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ville - Page 4

  • Le ciel et la ville

    Le ciel peu à peu se venge

    De la ville qui le mange. 

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    Sournois, il attrape un toit,

    Le croque comme une noix,

     

    Dans la cheminée qui fume

    Il souffle et lui donne un rhume. 

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    Il écaille les fenêtres.

    N'en laisse que les arêtes.

     

    Il coiffe les hautes tours

    D'un nuage en abat-jour. 

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    Il chasse le long des rues

    Les squelettes gris des grues.

     

    La nuit, laineuse toison,

    Il la tend sur les maisons. 

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    Il joue à colin-maillard

    Avec les lunes du brouillard.

     

    La ville défend au ciel

    De courir dans ses tunnels. 

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    Mais le ciel tout bleu de rage

    Sort le métro de sa cage.

     

    Taches d'encre, taches d'huile

    Sur le ciel crache la ville. 

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    Mais le ciel pour les laver

    Pleut sans fin sur les pavés.

     

    Charles Dobzynski 

  • Ors du soir

    Magie des ciels au couchant, cadeau royal d’un cinquième étage avec vueAu cœur de juillet, déjà, il arrive que Bruxelles le soir s’enveloppe d’une écharpe chaude. En août, le soleil quitte l’Atomium, revient sur ses pas, s’accroche aux barres d’immeubles.  

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    « L’or du soir qui tombe » suffit en lui-même à composer un spectacle. Mais il faut aux grands ciels d’apparat des nuages. Leur ombre ajoute à la lumière, leurs formes à la féerie. L’étole alors devient toile abstraite, patchwork aux coutures invisibles, mousseline, gaze. 

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    Une paupière se soulève, de la poussière d’or sur les cils. La terre, alourdie de fatigue, s’immobilise sous les dernières flambées solaires. « Encore une journée divine » s’exclame Winnie au lever du rideau. Avant qu’il ne se baisse, parfois, un festival de rayons s’improvise au filtre des nuages. Un soir céleste, encore un.

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    Au tour de Notre-Dame de Laeken de s’embraser. Les rougeoiements du soleil sur l’horizon laissent la place à de doux dégradés. Changements à vue. Le bleu touche au violet, le rose à l’orange, le jaune au pourpre. Un grand soir, le ciel ose des fulgurances inédites, habillé par Yves-Saint-Laurent.  

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    Septembre. Les jours fondent depuis des semaines, on le sent tout à coup davantage – « Voici que la saison décline ». Les traînées des avions se métamorphosent, s’amollissent, se colorent, s’illuminent, tracent un arc par-dessus la ville, ouvrent une porte à l’infini.  

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    Que de signes dans le ciel, d’écritures évanescentes ! Au théâtre du couchant, quand le soleil fait son cinéma, j’aime m’imprégner des ors du soir et suivre leur cortège, de ma fenêtre. 

  • Fontaine d'amour

    « Ce tryptique évoque la légende de la Fontaine d’Amour. Placé judicieusement sur le manteau d’une cheminée, ce tableau devenait visible lors de l’ouvertures des portes de la salle dévolue aux mariages*. (…) »

    Fabien de Roose, Bruxelles vue par les peintres  (* A l’Hôtel communal de Schaerbeek – Fontaine du parc Josaphat, une des sources du Roodebeek)

     

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    Herman Richir, La fontaine d’amour (photo Simonis 2 sur Flickr)

     

    « Aujourd’hui, la croyance existe encore que deux amants qui ont bu de cette eau ensemble dans le même verre se verront unis avant la fin de l’année. »

    Emile Vanden Putte, échevin, lors de l’inauguration du parc (cité par F. de Roose)

  • Balades picturales dans Bruxelles

    La ville est une succession de tableaux pour les promeneurs qui aiment la regarder : façades, portes, décors de fenêtres, jardinets, jeunes et vieux arbres, passants, marchés, roses trémières et grimpantes de trottoir, carrefours animés, commerces, parcs… Sous un angle très original, Fabien De Roose propose des « promenades au cœur de la ville » dans Bruxelles vue par les peintres, dont je viens de découvrir le deuxième tome. Fondateur et animateur de l’asbl Dédale, guide à la Fondation Monet à Giverny, il organise des « promenades picturales » en France et en Belgique.

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    Auderghem, Saint-Josse-ten-Noode, Schaerbeek, Watermael-Boitsfort, Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierrre, ce sont ces six communes de l’est de Bruxelles qu’il donne à voir ici sous l’œil d’une cinquantaine de peintres, « reconnus ou méconnus ». Sept balades dans l’espace et dans le temps. Chacune s’ouvre sur un rappel historique pour présenter les quartiers traversés et un plan numéroté (avec l’indication précise des transports en commun). Chaque numéro correspond à un tableau. Une double page raconte l’histoire du lieu et met à notre disposition texte, illustration et photographie. Le temps de lire et de regarder.

