Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

choix

  • Sobriété

    data centers,pollution numérique,choix,ia,presse« Limiter le réchauffement climatique implique une réduction drastique des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’IA se trouve-t-elle dans une impasse ? « Aucun argument avancé par Google pour réduire les émissions de l’IA ne tient la route, déplore Anne-Laure Ligozat*. L’amélioration des équipements impose d’en fabriquer de nouveaux, émettant ainsi des GES. L’optimisation des infrastructures – comme le refroidissement à l’eau des centres de données – déplace le problème sur la ressource en eau. Et la délocalisation des centres de données vers des pays avec un mix électrique bas carbone nécessite d’être en mesure de gérer la demande électrique supplémentaire… » Quant à l’optimisation des modèles, si elle réduit effectivement leur consommation, elle pousse à une utilisation accrue… le fameux effet rebond. « Cela tend à annuler les économies d’énergie possibles, conclut Alex de Vries*. Je plaide principalement pour la sobriété des usages de l’IA. »

    Anaïs Marechal, IA générative : la consommation énergétique explose (Polytechnique insights, Paris, 13/11/2024)

    *Anne-Laure Ligozat, professeure en informatique à l’ENSIIE et au LISN
    *Alex De Vries, doctorant à la School of Business and Economics à l'Université d'Amsterdam

  • Nos choix numériques

    Lutter contre la pollution numérique implique des choix, nous sommes tous concernés. Sans renoncer à la téléphonie mobile ni à l’internet, nous pouvons « agir en faveur d’un Internet plus respectueux de la planète », comme expliqué sur le site de Greenpeace. Le développement de l’IA rend cette prise de conscience encore plus nécessaire. Autant savoir qu’à l’échelle mondiale, les data centers qui lui sont dédiés consomment désormais l’équivalent de la consommation électrique des Pays-Bas, selon OutilsIA (Combien consomme ChatGPT ? Électricité, eau et coût réel par question). Trois articles récents révèlent l’ampleur d’un nouveau fléau qui sévit déjà aux Etats-Unis et cherche de nouveaux terrains en Europe : le boom des centres de données ou « data centers ».

    Data centers,pollution numérique,choix,IA,presse
    Rik Slabbinck (1914-1991), Nuages noirs

    Germantown, Kentucky. « Champs vallonnés, routes étroites reliant des fermes dispersées, un silence qui permet d’entendre le chant des coqs et le beuglement des vaches au loin : le comté de Mason, dans le nord du Kentucky, n’est pas le genre d’endroit où l’on imagine un data center. Et pourtant. Un mystérieux projet d’une superficie de plus de 800 hectares est dans les cartons. À Germantown, village de 143 âmes, Max Moran a décidé de se mobiliser. » Alexis Buisson raconte comment ce fils d’agriculteur de vingt-trois ans a décidé de se porter candidat pour le poste de « juge exécutif » (dirigeant de comté). Il veut plus de transparence à propos de cette implantation et « s’assurer que les habitants y trouvent leur compte ». De plus en plus d’Américains inquiets se lancent en politique pour réagir à la multiplication de ces centres, due à « la marche forcée vers l’IA » et à la concurrence avec la Chine.

    Au départ, Max Moran pensait que cela pourrait améliorer les infrastructures Internet, « en piètre état dans cette région rurale ». Mais il peine à obtenir des informations, ne fût-ce que sur la société derrière le projet. Alors que les partisans du data center « mettent en avant la manne fiscale qu’il représente, ses détracteurs redoutent l’explosion de leurs factures d’électricité, la pollution sonore, la consommation accrue d’eau et sa contamination. » Les retombées économiques ? Plus de 800 hectares de terrain « pour potentiellement seulement 50 emplois » ! « Beaucoup de fermiers ont été contactés pour qu’ils vendent leurs terrains. Si nous ne faisons pas attention, notre comté pourrait devenir une zone industrielle qui ne produit rien. » (LLB, 27/5/2026)

    Bruxelles, lobby de la « tech américaine ». A cinq minutes à pied du Parlement européen, les bureaux de Meta qui consacre dix millions d’euros par an pour influencer les décisions politiques. Les autres géants de la tech ne sont pas loin. Selon le chercheur Bram Vranken (Corporate Europe Observatory, groupe de recherche qui travaille à exposer et contester l’accès privilégié et l’influence dont jouissent les entreprises et leurs groupes de pression dans l’élaboration des politiques de l’UE), une enquête a révélé que « la Commission a simplement copié-collé un amendement proposé par Microsoft et le lobby DigitalEurope. » Objectif : limiter l’accès des ONG à certaines informations sur les centres de données énergivores. (Juliette Vandestraete, Comment la tech américaine influence l’Union européenne depuis Bruxelles, LLB, 28/5/2026)

    Dans La Libre de jeudi dernier, Claire Laville titrait « Erin Brockovich entre en lutte contre les data centers ». À plus de soixante ans, cette icône de la lutte environnementale, devenue célèbre à travers le film qui a raconté son combat acharné et victorieux contre la pollution des eaux potables, s’est engagée dans la bataille des data centers. Elle a lancé une carte interactive des data centers construits, en construction, retardés ou contestés du pays. Près de 3 700 sites ont déjà été signalés.

