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extrait - Page 15

  • Besoin d'exister

    nathalie skowronek,karen et moi,roman,biographie,autobiographie,littérature française,belgique,écrivain belge,karen blixen,vie de femme,écriture,culture« Je le porte en moi, ce livre que je voudrais écrire. Je voudrais raconter la vie de Karen Blixen. Cette femme me parle. Karen est ma sœur, son chemin est le mien. Je voudrais dire ses désirs, ses épreuves, son besoin d’exister. Tracer les contours de ce qui l’amène à créer. J’ai l’impression qu’en parlant d’elle j’arriverai à parler de moi. Je suis lasse, lasse de mentir. Et, comme Karen, j’ai l’espoir que l’écriture pourra me sauver. »

    Nathalie Skowronek, Karen et moi

    © Jan Goedhart, Portrait de femme écrivant, 1930

  • Enumérant

    Perec Points.jpg« Les soixante dernières pages du livre contenaient les révélations les plus intéressantes du point de vue de la collection. Elles se présentaient comme le compte rendu succinct mais détaillé des onze séjours que Hermann Raffke avait effectués en Europe entre 1875 et 1909. Aucun souci d’écriture n’avait présidé à la rédaction de ces notes, d’une lecture rapidement lassante, énumérant à longueur de pages l’emploi du temps des journées du brasseur : visites d’ateliers et de galeries, consultations d’experts, contacts avec des courtiers, déjeuners avec les artistes et les marchands, rendez-vous avec des collectionneurs, des restaurateurs, des encadreurs, des expéditionnaires, des banquiers, etc. »

    Georges Perec, Un cabinet d’amateur

    (J’attire l’attention par la suspension des italiques
    sur les nombreux clins d’œil de Perec aux lecteurs.)

  • Partir

    Mbougar Sarr LPSMDH.jpg« A partir de 1937, il y eut de moins en moins de lettres d’Elimane et, bientôt, plus de lettres du tout. Après quelques mois sans nouvelles, Mossane était allée voir le missionnaire et lui avait prié d’écrire pour elle à son fils. Il le fit, mais Elimane ne répondit pas et demeura dans le silence. Mon cœur se serre quand je pense à ces mois-là, car je sais que c’est à cette époque que Mossane a commencé à dépérir. Dans le silence soudain d’Elimane, elle avait l’impression de revivre la disparition et le silence d’Assane qui, lui, n’avait pas écrit du tout. Voilà le début de la tragédie de Mossane (et une part de la mienne) : Assane et Elimane, l’homme qu’elle a choisi et le fils qu’ils eurent sont partis tous deux. Différents, ils ont néanmoins eu le même destin, partir et ne pas revenir, ainsi que le même rêve : devenir des savants dans la culture qui a dominé et brutalisé la leur. »

    Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes

  • Règle du jeu

    gwenaëlle aubry,saint phalle,monter en enfance,essai,biographie,art,sculpture,tirs,nanas,jardin des tarots,tinguely,création,traumatisme,rebellion,culture« A certains, l’enfance est donnée, elle reste là, à portée de main. Pour les autres, elle se conquiert, dans la mesure d’une distance, par-delà tout ce que d’elle on a préféré oublier, tout ce qu’en vous elle a menacé. Saint Phalle est, bien sûr, l’une des reines de la tribu de l’enfance : « Children should be seen and not heard, Les enfants doivent être vus, et pas entendus », lui répétait sa mère quand elle ne la frappait pas au visage avec sa brosse à cheveux. Elle a obéi, transformé l’interdit en règle du jeu : de l’enfance, elle a tout donné à voir, tout offert au regard, candeur et démesure, appétit d’ogre et terreurs enfouies, insolence, joie, cruauté. Je crois pourtant qu’il lui a fallu, pour la retrouver, accomplir un long trajet. On dit « tomber en enfance » comme « tomber amoureux » : mais Saint Phalle n’est pas tombée, elle est montée en enfance. Son lourd legs, elle l’a, comme on souffle un métal, transmué en légèreté. »

    Gwenaëlle Aubry, Saint Phalle, Monter en enfance

  • Négation vivante

    isaac bashevis singer,le charlatan,roman,inédit,littérature yiddish,exil,juifs,new york,mariage,liaisons,famille,doctrine,culture« « Tout participe à l’amour de Dieu, écrivait-il. Le Père céleste demande que ses enfants s’amusent et peu importe comment ils procèdent. Il demande simplement que le bonheur de l’un ne soit pas bâti sur le malheur d’un autre. Toute la science, toute la sociologie, tous les efforts des hommes ne devraient avoir qu’un seul but : trouver les moyens d’y parvenir. » Hertz aimait citer les paroles d’Isaïe.
    En commençant son livre, il avait décidé de pratiquer ce qu’il prêchait. Il tenait même un journal destiné à mettre en valeur et à commenter ses théories. Mais il s’était perdu dans les complications de son texte et de sa vie. Au lieu d’apporter du bonheur, il causait bien des chagrins. Il se torturait lui-même et ne connaissait pas un seul jour de paix. Il finissait par devenir la négation vivante de sa doctrine.
    Bronia l’appela pour lui dire que le dîner était prêt. Mais il n’avait pas faim. Il se leva avec effort. « Toute l’institution du mariage est antireligieuse », se dit-il.
    « Hertz, la viande refroidit ! » »

    Isaac Bashevis Singer, Le charlatan