    La première, « Du Botanique à la place Saint-Josse », comporte sept arrêts sur image. « Victor Hugo avait affirmé : « Bruxelles possède deux merveilles uniques au monde : la Grand-Place et le panorama du Jardin Botanique. » Pierre-François Gineste (Paris, 1769 – Evere, 1850) a peint le Jardin Botanique à Bruxelles vers 1840. Sous l’illustration, une photo de l’endroit tel qu’il se présente aujourd’hui, sous le même angle de vue, permet la comparaison, dans ce cas-ci, peu flatteuse. Le magnifique panorama montré par Gineste à l’époque où se construisait la Gare du Nord n’a pas résisté aux pressions immobilières et au développement urbain. Le beau bâtiment néo-classique a été sauvé, mais les jardins, « désertés suite au transfert des collections botaniques à Bouchout en 1939, commencent leur descente aux enfers. » Puis viendront les tours de bureaux. Reste un patrimoine architectural préservé, et Le Bota, très vivant centre culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, avec son Orangerie.

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    Carte postale, vers 1910

    C’est très gai de se promener ainsi, qu’on connaisse bien le quartier ou qu’on n’y ait jamais mis les pieds. Le familier des lieux découvre qu’il est loin d’y avoir tout vu, il les redécouvre à travers le texte et l’œil du peintre. Les nouveaux venus font connaissance avec un coin de Bruxelles d’une manière originale. Les amateurs de peinture iront de l’image au paysage en de multiples et excitants allers-retours.

    La ville aux quatre saisons, ses fêtes – Kermesse Saint-Corneille, le soir, place de la Reine (Liévin Herremans), ses événements – Matinée d’élection (Clément Brems), L’Hôtel communal en ruines (Paul Leduc). Ses monuments et ses avenues pittoresques. Mais c’est surtout la ville au quotidien, animée ou non. Bruxelles la secrète aussi avec ses beautés qui ne sont pas forcément visibles de la rue – il faut franchir une porte cochère pour accéder à La maison des Arts (Agnès Bogaert) – et ses légendes. Bruxelles la verte inspire les peintres de paysages – Le potager du Rouge-Cloître (Adolphe Keller) – et d’atmosphères, parfois surréalistes – Le peintre ou image de la brièveté de la vie (André Poffé).

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    Auguste Oleffe, En août (1909) - Terrasse de la maison du peintre, chaussée de Wavre

    Certains seront peut-être étonnés de découvrir dans la capitale de l’Europe des fermes et des moulins. Je leur en laisse la surprise, la couverture donne le ton avec Le moulin de Lindekemale à Woluwé-Saint-Pierre (aujourd’hui un bon restaurant). Fabien De Roose fournit à la fin de l’ouvrage un plan des transports en commun – le tram bruxellois figure évidemment sur les toiles contemporaines, comme Le tram vert, place Keym (Anne-Pierre-de-Kat) –, ainsi qu’une table des illustrations et une liste des peintres représentés.

    J’espère que vous vous laisserez tenter par ces balades particulièrement inspirées. Pour ma part, je compte bien emporter ce livre et emboîter le pas au guide in situ, à la première occasion. Au plaisir de marcher dans Bruxelles.

  • Une petite fontaine

    « Sous la fenêtre il y avait un potager luxuriant dont les yeux se rassasiaient, avec ses choux, ses haricots, ses planches de laitues, les grosses feuilles de ses citrouilles rampant sur le sol. Une aire de battage, ancienne et mal aplanie, dominait la vallée d’où montaient déjà les brumes légères d’un ruisseau perdu dans les profondeurs. Tout le coin de la maison de ce côté-là était enclavé dans une orangeraie. Et d’une petite fontaine rustique, à demi étouffée sous les roses trémières, coulait un mince filet d’eau tout brillant.
    – J’ai mortellement envie de cette eau-là, déclara Jacinto, très sérieux.
    – Moi aussi… On pourrait descendre au jardin, non ? Et on passerait par la cuisine, pour savoir où en est le poulet.

    Nous retournâmes sur la terrasse. Mon Prince, un peu réconcilié avec l’inclémence du destin, cueillit un œillet jaune. Et par une autre porte, basse, aux solides chambranles, nous plongeâmes dans une pièce jonchée de gravats, sans toit, couverte seulement par de grosses poutres, d’où s’envola une bande de moineaux. »

     

    Eça de Queiroz, 202, Champs-Elysées

     

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