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  • Lire, vivre

    Parmi vous, personne ne considère que lire des livres soit une perte de temps, je le sais. Mais si, à notre époque qui s’inquiète du déclin de la lecture, rares sont ceux qui reprendraient à leur compte l’insulte criée par son père à Julien Sorel dans Le rouge et le noir – « Chien de lisard » –, il existe encore des familles où l’on demande aux enfants plongés dans un livre : « Tu n’as donc rien à faire ? »

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    A l’occasion du troisième anniversaire bissextile de ce blog, créé un 29 février, voici quelques réflexions sur la lecture et la vie. « La lecture est une activité intérieure », écrit Siri Hustvedt dans un essai dont je vous parlerai bientôt. Une activité qui requiert de l’attention, de la concentration, de la mémoire, bonne pour la santé et le cerveau. Une activité intellectuelle. La passion de la lecture ne concernerait que 10 % des Français (en neuvième position des loisirs préférés selon une enquête de 2013).

    « Lire, c’est vivre plusieurs vies » pouvait-on lire jadis en haut des pages littéraires du Nouvel Obs. Pour Pierre Dumayet, « Lire, c’est vivre » ou encore « Lire est le seul moyen de vivre plusieurs fois. » Proust l’a exprimé mieux que personne : « Par l’art seulement, nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu’il peut y avoir dans la lune. »

    Est-ce à dire que lire nous met en congé de notre propre vie ? que nous oublierions de vivre en découvrant la vie des autres ? Le paradoxe de la lecture est qu’elle nous retire du monde pour nous y faire entrer. Nous vivons les heures de lecture à l’écart de la vie sociale, mais elles sont riches en fréquentations. En nous mettant à l’écoute des auteurs, nous nous interrogeons, nous nous efforçons de mieux comprendre les autres et nous-mêmes. Est-ce vivre la vie des autres ? Non. Je dirais : les rencontrer, les côtoyer, accéder à l’intime, nager en grande profondeur, comme il est si rare et si précieux de le faire vraiment entre êtres humains.

    lire,vivre,vie active,lecture,passion,partage,littérature,cultureEn lisant, nous ne vivons pas rien. Ce que nous vivons en lisant s’inscrit dans la trame de notre vie. Les heures de lecture ne sont ni inactives ni perdues, elles sont la vie. Certains écrivains ont dit bien mieux que moi la part essentielle des livres dans leur existence – je vous renvoie à ces extraits de Marcel Proust, Virginia Woolf, Italo Calvino, Hubert Nyssen, entre autres, au magnifique Don des morts de Danièle Sallenave.

    Le miracle de la lecture – qui ne doit pas nous faire renoncer à l’exercice physique, à la vie sociale, aux rencontres, entendez-moi bien –, c’est qu’elle agrandit la vie, c’est qu’elle nous ouvre au monde. Quel bonheur, ne trouvez-vous pas, de pouvoir partager ce qui nous tient à cœur dans la blogosphère !

    Lectrice de Nicolae Grigorescu / Lecteur de Sergius Pauser

    * * *

    Grand merci à toutes & à tous pour votre fidélité,

    vos partages, vos commentaires ou vos visites silencieuses.

    Tania

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    Textes & prétextes, 12 ans

  • Mystère

    marina znamensky,midi pile,littérature française,aphorismes,une lecture.com,blog,les inédits de znamensky,2018,culture,belgique« Je suis invitée à des vernissages où aucune œuvre n’est exposée. Je visite des cathédrales qui n’existent que dans la tête de leurs concepteurs. Je converse avec des gens qui ne me répondent qu’en pensées. J’écris des mots qu’on ne définit dans aucun dictionnaire. Qui est Elyot Vadko ? me demande Elyot Vadko. Un mystère me précède et me suit. »

    Marina Znamensky, Midi pile (25 août 2017)

     

    Spilliaert, Console avec livres et boîtes, personnage vu de dos (1907)

