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anniversaire

  • Autour de Mrs Dalloway

    Les sept textes de Virginia Woolf publiés dans La soirée de Mrs Dalloway, je les avais déjà lus dans d’autres recueils. Ils sont ici traduits par Nancy Huston qui introduit ce petit livre de façon convaincante, suivant Stella McNichol dans son initiative « de rassembler des nouvelles thématiquement et temporellement proches du roman » Mrs Dalloway.

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    Mrs Dalloway dans Bond Street, la première nouvelle, est la seule dont Clarissa Dalloway est l’héroïne principale. Le plaisir de relire cette déambulation londonienne dans le but de s’acheter des gants (à rapprocher d’une autre qu’elle m’a rappelée, à la recherche d’un crayon à mine de plomb) a redoublé en comparant cette traduction à celle de Josée Kamoun (dans le recueil La fascination de l’étang).

    Ce pourrait être le premier chapitre d’un roman, comme elle l’écrivait dans son Journal en 1922. Huit pages sur douze décrivent les impressions de Mrs Dalloway en chemin ; les suivantes, ce qui se passe dans la boutique. Un régal d’écriture du « flux de conscience » chez une femme « charmante, posée, ardente, aux cheveux étrangement blancs vu le rose de ses joues : c’est ainsi que la vit Scrope Purvis, C.B., qui se hâtait vers son bureau. » (N. H.) – « charmante, équilibrée, pleine de goût de vivre ; curieux ces cheveux blancs avec ces joues roses ; ainsi la voit Scope Purvis, compagnon de l’Ordre du Bain, qui court à son bureau. » (J. K.)

    Les temps changent, je m’en étonne. Big Ben « sonne » ou « sonnait », les passages du passé au présent varient d’une traduction à l’autre, le présent étant en principe réservé au monologue intérieur. On aimerait une édition bilingue pour voir ce qu’il en est dans le texte original.

    Les nouvelles suivantes se déroulent à la soirée : homme ou femme, les invités dont Virginia Woolf rapporte les états d’âme sont mal à l’aise. Un camarade d’école n’a pas osé décliner l’invitation de Richard Dalloway croisé dans le quartier de Westminster, qu’il n’avait plus vu depuis vingt ans. « Pas du tout son genre » de s’habiller pour une soirée, mais il ne veut pas être impoli. Il observe : « Oisifs, bavards et surhabillés, sans la moindre idée en tête, ces dames et ces messieurs continuaient de parler et de rire » (N. H.) – « Et tout ce beau monde de rire et de papoter, ces gens désœuvrés, bavards, trop élégants ! » (Hélène Bokanowski dans le recueil La Mort de la phalène)

    Il faudra bien qu’il joue le jeu lui aussi quand Dalloway lui présentera Miss O’Keefe, une trentenaire à l’air arrogant, avec qui il tiendra une conversation désaccordée après laquelle ces deux « amoureux du genre humain » se quitteront, « se détestant, détestant toute cette maisonnée qui leur avait fait vivre une soirée de douleur et de désillusion » (L’homme qui aimait le genre humain).

    Virginia Woolf aimait et craignait en même temps la vie mondaine, son Journal l’atteste. Nul doute qu’elle prête à Lily Everit ses propres sentiments quand elle écrit que sa vraie nature était « de faire de grandes promenades solitaires méditatives, d’escalader des portails, de patauger dans la boue, le brouillard, le rêve et l’extase de la solitude, d’admirer la roue du pluvier et de surprendre des lapins » etc. (Présentations)

    Ancêtres puis Ensemble et séparés illustrent à sa manière, subtile et ironique, les malentendus qui naissent de devoir converser aimablement avec des gens qu’on ne connaît pas et qui ne savent rien de votre vie. Faire bonne figure, écouter patiemment ceux qui ne s’intéressent aucunement à vous, tout peut être source d’irritation dans la grande comédie du paraître qu’est la vie mondaine. Même et parfois surtout, pour Mabel comme pour celle qui invente son histoire, la façon dont on est habillé (La nouvelle robe).

