Pas de billet de lecture cette semaine, je vous préviens : je savoure avec lenteur une très belle correspondance. Les trente degrés et plus de cette fin du mois de mai nous ont fait changer de rythme la semaine dernière. Et pas seulement à cause de la température.

Ettore Pagano en finale du Concours Reine Elisabeth, mai 2026
C’était la finale du concours Reine Elisabeth 2026, session violoncelle : deux des douze finalistes ont interprété chaque soir un imposé inédit et un concerto au choix, des soirées musicales diffusées en direct sur la troisième chaîne de la RTBF. Ces jeunes musiciens se sont préparés pendant une semaine chacun à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, sans contact avec l’extérieur. Fang Man, la compositrice sino-américaine de l’imposé, Four Odes to the Tidings of Flowers (Quatre Odes aux annonces des fleurs), les a laissés libres de choisir l’ordre dans lequel jouer ces quatre saisons, ce qu’ils ont apprécié en général.
Samedi soir, l’ambiance était électrique pour la dernière soirée du concours au Palais des Beaux-Arts, traditionnellement suivie dans la nuit par la proclamation du palmarès. En écoutant les deux derniers finalistes et l’Orchestre national belge dirigé par Antony Hermus, je suivais des yeux la bataille des éclairs dans le ciel qui s’illuminait et se déchirait constamment – des orages spectaculaires, les grondements du tonnerre et les claquements secs de grêlons contre les vitres en contrepoint.
Deux tiers des finalistes sont nés après l’an 2000 et je suis chaque fois époustouflée par leur maîtrise de l’instrument et leurs qualités musicales – quel travail cela suppose ! L’imposé, forcément contemporain, paraît souvent étrange à l’écoute et cette année, certains concertos pour violoncelle m’ont aussi déconcertée, en particulier Tout un monde lointain… d’Henri Dutilleux. Mais les jeunes musiciens sont formés à cette musique « savante » (dixit Wikipedia) qui demande sans doute du temps pour être apprivoisée.
Le gagnant du Concours 2026 est un Italien, Ettore Pagano (°2003), qui a brillé dans la Symphonie concertante de Prokofiev. C’est à lui que la Fondation Pau Casals prête pour quatre ans le violoncelle Goffriller “Casals” (1733), en souvenir de l’amitié entre la Reine Elisabeth et le maître catalan.
Une jeune Coréenne, Tae-Yeon Kim (°2006) a joué le Concerto de Witold Lutoslawski, que j’ai entendu pour la première fois. Elle a remporté le deuxième prix. L’Espagnol Álvaro Lozano Cames (°2006), le plus jeune des douze, classé quatrième avec le Concerto n°1 de Shostakovich, a aussi reçu le prix du public Musiq3 (on pouvait voter par internet ou par sms). Vous pouvez découvrir tous ces violoncellistes sur le site du concours, ainsi que les œuvres jouées en première épreuve, en demi-finale et en finale.
L’autre compétition que j’ai suivie irrégulièrement jusqu’à présent, vous aussi peut-être, se déroule sur la terre battue à Roland-Garros. A la surprise générale, deux têtes de série ont déjà plié bagage (Sinner, Djokovic) et de nouveaux noms s’imposent (Fonseca, Jódar, nés en 2006, eux aussi). Ces prochains jours, je compte bien suivre les matchs de tennis en simple autant que possible. Belle semaine à vous !
Commentaires
Savourer: lire, écouter, regarder lentement. Comme tu dis, pas seulement à cause de la chaleur, mais aussi pour l'intensité du plaisir.
"Le rêve du jaguar" que je lis très lentement, j'adore me laisser emporter par tant d'histoires historico-magiques.
Roland Garros, tant de nouveaux jeunes si talentueux.
Bref, cet été avant l'été est riche en musique, lecture et sports.
Certains livres nous donnent envie de les garder longtemps en notre compagnie, savourer vs dévorer.
Découvrir ces jeunes talents est réjouissant, oui. Belle journée, dame Colo, en cette belle saison.
Tu as raison de savourer...surtout une correspondance car je trouve important d'entrer dans chacun des personnages pour bien s'immerger dans leurs échanges...en Provence la lecture (plus facile) s'intensifie car que faire d'autres en journée derrière les volets croisés quand il fait bien trop chaud...et après la balade matinale. Merci de nous faire connaître ces jeunes talents. Par contre je ne suis pas le tennis à la TV...
J'imagine bien ces journées tous volets fermés, ce qui n'est pas ce dont on rêve dans le Nord quand on pense au Midi. (Je ne joue plus au tennis, mais ce sport propose des échanges intenses et des rebondissements formidables à ce niveau. R-G, c'est le plus beau des tournois à mes yeux.)
Un avant-goût merveilleux des festivals de l'été.
Merci de nous faire partager ce coup de cœur musical intense.
Par contre, pas de tennis pour moi!
Je t'embrasse.
Bon début d'été météorologique.
PS : pas de pluie encore sauf quelques gouttes discrètes samedi et dimanche matin, mais une baisse des températures, surtout la nuit : bienvenue!
Avec plaisir, Maïté. Bientôt une bonne pluie d'été pour vous, j'espère.
Pas encore eu le temps d'écouter tout cela mais j'en ai bien envie... Ici aussi, il fait chaud et les après-midis sont consacrées à l'écriture, la lecture, la musique et le tricot...
Ces jeunes artistes sont toujours époustouflants de talent.
Tu auras deviné ce que je lis, bien sûr. Bonne après-midi, Marie.
Une bien riche semaine, c'est formidable.
Ici aujourd'hui, les premières cigales, l'été sera-t-il chaud ? Bises. brigitte
Merci pour le chant des cigales, bises.
Bonsoir, Tania, moi aussi j'ai été un peu rebutée par certains concertos "modernes". J'ai été séduite par la grâce de Leland Ko dans le Concerto de Barber, que je ne connaissais pas du tout. Et toi, apprécies-tu le palmarès ?
Cette année, je me suis contentée de voter pour le jeune Espagnol, pour sa joie de jouer et son sourire. Leland Ko : une belle personnalité, oui. Le palmarès m'a paru juste.