  • A midi pile

    Midi pile de Marina Znamensky, publié en 2018, est un livre original : et le contenu et l’objet sont inattendus. Commençons par celui-ci, pour une fois. Une couverture noire, un élastique pour le tenir fermé, à la manière des carnets moleskine, deux rubans signets rouges. L’image sur le bandeau blanc porte à confusion, et c’est heureux. J’y ai vu le pictogramme d’un bouton d’allumage avant de découvrir le titre, c’est aussi la position de l’aiguille d’une horloge à midi. A l’intérieur, la mise en page est particulière, je ne vous dis pas tout (une réalisation dans le cadre d’études graphiques, signale le colophon final).

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    « Reflets de l’âme et joutes de neurones ». En janvier 2015, Marina Znamensky a donné rendez-vous à midi pile tous les jours sur son blog www.unelecture.com et ce « livre papier » en résulte, né du passage « de la page virtuelle au feuillet tactile ». Semaine après semaine, du lundi au vendredi, une note brève. La première : « Je veux écrire de la matière vivante, me dicte mon corps. Du coup, je me fais un sang d’encre. » Une réflexion, une sensation – à chaque jour suffisent quelques mots, trois lignes ou moins, ou un peu plus. Une femme écrit ce qui lui passe par la tête, le cœur, le corps. Les mots sont à la fête, elle aime en jouer.

    « Qui dit tout ne dit rien. Qui ne dit rien dit tout. C’est vraiment difficile de faire la part des choses. » En lisant Midi pile, j’ai parfois pensé aux aphorismes de Scutenaire dans Mes inscriptions (un livre que je ne retrouve pas, hélas, dans ma bibliothèque). Certains de ces aphorismes font mouche, d’autres pas. C’est à lire en prenant son temps – une page par jour suffit quand elle nous parle ; on s’y arrête, on médite.

    Dans la même semaine (février 2015), deux façons de parler du matin illustrent la variété de l’exercice. Le mercredi : « J’en ai assez de me lever tôt, s’est exclamé le matin. » Le vendredi : « Je tente chaque matin de saisir une chose abstraite. Sans succès, bien entendu. J’ai beau mettre des gants et leur proposer un café, les choses abstraites refusent de parlotter. »

    Marina Znamensky prend certains jours de la hauteur, à d’autres elle est plus terre à terre. Ceci m’a fait penser à Sagesse de l’herbe d’Anne Le Maître (qui vient de publier Tous les jours l’été) : « Il existe plusieurs façons d’observer le monde. L’une d’elles se niche en bordure des champs cultivés. Dans les prairies fleuries et les jardins sauvages. Quand les coquelicots dansent, c’est la terre qui rougit. » Et aussi celui-ci, peut-être : « Le chat s’endort et avec lui, la pluie. »

    Les jeux de mots fertiles abondent : « J’ai oublié les mots pour décrire l’inoubliable. » Ou des pirouettes : « Nuit d’insomnie : impossible de digérer le croissant – de lune. » Des images pleines d’humour : « Ils se promenaient dans la ville avec de charmantes automobiles qui les tenaient en laisse. » Et des questions-réponses en tous genres :
    « La liberté ? Le jour est venu et le rêve est passé. »
    « Une maison ? C’est plein de tuiles sur la tête ! »
    « Vous dites ? Je médite. »

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    Photos WAW

    Des conseils sont à la première personne du pluriel : « De toutes les humeurs croisées en chemin, choisissons la bonne. » Ou encore « Cessons d’exister, on vivrait enfin ! » Le ton passe du léger au grave, de l’inquiétude au rire, comme dans la vie. J’ai acquiescé à une définition : « Chaque promenade est un voyage minuscule, une odyssée de l’instant. » Je me suis arrêtée longuement sur cette réflexion magnifique : « Tout ce qu’on perd s’est en réalité écarté de nous. »

    Qu’est-ce qu’une note ? me suis-je demandé en préparant celle-ci : une marque, un texte, une appréciation, un signe de musique, un message, un souvenir… Midi pile est le blog-notes d’une passagère du temps qui donne des ailes, elle, à l’instant. On y croise toutes sortes d’animaux, le zèbre assez souvent, graphique à souhait avec ses lignes en noir et blanc. Les rêves y ont une bonne part.

