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  • Disque

    Un disque en métal de soixante centimètres de diamètre est au cœur de l’autre intervention d’Ann Veronica Janssens pour « Couleur / Lumière » à la Maison des Arts de Schaerbeek. Il faut d’abord s’en approcher pour remarquer les cercles concentriques à sa surface.

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    Le dispositif que l’artiste a installé dans la dernière salle de l’exposition diffuse un halo lumineux sur le mur perpendiculaire à celui du disque, ce qui modifie l’apparence du disque selon l’angle du regard. En bougeant dans la pièce, on voit se croiser sur le métal des reflets qui prennent des couleurs différentes.

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    Comme beaucoup d’œuvres de la grande prêtresse belge des luminosités et des transparences, celle-ci réclame notre participation active, l’observation de l’infime, le mouvement du corps et du regard, l’attente patiente des métamorphoses.

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    © Ann Veronica Janssens, Sans titre, ca.1999, disque en métal, Ø 60 cm,
    Collection d'art contemporain de la Banque nationale de Belgique
    (Disque / halo / détail - photos T&P)

    Couleur / Lumière, Maison des Arts de Schaerbeek > 6/11/2022

  • Couleur / Lumière

    Reconnaître les couleurs et les appeler par leur nom a été un des grands bonheurs de mon enfance. Apprendre que la couleur d’un objet est une perception visuelle en fonction de la lumière et non une caractéristique intrinsèque de sa surface est une des choses qui m’ont le plus étonnée. Une expo intitulée « Couleur / Lumière » m’a donc attirée irrésistiblement vers la Maison des Arts de Schaerbeek. Les dix artistes contemporains qui y participent, émergents ou établis comme Ann Veronica Janssens, la célèbre exploratrice belge de la lumière, n’y exposent pas des œuvres d’art au sens traditionnel, mais nous proposent d’expérimenter comment nous percevons la lumière, l’espace, les couleurs.

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    © Greet Billet, Miroir pour une table, 2022, installation in situ, miroir, 132 x 231 cm

    C’est ainsi que Greet Billet conçoit ses installations. Regardez cette vue de la salle à manger dans cette belle demeure du XIXe siècle : que voyez-vous ? Le lustre dévoile ses dessous, les figures des vitraux ont la tête en bas, le parquet se borde de moulures… Greet Billet a simplement posé un miroir sur la table et voici que tout s’inverse. Le regard s’accroche aux dossiers des chaises pour retrouver l’équilibre. Une intervention minimale et une vision des choses, de l’espace, formidablement transformée !

    Dans le premier salon, je reconnais Sweet Blue, une œuvre d’Ann Veronica Janssens vue à la Banque nationale de Belgique. Dans le grand salon aux murs tapissés de nuages, Lieven De Boeck a suspendu devant les fenêtres un tissu semi-transparent aux couleurs de l’arc-en-ciel. Sunbeam (Rayon de soleil) illustre les sept couleurs du spectre lumineux ou renvoie au drapeau LGBTQ, libre à chaque visiteur de l’interpréter à sa façon, de même que son néon Letusbe à l’entrée de la Maison des Arts.

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    © Lieven De Boeck, Sunbeam, 2017, photo-transfert sur organza, 250 x 150 cm / Meessen De Clercq

    Nuage de points, l’installation d’Adrien Lucca dans la bibliothèque, demande au visiteur un temps d’arrêt et de déambulation – il ne suffit pas de traverser la pièce, même si elle ne contient plus de livres sur ses rayonnages. (En parcourant l’histoire de la Maison des Arts sur son site, vous en verrez une photo N/B du temps de sa splendeur.) En laissant le temps de se déployer à ce jeu de couleurs et de points, on assiste à un ballet de variations, apparitions, disparitions littéralement sensationnel.

    D’autres expériences attendent le visiteur à l’étage, dont Ιρις/Iris du studio Ohme, qui œuvre entre science et art. Ici, un mélange « thermochromique » de cristaux liquides couvre trois panneaux de verre ronds. Des flux d’air les réchauffent et les refroidissent de l’intérieur, faisant apparaître différentes nuances de bleu, du blanc, du gris qui se modifient lentement – interaction de la lumière, de l’air et de la matière. Iris, la messagère des dieux, laissait un arc-en-ciel comme trace de son passage, d’où l’effet « irisé » qu’on retrouvera plus loin sur une photographie de Lieven De Boeck.

