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cinéma

  • Danse

    Girl affiche.jpg« Même pratiquée à un haut niveau, la danse classique n’est pas abordée sous l’angle du défi comme le ferait un film américain. Elle permet, simultanément, de prendre la mesure de la motivation de Lara tout autant qu’elle rend compte de son désir d’accéder à une forme ultime de féminité. Et cette conquête a un prix exorbitant. Les chorégraphies de Sidi Larbi Cherkaoui expriment tout à la fois la volonté surhumaine de Lara, le sentiment de vertige qui l’habite et l’angoisse d’être découverte. »

    Fernand Denis, Pourquoi Girl est le film de l’année (La Libre Belgique)

  • Girl de Lukas Dhont

    Un film dont on a beaucoup entendu parler déçoit parfois (un livre aussi). Girl est une réussite. Caméra d’or et Prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes, le premier long-métrage de Lukas Dhont révèle Victor Polster, un jeune acteur danseur qui a dépassé ses limites pour apprendre à danser comme une ballerine, donc sur pointes : Victor (aussi le prénom du protagoniste) est né garçon et se sent fille – ne vous encourez pas.

    Girl Lara.jpg
    https://www.festival-cannes.com/fr/films/girl

    En suivant la vie au jour le jour de Lara, ainsi que l’appellent son père et, le plus souvent, son petit frère Milo, le réalisateur a évité les exagérations, les clichés, la provocation que pourrait entraîner le sujet. Il montre bien toutes les difficultés que cela représente pour Victor d’être Lara pas seulement dans sa tête et son mode de vie mais surtout dans son corps, dont elle ne supporte plus l’apparence masculine.

    Au fur et à mesure des visites chez la doctoresse qui lui injecte des hormones et la prépare à ce qui l’attend, chez le psychiatre qui la suit de près et l’encourage à la patience, à travers les dialogues avec son père d’une bienveillance exemplaire, joué par Arieh Worthalter, on découvre les efforts à consentir pour se hisser parmi les meilleurs à l’école de ballet et les difficultés à évoluer parmi ses pairs, garçons et filles.

    La prof de danse qui lui donne des cours particuliers, exigeante et attentive, ne cache pas à Lara (« jongen, jongen » (garçon), lâche-t-elle parfois) qu’il y a encore beaucoup de travail à fournir pour y arriver, en reprenant sans cesse, jusqu’à l’épuisement. Les autres ballerines sont à la fois amicales et curieuses, elles ne s’en cachent pas. Comme à ceux qui l’entourent, la conviction de Lara sur elle-même s’impose aux spectateurs : le jeu de Victor Polster et son doux visage ne laissent pas de place au doute.



    Bande-annonce du film

    Les séquences partent souvent du cadre familial : Lara s’occupe très bien de son petit frère, elle ne mange pas assez, or elle doit être en pleine forme pour affronter l’opération définitive, quand l’âge sera venu. Lara a quinze ans, elle est impatiente. Contre l’avis du médecin, elle masque (douloureusement) ses parties intimes pour danser sans gêne dans la même tenue que les autres filles.

    Son père voudrait que Lara se confie plus à lui, surtout quand il la voit triste ou accablée, mais l’adolescente tient à son jardin secret, cache ses émois, ses épreuves. Lui-même ne parle guère des femmes qu’il rencontre, lui fait remarquer Lara, alors pourquoi devrait-elle raconter sa vie sentimentale ?

    La version originale du film est en néerlandais et de temps en temps en français – « a Belgian film from Flanders » peut-on lire à l’écran, il a reçu des subsides des deux communautés linguistiques. C’est en 2009, à 18 ans, que Lukas Dhont en a eu l’idée, après avoir lu un article sur une jeune fille voulant devenir une danseuse étoile mais née dans un corps de garçon : « Il y a des gens qui pensent que changer de genre, c’est une mode pour le moment. Je pense qu’après avoir vu Girl, au moins, on ne pense plus cela. C’est mon grand espoir avec ce film. » (La Libre Belgique)

    En lisant A moi seul bien des personnages de John Irving, j’ai un peu mieux compris les affres de l’identité sexuelle quand elle sort de l’ordinaire. En assistant à la projection de Girl, où c’est le corps qui parle, comme chez les frères Dardenne que le jeune cinéaste admire, il me semble en effet que notre regard évolue. On a peur pour Lara quand les autres la bousculent, on comprend son père quand il se met en colère, on perçoit mieux pourquoi certains ou certaines veulent transformer leur physique à tout prix pour être fidèles à leur moi profond.

  • Critique

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    « La critique n’est pas là que pour saisir la portée de l’œuvre, elle se confond à son paroxysme avec l’œuvre, elle est la rencontre de deux sensibilités. »

    Cyrille Falisse, Fonction et rôle de la critique (Le passeur critique)

     

     

    Quelques critiques du Cercle littéraire de Guernesey :

     http://www.allocine.fr/film/fichefilm-196612/critiques/presse/

     

     

  • Guernesey, le film

    Que vous ayez lu Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows ou non, ne boudez pas le film de Mike Newell : Le cercle littéraire de Guernesey. Catégorisée « drame, romance », l’adaptation cinématographique de ce roman à succès offre un divertissement agréable. Trop « joli », juge La Libre Culture, qui ne lui attribue qu’une étoile, précisant que le film est plombé par « la qualité anglaise » façon « Downton Abbey » – à vous d’apprécier.

