Une exposition d’Othoniel à Bruxelles, à La Villa Empain où j’avais découvert son nom pour la première fois en 2010 près d’un très grand collier doré, m’a donné l’occasion de mieux connaître cet artiste français croisé à Avignon l’été dernier. Jean-Michel Othoniel présente « Diary of Happiness » (Journal du bonheur) ainsi : « Les œuvres exposées participent de ma recherche du bonheur et témoignent du long chemin qui m’a mené de l’ombre à la lumière. » C’est aussi le titre d’une œuvre de 2008, une sorte de boulier : « On choisit de déplacer la boule du côté sombre du boulier, si l’on estime avoir passé une mauvaise journée, ou du côté clair, si l’on estime avoir été heureux. »

Othoniel : Cosmos, Wonderblock, Etoile d'or (cliquer pour agrandir la photo)
dans le hall de la villa Empain, Bruxelles
Pour ouvrir ce carnet de voyage, « plus d’une centaine d’œuvres inspirées par trente ans de voyages à travers le monde », une grande sphère « Cosmos » (2025) est suspendue sous le lanterneau du hall de réception. Deux « Wonderblock » s’y font face : des murets en briques de verre indien miroité, l’un rose indien (à gauche), l’autre champagne (à droite). Le joli coin près de l’escalier accueille « Géométrie amoureuse » ; les couleurs (souvenir des loukoums d’Istanbul) sont assorties aux fauteuils (je découvre que ce coin cosy s’appelle « Bar du Baron » – le baron Empain qui a fait construire cette villa Art déco).

Othoniel : Géométrie amoureuse, 2004
Au fond, « L’étoile d’or » devant la fenêtre donnant sur la piscine – on admire des « Lotus d’or » posés sur l’eau – comporte en son centre des éléments que je n’avais pas remarqués d’emblée : des pipes ! Le salon de gauche est dédié à la Belgique où l’artiste est venu dans les années 1980, curieux des surréalistes comme Broodthaers et Magritte et de la poésie belge. Au mur, des cartes postales et dentelles de Bruges, près d’une surprenante série de plumes et pipes accrochées sous des cartes à jouer en verre. Othoniel présente là divers objets dont une pipe en soufre, un matériau de ses débuts qu’on retrouvera plus loin.

Othoniel : Le Burlador (Cartes à jouer sur verre, pipes de tire en terre, plumes, objets divers), 1990
Des aquarelles aux couleurs délicates, rarement montrées par l’artiste, accompagnent les grandes œuvres comme « Le collier infini » avec ses perles pailletées d’or, elles en montrent des variantes. Dans le salon de droite, place à un cœur en verre de Murano rouge ouvert en dessous, devenant « arche ou porche ». « Kokoro » : le mot « évoque à la fois le cœur physique, le sentiment amoureux, l’émotion de la pensée et la conscience de l’esprit. » Il en existe plusieurs dans des espaces publics au Japon.
Dans l’escalier, « L’Ile dans la tête » (2026) orne le mur du palier entre les deux volées de marches : Othoniel y a dessiné son île de créateur, l’atelier, une fontaine, un confident et même son lit, des arbres et des fleurs, l’île des verriers de Murano, un bateau de verre, entre autres. Elle est reprise en partie sur la couverture du Guide du visiteur, qui suit la succession des salles, pays par pays : Istanbul, Belgique, Japon, Inde, New York, Rome, Venise, Berlin, Espagne, Arménie, Asie, Miami, Versailles.

Othoniel : Venise (vue partielle) - Lustre (aquarelle), 2001
En allant en Inde à Firozabad, ville des verriers en plein désert, Othoniel a découvert là des tas de briques de terre en attente pour la construction d’une maison, et le verre indien miroité, omniprésent dans son œuvre. La salle vénitienne, avec ses suspensions multicolores, ses candélabres devant les fenêtres, ses perles baroques, m’a rappelé La fileuse de verre. Au sol, un tapis de briques vertes. Au mur, une succession d’aquarelles, dont un « Lustre » très raffiné… Les couleurs des perles sont subtiles et leur assortiment tout autant.

