Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

ville - Page 2

  • Bruxelles disparu

    En couverture de Bruxelles disparu (2013), un petit livre déniché à la librairie de la Fondation Civa, le Mont des Arts tel qu’il se présentait au début du XXe siècle, « tout en ondulation et en respiration » comme l’écrit Marc Meganck. Pour commenter les cartes postales et vues anciennes de la capitale belge, qui n’a cessé de changer en deux siècles, l’auteur a laissé de côté la nostalgie pour répondre à la question : « qu’y avait-il ici autrefois ? »

    meganck,marc,bruxelles disparu,patrimoine,urbanisation,ville,démolitions,transformations,culture,photos anciennes,histoire

    70 pages sont consacrées à Bruxelles-Ville (comme on appelle souvent la commune centrale dite Ville de Bruxelles, code postal 1000) et presque autant aux autres communes bruxelloises (la région de Bruxelles-Capitale en compte dix-neuf) – un second tome est paru chez le même éditeur dans la même perspective : « Soixante sites pour un deuxième rétro-voyage dans un Bruxelles disparu ».

    Ce livre richement illustré s’ouvre sur des aquarelles de Jean-Baptiste Van Moer, vers 1870 : on y voit une ville encore médiévale où coule la Senne, « la rivière indissociable des origines de Bruxelles ». On pense à Bruges, à Gand, qui ont préservé leurs eaux vives, tandis que la Senne, devenue « un véritable égout à ciel ouvert » a disparu sous la ville entre 1867 et 1871, lors du « voûtement de la Senne ».

    meganck,marc,bruxelles disparu,patrimoine,urbanisation,ville,démolitions,transformations,culture,photos anciennes,histoire
    Source : http://bruxelles-bruxellons.blogspot.be/2013/03/bruxelles-au-fil-de-leau-quand-elle-se.html 

    Vers 1900, « le plus vaste magasin de nouveautés du Royaume », les Grands Magasins de la Bourse, s’adressaient à « la mère de famille sage, la femme élégante, l’homme aux goûts raffinés ». Plus tard viendront Au Bon Marché, A l’Innovation, le Grand Bazar puis les Galeries Anspach, tous disparus à l’exception de l’Inno, comme on l’appelle familièrement, devenue Galeria Inno en 2004. On peut ici les retrouver en images.

    Des aspects moins connus sont évoqués dans Bruxelles disparu, comme les urinoirs : édité en 1910, l’Indicateur des Urinoirs de Bruxelles annonçait « un Tableau officiel des Urinoirs et des chroniques, articles et nouvelles littéraires se rapportant à l’Urinoir et à son histoire ainsi qu’à l’Art de bien uriner » ! Indiquait-il aussi des toilettes pour dames ? Aujourd’hui, le site de la Ville renseigne les emplacements des uns et des autres.

    meganck,marc,bruxelles disparu,patrimoine,urbanisation,ville,démolitions,transformations,culture,photos anciennes,histoire
    Source : http://www.bruegel-marolles.be/fr/accueil.html

    Des rues ont été rayées de la carte de Bruxelles, des îlots parfois, chassant leurs habitants comme dans le quartier populaire des Marolles, à l’impasse des Escargots « 23 maisons, 64 ménages, 188 habitants (dont 78 enfants) » –, déclarée insalubre : « L’ancien escalier d’accès donne désormais sur un intérieur d’îlot aménagé en plaine de jeux. »

    Et aussi des bâtiments remarquables : le palais de Granvelle rue des Sols, sacrifié dans les années 1930 pour la Jonction Nord-Midi ; la Maison du Peuple conçue par Victor Horta, démolie en 1965 « malgré une pétition de quelque 700 architectes d’une soixantaine de pays » pour faire place à une hideuse (c’est mon avis) tour de bureaux de 26 étages.

    meganck,marc,bruxelles disparu,patrimoine,urbanisation,ville,démolitions,transformations,culture,photos anciennes,histoire
    La Maison du Peuple (Victor Horta) / Source : http://www.ebru.be/Architectuur/archvolkshuis.html

    Certains changements ont embelli la ville, comme la transformation du « carrefour de l’Europe », près de la Gare Centrale, une zone longtemps non bâtie et que j’ai connue comme un immense parking à ciel ouvert, non loin de Sainte-Gudule. Dans les années 1990, on y a construit un ensemble de bâtiments « pastichant le style traditionnel de l’Ilot Sacré », dont un hôtel à deux pas de la Grand-Place. « Et pour une fois, c’est réussi ! » ajoute Max Meganck.

