-C. Laine de camélidé, coton 81 x 89 cm
    © Linden-Museum Stuttgart. Photo. A. Dreyer

    Les parures sont aussi liées à l’art funéraire. On découvre dans la culture Paracas (300 av. J.-C. – 0) comment les corps étaient placés en position fœtale ou agenouillés, puis enveloppés de plusieurs couches de tissus peints ou brodés : le « fardo ». On y ajoutait parfois un masque ou une tête factice. La nécropole princière de Sipán recelait, en plus de poteries et céramiques, de nombreux objets en or, argent ou cuivre portés sur la tête ou sur le torse, de taille impressionnante.

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    Bordure de manteau à décor de félins (détail), Pérou, culture Paracas, 200 av. J.-C. - 100 ap. J.-C..

    La richesse d’un textile tenait à la qualité de la fibre, à l’ornementation et aux symboles repris dans les motifs, à la diversité des couleurs. Une bordure de manteau est décorée d’amusants félins dont les formes varient : les figures s’inversent et aussi les couleurs (ci-dessus). La plus belle pièce textile de l’exposition  est peut-être ce riche manteau bleu foncé à 53 motifs brodés, dix couleurs pour chacun, avec des orientations différentes (ci-dessous) – une merveille incroyablement bien conservée !

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    Manto (détail), Pérou, culture Paracas, 200 av. J.-C. - 100 après J.-C..

    Dans les vitrines latérales, accessoires en tissu, bijoux et céramiques sont regroupés de façon à illustrer comment on se parait : on peut le voir sur les personnages peints sur les vases ou sur des statuettes. Etonnant, ce « masque de bouche » aux motifs variés : de petites têtes sur les bords, quatre colibris au sommet et deux serpents.

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    Masque de bouche, or laminé et découpé, 27x17 cm, Pérou, culture Nasca, 100 - 600
    © Coll. Janssen-Arts, Communauté flamande (MAS), Photo : Hugo Maertens

    De culture Mochica (100-600 après J.-C.), un masque funéraire en alliage d’or et de cuivre, coquillage et pierre, est présenté dos à dos avec un sommet de masque ou de coiffe à tête d’animal, renard des Andes ou loup à crinière, retrouvés dans le tombeau d’un roi de la Huaca de la Luna. Une vidéo présente ce centre de cérémonie situé sur la côte nord du Pérou. L’or, précieux, ne servait pas de monnaie d’échange ; sa valeur symbolique tenait à son éclat et à sa couleur évoquant le soleil, comme l’argent la lune, et le cuivre, le sang ou la terre.

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    Sommet de masque ou de coiffe, alliage or argent cuivre, Pérou, culture Mochica, 100 - 600
    © Linden-Museum Stuttgart. Photo. A. Dreyer

    Après un autre manteau spectaculaire, de la même période mais de culture Nasca, au sud, brodé de figures mythologiques, de symboles de fertilité féminine et de quadrupèdes, viennent les fameuses parures de plumes – des plumes d’aras et d’autres oiseaux colorés : on donnait aux aras certaines nourritures pour diversifier encore leurs couleurs ! Les Waris (600-900 avant J.-C.) en faisaient des panneaux décoratifs ou des vêtements luxueux, ainsi que d’étonnants « tapis » géométriques présentant des rectangles de deux couleurs, dont la fonction n’est pas encore connue.

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    Poncho de plumes, Pérou, culture Wari, 600 - 900.

    Perruques, coiffes, sacs à coca, voici d’autres tissages ou broderies à admirer pour leurs formes, leurs couleurs, leurs motifs. Si le port du poncho traverse les siècles, vous verrez à cette exposition combien sa forme simple permet de variations dans les matières et l’ornementation. Ne manquez pas ce superbe « fragment de mante » Chancay (1000-1450) très raffiné.

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    Fragment de mante, Pérou, culture Chancay, 1000 - 1450.

    Et voici enfin les Incas, vers le milieu du XVe siècle, dont je ne vous montrerai que ce magnifique « unku » de plumes où s’affrontent deux félins au dos arqué. Oiseaux et félins ont beaucoup inspiré tisserandes et plumassières.

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    Unku de plumes, Pérou, culture Inca, 1450 -1532
    © Linden-Museum Stuttgart. Photo. A. Dreyer

    L’arrivée des conquistadores fera évoluer cet art majeur de l’Amérique précolombienne (entre autres conséquences et influences), qui reste bien présent à notre époque, comme le montre, à la fin de Inca Dress Code, un bel ensemble de textiles contemporains, festival de couleurs. A découvrir jusqu’au 24 mars 2019.

  • Lumières d'octobre

    Après une belle journée de Toussaint ensoleillée, novembre a repeint le ciel de gris, la pluie et le vent déshabillent les arbres, l’un après l’autre. Envolé, ce rouge qui enflammait tout un voisinage de jardins. L’heure d’hiver, qui ramène chaque jour plus tôt le crépuscule, me rend déjà nostalgique des lumières d’octobre.

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    Ces lumières d’une marche Adeps dans le Brabant wallon, qui longeait par endroits de superbes demeures près des bois. Des ânes habitués à plus de tranquillité se montraient curieux de cet afflux de passants du dimanche.

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    Autres vedettes de la saison, les vignes vierges perpétuaient le festival d’automne. N’importe quelle façade ainsi couverte prend un air de fête ; c’est une récompense pour ceux qui les ont plantées, les taillent, l’entretiennent, pour leur plaisir et pour le nôtre.

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    « L’automne est le printemps de l’hiver », aurait dit Toulouse-Lautrec. Quelle variété de verts dans les bois, il est vrai, du plus clair au plus sombre ! Et ces jaunes, plus subtils qu’au printemps, toujours solaires.

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    Lumière des crinières blanches autour des ballots de paille. Echange de regards et de non-dits : on ne peut que saluer, homme ou bête, celui qui vous examine en silence, aussi attentivement.

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    Aux fenêtres d’une maison rose et bleue, aux lumineuses lignes blanches, les jardinières restent généreuses – une main verte y veille, qu’on remercie.

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    Il y a des tapis que la nature compose toute seule, quand une parure de feuilles recouvre élégamment de simples gravillons. Beauté éphémère sous nos pas, souvent ignorée, qui s’offre à ceux qui la regardent, exclusivement.

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    A Schaerbeek, autour du square Riga (que je vous ai déjà montré au printemps, avec ses cerisiers en fleurs), beaucoup s’inquiètent. Les affichettes se sont multipliées aux fenêtres des riverains ces dernières semaines. Le projet d’extension du métro bruxellois y prévoit une station et la première enquête publique vient d’être clôturée le 30 octobre.

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    On imaginait une implantation discrète de cette station de métro, respectueuse de ce bel endroit pour lequel la commune a introduit une demande de classement : le square Riga ouvre la perspective de l’avenue Huart Hamoir vers la gare de Schaerbeek, un ensemble très harmonieux.

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    Le projet prévoit d’abattre tous les arbres du square et d’en diminuer les espaces verts qui font le bonheur de tous les habitants du quartier, d’où cette vague d’opposition citoyenne. Il faut qu’elle soit entendue. A chaque fois que je passe désormais près de ces arbres magnifiques – beaucoup figurent à l’Inventaire du Patrimoine naturel, – je les regarde avec une amicale inquiétude : puissent-ils encore longtemps se dresser à la rencontre des belles lumières, à toutes les saisons.