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perles

  • Brique

    Othoniel : « La brique est un symbole universel existant dans de nombreuses cultures, un dénominateur commun, tout comme la perle. Ce module me permet de réaliser des œuvres entre sculpture et architecture. »
    (Chambre nord : Inde)

    Othoniel à la Villa Empain (35) Precious Stonewall.jpg
    Othoniel, Precious Stonewall, 2025,
    verre indien miroité émeraude et bleu

    « Plus tard, les Precious Stonewall, ces blocs de briques abstraits accrochés au mur, sont venus conforter la mémoire des événements de la rébellion de Stonewall, en 1969, qui a donné naissance à la première gay pride, à New York. »
    (Salle d’escrime : New York)

    Source : Othoniel, Diary of Happiness, Guide du visiteur, Villa Empain > 4/10/2026

  • Journal d'Othoniel

    Une exposition d’Othoniel à Bruxelles, à La Villa Empain où j’avais découvert son nom pour la première fois en 2010 près d’un très grand collier doré, m’a donné l’occasion de mieux connaître cet artiste français croisé à Avignon l’été dernier. Jean-Michel Othoniel présente « Diary of Happiness » (Journal du bonheur) ainsi : « Les œuvres exposées participent de ma recherche du bonheur et témoignent du long chemin qui m’a mené de l’ombre à la lumière. » C’est aussi le titre d’une œuvre de 2008, une sorte de boulier : « On choisit de déplacer la boule du côté sombre du boulier, si l’on estime avoir passé une mauvaise journée, ou du côté clair, si l’on estime avoir été heureux. »

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    Othoniel : Cosmos, Wonderblock, Etoile d'or (cliquer pour agrandir la photo)
    dans le hall de la villa Empain, Bruxelles

    Pour ouvrir ce carnet de voyage, « plus d’une centaine d’œuvres inspirées par trente ans de voyages à travers le monde », une grande sphère « Cosmos » (2025) est suspendue sous le lanterneau du hall de réception. Deux « Wonderblock » s’y font face : des murets en briques de verre indien miroité, l’un rose indien (à gauche), l’autre champagne (à droite). Le joli coin près de l’escalier accueille « Géométrie amoureuse » ; les couleurs (souvenir des loukoums d’Istanbul) sont assorties aux fauteuils (je découvre que ce coin cosy s’appelle « Bar du Baron » – le baron Empain qui a fait construire cette villa Art déco).

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    Othoniel : Géométrie amoureuse, 2004

    Au fond, « L’étoile d’or » devant la fenêtre donnant sur la piscine – on admire des « Lotus d’or » posés sur l’eau – comporte en son centre des éléments que je n’avais pas remarqués d’emblée : des pipes ! Le salon de gauche est dédié à la Belgique où l’artiste est venu dans les années 1980, curieux des surréalistes comme Broodthaers et Magritte et de la poésie belge. Au mur, des cartes postales et dentelles de Bruges, près d’une surprenante série de plumes et pipes accrochées sous des cartes à jouer en verre. Othoniel présente là divers objets dont une pipe en soufre, un matériau de ses débuts qu’on retrouvera plus loin.

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    Othoniel : Le Burlador (Cartes à jouer sur verre, pipes de tire en terre, plumes, objets divers), 1990

    Des aquarelles aux couleurs délicates, rarement montrées par l’artiste, accompagnent les grandes œuvres comme « Le collier infini » avec ses perles pailletées d’or, elles en montrent des variantes. Dans le salon de droite, place à un cœur en verre de Murano rouge ouvert en dessous, devenant « arche ou porche ». « Kokoro » : le mot « évoque à la fois le cœur physique, le sentiment amoureux, l’émotion de la pensée et la conscience de l’esprit. » Il en existe plusieurs dans des espaces publics au Japon.

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    Othoniel : Kokoro, 2012

    Dans l’escalier, « L’Ile dans la tête » (2026) orne le mur du palier entre les deux volées de marches : Othoniel y a dessiné son île de créateur, l’atelier, une fontaine, un confident et même son lit, des arbres et des fleurs, l’île des verriers de Murano, un bateau de verre, entre autres. Elle est reprise en partie sur la couverture du Guide du visiteur, qui suit la succession des salles, pays par pays : Istanbul, Belgique, Japon, Inde, New York, Rome, Venise, Berlin, Espagne, Arménie, Asie, Miami, Versailles.