    La dernière nouvelle, Un bilan (chez Nancy Huston, Mise au point chez Hélène Bokanowski), en moins de six pages, emmène deux invités des Dalloway dans le jardin : un fonctionnaire « très estimé » (lui aussi compagnon de l’ordre de Bath) et Sasha Latham, « dame élancée et élégante aux mouvements quelque peu indolents », contente de prendre l’air en compagnie de cet homme « sur qui l’on pouvait compter, même dehors, pour parler sans arrêt », ce qui lui permet de marcher « majestueuse, silencieuse, tous les sens en éveil, les oreilles dressées, les narines humant l’air, telle une créature sauvage mais très contrôlée, qui prenait son plaisir la nuit. »

    Le génie de Virginia Woolf est d’enchaîner ainsi les situations, les sensations, les dialogues et le ressenti, l’ennui et l’émerveillement, donnant vie à ses personnages, avec admiration ou avec ironie, souvent avec empathie. « La soirée de Mrs Dalloway est aussi, sur le fond, une réflexion magistrale sur le thème de l’imperfection humaine. » (Nancy Huston)

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    Textes & prétextes, onze ans
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    Tania

  • Attentive à l'infime

    C’est une glaneuse de bonheurs qui m’a mis dans les mains Glaneurs de rêves de Patti Smith et je l’en remercie. Je me suis souvenue de ce moment intense, lors d’une rencontre avec François Busnel pour La grande Librairie en 2014, chez elle, quand elle disait son poème « People have the power ». En frontispice, la première des photos (une vingtaine) qui illustrent ce livre montre les premiers paragraphes de Woolgathering (traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Asquié), la fine écriture penchée de Patti Smith sur un feuillet quadrillé.  

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    Elle décrit d’abord au lecteur « la tonalité » de sa vie quand elle a commencé à écrire ceci pour les livres Hanuman, 7,5 cm sur 10, « comme de petits livres indiens qu’on pouvait transporter dans sa poche. » L’avant-propos se termine ainsi : « Tout ce que contient ce petit livre est vrai, et écrit exactement tel que ça s’est passé. Son écriture m’a tirée de mon étrange torpeur et j’espère que, dans une certaine mesure, il vous emplira d’une joie vague et singulière. »

    Texte en prose, texte poétique : de Un vœu à Un Adieu, Patti Smith compose de courts paragraphes où le souvenir, l’observation, le rêve, l’imagination se sont donné rendez-vous. Entre les paragraphes, les blancs sont des silences qui mettent à l’écoute, des pauses pour accueillir la résonnance des mots. Glaneurs de rêves ne se résume pas. C’est le livre d’une femme « attentive à l’infime ».

    Enfant, elle excellait aux billes qu’elle lustrait le soir avec une peau de chamois. A la fenêtre de sa chambre « où le vent agitait les bords du tissu », elle montait la garde. « Il y avait un champ. Il y avait une haie composée d’énormes buissons qui encadraient ma vue. La haie, je la considérais comme sacrée – le bastion de l’esprit. Le champ, je le révérais, avec son herbe haute et attirante, sa courbe puissante. »

    Parfois elle se couchait dans l’herbe et contemplait le ciel : « On aurait dit que la carte de toute la création était tracée là-haut ». Immobile, il lui était possible alors « d’entendre une graine se former, d’entendre l’âme se replier comme une nappe blanche. »

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    Un vieil homme qui vendait des vairons en guise d’appâts lui a soufflé son titre : « C’est les glaneurs de rêves… » «  Je ne savais pas ce que ça pouvait bien être, un glaneur de rêves, mais ce mot avait une certaine noblesse et ce travail me semblait tout indiqué pour moi. » L’enfant, l’esprit ouvert, « entre sans effort dans l’étrange » ; « il glane, assemblant un fol édredon de vérités – des vérités sauvages et nébuleuses, dont c’est à peine si elles frôlent en fait la vérité. »

    Je n’en dirai pas trop sur ce petit bijou de Patti Smith, un récit qui a l’éclat du rubis indien qu’elle gardait dans son sac, composé comme un patchwork dont « chaque carré était aussi enivrant qu’une graine sauvage ou une tasse de thé rare ». Elle y philosophe en passant : « La seule chose sur laquelle on peut compter, c’est le changement. » Elle y parle de sa chienne Bambi, de sa petite sœur Kimberly.

    Pourquoi Millet en couverture ? Un chapitre porte son nom, où elle évoque son arrière-grand-mère qui l’avait prise en grippe mais à qui elle ressemble : « J’étais consciente, même quand elle me rabrouait, qu’à travers elle je possédais l’âme de la bergère. A travers elle, j’étais attirée par la vie des rêveurs, et je m’imaginais surveillant un troupeau, récoltant la laine dans une sacoche de cuir, et contemplant les nuages. »

    Lisez « Sur le bureau de Patti Smith » et vous verrez là aussi à qui vous avez affaire. Qu’est-ce qu’un poète, une poétesse ? Quelqu’un qui écrit : « L’air était carnaval, saisissement pur. »

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    Textes & prétextes, 10 ans