    On navigue ici entre bonheur de vivre et désespoir du peintre : « Les bleus du ciel et ceux de l’océan se mélangeaient. Le peintre s’acharnait sur la toile. Il voulait les retenir, il n’y parvenait pas. Les bleus le traversaient comme seul, un air de musique peut le faire et puis ils s’enfuyaient en rougissant. »

    Le site de Marina Znamensky, actuellement en transformation, renseigne d’autres titres, textes et haïkus, ainsi que des publications numériques. Je n’y ai pas trouvé d’information biographique. La Toile renseigne un autre titre à la tonalité fort différente. Le WAW, ou « White Art Walk » de Rixensart, Genval et Rosières, mentionne sa participation à ce parcours d’artistes dans le Brabant wallon, mais son site semble également indisponible en ce moment.

    « Les inédits de Znamensky » se sont fixé un cap, clairement indiqué au début du livre et sur le blog : « Un texte court pour un interlude de lecture ».

    * * *

    P.-S. Marina Znamensky m’apprend par courriel que la deuxième édition de Midi Pile est presque épuisée. Comme le blog « une lecture » va disparaître de la Toile dans quelques jours, pour se procurer ce livre, le mieux est de me contacter via T&P pour obtenir son adresse personnelle.
    (31/7/2018)

  • Bienvenue

    Textes & prétextes a déménagé. Vous voici à la nouvelle adresse du blog : http://textespretextes.blogspirit.com/ Enregistrez-la sans attendre ou inscrivez-vous pour recevoir la lettre d’information de T&P, si vous le souhaitez.

    C’est donc sur blogSpirit que vous pourrez suivre dorénavant les « Lectures & balades d’une Bruxelloise ». Vous y gagnez une nouvelle fonction - « Rechercher »  - qui permet de retrouver rapidement un sujet dans les archives du blog, où les anciens tags restent disponibles. De quoi compenser, j’espère, la disparition des listes (bibliographie & auteurs/artistes).

    A demain ? Bienvenue sur T&P rhabillé pour l’été !

  • Lundi, mardi

    Lire Comment j’ai vidé la maison de mes parents était une chose, vider l’appartement de ma mère en est une autre. Pour Lydia Flem, c’était en même temps un travail de deuil ; ce n’est pas mon cas, heureusement. Nous rêvons, pour ceux qui nous sont chers, pour nous-mêmes, d’une vie autonome jusqu’au bout, avec de l’aide bien sûr, mais chez soi ; l’accident ou la maladie, le grand âge y mettent souvent un point final, qu’on le veuille ou non.

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    Mes lectures, mes heures de loisir s’espacent. Je pourrais, comme en août, ralentir le rythme du blog. Je préfère, pour quelques semaines, tenter autre chose. Les billets de début de semaine seront plus courts et plus variés. Tant de pistes d’inspiration s’offrent sur les blogs amis : laboratoire d’écriture, poésie, photos, souvenirs, citations, paroles de sagesse, bonheurs du jour, cueillettes dans la presse ou sur les blogs…

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    Amies, amis de la blogosphère, vous m’excuserez d’être ces temps-ci moins présente sur vos blogs – je continue à vous lire régulièrement, je commente moins. Serez-vous plus compréhensifs que Mina la chatte, qui ne voit pas ces absences d’un très bon œil, elle qui aime tant se laisser bercer par le cliquetis du clavier ?

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    Lundi, mardi, ce sera donc une autre façon de bloguer, sans vider le blog de ces échanges qui me sont chers. Juste le temps d’un café, d’un thé, d’un impromptu, cela peut être gai aussi, non ? Bonne semaine & à bientôt.

    Tania