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    Mike Newell a réalisé entre autres Avril enchanté (1992), Quatre mariages et un enterrement (1994), L’amour au temps du choléra (2007). Les acteurs qu’il a choisis sont bien dans leur rôle, avec une mention spéciale pour Penelope Wilton qui incarne une Amelia secrète et émouvante. Elle jouait la mère de Matthew Crawley dans Downton Abbey. Lily James, qui tient ici le rôle principal, y apparaissait dans le rôle de Lady Rose Aldridge, petite-cousine de Lord Grantham.

    L’heure du couvre-feu est passée depuis longtemps sur l’île anglo-normande de Guernesey occupée par les Allemands (du 30 juin 1940 au 9 mai 1945) quand un petit groupe joyeux se fait surprendre par une patrouille. Sommés de justifier leur sortie tardive, ils sont sauvés de l’arrestation par une jeune femme, Elizabeth, qui sort un livre de sa poche et justifie leur présence par une séance tardive du Cercle des amateurs de littérature... et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey – pour justifier ladite tourte que transporte l’un d’eux.

    A Londres, en 1946, une jeune écrivaine qui vient de remporter un beau succès, Juliet Ashton, manque d’enthousiasme pour la tournée de promotion mise au point par son éditeur, ainsi que pour les soirées brillantes où l’emmène son petit ami, un jeune et riche Américain qui couvre de fleurs sa chambre dans une pension modeste. Juliet ne veut pas du splendide appartement qu’il lui propose, elle ne s’y sentirait pas à l’aise.

    Quand arrive une lettre d’un inconnu, envoyée de Guernesey, Juliet est tout de suite charmée par le ton de Dawsey Adams, un jeune fermier qui a trouvé son adresse manuscrite dans un livre d’occasion : ils commencent à correspondre, il lui raconte la naissance et les rituels du fameux cercle de lecture. En panne d’inspiration pour un nouveau livre, elle décide d’aller rencontrer ces gens sur leur île et d’y glaner des informations sur l’Occupation allemande. Son éditeur lui rappelle de rentrer rapidement. Quant à son chevalier servant, il la surprend juste avant qu’elle n’embarque, la demande en mariage sur le quai et lui offre une superbe bague en diamant (art déco) – les voilà fiancés.

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    Ces quelques ingrédients vous donnent une idée de l’intrigue, que l’arrivée sur l’île de Guernesey va développer sur fond de superbes paysages, bords de mer et campagne pittoresques. On y fait la connaissance avec Juliet des différents membres du cercle littéraire, du plus âgé, l’inventeur de la tourte aux épluchures de pommes de terre, Eben Ramsey, au plus jeune, son petit-fils. Mais elle ne tarde pas à se heurter à des réactions hostiles ou des silences quand elle les interroge sur ce qu’ils ont vécu ; il est des drames, des secrets qu’ils n’ont pas envie de lui confier.

    Juliet, curieuse, va donc prolonger son séjour et participer aux réunions du cercle de Guernesey, qui continue les lectures à voix haute suivies d’échanges sur les livres lus. Les films qui donnent une si belle place à la littérature et à la lecture, à la correspondance aussi, ne sont pas si fréquents, celui-ci touchera la fibre sensible de bien des lecteurs et lectrices, a fortiori de ceux qui ont aimé le roman éponyme.

    « Amitié, camaraderie, solidarité, amour, pouvoir de la littérature, beauté du dénuement… Tous les thèmes sont là et bien là dans cette adaptation très mièvre, qui fait passer presque au second plan le seul aspect un peu intéressant : le récit d’une histoire méconnue, celle de l’occupation de Guernesey par le IIIe Reich », écrit Hubert Heyrendt dans La Libre. Sévère. Moins que ce que j’ai lu dans Le Monde, où un critique y voit un « pudding industriel » pour « public féminin du troisième âge » !

    Le film est trop léché et certains personnages ou situations, stéréotypés, c’est vrai. Est-il interdit pour autant d’échapper parfois aux soucis de la vie réelle pour prendre plaisir à une histoire romanesque bien racontée, où tout n’est d’ailleurs pas rose ? Pour ma part, j’ai aimé y découvrir l’île de Guernesey et certains personnages secondaires plus nuancés que le trio sentimental. Comme à la lecture, le sympathique cercle littéraire m’a été d’agréable compagnie, deux heures durant. Un film délassant.

  • Vrille

    farhadi,todos lo saben,everybody knows,film,2018,cinéma,famille,suspense,psychologie,société,culture« Voilà un récit où l’on retient son souffle pendant 2h10. Mais Everybody Knows n’est pas qu’un thriller vertigineux qui dès l’entame, adresse un clin d’œil à Vertigo ; c’est aussi un mélodrame qui vrille au cœur d’une famille. Notre inspecteur [un inspecteur à la retraite appelé à l’aide] ne doit pas creuser bien profond pour réveiller des secrets et des sentiments qui constituent autant de mobiles à l’enlèvement. » 

    Fernand Denis, Avec "Everybody Knows", Farhadi métamorphose un thriller en mélodrame, La Libre Belgique, 16/5/2018.