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art contemporain

  • Collectionner

    building a dialogue,exposition,art,peinture,bruxelles,banque nationale de belgique,deutsche bundesbank,art contemporain« Lorsque les banques centrales allemande et belge, respectivement dans les années 1950 et 1970, ont pris la décision de commencer à collectionner des œuvres d’art contemporaines, elles n’avaient aucune intention d’entrer dans un débat esthétique et sociologique sur les rapports entre l’art et la vie. Mais on ne peut nier qu’une collection d’art dans un environnement de travail est bien éloignée de l’idée du white cube. Pour les deux institutions, comme à l’époque pour bien d’autres entreprises que l’on qualifiait de « mécènes », il s’agissait à la fois de démontrer leur engagement en faveur des artistes de leur pays et d’offrir à leurs collaborateurs l’opportunité de se frotter aux créations de leur temps. En retour, les artistes ont pu ainsi toucher un public nouveau et élargi, à l’écart des lieux classiquement dédiés à l’art. »

    Catalogue Building a Dialogue, National Bank of Belgium, Deutsche Bundesbank, Bruxelles, 2019 > 15.9.2019

  • Dialogue contemporain

    Une première : la Banque nationale de Belgique expose, avec la Deutsche Bundesbank, une partie de leurs collections d’art contemporain sous le titre Building a Dialogue. Le bâtiment bruxellois en impose, de l’extérieur comme à l’intérieur. Il faut montrer patte blanche (pas de ciseaux, de cutter ? demande le gardien au portail de sécurité) pour pénétrer dans l’immense salle des guichets.

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    Vue de l'entrée réservée au public, avec ses grilles de sécurité imposantes

    Conçu par l’architecte bruxellois Marcel Van Goethem dès 1940 (première pierre posée en 1948), le siège central de la Banque nationale frappe par son style moderniste monumental. Le hall des guichets – deux grandes salles séparées par un escalier central – mesure environ deux cents mètres de long, sous une hauteur maximale de huit mètres ! « Le plafond légèrement cintré s’appuie sur la double colonnade ; il est composé de plus de 9000 éléments carrés translucides. » Une nouvelle verrière est venue remplacer un toit de verre à double pente qui protégeait ce plafond, ce qui garantit un « flot de lumière » en permanence.

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    © Jacques Lizène, Entassement de tableaux façon 1970, 1988, 214 x 79 cm,
    collection NBB (National Bank of Belgium)

    L’exposition s’ouvre sur un clin d’œil de Jacques Lizène, Entassement de tableaux, où l’artiste a écrit « Peinture médiocre » et autres inscriptions latérales « comme art d’attitude » ! La première section sur le thème de « C’est le regardeur qui fait l’œuvre » (Duchamp) présente un ensemble remarquable de huit photographies où Barbara Klemm a saisi les visiteurs de différents musées ou expositions entre 1968 et 2002 (j’ai pensé à Nikole qui écrivait récemment : « je m'aperçois que dans les expos je regarde les gens qui regardent »).

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    © Barbara Klemm, photographies sur papier baryté, 1968-2002, collection DB (Deusche Bundesbank)

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    © George Baselitz, Fahrradfarher, 1982, 196 x 152 cm, Collection DB

    Au jaune de Baselitz pour Fahrradfahrer, peinture pivotée à 180°, répondent les coulures de Walter Swennen et l’élément solaire d’un paysage abstrait de Kirkeby, Walden V. J’ai le regard attiré par une superbe photographie panoramique de Villers-la-Ville signée Felten-Massinger qui fait ressentir « le caractère transitoire de l’existence », pour reprendre le commentaire du catalogue offert (quadrilingue et gratuit, comme l’entrée à l’exposition, source principale des citations).

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    © Karel Dierickx, De droefheid van het wachten, 1991, 105 x 85 cm, Collection NBB

    Mon premier coup de cœur va à une peinture de Karel Dierickx, De droefheid van het wachten (je traduis : la tristesse de l’attente) : quelle beauté dans cette œuvre entre figuration et abstraction, quelle profondeur, quelle intensité ! Si vous y êtes sensible, je vous recommande la visite du site consacré à ce peintre flamand (1940-2014). Un art à l’opposé de Raum 104, de Ben Willikens, une toile épurée dont la géométrie est adoucie par la lumière – elle s’intègre parfaitement dans le cadre de cette salle.

