« Je commençai donc à enseigner le français. Gagner ma vie en enseignant le français, l’objet d’une passion indestructible, c’était le bonheur. Dans un pays comme le Japon où, dans le contexte de l’hégémonie excessive de l’anglais, le français, comme d’ailleurs d’autres langues, n’a pas véritablement le statut de « langue vivante » dans les collèges et les lycées, le cours de français en université, dans toute sa gamme allant de la grammaire élémentaire à l’analyse de textes littéraires, était pour moi – et il l’est toujours – moins l’occasion solennelle de donner des connaissances que le moment de rencontre avec des jeunes gens où je mettais tous les moyens en œuvre pour transmettre mon amour du français, ma passion inépuisable pour cette langue, pour la littérature bâtie sur elle ou en elle, et enfin pour tout l’univers social et humain qui n’est tel que par la médiation de la langue qui m’habite mais que je contemple, en même temps, de l’extérieur. Mon rôle consiste en effet, non pas à instruire les étudiants en les dotant de connaissances fatalement fragmentaires, mais plutôt à susciter et provoquer chez eux le désir de sortir d’eux-mêmes pour aller à la rencontre de l’espace de ces connaissances mêmes. »
Akira Mizubayashi, Une langue venue d’ailleurs
Commentaires
Un tel attachement à ma langue m'inspire de la gratitude. C'est délicieux. Bonne soirée Tania.