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    © Adrien Lucca, Nuage de points, 2022, installation lumière-matière pré-programmée / Studio Adrien Lucca et LMNO

    Entre les deux, je me suis assise devant la vidéo d’Ariane Loze : « Minimal Art » (2019). Elle y parle du rôle des couleurs dans la perception des espaces et de l’art, mais la présence et les chuchotements de deux étudiantes (d’un groupe installé un peu partout dans la Maison des Arts) m’a distraite, je me demandais ce qu’elles faisaient pendant que la vidéo tournait en boucle – voilà aussi un genre d’interactions qui se produit lorsqu’on visite une expo. Quelques minutes de cette vidéo sont visibles sur le site de l’artiste. Ariane Loze y reprend des phrases des pionniers du minimalisme dans les années soixante : une réflexion sur la lumière, la forme, l’essence des choses.

    Nicolas Kozakis peint des monochromes avec des laques de carrosserie de marques de luxe et les couvre d’un vernis brillant à effet miroir. Une manière d’interroger les systèmes de représentation dans la société et les codes artistiques. Je laisse découvrir aux futurs visiteurs les autres installations (aussi de Natalia De Mello, Adrien Lucca, Elina Salminen, Michel Mazzoni)  de l’exposition présentée à la Maison des Arts jusqu’au 6 novembre prochain.

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    © Herman Richir, Vicomtesse Elisabeth Verhaegen, épouse de Charles Terlinden,
    huile sur toile, 1930, Collection communale de Schaerbeek

    En empruntant l’escalier pour rejoindre le rez-de-chaussée, ne manquez pas d’admirer le portrait en pied de l’ancienne maîtresse de maison par Herman Richir (le peintre de La fontaine d’amour). Appuyée contre une console, Elisabeth Verhaegen, seconde épouse du vicomte Charles Terlinden, garde la pose avec un demi-sourire et sans trop de raideur.

  • Tatiana Wolska

    Nuages  TWolska 1.jpgNous faire entrer dans une bibliothèque aux rayonnages vides comme dans un sous-bois : c’est la belle idée de Tatiana Wolska, une artiste polonaise qui vit et travaille à Bruxelles, toujours avec des matériaux de récupération. Elle a utilisé pour cette installation monumentale des branches trouvées au parc Josaphat et construit « un nuage végétal, aux allures flottantes, dans lequel elle invite le spectateur à se déplacer ». Une des plus belles interventions que j’aie vues dans cette pièce de la Maison des Arts.

    © Tatiana Wolska, Un passage sans attente, 2021, bois, installation in situ

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    A l’extérieur, des chutes de bois de construction ont servi à l’aménagement d’une cabane « nichée tel un cocon dans le jardin ». Bonne idée d’avoir invité cette artiste (son nom de famille n’est pas très éloigné de « wolk », « nuage » en néerlandais). Je me souviens des formes rouges flottantes qu’elle avait suspendues dans les arbres au musée Van Buuren (lien rectifié) il y a trois ans.

    © Tatiana Wolska, Prototype d'une sculpture/architecture sociale à propager dans nos villes, 2021, planches de bois récupérées. Courtoisie de l'artiste et Irène Laub Gallery

    Nuages (43).jpg

     

    Pour qui n’aurait jamais vu le jardin de la Maison des Arts, où beaucoup s’étaient assis pour profiter de ce dernier dimanche de l’été, en voici une photo. Un havre urbain où s’asseoir, lire, prendre un verre (l’estaminet était ouvert).

    Le jardin de la Maison des Arts de Schaerbeek (19/9/2021)

  • Nuages dedans dehors

    Les nuages ont eu le bon goût de laisser de la place au soleil pour le dimanche sans voiture organisé ce 19 septembre à Bruxelles. Voici donc Saint-Servais sous un ciel de peintre, en haut de l’avenue Louis Bertrand fort animée pour l’occasion, en guise d’introduction à l’exposition en cours à la Maison des Arts de Schaerbeek : « Nuages (d’hier et d’aujourd’hui) ».

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    Eglise Saint-Servais, Schaerbeek

    Temps suspendu, que Lucile Bertrand fait flotter dans une structure en métal, illustre sa prédilection pour ce qui est fragile. Elle utilise des matériaux pauvres et des matériaux organiques. Poétique, ce nuage de plumes blanches dit la beauté du monde « entre légèreté et poids, entre envol et chute », et aussi son équilibre instable.

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    © Lucile Bertrand, Temps suspendu, 2020,
    Structure en métal peint, plumes, tulle, fils de nylon. 180 cm haut x 45 cm côtés

    L’atelier de la nuagerie montre dans la véranda à côté des luminaires en coton, soie et polyester, nuages d’intérieur. Objets de déco « design », à louer ou fabriqués sur mesure, ils sont connectés au wifi et on peut les faire changer de couleur. Amusant, ce nuage dans un miroir ou, vu du jardin, comme décor de fenêtre. Le monde à l’envers, en quelque sorte !