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    © Ben Willikens, Raum 104, 1993, acrylique sur toile, 150 x 160 cm, Collection DB

    L’art qui questionne le monde, la société est aussi illustré, avec La Ville rouge de Michaël Matthys, « des peintures au sang sur papier polyester » (voir l’article de Roger Pierre Turine dans La Libre), ou Das Tor d’Anselm Kiefer, « collage à partir d’images de ses sculptures d’avions faites au plomb », rappelant les raids aériens de la deuxième guerre mondiale. Ce Kiefer voisine avec une installation de Marianne Berenhaut, L’armoire : l’artiste, qui a perdu sa famille dans les camps, montre des poils d’animaux qui sortent d’une ancienne vitrine où ils sont entassés.

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    © Marianne Berenhaut, L’armoire, 2002, ancienne vitrine avec poils d’animaux et végétaux,
    81 x 180 x 47 cm. Collection NBB

    Je me suis attardée près des petites photos encadrées de Pol Pierart, jeux d’images et de mots qui ne m’ont pas laissée indifférente. « Le côté ludique et l’humour sont autant de moyens de renforcer le propos », dit cet artiste dans une présentation de la galerie Contretype – les titres de ses publications en attestent. Mais cela peut grincer : ces petits cadres sont posés au sol, très bas, sous un (auto ?) portrait décalé au mur (tête de mort et main disproportionnée).

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    © Pol Pierart, Untitled, 1991, photographies N/B 10 x 14, Collection NBB

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    © Rupprecht Geiger, 429/65, 1965, 220 x 176, huile sur toile, Collection DB (à gauche)
    © Isa Gensken, Collection DB (à droite)

    Et voici des couleurs : Rupprecht Geiger crée des effets de matière époustouflant dans 429/65, il faut s’en rapprocher pour vérifier que c’est bel et bien uniquement de la peinture. Une toile inspirée par Rothko, je suppose. J’aurais voulu vous montrer aussi une toile de Marthe Wéry toute différente, et par la technique et par les nuances de rouge, de la même veine que celle présentée sur le site de la NBB, mais ma photo à la lumière ambiante lui est trop infidèle.

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    © Ann Veronica Janssens, Sweet Blue, 2010-2017, glass, parafine oil, fluo screenprint,
    101 x 50 x 50 cm, Collection NBB

    Ce n’est qu’en sortant de la salle d’exposition que j’ai remarqué l’œuvre d’Ann Veronica Janssens, Sweet Blue, un « jeu illusionniste délicieux »  de couleurs et de miroirs dans un cube de verre sur socle. Je me suis amusée à le photographier des quatre côtés et en oblique, tant la vision varie selon l’angle de vue. J’aime décidément cette artiste de la lumière et du regard, dont je vous avais montré le travail à la chapelle de Grignan.

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    Vue de la salle des guichets de la Banque nationale de Belgique

    44 artistes sont représentés dans Building a Dialogue. La Banque nationale soutient « la création plastique du pays » depuis 1972, elle possède plus de 2000 œuvres. La collection d’art de la Deutsche Bundesbank est plus ancienne, dès 1957, et ses milliers de « pièces » se trouvent aux siège central et régionaux, par volonté d’intégrer l’œuvre d’art dans l’environnement de travail quotidien. Ici aussi. Dès l’entrée, dont le pavement comporte divers symboles (lyre, compas, coquille, ciseaux, clés…), on aperçoit une œuvre de Bram Bogart au mur, et dans la salle des guichets, une sculpture métallique où deux armatures de siège s’inscrivent dans un cercle (ci-dessus). Une visite guidée de cet endroit vaudrait certainement la peine. Building a Dialogue est à voir au 3, boulevard de Berlaimont, jusqu’au 15 septembre.

