Dédié par Thomas Schlesser à « tous les grands-parents du monde », son roman Les yeux de Mona (2024) a remporté un tel succès que son sujet vous est sans doute connu. Il s’ouvre sur une crise de cécité : Mona, dix ans, voit subitement « tout noir ». Emmenée à l’hôpital par ses parents, Camille et Paul, la fillette récupère la vue mais ses yeux doivent être examinés et contrôlés régulièrement, pour prévenir une rechute.
Son père tient une brocante où Mona aime passer du temps quand elle n’est pas à l’école, mais c’est surtout son grand-père, Henry Vuillemin, qui va jouer alors un rôle de premier plan. Veuf de Colette depuis sept ans, il porte au cou le même pendentif que celui de Mona : « un joli petit cérithe goumier monté sur un fil de pêche » ramassé avec son épouse à la Côte d’Azur. Mona ayant besoin d’un suivi psychologique une fois par semaine, il décide sans le dire à sa fille qui lui fait confiance d’emmener sa petite-fille plutôt au musée tous les mercredis après-midi, pour une cure de beauté.
« Les Yeux de Mona n’est pas une histoire de l’art, c’est une initiation à la vie par l’art » déclare l’auteur, historien de l’art, dans un entretien (Beaux-Arts). Le grand-père et sa petite-fille iront au Louvre, à Orsay puis au centre Pompidou, pour y regarder ensemble une seule œuvre et échanger à son sujet. Le roman raconte l’évolution de Mona à la maison, à l’école et ses rendez-vous du mercredi avec son grand-père et avec l’art.

Marguerite Gérard, L’Élève intéressante, 1786, Huile sur toile, 65 × 49 cm, Coll. musée du Louvre, Paris
52 semaines, 52 chapitres, 52 artistes : c’est gai de retrouver des œuvres qu’on connaît, qu’on reconnaît en lisant leur description précise et d’en découvrir le commentaire. Pour les revoir en images, j’ai sorti des catalogues de ma bibliothèque ou cherché l’illustration sur le site même du musée. C’est encore plus gai d’en découvrir que je n’ai jamais observées ou d’artistes dont je ne connaissais même pas le nom.
Marguerite Gérard, par exemple, avec L’élève intéressante, une peinture où figure dans un détail qui ne saute pas aux yeux celui qui fut son professeur, Fragonard. Ou Marie-Guillemine Benoist, avec le Portrait d’une femme noire, dont je n’avais jamais déchiffré la signature. Les femmes artistes sont bien présentes dans le roman.

Julia Margaret Cameron, Mrs Herbert Duckworth (Julia Jackson), 1872, épreuve au charbon, H. 39,8 ; L. 25,5 cm.
Don, 1986 © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
De Julia Margaret Cameron, une photographe britannique, le portrait de Mrs Herbert Duckworth est celui de Julia Jackson, la mère de Virginia Woolf et de Vanessa Bell, que leur père avait épousée en secondes noces. Ayant reçu en 1863 un appareil photographique, elle avait « entre autres reconverti sa réserve à charbon et son poulailler en véritable studio ». La belle gamme de gris de ses négatifs offre des ombres, des nuances et un « manque de netteté » qui lui donne de la profondeur, juste avant la naissance du « pictorialisme ».
Au Centre Pompidou, Stries rouge, jaune et noir [sic] (1924) de Georgia O’Keefe, Mère (1930), un dessin-collage de Hannah Höch, L’Aubade (1942) de Picasso ou encore Proue noire (1976) d’Anna-Eva Bergman sont quelques-unes des belles découvertes que je dois à la lecture de Thomas Schlesser. Celui-ci a écrit une biographie de cette peintre franco-norvégienne qui a épousé par deux fois Hans Hartung : Anna-Eva Bergman - Vies lumineuses (2022).

Pablo Picasso (1881, Espagne - 1973, France), L'Aubade, 4 mai 1942 © Succession Picasso
Photo crédits : Centre Pompidou, MNAM-CCI/Georges Meguerditchian/Dist. GrandPalaisRmn
J’ai lu Les yeux de Mona avec grand plaisir. Dans ce roman formidablement visuel, la fillette à la vue menacée est une héroïne qu’une bonne fée a dotée d’une acuité visuelle hors norme – elle perçoit le moindre détail de ce qu’elle regarde – ainsi que d’une mémoire étonnante. Elle peut ainsi rapprocher des œuvres, se souvenir des explications de son grand-père érudit et des mots savants qui s’y glissent, pour en faire usage elle-même. Il en résulte « un conte initiatique efficace pour redécouvrir l’histoire de l’art » (Bosco d’Otreppe, La Libre Belgique).

Commentaires
Je n'ai pas encore découvert ce livre ; je le ferai tôt ou tard. Tu me rappelles au passage que j'avais noté "Vies lumineuses", j'ai adoré l'expo du Musée d'Art Moderne il y a deux ans. J'y suis retournée une deuxième fois, ce que je fais rarement.
Merci de me rappeler cette exposition, je vais chercher le dossier du MNAM.
Un roman à lire peu à peu, excellente compagnie pour cet été qui nous pousse à ralentir.
J’ouvrirai les liens plus tard mais ce livre dont, c’est vrai,
on a beaucoup entendu parler, je le lirai volontiers un jour.
Merci
Bonne découverte quand le moment sera venu.
Je l'ai découvert avec plaisir...J'ai aimé aussi à défaut d'aller les voir au musée, chercher les tableaux que je ne connaissais pas ou dont je n'avais pas remarqué certains détails. Merci pour le clin d'oeil, c'est vrai que je l'avais détaillé car je l'avais présenté dans le cadre du cercle de lecture de ma petite ville. C'est une belle lecture agréable et dans laquelle on apprend beaucoup de choses qu'il faut lire à petites doses, en prenant son temps. Très belle soirée.
Merci, Manou. Ce roman peut aussi inciter les visiteurs à s'arrêter devant certaines œuvres dans les musées et à prendre le temps de regarder, de s'imprégner, plutôt que de passer devant pour tout voir et ne rien voir finalement.
Je l'ai lu. On me l'avait offert. Je reconnais m'être lassée quand même... Je n'ai pas lu le nouveau livre de l'auteur, Le chat et le jardinier, qui reprend je crois le même principe avec la littérature.
Je trouve que c'est une bonne idée pour faire découvrir tout un monde.
Bonjour, Marie. C'est un livre à laisser et à reprendre quand la curiosité revient, il ne se lit pas vraiment comme un roman et j'ai apprécié de m'attarder tantôt sur le texte, tantôt sur l'illustration.
"Le Chat du jardinier" est présenté comme une initiation "aux pouvoirs de la poésie", j'y jetterai un coup d'œil quand il sera disponible à la bibliothèque.
J'ai énormément apprécié ce livre, j'ai beaucoup aimé les explications sur certains tableaux qui ne m'attiraient pas spécialement, quelle belle idée de la part de l'auteur et quelle merveilleuse aventure pour les deux héros ! Belle journée Tania, à bientôt. brigitte
Ce roman d'invitation au regard, animé par le duo du grand-père et de la petite-fille, a le mérite de s'attarder sur des œuvres connues et aussi d'autres. Comme toi, j'ai pris grand plaisir à les découvrir.