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    Othoniel : Venise (vue partielle) - Lustre (aquarelle), 2001

    En allant en Inde à Firozabad, ville des verriers en plein désert, Othoniel a découvert là des tas de briques de terre en attente pour la construction d’une maison, et le verre indien miroité, omniprésent dans son œuvre. La salle vénitienne, avec ses suspensions multicolores, ses candélabres devant les fenêtres, ses perles baroques, m’a rappelé La fileuse de verre. Au sol, un tapis de briques vertes. Au mur, une succession d’aquarelles, dont un « Lustre » très raffiné… Les couleurs des perles sont subtiles et leur assortiment tout autant.

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    Othoniel : Espagne - Bottle of Tears, 2011 / La Croix Rouge

    Dans la salle espagnole surgit le rouge : une peinture sur toile à l’encre rouge sur fond d’or vert et, sur la terrasse attenante, « La Croix Rouge ». Etonnante « Bottle of Tears » (Bouteille de larmes ; verre du Mexique, eau) ! En tournant autour de cette sculpture, on y découvre autre chose, c’est magique. Sur la table centrale, des œuvres en soufre sous globe, étranges.

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    Othoniel : Obsidienne - Epée d'académicien, 2021

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    Vous l’aurez compris, de salle en salle, ce sont des univers inspirés par des découvertes, des rencontres aussi. Jean-Michel Othoniel les présente lui-même dans le Guide du visiteur qui contient ses propres textes et illustrations. Vous pouvez le feuilleter en ligne. Je vous recommande la visite de cette exposition, seule manière de ressentir le mariage singulier entre matière et lumière chez cet artiste poète.

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    Othoniel : Miami (vue partielle) - Passiflora, 2025

    Vous y verrez sa remarquable épée d’académicien (beaux-arts, section sculpture) en obsidienne et bronze. Un tombeau inattendu, bleu et or. Des fleurs solaires. En fin de parcours, une petite salle évoque les créations d’Othoniel à Versailles, avec des aquarelles et une vidéo, « O’de », une chorégraphie contemporaine filmée le jour de l’inauguration en mai 2015 des Belles Danses, une œuvre permanente d’Othoniel installée au bosquet du Théâtre d’Eau dans les jardins du Château de Versailles. (Il pleuvait, j’ai oublié de faire le tour du jardin de la Villa Empain.) Ne manquez pas cette rétrospective, un rendez-vous avec la beauté et la féerie des couleurs. Jusqu’au 04.10.2026.

  • Atelier

    Chevalier La fileuse Folio.jpg« Aujourd’hui, les perles d’Orsola achetaient des chaussures aux enfants et un meilleur vin aux adultes. […] Orsola était aux anges d’avoir un semblant de studio, un endroit à elle, où elle ne serait plus obligée de débarrasser ses outils chaque fois qu’elle avait terminé. Cependant, être au cœur de la maison lui manquait parfois. Dans la cuisine, elle avait su qui était malade, qui était fatigué, qui était fâché, où se rendaient les uns et les autres et à quel moment. Elle avait vu Isabella rouler des yeux derrière le dos de Giacomo bien avant de déguerpir. Elle avait vu Laura Rosso donner à Raffaele des biscotti supplémentaires. Elle avait vu Monica regarder son fils Andréa avec pitié quand il courait après les autres en boitillant.
    En plus des perles, Orsola faisait maintenant d’autres objets qu’elle vendait dans la petite échoppe rattachée à l’atelier. »

    Tracy Chevalier, La fileuse de verre

  • La fileuse de perles

    Après Les jardins de Torcello de Claudie Gallay, retour à Venise avec La fileuse de verre (2024, traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff), le premier roman de Tracy Chevalier que je lis depuis sa fameuse Jeune fille à la perle (2000). Cette fois, il s’agit de perles de verre, celles que fabrique Orsola Rosso, la fille d’un maître verrier de Murano.

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    En ouverture, « Une brève explication du temps alla Veneziana » rappelle que  « Les gens qui créent des choses ont un rapport ambigu au temps ». Cet avertissement prépare les nombreux ricochets de l’histoire qui se déroule de 1486, quand Venise « règne en maître sur le commerce » et qu’Orsola a neuf ans, à 2019, quand Venise accueille près de cinq millions de visiteurs et qu’Orsola a… soixante-cinq ans. La fiction s’arroge tous les droits, la romancière a voulu préserver ainsi l’intérêt pour son héroïne tout en racontant l’évolution de la ville et du travail du verre sur plus de cinq cents ans.

