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sport - Page 2

  • Au Musée olympique

    En se promenant le long du lac Léman, à Lausanne, sur le quai de Belgique (Ouchy), si joliment fleuri autour de remarquables vieux arbres, impossible de ne pas remarquer l’entrée du Musée olympique. Elle se trouve juste en face du bateau « Helvétie » qui a accueilli ses visiteurs durant les presque deux ans de rénovation du musée, rouvert en décembre 2013.

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    Cette fois, nous avons décidé de gravir les marches pour visiter le musée de l'olympisme (on peut emprunter un escalier roulant). Le parc-jardin en terrasses vers le lac comporte des sculptures dédiées aux athlètes, mais on y trouve aussi « La pluie » de Folon au bout d’un bassin.  

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    Tout près du sautoir à la perche impressionnant où la barre est mise au niveau du record du monde masculin (le record féminin est indiqué par une flèche un peu plus bas), deux jeunes filles asiatiques avaient décidé de se mesurer à Usain Bolt sur la piste du cent mètres : quand on s’élance de la ligne de départ, des balises lumineuses indiquent où se trouve déjà le prodigieux sprinter – au bout de la ligne quand elles n’étaient encore qu’à mi-course !  

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    Dès l’entrée, le musée olympique en jette plein la vue avec sa rampe d’accès et ses éclairages colorés. On y explique d’abord l’origine des jeux olympiques et leur esprit, selon la formule d’excellence soufflée à Pierre de Coubertin : « Citius, Fortius, Altius ».L’histoire des JO se décline au mur sur une ligne du temps, accompagnée d’objets d’époque et de tables virtuelles à consulter tout au long du parcours.  

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    Torche olympique, mascottes, tenues de sport, accessoires, photos, affiches, vaisselle, médailles – de nouveaux modèles sont créés pour chaque édition des JO, le design évolue – le musée expose tout ce qui participe à l’élaboration des jeux, et aussi les maquettes des stades olympiques.Le « nid d’oiseau » réalisé pour les JO de Pékin en 2008 est une des plus belles. Etonnante aussi cette robe décorée symbolisant la Suisse ? l'Autriche ?, portée lors d’une cérémonie d’ouverture. 

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    Grandes photos, grands événements des JO, magnifique diaporama sur un grand écran courbe où tous les détails de l’effort sportif apparaissent dans un superbe montage, on pourrait passer une journée entière au Musée olympique (plus de trois mille mètres carrés d’exposition permanente), mais en deux heures, il y a déjà moyen de s’en faire un bon aperçu. On peut aussi faire une pause sur la terrasse du TOM Café avec vue sur le lac. 

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    Le musée comporte trois niveaux. Au dernier, les aspects concrets de la vie d’athlète sont abordés de manière très ludique : exercices d’équilibre, jeux, quizz – celui sur l’alimentation met à mal bien des préjugés – etc. Pour les sportifs, la visite du Musée olympique s’impose, mais celui-ci a de quoi ravir tous les visiteurs et à tout âge. Et son site, si le sujet vous passionne, est plein de ressources. 

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    « Créer un monde meilleur par le sport » : l’esprit de l’olympisme porte de hautes valeurs. Reste à voir si l’évolution commerciale des JO, leur financement, les risques de dérive nationaliste et autres effets pervers du sport spectacle ne les mettent pas en péril. On voudrait croire, bien sûr, qu’ils contribuent à promouvoir « la compréhension mutuelle, l'esprit d'amitié, la solidarité et le fair-play ».

  • Amis du temps perdu

    J’avais capté ici ou là ce nom sonore, Grozdanovitch, et j’avoue avoir été séduite, d’emblée, par son Petit traité de désinvolture (2002). En regard d’une illustration de Zhang Sheng, Rivière en automne au milieu des montagnes, la page de titre comporte un sous-titre – « Où il est question du dilettantisme et de la désinvolture, du temps et de la vitesse, des îles et du bonheur, du sport et de la mélancolie… mais aussi des chats, des tortues et des Chinois. » – et une citation de Cingria : « Il n’y a rien de plus fructueux ni de plus amusant que d’être distrait d’une chose par une autre chose » (les internautes la reprendront volontiers à leur compte). 

    Chagall, Le poète, trois heures et demie (Musée d'art de Philadelphie).jpg

     

    Il y a d’abord le style, sa musique : « Un violent orage d’arrière-saison s’abat à l’instant sur la Porte de Saint-Cloud. Le tonnerre ébranle, des éclairs zèbrent l’habituelle grisaille parisienne de novembre. Enfin, une volée de gros grêlons vient gifler la façade. » C’est l’incipit de L’infiniment singulier. Une longue plume qui descend paisiblement « au milieu du maelström des airs tourbillonnants » crée « l’Insolite » du jour, « minuscule prodige » contemplé à la fenêtre, une tasse de thé à la main « tandis que dans mon dos les livres sagement rangés sur les rayons creusent la tranquille impunité de mon microcosme privé ».