    « Consommation phénoménale d’eau, impact sur les écosystèmes, factures énergétiques élevées ou encore pollution sonore sont autant d’impacts qui poussent Erin Brockovich à porter une nouvelle fois la voix des citoyens. Au-delà des atteintes environnementales, elle dénonce également l’opacité qui entoure l’attribution des permis de construire. » (LLB, 4/6/2026) L’implantation des data centers n’est pas sans risques pour les régions qui les accueillent. Autant savoir.

    Près de Bruxelles, « le futur data center de Neder-Over-Heembeek consommera l’énergie de plus de 115.000 Belges » (article sur le site de la RTBF), un complexe « conçu pour l’IA, la recherche, l’analyse de données et le calcul haute performance, ce qui permettra aux organisations belges et européennes de traiter leurs données de manière locale et en sécurité. » (Le Soir Immo, 6/11/2025).

    Nous nous sentons impuissants devant cette fuite en avant de la consommation de l’énergie et des ressources, mais nous pouvons tout de même éviter d’y contribuer, principalement en allongeant la durée de vie de nos équipements informatiques – tant qu’un appareil fonctionne, pas besoin d’en acheter un nouveau – et en limitant la très haute définition des vidéos que nous regardons (conseils pratiques sur le site de GreenPeace). Nous pouvons aussi refuser les objets connectés pour éviter leur coût écologique, combattre la prolifération des écrans vidéos publicitaires en ville. Bref, quand nous n’en avons pas besoin, éviter le recours à l’IA. Les nuages noirs de Slabbinck ne vous semblent-ils pas bien plus poétiques que la réalité du « cloud » ? 

  • Quatre femmes

    claire huynen,les femmes de louxor,roman,littérature française,prix rossel,egypte,mariage,tourisme amoureux,polygamie,amour,culture,choix,extrait« Quatre femmes. Il m’a dit j’ai droit à quatre femmes. Puis il a ri. C’est toi que j’aime, tu le sais, je ne veux pas de quatre femmes, mais c’est comme ça ici, un homme peut avoir quatre femmes. Je ne savais rien de cela. Je me suis sentie idiote, bête de ne pas savoir, de n’avoir pas pensé à ça, de ne pas m’être renseignée, d’avoir épousé un homme qui pouvait avoir quatre femmes. Enfin trois autres. Je ne savais que mon amour, l’élan comme un impératif, le manque comme une charge lourde et ses promesses comme un appel. Un appel auquel je ne pouvais résister. »

    Claire Huynen, Les femmes de Louxor

  • Mariées à Louxor

    Un bref roman de Claire Huynen, Les femme de Louxor (2025), raconte de manière à la fois simple et saisissante le « tourisme amoureux » en Egypte : « Elles sont des centaines à Louxor. Des Occidentales qui se sont installées sur la rive ouest, après avoir tout quitté pour épouser un Egyptien qui les a séduites lors d’une croisière sur le Nil. » (4e de couverture) Pas du tout à la manière d’un reportage, mais de l’intérieur, à travers l’histoire d’une Française (la narratrice), mariée à Sayyed, et de la jeune Egyptienne, Hamsa, installée par celui-ci dans l’appartement au rez-de-chaussée de leur maison.

    claire huynen,les femmes de louxor,roman,littérature française,prix rossel,egypte,mariage,tourisme amoureux,polygamie,amour,culture,choix

    Quand trois mois plus tard, la jeune femme (moins de vingt ans) vient frapper pour la première fois à sa porte, avec un plat de légumes mijotés, « le regard dur déjà, au sol », elle repense à Sayyed, lui disant « dans son français chaotique auquel [elle avait] trouvé tant de charme » que « ça n’avait pas d’importance. Que cela ne voulait rien dire. Que le sexe avec elle était juste une obligation. Qu’elle ne savait pas y faire de toute façon. Que l’amour, le plaisir, c’était avec moi. Avec moi au premier étage. Que c’était là sa vraie maison. Et qu’il n’avait pas eu le choix. Que c’était comme ça. Et puis que j’avais accepté. » Elle l’avait accepté pour ne pas le perdre, et parce qu’il se disait sous la pression de ses parents voulant des petits-enfants.