    Après la chute d’Orsola dans un canal peu profond, poussée par son frère Marco, sortie de l’eau par son frère Giacomo, Laura Rosso dit à sa fille d’entrer chez les Barovier pour se réchauffer à leur four, et de bien ouvrir les yeux. Dans cet atelier plus grand que le leur, Orsola aperçoit Maria Barovier, la sœur du « maestro » : elle réprimande un « garzoni » qui lui tend une baguette de verre, la remarque et la chasse : « Dehors, Rosso. Spia. » La petite espionne s’enfuit.

    A la maison, sa mère lui fait décrire la baguette. Cela confirme ce que Laura avait entendu dire : Marietta fabrique des perles. Peut-être les Rosso devraient-ils en faire aussi ? Son mari Lorenzo préfère continuer à faire des verres, des pichets, des jattes. Un mois plus tard, les Barovier présentent leur nouveauté, la « rosetta », une perle ovoïde que Laura trouve laide mais qu’Orsola adore.

    A dix-sept ans, Orsola, des cheveux et des yeux noirs comme sa mère, assiste à un drame dans l’atelier : un apprenti laisse tomber une anse de verre. Un éclat se plante dans la gorge de son père, le sang jaillit, et il meurt peu après. Tous les verriers de Murano se rendront à son enterrement et aussi le marchand Klingenberg, qui a toujours apprécié son travail.

    Quelque temps après, Maria Barovier leur livre du tissu : Orsola a besoin d’une nouvelle robe. Sa mère s’empresse de la confectionner, l’envoie se montrer à Maria et lui demander conseil. En effet, Marco Rosso a du talent mais boit trop, le marchand ne lui a rien commandé. Et Laura est enceinte. Selon Maria, l’atelier doit se diversifier et Paolo, l’excellent assistant de son père, guider le travail de ses frères. Quant à Orsola, elle pourrait faire des perles « à la lampe », différentes des siennes, de plus en plus demandées ; une cousine lui montrera comment faire, chez elle, puisque les femmes ne peuvent travailler à l’atelier.

    Orsola apprend à filer le verre, elle fait des rencontres : un jeune Vénitien séduisant, Antonio Scaramal, aux cheveux blond foncé, rêve de travailler à Murano – mais les verriers n’engagent que des Muranais, pour protéger leurs secrets de fabrication. Domenego, le gondolier africain de Klingenberg, va devenir un ami.

    1574, la peste revient à Venise, puis à Murano. Les ateliers ferment, une servante puis la femme de Marco tombent malades, les Rosso sont confinés chez eux. Grâce à Antonio qui passe sous leurs fenêtres et aux perles d’Orsola qui servent de monnaie d’échange, ils arrivent à survivre. 1631, la Cité des Eaux ne règne plus sur le commerce comme avant. Orsola, amoureuse d’Antonio qu’elle fréquente en secret, voit son rêve de le voir nommé assistant à l’atelier et de l’épouser ruiné par le choix de Marco. Son frère préfère Stefano qui a de l’expérience, acquise chez les Barovier. Antonio décide de partir travailler sur la terre ferme.

    Le temps alla Veneziana passant, Orsola devient une excellente fileuse dont les perles de verre sont très appréciées. Klingenberg lui en passe commande régulièrement, et aussi de colliers pour de riches clientes. Elle devient amie avec Klara, la fille du marchand, à qui elle peut se confier. La famille Rosso ne cessant de s’agrandir et l’atelier de connaître des difficultés, l’argent gagné par Orsola est le bienvenu.

    Tracy Chevalier s’est documentée sur l’histoire du verre à Venise et sur ces perles de troc que fabriquaient des femmes. Elle a visité des ateliers à Murano et même appris à faire des perles. Dans La fileuse de verre, elle décrit précisément ce métier, montre ses difficultés, l’équilibre à trouver entre désir de créer et rentabilité. Grâce aux nombreux rebondissements dans la vie d’Orsola et de sa famille, que je vous laisse découvrir, la romancière réussit à plonger ses lecteurs dans de milieu et à leur faire traverser en même temps Venise au fil des siècles.