Othoniel : Espagne - Bottle of Tears, 2011 / La Croix Rouge
Dans la salle espagnole surgit le rouge : une peinture sur toile à l’encre rouge sur fond d’or vert et, sur la terrasse attenante, « La Croix Rouge ». Etonnante « Bottle of Tears » (Bouteille de larmes ; verre du Mexique, eau) ! En tournant autour de cette sculpture, on y découvre autre chose, c’est magique. Sur la table centrale, des œuvres en soufre sous globe, étranges.

Othoniel : Obsidienne - Epée d'académicien, 2021
Vous l’aurez compris, de salle en salle, ce sont des univers inspirés par des découvertes, des rencontres aussi. Jean-Michel Othoniel les présente lui-même dans le Guide du visiteur qui contient ses propres textes et illustrations. Vous pouvez le feuilleter en ligne. Je vous recommande la visite de cette exposition, seule manière de ressentir le mariage singulier entre matière et lumière chez cet artiste poète.

Othoniel : Miami (vue partielle) - Passiflora, 2025
Vous y verrez sa remarquable épée d’académicien (beaux-arts, section sculpture) en obsidienne et bronze. Un tombeau inattendu, bleu et or. Des fleurs solaires. En fin de parcours, une petite salle évoque les créations d’Othoniel à Versailles, avec des aquarelles et une vidéo, « O’de », une chorégraphie contemporaine filmée le jour de l’inauguration en mai 2015 des Belles Danses, une œuvre permanente d’Othoniel installée au bosquet du Théâtre d’Eau dans les jardins du Château de Versailles. (Il pleuvait, j’ai oublié de faire le tour du jardin de la Villa Empain.) Ne manquez pas cette rétrospective, un rendez-vous avec la beauté et la féerie des couleurs. Jusqu’au 04.10.2026.



Commentaires
Quelle intéressante exposition ! Ombres et lumières, couleurs, selon les pays, un voyage tout à fait plaisant, merci.
Très intéressante et bien plus variée que je l'imaginais.
J'aime tellement cet artiste ! en plus tu as eu la chance de voir ses oeuvres dans un bel écrin. J'espère avoir l'occasion de revoir une expo de lui à Paris, ou pas trop loin de chez moi. J'ai encore très présent mon enchantement devant son bosquet à Versailles, un jour de grandes eaux.
Bonjour, Aifelle. Ton enthousiasme pour cet artiste m'a incitée à découvrir cette exposition et je t'en remercie.
Très intéressant, tu nous livres là à travers cette exposition différentes facettes de cet artiste. Je viens de feuilleter son Guide du visiteur, je ne savais pas qu'il avait autant voyagé. Merci Tania pour ce beau billet, oui, on pense en te lisant au merveilleux livre de Tracy Chevalier, que de talents ! Bises et lumineuse semaine à toi. brigitte
Bonjour, Brigitte. Ce Guide d'Othoniel nous donne un aperçu de ses voyages et de sa sensibilité, c'est si beau de transformer ses impressions en créations à travers des formes simples ainsi renouvelées.
Très beau temps ici, la vie comme en été. Bises.
Comme toujours grâce à toi j'apprends plein de choses. Bien entendu je connais cet artiste de nom mais tu vois je ne savais pas que ces oeuvres étaient aussi riches ni qu'il avait autant voyagé ni qu'il avait peint à l'aquarelle...Merci de nous mettre le lien vers son "guide du visiteur". Je vais prendre le temps d'aller l'explorer.
Chère Manou, j'étais comme toi avant de visiter cette exposition dont j'ai aimé l'agencement par pays avec chaque fois le commentaire de l'artiste.
Les aquarelles lui permettent de tester des formes et des couleurs, je trouve qu'elles donnent un supplément d'âme aux oeuvres par la trace manuelle du travail créatif.
Quelle chance d'avoir pu voir cette exposition!
J'aime tant Othoniel!
J'ai vu ici ou là certaines de ces œuvres mais pas une seule qui lui était entièrement consacrée.
Merci.
C'était une première pour moi et une véritable découverte.