  • Messager

    Eurantica (6).JPGNuntius est le titre de cette sculpture contemporaine remarquée à Eurantica. La galerie Cafmeyer exposait plusieurs œuvres de l’artiste espagnol Jesús Curiá (né en 1969).

    Ce sculpteur a une prédilection pour la représentation du corps humain. Ici il s’agit, littéralement et visuellement, d’un homme de lettres dont le torse jaillit d’un alphabet de métal.

    Nuntius : un messager.

     

    © Jesús Curiá, Nuntius, bronze et fer (170 x 40 x 30cm)

  • A la Brafa 2019

    Pour commencer l’année en beauté à Bruxelles, rien de tel qu’un tour à la Brafa, au rendez-vous des merveilles des temps anciens et modernes, à profusion. La foire des antiquaires attire de plus en plus de monde à Tour & Taxis : objets de qualité, présentation recherchée, ambiance festive – de quoi s’en mettre plein la vue !

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    Outre le plaisir d’y retrouver des artistes que j’admire, j’apprécie d’y découvrir une signature que je ne connais pas, comme sur cette marine d’Amédée Marcel-Clément, Le canot s’éloigne (1938) – un peintre breton, m’indique la galeriste (Ary Jan) – ou sur un portrait art nouveau d’Elisabeth Sonrel, Beatrix au laurier d’or. Deux petits Fantin-Latour me retiennent là, tout au début du parcours, dont un merveilleux bouquet de roses.

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    Amédée Marcel-Clément, Le canot s’éloigne, 1938, huile sur toile, 60 x 92 cm
    (Galerie Ary Jan, Paris)
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    Fantin-Latour, Roses, 1879, huile sur toile, 27,5 x 35,5 cm  (Galerie Ary Jan, Paris)

    D’un stand à l’autre, on change complètement d’univers. Celui de la Galerie Mathivet, spécialisée dans l’art Déco, présente deux « salons » meublés et décorés d’objets d’art, de belles toiles aborigènes y attirent l’attention. Si j’en avais les moyens, j’acquerrais plutôt cette table basse de Diego Giacometti, avec ses hiboux et ses grenouilles.

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    Vue partielle du stand (Galerie Mathivet, Paris)Brafa 2019 (10).JPG
    Table basse de Diego Giacometti (Galerie Mathivet, Paris)

    Steinitz de Paris offre un décor à l’ancienne de toute beauté : lambris, tissus, meubles, porcelaines de premier choix. Je suis subjuguée par ce Bacchus en terre cuite de Lucas Faydherbe, une figure joviale comme en peignaient les maîtres du XVIIe siècle. Cet artiste malinois a travaillé dans l’atelier de Rubens avant de s’établir dans sa ville natale. Ce buste de sa collection personnelle provient de sa descendance. Quelle expression dans ce visage souriant, quelle souplesse dans le rendu de la chevelure et du drapé !

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    Lucas Faydherbe, Buste de Bacchus, vers 1645. Terre cuite. H 78 cm (Steinitz, Paris)

    L’artiste contemporain invité cette année est le duo des excentriques et inséparables Gilbert & George, avec plusieurs vitraux à leur double effigie. Les superbes décorations florales des allées (photo 1) leur volent la vedette. Des fleurs, on en trouve aussi sur un grand tapis d’Orient suspendu, sur un remarquable collier aux glycines de Philippe Wolfers. Bien sûr, les bouquets peints ne manquent pas : voyez ce Bouquet de branches de cerisier, signé Louis Valtat (vers 1928, galerie Bailly).

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    Philippe Wolfers, Collier aux glycines, art nouveau, vers 1901-1902
    (Epoque Fine Jewels, Kortrijk/Courtrai)

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    © Louis Valtat, Bouquet de branches de cerisier, vers 1928, 73 x 54 cm (Galerie Ary Jan, Paris)

    Chez Francis Maere, on retrouve chaque fois des peintres belges de la fin du XIXe ou du début du XXe. De Spilliaert, présent sur plusieurs stands (beau Parc d’Ostende, à la galerie Jamar), voici un magnifique Arbre en hiver (1919), non loin de Pêcheurs sur le quai d’Anto Carte. De ce peintre que j’aime, mon coup de cœur est Le petit Arlequin présenté à la galerie Lancz – quelle douceur chez cet artiste pour représenter la maternité !