    Jusqu’en 1972, on pouvait même garer sa voiture sur la Grand-Place, ce qui semble incroyable aujourd’hui (un des épisodes du feuilleton des zones piétonnes à Bruxelles, dont le dernier, il y a quelques jours, a été l’annonce d’aménagements du « grand piétonnier » voulu par l’actuelle majorité à Bruxelles-Ville, en réponse aux protestations nombreuses et au désastre économique pour certains commerces).

    meganck,marc,bruxelles disparu,patrimoine,urbanisation,ville,démolitions,transformations,culture,photos anciennes,histoire
    Poste centrale, place de la Monnaie (1896) / Source : portfolio Le Soir

    Dans les années 1960, l’imposant Hôtel des Postes et des Télégraphes de la place de la Monnaie est rasé avec tout un îlot et remplacé par un immeuble de 63 mètres de haut, le Centre administratif de la Ville de Bruxelles. Une dizaine d’années plus tôt, au pied de la Colonne du Congrès, la place des Panoramas, « but de promenade très prisé » pour sa « superbe vue sur le bas de la ville », disparaissait en bonne partie pour « faire place au vaste complexe de bureaux de la Cité Administrative de l’Etat ».

    Construction de bureaux, « tout à l’automobile », ce sont peut-être les deux tendances les plus lourdes de toutes ces transformations à partir de 1950. On est aujourd’hui très loin (très près, diront les mauvaises langues) du « Trafic zéro » à l’époque de la traversée de Bruxelles et de la Belgique racontée par Octave Mirbeau dans La 628-E8 (1907), du nom de la plaque minéralogique de sa Charron-Girardot & Voigt : « Il décide de là où il veut aller, de ce qu’il veut voir, de snober telle rue, tel quartier. Comme le piéton solitaire, il s’arrête où il veut. »

    meganck,marc,bruxelles disparu,patrimoine,urbanisation,ville,démolitions,transformations,culture,photos anciennes,histoire
    Source : http://ebru.be/ebruretro/bruxelles-retro-1000e-avenue-louise.html

    On se promenait volontiers à la Belle Epoque sur l’avenue Louise, près du Bois de la Cambre, avant qu’elle ne devienne peu à peu une quasi-autoroute urbaine (aujourd’hui mise à mal par la fermeture du tunnel Stéphanie, en réparation, ce qui engendre des embouteillages à toute heure du jour pour traverser le goulet vers la place Stéphanie). Bâtiments, rues, passages, espaces verts, lieux de divertissement, Bruxelles disparu nous montre la ville comme elle n’est plus. De quoi raviver la mémoire des anciens, de quoi étonner les autres.

    J’ai appris beaucoup de choses et bien sûr, c’est le passé des endroits où je passe régulièrement qui a le plus éveillé ma curiosité : le pont du chemin de fer au-dessus de l’avenue de Tervuren, près duquel je prenais le tram ; la tour Martini, où je me rendais au Théâtre National avec mes élèves, avant le déménagement au boulevard Jacqmain ; l’escalier de la Bibliothèque, que j’emprunte encore près du Palais des Beaux-Arts ; le Palais des Sports remplacé par le Brusilia à Schaerbeek ; le solarium d’Evere, là où se font face aujourd’hui deux hypermarchés concurrents très fréquentés.

    meganck,marc,bruxelles disparu,patrimoine,urbanisation,ville,démolitions,transformations,culture,photos anciennes,histoire
    Source : http://www.schaerbeek.be/se-detendre-schaerbeek/patrimoine-tourisme/histoire-commune/palais-sports

    Vous vous souvenez de Baronian : « Bruxelles, c’est le fantôme d’une ville qui s’appelle Bruxelles... » ? Dans une notice intitulée « Regards d’écrivains », Marc Meganck donne la parole à Camille Lemonnier (La Belgique, 1888), enthousiaste devant la transformation de Bruxelles dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, et à Jean Fayard (Bruxelles, 1928) qui s’insurge contre le nouveau Bruxelles. « Dans Bruxelles, choses à faire (1920), Pierre Tempels semble pourtant avoir trouvé le ton juste (…) : « Tout cela est fini. Nous avons changé nous-mêmes autant que nos maisons et nos rues. »