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    Créateurs de Nuages | Atelier de la Nuagerie | Bruxelles

    Je me demandais quelle œuvre serait à la hauteur du grand salon ancien aux murs nuageux en permanence. Jacqueline Mesmaeker y a placé un projecteur sur un trépied : les images en mouvement dans le petit cadre m’ont semblé d’abord une mer de nuages. En réalité, « l’installation évoque le Pacifique à l’aide d’une mer du Nord projetée à l’envers. Même le mouvement des vagues est inversé. » Aux Antipodes est une œuvre de la collection du musée d’Ixelles.

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    © Jacqueline Mesmaeker, Aux Antipodes, 1973,
    vidéo, cadre ancien, trépied avec projecteur, 12 minutes, collection Musée d’Ixelles

    A l’étage, une salle est consacrée à Stephan Balleux et à sa série « Ars memoriae » réalisée en 2020 durant le confinement, une période éprouvante dont il fait le récit (illustré) sur son site. Empêché de se rendre dans son atelier, il a travaillé alors à de petits formats. Une de ses œuvres figure sur l’affiche de l’expo. Pour faire se rencontrer le dedans et le dehors, il peint des espèces de nuages bleus à la gouache sur des documents d’architecture « vintage ». Adepte de la déconstruction et de la reconstruction de l’image afin de questionner le visible, le réel, le statut de l’image et de la peinture, cet artiste perturbe la composition et interpelle le spectateur. (Son exposition au musée d’Ixelles en 2014 s’intitulait « La peinture et son double ». Une nouvelle expo est en cours au Botanique.)

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    Jean-Marie Bytebier dépayse autrement avec ses zooms du ciel, des toiles à la limite de l’abstrait (croisées au musée d’Ixelles également, lors de l’exposition d’Agnès Varda). Elles me paraissaient inertes jusqu’à ce qu’un rayon de soleil change tout à coup l’atmosphère de la chambre où il est exposé. Ces peintures presque immatérielles contrastent fort avec les sculptures textiles d’Elodie Antoine, en blanc ou en noir, dans la petite salle précédente.

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    Avant de descendre, si vous allez à la Maison des Arts où cette exposition sera visible jusqu’au 21 novembre, ne manquez pas sur le palier le grand nuancier du ciel de Christina Garrido, « Local color is a foreign invention » (British Islands »). Elle y a imprimé des détails de peintures du XVIe siècle à nos jours, classés selon le principe du nuancier Pantone en indiquant sous chaque fragment le titre, le peintre et la table du tableau. On peut les retrouver et les agrandir sur son site personnel.

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    © Christina Garrido, Local color is a foreign invention (British Islands), 2020,
    impression pigmentaire sur papier Hahnemühle 308 gr., 134 x 149 cm. Collection Edgard F. Grima, Paris

    L’exposition « Nuages » se veut une invitation « au rêve, à l’évasion et à la légèreté. » Les œuvres m’ont paru de qualité inégale, mais il y a des découvertes à faire. Parmi quelques toiles des collections communales, j’ai aimé par exemple ce portrait tout simple du roi Albert Ier devant la mer par Jacques Madyol.

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    © Jacques Madyol (1874-1950), Albert Ier, s.d., 41 x 32,5 cm.
    Collection communale de Schaerbeek

    Pour info, un joli cahier d’observation et de dessin conçu par Jacinthe Folon fera le plaisir des enfants qui vous accompagneraient pour cette visite (il est disponible à l’accueil). Quant à l’artiste qui a créé deux œuvres in situ pour l’occasion, je vous en réserve la surprise pour le prochain billet.

  • Intemporelle

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    « Les œuvres textiles d’Elise Peroi sont d’une élégance intemporelle. L’artiste accorde autant d’importance au processus – le « chemin de tissage » parcouru – qu’au résultat final.

     

    Fil (27) Sous-bois Elie Peroi détail 1.jpg

     

    Elle maîtrise cette technique ancestrale mieux que quiconque et la compare, par ailleurs, à un processus d’écriture dans lequel les ratés profitent à de nouvelles expressions.

     

     

    Fil (28) Sous-bois Elise Peroi détail 2.jpg

     

    Sa préférence se tourne vers le fil de soie : ce matériau à la fois fragile et noble lui permet de donner vie à des paysages imaginaires, des panoramas d’une nature paisible mais ô combien vivante. »

    Catalogue FIL, La Maison des Arts, Schaerbeek, 2021.

    © Elise Peroi, Sous-bois, 2020, installation :
    soie peinte, lin, bois, dimensions variables (3 détails) 

    A voir à la Maison des Arts de Schaerbeek jusqu’au 25 avril,
    en nocturne le jeudi 22 (sur inscription).