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    Léon Spilliaert, Arbre en hiver, 1919, fusain et crayon sur papier (Francis Maere, Gand)

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    © Anto Carte, Le petit Arlequin, vers 1928, huile sur toile, 100 x 80 cm
    (Photo Lancz Gallery, Bruxelles)

    Oscar de Vos est un autre galeriste belge bien connu de Laethem-Saint-Martin. Il a joliment mis une scène champêtre d’Emile Claus en valeur, au centre du stand : Après la traversée (1899). On y remarque d’abord la vache, puis les canetons, la poule dans un panier près du chemin qui mène au pré. Dans cette composition très réussie, présentée comme une suite à ses Vaches traversant la Lys, la lumière enchante. Chez le même galeriste, on peut voir de grands paysages de Valérius de Saedeleer, des bronzes de Rik Wouters dont une splendide Contemplation, que je vous ai déjà montrée.

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    Emile Claus, Après la traversée, 1899 (Photo Galerie Oscar De Vos, Sint-Martens-Latem)Brafa 2019 (108).JPG
    Rik Wouters, Contemplation, 1911 (Galerie Oscar De Vos, Sint-Martens-Latem)

    Si je m’intéresse surtout aux peintures et aux sculptures, je me suis arrêtée aussi devant bien d’autres objets comme ce petit meuble marqueté, dont je n’ai malheureusement noté ni les références ni l’exposant. La galerie Claude Bernard offre tout son stand à l’orfèvre contemporain Goudji, que j’avais découvert lors d’une édition précédente de la Brafa : animaux, aiguières, plats d’argent sertis de pierres semi-précieuses, son univers est fascinant et intemporel.

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    Goudji à la Galerie Claude Bernard, Paris

    J’ai manqué le corset peint de Frida Kahlo, un grand bouquet de Chagall, une couronne aux épis en bronze doré pour un miroir de Coco Chanel et bien d’autres choses remarquables – l’an prochain, il faudra préparer une fiche ! J’ai bien vu l’épée de Rubens (Fondation Roi Baudouin), une grande encre de Chine de Fabienne Verdier à la Galerie Schifferli qui expose aussi une lumineuse Composition de Geneviève Asse (1968).

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    © Fabienne Verdier, Champs d’énergie, 2013, encre de Chine sur papier Japon
    (Galerie Schifferli, Genève)

    Tant à regarder ! Si cela vous tente, le catalogue de la Brafa 2019 peut être feuilleté sur son site, où certains exposants proposent un tour virtuel. La Brafa se visite à Bruxelles jusqu’à dimanche, ce 3 février 2019.

     

  • Dessiner les corps

    Ernest Pignon-Ernest (45).JPG« Ces parcours [Naples, 1988-1995] interrogeaient les représentations de la mort que secrète cette ville depuis deux mille ans. Le sacré, là-bas, vient du sous-sol. Virgile déjà y situait les enfers dans L’Enéide. J’ai, dans la façon de dessiner les corps, les drapés, les cavités, dans la façon de faire circuler la lumière et les ombres, tenté, par le dessin, d’exprimer quelque chose qui parle des relations profondes qui se forgent dans cette cité entre les hommes et les mythes, entre la vie et les représentations de la vie et de la mort.

     

    Ernest Pignon-Ernest (39) Marie-Madeleine.jpg

    Cette omniprésence de la mort, ce sacré charnel, cette sensualité qui règnent m’ont amené à un dialogue avec la peinture caravagesque… Avec cette peinture qui ne vise pas à définir les reliefs des corps mais à travailler la forme des ténèbres qui les absorbent. »

     

    Ernest Pignon-Ernest, Conversation avec Roger Pierre Turine, Tandem, 2018
     Ernest Pignon-Ernest, Empreintes, Le Botanique,
    Bruxelles,  13.12.18 – 10.02.19

    Napoli 90 (détail) © Ernest Pignon-Ernest
    Etude pour Marie-Madeleine, Napoli 90 (détail) © Ernest Pignon-Ernest