  • Vu du toit

    Lors de la visite guidée qui m’a permis de monter en haut de la tour de la RTBF, l’an dernier – elle est à nouveau au programme des Estivales 2016 à Schaerbeek, ne tardez pas pour vous inscrire –, voir la ville de là-haut m’avait vivement impressionnée. J’ai eu récemment l’occasion de découvrir mon ancien quartier du toit d’un immeuble de onze étages, par une belle journée, et les photos que j’ai prises me donnent l’occasion de partager avec vous ce point de vue si différent de celui qu’on a en rue.

    schaerbeek,urbanisme,photos,panorama,quartiers,logement,bureaux,espaces verts,culture

    Habiter en ville, plus qu’à la campagne il me semble, c’est voir régulièrement changer son environnement : il y a toujours un chantier quelque part, une nouvelle construction, rénovation, transformation… La restauration longtemps attendue de l’église Sainte Suzanne, dont je vous ai déjà parlé, près du quartier des Fleurs, progresse visiblement. Sous les bâches se prépare une surprise fort attendue de ceux qui la connaissent, la restauration de la verrière originale à l’arrière du chœur, occultée vers 1950 parce que « l’éblouissement des fidèles nuisait au bon déroulement des cérémonies religieuses » (Inventaire du patrimoine architectural).

    schaerbeek,urbanisme,photos,panorama,quartiers,logement,bureaux,espaces verts,culture

    La photo suivante montre la proximité du parc Josaphat, poumon vert des Schaerbeekois, dominé par le Brusilia, cet immeuble-tour à l’entrée de l’avenue Louis Bertrand, construit vers 1970 à l’emplacement d’un ancien palais des sports – on s’interroge aujourd’hui sur les arguments qui ont justifié l’octroi du permis de bâtir. A l’arrière-plan, avec son antenne, la Tour des Finances qui a beaucoup gagné grâce au nouvel habit de verre dont on a recouvert le béton d’origine.

    schaerbeek,urbanisme,photos,panorama,quartiers,logement,bureaux,espaces verts,culture

    Si vous êtes un habitant de Schaerbeek familier de G*** Earth (qui fait définitivement mentir l’adage « vivons heureux, vivons cachés »), vous n’ignorez pas l’étonnant bétonnage de certains intérieurs d’îlots : beaucoup de jardins à l’arrière de maisons ou d’immeubles ont été sacrifiés pour permettre la construction de garages, de bureaux, d’ateliers, voire d’entrepôts. En 2006, Inter-Environnement Bruxelles s’était penché sur le problème, qui reste d’actualité puisqu’on lit dans ce rapport qu’à Schaerbeek, « 50 ou 70 % des demandes de permis concernent des aménagements en intérieur d’îlot. »

    schaerbeek,urbanisme,photos,panorama,quartiers,logement,bureaux,espaces verts,culture

    Sur cette vue panoramique, en suivant l’horizon de gauche à droite, on aperçoit d’abord les tours de bureaux du quartier Nord, puis la fameuse « plus haute tour résidentielle de Bruxelles » édifiée près du canal, une énormité dont on cherche en vain l’esthétique architecturale – ses eaux usées se déversent-elles encore dans la Senne ? Silence radio dans les médias depuis le communiqué de la RTBF en septembre 2015.

    Il vous faudra sans doute agrandir la photo pour reconnaître, à l’arrière d’une grue, la coupole de la basilique de Koekelbergh (notre Sacré-Cœur à nous, Bruxellois). Dans l’axe, on peut admirer plus en avant la toiture de l’Hôtel communal de Schaerbeek, de style néo-Renaissance flamande, reconstruit après l’incendie qui l’avait ravagé au début du XXe siècle.

