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Nature - Page 37

  • Au Rouge-Cloître

    Au cœur de la forêt de Soignes, au sud-est de Bruxelles, un lieu très particulier attire les promeneurs, les amoureux de la nature et les artistes : le Rouge-Cloître. Par une belle journée d’automne, on peut y faire le plein de couleurs somptueuses. 

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    Rouler en cette saison sous le beau tunnel végétal de l’avenue de Tervueren ne donne qu’une faible idée de la forêt de Soignes, « cathédrale » de hêtres. Y marcher enchante tous les sens : odeurs d’humus, cris d’oiseaux, tapis rouille sous les hauts arbres – les parfums, les couleurs et les sons s’y répondent. Le Rouge-Cloître, ce sont des bâtiments, des jardins, des étangs, « un écrin de verdure et de calme à l’entrée de la forêt de Soignes » (Bruxelles Environnement).

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    Longtemps attendue, après bien des craintes, la restauration du site, classé Natura 2000, est en cours et sur les deux fronts : réhabilitation du patrimoine et protection des milieux naturels. Le mur d’enceinte en briques rouges et les haies aux feuillages multicolores recréent l’impression d’ensemble du prieuré de Saint Paul en Soignes, une abbaye succédant au XVIIe siècle aux ermites installés là depuis le XIVe siècle.

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    « Le nom de « Roodclooster » ou « Rouge-Cloître », donné au site dès 1380, viendrait du mortier rouge qui recouvrait alors les murs des bâtiments communautaires. Une autre hypothèse serait que le monastère et son église aient été construits sur une partie défrichée de la forêt. Car en néerlandais, « rooien » signifie « déterrer, arracher », d’où l’utilisation du préfixe « roo » ou « rode ». Les ducs de Brabant, puis les princes bourguignons vont favoriser le développement du Rouge-Cloître par de nombreux dons. » (IBGE) 

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    A l’écart d’un ensemble qui comprenait une grange, des écuries – aujourd’hui c’est le Centre d’Art de Rouge-Cloître, flanqué de nombreux ateliers d’artiste –, une petite « maison du meunier » près de laquelle on restaure d’anciens murs a été occupée par le peintre Alfred Bastien, elle a inspiré plus d’un artiste, dans son charmant cadre de verdure. Hugo van der Goes est le plus célèbre d’entre eux qui ait vécu au Rouge-Cloître, où il a terminé sa vie. 

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    Les viviers et les étangs, sans compter la mare aux grenouilles, sont autant de miroirs pour les grands arbres de la forêt de Soignes. Troncs et ramures, feuillages de feu et d’or vibrent dans leurs eaux calmes. Irrésistible pour les amateurs de photographie. Sur les chemins et sur l’onde, les feuilles mortes gardent encore leurs formes, leurs couleurs, on a envie d’en faire un bouquet puis on s’amuse à les soulever du pied en écoutant leur craquement caractéristique, « petite madeleine » pour qui a joué, marché, couru ici dans sa jeunesse.

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    Le long bâtiment du prieuré était occupé alors par une brasserie où l’on dégustait en terrasse de savoureuses tartines de fromage blanc ; il est en cours de restauration, dissimulé sous une bâche blanche qui, de loin, rappelle ses murs blanchis sous le toit d’ardoises. Pour l’instant, on ne peut se restaurer au Rouge-Cloître que le week-end. C’est si bon de flâner le long des étangs, d’y observer les oiseaux qui enchantent les lieux, cygnes, canards, poules d’eau, mais aussi hérons ou cormorans juchés sur le grand arbre d’un îlot, excellent point de vue pour la pêche.

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    Le site du Rouge-Cloître, par souci de protection, est davantage balisé qu’autrefois ; murs, barrières et clôtures incitent les promeneurs et les chiens à respecter la faune et la flore locales. Mais on laisse en place certains arbres tombés dans l’eau ou dans la forêt, pour des raisons écologiques, et leur présence sculpturale est du plus bel effet.

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    Je vous parlerai une autre fois du vivier d’artistes qu’est aussi le Rouge-Cloître. Si vous comptez vous y rendre prochainement, je vous signale l’exposition du Centre d’Art, « La Passion Ghelderode », dont j’ai vu l’affiche ce matin-là, mais elle n’est ouverte en semaine que l’après-midi, un bon motif d’y retourner.

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    En quittant Bruxelles en voiture par l’avenue de Tervueren, vous trouvez à votre droite deux routes possibles : celle de droite (chaussée de Tervueren) descend vers Auderghem, il ne faut pas manquer à gauche la petite rue pavée en angle aigu qui donne accès au site (parking autorisé près du Centre d’art) ; en prenant celle de gauche, vous devrez garer la voiture dans la forêt à mi-chemin et descendre à pied vers le Rouge-Cloître – une superbe vue panoramique sera votre récompense.

  • L'enfant rieur

    (Pour A.) 

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    à Sophie Lemaître 

    Je suis toujours l’enfant rieur, cet enfant que la guerre 
    A empêché de vivre en riant son enfance. 
    Jeunesse, encore en moi, je vais, je cours, je nage
    J’adore les chevaux et skier dans la neige 
    Mon corps est amoureux, il aime, il est aimé
    Mon corps est très patient, il est à mon service. 
    L’instant, couleur du temps, vient à moi promptement 
    Sur vos balcons, glaciers, travaillés de lumière 
    De toute ma chaleur je t’écoute, Soleil !