  • Pas seuls

    llop,josé carlos,parle-moi du troisième homme,roman,littérature espagnole,1949,franquisme,armée,famille,culture« Mon père et moi n’étions pas seuls parce que nous avions ma mère, mais parfois je doutais que notre famille fût une famille. Lorsque nous restions seuls à la maison, j’avais l’impression que nous étions deux fantasmagories silencieuses dont la vie aurait été en latence, et que cette vie n’acquerrait de sens qu’au moment où ma mère franchirait le seuil de la maison et où nous entendrions le tintement de ses clefs et le son de son parapluie dans le porte-parapluies de métal, le culot d’un obus d’une guerre ancienne et oubliée, les arbalètes et les heaumes de la tapisserie. Pendant les heures que durait son absence, chacun d’entre nous vivait au milieu de ses affaires comme un animal en état d’hibernation. »

    José Carlos Llop, Parle-moi du troisième homme 

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    Textes & prétextes,
    9 ans

     

  • 2008-2016

    Textes & prétextes a huit ans aujourd’hui, c’est le troisième 29 février de ce blog, par la grâce d’une année bissextile. Pour fêter cela, j’ai choisi de partager avec vous quelques billets que j’ai aimé découvrir dans la blogosphère ce mois-ci.

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    Merci à tous ceux & celles qui font vivre les échanges sur ce blog.
    Merci à tous ceux & celles qui le visitent en silence, fidèlement.

    Tania

    1/2   « Du fond de mon cœur » (Keisha)
    2/2   « Adrienne aime les nuages » (Adrienne)
    4/2   « Ces livres qui réchauffent » (Carl Vanwelde)
    5/2   « L’heure du thé » (Jacinthe en ville)
    5/2   « Le pouvoir des mots et de la langue » (Alienor)

    6/2  
    « C’est le temps… » (Alezandro)
    7/2   « Le manteau rouge » (Ariane)

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    8/2   « De la civilisation » (Zoë Lucider)
    8/2   « Parler météo » (Nikole)
    9/2   « Refléter » (Fifi)
    10/2 « Lettre à Ulysse / Carta a Ulises » (Colo)
    10/2 « Crimes et châtiments »
    (Christw)
    11/2 « A l’Hôtel de Caumont » (Bonheur du jour)
    12/2 « Aléatoire » (Chinou)

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    14/2 « Journal de bord des Vagues -9 [une respiration saccadée] » (Christine Jeanney)
    16/2 « NaHaiWriMo J. 16 » (Danièle Duteil)
    16/2 « Autoportrait avec convictions » (K)
    17/2 « Les chants du bonheur retrouvé » (Doulidelle)
    17/2 « Bruxelles : Les musées royaux des Beaux-Arts : Le musée Fin de siècle » (Claudialucia)
    17/2
    « Evangile pour un gueux dAlexis Ragougneau » (Valérie G) 
    19/2 « L’invasion des cacafougnas » (Edmée De Xhavée)

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    21/2 « Se tenir » (La bacchante)
    22/2 « Une huitième foire du livre de Bruxelles » (Mina Merteuil)
    22/2 « Art, de Yasmina Reza » (Niki/Sheherazade2000)

    22/2 « Activités culturelles à Gand » (Un petit Belge)
    23/2 « La Pluie jaune - Julio Llamazares » (Dominique)
    23/2 « Retour à Oapkine » (Aifelle)
    26/2 « Rosa Montero, Des larmes sous la pluie » (Maggie)

     

     

     

  • Par hasard

    Hugues traduction allemande.jpg« C’est son fils Joachim qui m’a raconté l’histoire de sa mère. Nous nous sommes rencontrés tout à fait par hasard dans la librairie de mon quartier. Par-dessus le comptoir, je parlais avec la libraire de mon idée d’écrire l’histoire de ma rue. Je venais de rentrer bredouille d’une expédition dans les après-midi goûter et jeux de cartes pour seniors des deux paroisses de mon quartier. Mais ni les catholiques, ni les protestants n’avaient pu fournir la pièce du puzzle qui manquait à mon projet : quelqu’un de non juif qui avait vécu dans ma rue dans les années 30. Et il était exclu de transgresser la règle que je m’étais fixée : mes protagonistes devaient impérativement avoir habité ma rue ou sa place. Pas question de recueillir le témoignage de quelqu’un venant d’une rue attenante. Joachim Bickenbach se racla la gorge et se mêla à notre conversation : Peut-être puis-je vous être utile. Ma mère a vécu avant et pendant la guerre au numéro 3 sur la place. »

    Pascale Hugues, La robe de Hannah 

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    Textes & prétextes
    , 7 ans