    A droite, on voit émerger d’un autre espace vert plus lointain (le parc de Laeken) les tours gothiques de Notre-Dame de Laeken, où se trouve la nécropole de la famille royale belge. A droite des boules de l’Atomium, voici l’arrière du château royal de Laeken, avec sa pelouse bien dégagée entre les arbres.

    schaerbeek,urbanisme,photos,panorama,quartiers,logement,bureaux,espaces verts,culture

    Vous retrouvez tout cela sur la photo suivante, qui montre mieux encore l’étendue du domaine royal de Laeken. Plus loin, la cheminée de l’incinérateur de Bruxelles lâche un petit panache de vapeur. Ici apparaît une autre réalité urbaine, la proximité des habitations privées et des immeubles de bureaux. Leurs toitures plates, on l’espère, seront un jour toutes végétalisées, comme on commence à le faire ici et là, et c’est particulièrement appréciable en intérieur d’îlot.

    schaerbeek,urbanisme,photos,panorama,quartiers,logement,bureaux,espaces verts,culture
    Inscriptions : asbl.patris@gmail.com

    J’habite Schaerbeek depuis près de quarante ans, il est donc probable que vous qui ne connaissez pas cette commune bruxelloise regarderez ces clichés d’un autre œil. N’hésitez pas à les commenter, je serai curieuse de lire vos impressions.

  • Une journée à Aix

    Une journée suffit parfois à vous en persuader : il fait si bon flâner dans une ville où vous entrez pour la première fois que vous y séjourneriez volontiers bien plus longtemps. Aix-en-Provence, la ville de Cézanne présentée il y a peu dans Des racines & des ailes, entre sans conteste dans cette catégorie.

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Fontaine de la Rotonde (place Général de Gaulle)

    Dès que j’ai aperçu sur la Rotonde les jets d’eau d’une fontaine monumentale surmontée des statues de la Justice, de l'Agriculture et des Beaux-Arts, à l’extrémité du Cours Mirabeau, je me suis sentie sous le charme : l’espace, la lumière, les platanes, une atmosphère pleine de ce qu’on nomme « urbanité » – et cela se confirmera tout au long de la journée. Sur le côté, un pavillon contemporain tout en vitres sert d’aquarium fascinant pour les nombreux amateurs ou curieux des dernières nouveautés de la célèbre marque informatique à la pomme.

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Entrée du Cours Mirabeau, Aix-en-Provence

    Un marché textile occupait le Cours Mirabeau ce jeudi matin d’avril et nous avons dû contourner ses étals pour découvrir les façades des beaux hôtels particuliers qui en font la réputation. Des atlantes supportent le balcon du tribunal de commerce. Certaines de ces demeures imposantes, construites pour des « gens de robe » ou « robins » du XVIIe siècle, arborent des noms de banques ou d’assurances, on imagine bien que les maintenir en parfait état exige, à présent comme alors, de gros moyens.

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Tribunal de commerce

    Beaucoup de monde sur le Cours Mirabeau, on y fait son marché, on flâne, on s’installe aux terrasses. Certains se font prendre en photo près des nombreuses fontaines qui le jalonnent, dont les formes sont parfois cachées sous la verdure. Pour un premier déjeuner dans la capitale de la Provence, nous choisissons « Les deux garçons » : Cézanne, le peintre d’Aix « y passait les trois heures d’avant dîner avec son camarade du lycée Mignet, Emile Zola ».

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Les deux garçons, brasserie aixoise

    Un groupe d’Asiatiques occupe déjà une longue tablée mais il est encore tôt et beaucoup de gens s’installent dehors, nous serons bien à l’aise pour admirer le décor à l’intérieur. Grands miroirs anciens, pilastres dorés comme les motifs des frises, lustres et appliques… Le cadre vaut la peine, la cuisine ne déçoit pas : le plat du jour est plaisant (calamar a la plancha), la tarte aux fraises délicieuse. Et la bonne humeur du garçon qui nous sert ne ressemble en rien à la façon dont on est accueilli dans certaines brasseries parisiennes. 

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Hôtel de Caumont, façade principale

    Merci à celle qui nous a parlé de l’Hôtel de Caumont : ce sera notre première visite de l’après-midi. On y prépare une exposition Turner (à partir du 5 mai) et une partie des jardins est en travaux, mais le centre d’art qui occupe cette splendide demeure dont la restauration a duré cinq ans offre de quoi éblouir. Dans le bâtiment d’accueil, l’auditorium propose en boucle un film d’une demi-heure sur « Cézanne au pays d’Aix », une belle présentation des paysages et les lieux qui l’ont inspiré.

