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  • Nos choix numériques

    Lutter contre la pollution numérique implique des choix, nous sommes tous concernés. Sans renoncer à la téléphonie mobile ni à l’internet, nous pouvons « agir en faveur d’un Internet plus respectueux de la planète », comme expliqué sur le site de Greenpeace. Le développement de l’IA rend cette prise de conscience encore plus nécessaire. Autant savoir qu’à l’échelle mondiale, les data centers qui lui sont dédiés consomment désormais l’équivalent de la consommation électrique des Pays-Bas, selon OutilsIA (Combien consomme ChatGPT ? Électricité, eau et coût réel par question). Trois articles récents révèlent l’ampleur d’un nouveau fléau qui sévit déjà aux Etats-Unis et cherche de nouveaux terrains en Europe : le boom des centres de données ou « data centers ».

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    Rik Slabbinck (1914-1991), Nuages noirs

    Germantown, Kentucky. « Champs vallonnés, routes étroites reliant des fermes dispersées, un silence qui permet d’entendre le chant des coqs et le beuglement des vaches au loin : le comté de Mason, dans le nord du Kentucky, n’est pas le genre d’endroit où l’on imagine un data center. Et pourtant. Un mystérieux projet d’une superficie de plus de 800 hectares est dans les cartons. À Germantown, village de 143 âmes, Max Moran a décidé de se mobiliser. » Alexis Buisson raconte comment ce fils d’agriculteur de vingt-trois ans a décidé de se porter candidat pour le poste de « juge exécutif » (dirigeant de comté). Il veut plus de transparence à propos de cette implantation et « s’assurer que les habitants y trouvent leur compte ». De plus en plus d’Américains inquiets se lancent en politique pour réagir à la multiplication de ces centres, due à « la marche forcée vers l’IA » et à la concurrence avec la Chine.

    Au départ, Max Moran pensait que cela pourrait améliorer les infrastructures Internet, « en piètre état dans cette région rurale ». Mais il peine à obtenir des informations, ne fût-ce que sur la société derrière le projet. Alors que les partisans du data center « mettent en avant la manne fiscale qu’il représente, ses détracteurs redoutent l’explosion de leurs factures d’électricité, la pollution sonore, la consommation accrue d’eau et sa contamination. » Les retombées économiques ? Plus de 800 hectares de terrain « pour potentiellement seulement 50 emplois » ! « Beaucoup de fermiers ont été contactés pour qu’ils vendent leurs terrains. Si nous ne faisons pas attention, notre comté pourrait devenir une zone industrielle qui ne produit rien. » (LLB, 27/5/2026)

    Bruxelles, lobby de la « tech américaine ». A cinq minutes à pied du Parlement européen, les bureaux de Meta qui consacre dix millions d’euros par an pour influencer les décisions politiques. Les autres géants de la tech ne sont pas loin. Selon le chercheur Bram Vranken (Corporate Europe Observatory, groupe de recherche qui travaille à exposer et contester l’accès privilégié et l’influence dont jouissent les entreprises et leurs groupes de pression dans l’élaboration des politiques de l’UE), une enquête a révélé que « la Commission a simplement copié-collé un amendement proposé par Microsoft et le lobby DigitalEurope. » Objectif : limiter l’accès des ONG à certaines informations sur les centres de données énergivores. (Juliette Vandestraete, Comment la tech américaine influence l’Union européenne depuis Bruxelles, LLB, 28/5/2026)

    Dans La Libre de jeudi dernier, Claire Laville titrait « Erin Brockovich entre en lutte contre les data centers ». À plus de soixante ans, cette icône de la lutte environnementale, devenue célèbre à travers le film qui a raconté son combat acharné et victorieux contre la pollution des eaux potables, s’est engagée dans la bataille des data centers. Elle a lancé une carte interactive des data centers construits, en construction, retardés ou contestés du pays. Près de 3 700 sites ont déjà été signalés.

    « Consommation phénoménale d’eau, impact sur les écosystèmes, factures énergétiques élevées ou encore pollution sonore sont autant d’impacts qui poussent Erin Brockovich à porter une nouvelle fois la voix des citoyens. Au-delà des atteintes environnementales, elle dénonce également l’opacité qui entoure l’attribution des permis de construire. » (LLB, 4/6/2026) L’implantation des data centers n’est pas sans risques pour les régions qui les accueillent. Autant savoir.

    Près de Bruxelles, « le futur data center de Neder-Over-Heembeek consommera l’énergie de plus de 115.000 Belges » (article sur le site de la RTBF), un complexe « conçu pour l’IA, la recherche, l’analyse de données et le calcul haute performance, ce qui permettra aux organisations belges et européennes de traiter leurs données de manière locale et en sécurité. » (Le Soir Immo, 6/11/2025).

    Nous nous sentons impuissants devant cette fuite en avant de la consommation de l’énergie et des ressources, mais nous pouvons tout de même éviter d’y contribuer, principalement en allongeant la durée de vie de nos équipements informatiques – tant qu’un appareil fonctionne, pas besoin d’en acheter un nouveau – et en limitant la très haute définition des vidéos que nous regardons (conseils pratiques sur le site de GreenPeace). Nous pouvons aussi refuser les objets connectés pour éviter leur coût écologique, combattre la prolifération des écrans vidéos publicitaires en ville. Bref, quand nous n’en avons pas besoin, éviter le recours à l’IA. Les nuages noirs de Slabbinck ne vous semblent-ils pas bien plus poétiques que la réalité du « cloud » ?