    Un jour, je suis tombé, je tombe dans mon corps
    Il m’a serré de près, je tombe à la renverse.
    Je ne suis plus mon corps, je suis dans ses limites
    Je suis un apprenti de mon corps de grand âge
    Ignorante espérance, tu vois, je m’abandonne
    A la pensée d’amour de ma fragilité.

    Henry Bauchau, Tentatives de louange

     

    Photo : Giuseppe Penone, L’arbre des voyelles, 1999 (Installation au Jardin des Tuileries, Paris, 2000)


  • Bauchau en louanges

    Tentatives de louange (2011) est le dernier recueil poétique d’Henry Bauchau, le premier que j’ouvre : une cinquantaine de pages, vingt-quatre textes, dans le petit format de la collection « Le souffle de l’esprit ». Actes Sud l’a conçue comme « le reflet d’une ouverture des uns aux autres, à travers la prière, la réflexion, la méditation » – croyants, athées ou agnostiques y font part de leurs invocations à Dieu ou de leurs réflexions sur l’humain. 

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    Bauchau a composé ces « prières » entre 2009 et 2011. Certaines sont dédiées à une personne ou composées « pour » quelqu’un, d’autres sont des méditations, des instants ouverts sur l’infini. Son premier texte, « Louange au Déliant », est le seul à nommer Dieu.

    Seigneur, Seigneur Dieu, au-delà de tous les noms et de toute pensée
    Délivre-nous ainsi que l’a souhaité Maître Eckhart
    Délivre-nous non de l’amour mais des images de toi
    Comme tu as délivré mes oreilles du bruit du monde
    En me rendant presque sourd
    Comme tu m’as libéré du délire de puissance et de possession
    En me rendant presque aveugle
    Séparé, enfermé en moi-même, ne m’emprisonne pas avec toi
    Accorde-moi la liberté
    Où parfois, en m’éveillant, je te sens si proche (…)
     

    Pour vous, quelques premières lignes :

    Les parachutistes savent pourquoi les oiseaux chantent (« Pourquoi les oiseaux chantent »)

    Je m’éveille, je fais le salut au soleil. Le mince soleil à l’est qui filtre entre deux maisons. Je me prosterne de tout mon corps, ne le pouvant en esprit. » (« Le salut au soleil »)

    Sur le grand escalier nous nous sommes assis
    Que la pierre était douce, d’une chaleur humaine. (« Architectures de louange »)

    Je suis nu comme un poteau de téléphone (« Céleste insuffisance »)

    Et quelques derniers mots :

    Heureux qui sait faire face au gel et trouver sa place abondante au soleil. (« Arbre pour la belle verrière »)

    Louange à l’art des cavernes
    Louange à l’artisan
    Je ne connais pas d’art profane
    Tout est sacré (« Exercice de louange »)

    Le chant des syllabes muettes (« Les hirondelles boivent en vol ») 

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    Henry Bauchau est ce vieil homme qui écrit, se tait, attend. A l’écoute des vibrations du monde, il regarde un jardin sous la neige comme une enfance, le printemps comme une métamorphose – « Il n’est pas permis d’être vieux ». Il devient arbre, oiseau, ciel.

    Le doute l’habite : « Si le temps d’écrire revient, je doute. Je doute aussi après. Tu n’es que le locataire de la maison de l’écriture, quand tu es chevauché par le roman ou disloqué par le poème. » (« Le salut au soleil ») Le doute est un allié : « Je ne connais pas, je ne crois pas, j’espère » (« Eloge du doute »)
     

    Photos : Louise Bourgeois, The Welcoming hands, 1996 (Installation au Jardin des Tuileries, Paris, 2000)

     

  • Automnales

    Ces deux premières semaines d’octobre dans le sud de la France : le plein de lumières automnales. En Drôme provençale puis dans les Alpes de Haute Provence, le temps était encore à la balade en vêtements légers, quel plaisir ! Voici quelques instantanés de ce bain de nature, en voulez-vous ? 

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    Les rosiers sauvages se parent à présent de leurs cynorhodons. Une hôtesse prévenante en avait fait de joyeux bouquets secs dans sa maison : chardons bleus, fruits rouges, herbes blondes. 

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    L’automne est à l’opposé du printemps, mais parfois ils se ressemblent, quand des branches nues tendent leurs bourgeons vers le ciel. Ou est-ce l’azur, ce bleu intense si rare dans le Nord, qui suscite cette impression ? 

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    Au bord des champs, un fouillis de hautes herbes ; sur un tapis d’étoiles sèches, certaines se démarquent, s’élancent, se pomponnent. 

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    Les clématites des haies posent leurs guirlandes à profusion un peu partout, leurs peluches blanches accrochent la lumière, vision enchanteresse pour une citadine qui ne les avait jamais vues décorer ainsi les branches où elles s’appuient de tout leur long. 

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    Premiers flamboiements sur les abricotiers, les vignes. Les paysages essayent leurs couleurs neuves, beaucoup de feuillages ont déjà jauni. Les premiers rouges illuminent çà et là les abricotiers, les vignes ; parfois un arbre, à lui tout seul, hausse le ton, superbe. 

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    Des prairies herbeuses passent au beige, dans toutes ses nuances à la fois douces et chaudes au regard. Mais au bord d’un chemin, des baies rose vif – de symphorine ? – rappellent que de toutes les saisons, l’automne est la plus ardente au festival des couleurs. 

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