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Hôtel de Caumont, détail de la cage d'escalier

    Ensuite, on traverse les communs pour admirer de plus près l’harmonieuse façade du XVIIIe siècle et son fin balcon en fer forgé au-dessus de l’entrée. Par une vaste cage d’escalier dotée d’une autre ferronnerie superbe et de hautes baies, on accède au premier étage : le salon de musique (harpe et bel écrin de clavecin de style Louis XIV), la chambre de Pauline de Caumont (portrait au pastel) sont meublés et décorés avec raffinement. (De petits écrans tactiles donnent des précisions sur demande.)

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Hôtel de Caumont, détail de la chambre de Pauline de Caumont

    On peut prendre un rafraîchissement sur la terrasse ou déjeuner au Café Caumont qui occupe différents salons du rez-de-chaussée, ravissants, en particulier « le salon des putti » avec son camaïeu de rose et d’orangé. Les tissus fleuris sont de toute beauté, comme à l’étage. De l’autre côté de l’entrée, deux pièces présentent joliment objets, cartes, babioles et livres destinés à la vente. 

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Hôtel à vendre dans le quartier Mazarin

    En reprenant la promenade, j'admire ces jolies Vierges à l’enfant, de styles variés, que les Aixois ont maintenues à l’angle de nombreuses rues. Partout les couleurs des murs sont claires et chaudes, des tons de grès, d’ocre, c’est harmonieux. De grandes portes anciennes font lever les yeux vers les façades. Certains hôtels remarquables du quartier Mazarin sont dans un piteux état (ci-dessus) – j’espère que comme dans le Marais parisien, où c’était encore ainsi dans les années septante, on rendra leur grandeur à ces trésors du patrimoine aixois.

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    François-Marius Granet, Sainte-Victoire vue d’une cour de ferme au Malvalat © Photo Musée Granet CPA

    Comment passer devant le musée Granet sans y entrer ? Ses collections permanentes – sculpture, archéologie, peinture ancienne et moderne – comportent de nombreuses œuvres du peintre aixois François-Marius Granet, « paysagiste d’exception » qui a peint de belles vues classiques de la campagne romaine, de Provence, et un très beau portrait de lui par Ingres. Anonyme, Le bon Samaritain (France XVIIe) voisine avec des portraits de Rubens et un autoportrait terrible de Rembrandt.

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Nicolas de Staël, Ciel à Honfleur (musée Granet)

    Bien sûr, le musée expose des œuvres de Cézanne, de petit ou moyen format, comme le Portrait de Mme Cézanne. « 2006|2016 10 ans d’acquisition » met à l’honneur la donation Meyer, « De Cézanne à Giacometti », avec des œuvres de Picasso, Léger, Mondrian, Klee, Nicolas de Staël (Ciel à Honfleur), Tal Coat… et un bel ensemble de Giacometti (sculptures et peintures).

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Kosta Alex, L’homme de Kalahari, Chapelle des pénitents blancs (Granet XXe)

    La collection Planque, installée en 2010 dans une ancienne chapelle de pénitents blancs, annexe du musée Granet, quelque trois cents mètres plus loin, réserve une formidable surprise : quel écrin ! Un bouquet de glaïeuls de Van Gogh précède d’autres peintures de premier plan signées Monet (paysage norvégien dans une tempête de neige), Bonnard (L’Escalier du Cannet), entre autres, et aussi de peintres moins connus comme le Suisse Auberjonois. Picasso, rencontré par Jean Planque quand il travaillait pour la galerie Beyeler, y est très bien représenté – inattendue, sa petite Marine horizontale, pleine de mouvement et de fraîcheur ; effrayante Femme au chat assise dans un fauteuil !

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Pablo Picasso, Marine (Granet XXe)

    Mais Planque s’est intéressé aussi à des artistes moins connus comme Roger Bissière (Matin de printemps), Hans Berger (Vert), plus tard à Dubuffet et à l’art brut. Planque peignait mais se jugeait incapable de créer comme eux de nouvelles voies esthétiques. Ses œuvres montrent sa fascination pour les maîtres qu’il admirait et imitait. « Granet XXe » a de quoi séduire les amateurs d’art moderne.

    aix-en-provence,balade,hôtel de caumont,musée granet,peinture,xxe siècle,jean planque,ville,provence,culture
    Place de l’Hôtel de Ville

    Vous connaissez bien la ville d’Aix ? N’hésitez pas, indiquez-moi vos endroits favoris. Je retournerai à Aix-en-Provence pour visiter ses églises, guetter la lumière et l’ombre sur ses places avenantes, entrer dans ses librairies et ses boutiques, prendre le temps… ou plutôt le laisser passer.