    Elle se rappelait comme elle avait ri la première fois que Sayyed lui avait dit l’aimer, trois jours à peine après avoir fait connaissance. Trois ans plus tôt, un peu perdue dans Louxor où elle était venue chercher le dépaysement et le soleil, après un an sans vacances, elle s’était laissé approcher par cet homme qui lui avait adressé la parole dans sa langue et troubler par son regard, son sourire.

    Ce qui rend cette histoire intéressante, c’est le biais choisi par la romancière : la relation entre les deux femmes de Sayyed. Quand elle a vu Hamsa, le ventre rond, étendre son linge au jardin, elle l’a rejointe pour l’aider, puis l’a suivie pour prendre un thé au rez-de-chaussée où elle n’avait plus mis les pieds depuis son arrivée. Elle l’observe, voit pour la première fois ses cheveux, répète quelques mots d’arabe qu’Hamsa lui dit en désignant les objets. Elle avait voulu apprendre l’arabe avec Sayyed, mais très vite il repassait au français pour l’interroger sur sa vie en France. « Il me gardait pour lui. Pour lui seul. Privée de langage. »

    Parmi les « méthodes bien rodées » que les séducteurs de ce genre s’échangent comme des recettes pour rendre leur proie dépendante – elle en prendra conscience après coup –, outre les compliments, il y a « la disparition » : d’abord des coups de téléphone, des lettres, puis un long silence. Et enfin un message, le soulagement pour celle qui se pensait oubliée. Malgré les avertissements de son entourage, elle y a cru, à son amour, à la boutique qu’ils auraient près du Nil… Ses phrases toutes faites, bien apprises, l’ont persuadée de sauter le pas. « Je n’ai fait que deux voyages avant de venir m’installer, de tout larguer. Deux voyages d’amour, deux séjours de promesses. »

    Au début, c’est elle qui tenait l’épicerie, puis il lui avait dit de se reposer, de profiter de la maison qu’elle avait achetée pour eux après avoir vendu son appartement en France – « les touristes préféraient avoir affaire aux Egyptiens ». « C’est toujours chez elle qu’il rentre le soir. C’est par elle qu’il commence. C’est chez elle qu’il mange. Plus tard, après, il monte chez moi. » Elle s’est habituée à ce qu’il s’en aille pendant la nuit, à ne plus pleurer.

    Le récit va et vient entre la cour que lui a faite Sayyed et la situation présente : un mari de plus en plus brutal qui réussit toujours à se faire pardonner ; le rapprochement avec Hamsa qui va peu à peu lui faire confiance. Elle se souvient du bonheur d’être aimée, préférée, et de son refus obstiné de croire aux histoires qu’on raconte de « femmes dépouillées, battues parfois, des amours de papier, des mariages en toc, l’arnaque grimée en bel amour » – « Mais toutes, nous étions convaincues, certaines, d’être l’exception. Que cela ne nous concernait pas. Que pour nous c’était différent. »

    Ses phrases souvent simples et courtes, un rythme syncopé, des chapitres de quelques pages, Claire Huynen réussit dans Les femmes de Louxor à donner une grande intensité aux situations décrites, au ressenti de la narratrice. Je découvre la romancière belge (°1970) qui vit à Paris avec ce septième roman qui a remporté le prix Victor Rossel cette année, le prix littéraire le plus important en Belgique francophone, et aussi le Rossel des lecteurs. Je vous recommande l’entretien publié dans Le Carnet et les Instants, où elle répond aux questions de Michel Zumkir, et dans la revue de presse sur le site de l’éditeur, la critique du Soir où elle évoque son propre séjour de six mois en Egypte.

  • Pour te plaire

    Josse La nuit des pères.jpg« Pour être digne de toi, pour te conquérir, pour te plaire, pour que tu me remarques enfin, j’ai voulu devenir ton fils. Un autre fils que tu allais aimer. Te souviens-tu de ce jour ? Je l’avais décidé et rien n’aurait pu m’en empêcher. Un après-midi, après l’école, je m’étais glissée dans la salle de bains. J’avais approché une chaise du miroir et sorti de ma poche les ciseaux subtilisés à la cuisine le matin, en espérant que maman n’en aurait pas besoin et qu’elle ne retournerait pas toute la maison pour les retrouver. Les enfants, avez-vous pris les ciseaux ? Son inquiétude à nous imaginer blessés par les lames. C’est dangereux, les enfants, n’y touchez pas. Mais, maman d’amour, sais-tu qu’il existe des blessures bien plus terribles que celles des couteaux de cuisine ? J’ai attaqué le travail. »

    Gaëlle Josse, La nuit des pères