  • Mallorquinades

    Mallorca, Majorque, c’est d’abord, pour moi, l’île de l’amitié. De mon séjour au pays de Colo, voici quelques ambiances au fil des balades, que j’ai bien envie cette fois d’appeler mallorquinades, comme me le souffle à l’oreille un bois d’olivier qui a pris place sur mon bureau – sculptural. 

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    L’île a compté des centaines de moulins à vent, quelle surprise d’en trouver en pleine ville ! Les jacarandas commençaient à fleurir dans la très belle capitale des Baléares. Quel plaisir de se promener dans le vieux Palma aux ruelles ombragées, où il y a tant de belles choses à observer, parfois inattendues. Et même des arbres vénérables. 

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    Les calèches font bonne figure sur la place de la Reine, où un étonnant arbre corail (dixit Colo) contraste joliment près d’un jacaranda, et aux alentours de la cathédrale, où je suis allée revoir la chapelle de Barceló. Un concert d’orgue débutait. A cette occasion, le baldaquin de Gaudí au-dessus du maître autel s’est illuminé, baroque, féerique. 

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    En s’éloignant des quartiers les plus touristiques, une agréable surprise : la terrasse du restaurant Es pes de sa palla, sa cuisine simple et délicieuse. Pendant que nous y reprenions des forces avant d’aller visiter le beau cloître du couvent San Francesco, nous avons été intrigués par le va-et-vient devant une maison qui ne compte pas moins de cinq portes. Ses visiteurs montaient un escalier très raide derrière l’une d’entre elles et en sortaient chargés de fruits et de légumes. Amusante aussi, dans un autre genre, cette seconde porte d’un magasin de jouets à la taille des enfants, non ? 

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    Après l’animation de la ville, d’où le regard peut parfois s’échapper vers la mer, quelle douceur de retrouver la campagne mallorquine et de reconnaître la route qui mène à une maison amie. Retrouvailles, émotion, complicité. Sous l’enseigne d’un bistrot à Palma, n’avions-nous pas lu ensemble cette phrase, inscrite en français : « Le bonheur, c’est de ne pas y penser » ? 

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    Une excursion vers les montagnes au nord ouest de l’île – Puig Major, le sommet le plus élevé, se situe à 1445 m d’altitude – nous a permis d’admirer les pentes arborées au-dessus de la mer, où le vert frais des myrtes se mêle aux pierres, et puis de grands lacs de retenue fréquentés par les randonneurs. 

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    Le jour où nous sommes allés au cap Formentor, au bout de la presqu’île – une route sinueuse, des paysages à couper le souffle –, les nuages nous y attendaient et c’était un grand spectacle que cette mer blanche d’où seuls émergeaient les sommets, puis la montée du brouillard vers le phare et, en redescendant, la coulée des nuages dans l’azur.

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture 

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    A Cala San Vicente (le site a inspiré bien des peintres, dont Degouve de Nuncques, rappelez-vous cet autre billet de Colo), les eaux turquoises au pied des falaises ont de quoi ensorceler.  

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    Sur la côte est de Majorque très appréciée des vacanciers, nous avons vu les horreurs de la pression immobilière aux dépens du paysage. Tout autre est Porto Colom avec ses criques sauvages, son port paisible et son vieux village où les martinets strient l’air avec fougue. 

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    majorque,palma,baléares,ville,campagne,montagne,lac,formentor,portocolom,côte,méditerranée,culture

    A peine rentrée, je retourne en rêve sur cette île pleine de charme, aux paysages si variés qui ont inspiré bien des artistes. Sans parler de l’hospitalité mallorquine, de la savoureuse cuisine de la tenancière – Colo en offre de beaux aperçus sur son blog bilingue franco-espagnol. Je vous reparlerai de Mallorca, Majorque, et cette fois, il sera question de peinture.