     

    Denis Grozdanovitch, poète philosophe, cultive l’art de « jouir au jour le jour des petits plaisirs (…) à l’écart du train du monde » comme ces « tueurs de temps » (Restif de la Bretonne) qui se réunissent à la cinémathèque de Chaillot à la séance de l’après-midi, de vieux cinéphiles, comme ces joueurs d’échecs ou de pétanque ou encore ces « inactifs »  assis des heures dans les cafés. Il existe, écrit Grozdanovitch, une association de « Banalyse », dont les membres se retrouvent à l’endroit et au moment convenus « sans avoir aucun motif précis pour se rencontrer ni rien de spécial à se dire » (Les Tueurs de temps).

     

    « Dis-toi bien, fiston, qu’au cours de toutes les circonstances de l’histoire, il y a toujours eu des pêcheurs à la ligne » lui répétait son père quand il le voyait, adolescent, préoccupé par la tournure des événements. Leitmotiv que l’auteur associe à cette peinture chinoise ancienne où l’on découvre, à l’écart des scènes de bataille, « dans un coin du rouleau, généralement dissimulé derrière un rideau d’arbres, un étang à moitié couvert de nénuphars », une barque « dans laquelle un petit personnage coiffé d’un chapeau de paille pêche sans se soucier de rien » « le plus parfait symbole de la sagesse ».

     

    Je me garderai de citer les plus merveilleux exemples de « l’amateurisme désinvolte » que Grozdanovitch raconte avec délectation ; ils sont, de texte en texte, les perles de rosée que le lecteur peut toucher du doigt, le sourire aux lèvres. La mort de Perdita, chat parisien, ravive le souvenir d’une après-midi au musée d’art de Philadelphie devant un Chagall, Trois heures et demie, le poète (ci-dessus) : à la tête verte posée à l’envers sur le buste du poète correspond le chat vert qui lui lèche la main. « Les poètes : ces êtres qui n’ont rien de mieux à faire à trois heures et demie de l’après-midi que de noter leurs précieuses émotions dans de petits carnets, tout en buvant du thé, la tête perdue dans les nuages, et à qui les chats tiennent compagnie !… », consigne-t-il dans son carnet tandis que Perdita, roulée en boule, dort profondément sur le sofa près de sa table.

     

    « Rien n’est plus drôle que le malheur » (Beckett) : cela vaut pour l’histoire de Titi, la marionnette au sourire espiègle offerte à sa grand-mère devenue folle, qui en fera un usage inattendu à l’hospice. S’il évoque avec grâce le commun des mortels ou Paul Léautaud, esprit libre (Un héros solipsiste), Grozdanovitch écrit aussi sur Ted, le champion de squash, ou sur le fair-play, la prime de l’élégance du geste revenant sans conteste au joueur de tennis (Le futur champion) qui s’entraîne inlassablement contre un mur. Autant le compte rendu d’une soirée entre artistes, « tumultueux méli-mélo constitué d’une dizaine de prétendus dialogues vociférés » est hilarant, autant Au musée de Bruxelles par un jour de pluie en hiver… qui commente quelques toiles anciennes représentant l’homme dans la nature se mue en interrogation philosophique non exempte de mélancolie.

     

    En lisant, en visitant – voilà la démarche de ce Petit traité de désinvolture de haut vol où l’on rencontre tantôt Nietzsche tantôt le satyre du cimetière anglais de Corfou, « le bonheur de l’été » et aussi des sentiments disparus, où l’on songe gaiement à l’ennui, sur un vélomoteur le long de la Seine (en imaginant un « Club des Amis du temps perdu ») ou seul en forêt, dans le lit de Proust (Le Robinson de la chambre en liège) ou même dans les rêves d’un homme à la riche existence nocturne (Portrait de l’artiste en vieux songe). Ce livre est un cadeau du ciel, n’hésitez pas à vous l’offrir.

  • Les choses manquées

    « Le Paradis. Oui, peut-être. Mais peut-être aussi que c’est bien ennuyeux le Paradis. Deux ans après, la France qui perd de justesse est devenue la France qui gagne, au Championnat d’Europe des nations. Platini marque le coup franc le plus foireux de sa carrière (on dira désormais une « arconada » pour désigner une toile aussi spectaculaire que celle du gardien espagnol). Tout le monde est joyeux, bien sûr. Mais pas aussi joyeux qu’on était triste le 8 juillet 1982. Normal. C’est tellement fort, la mélancolie – un peu comme l’adolescence. Et toutes les choses qu’on a manquées de justesse sont tellement plus grandes que celles qu’on a réussies. » (A la cinquante-sixième)

      

    Philippe Delerm, La tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives

     

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  • Emotions sportives

    Qui n’a pas lu, il y a dix ans, La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules ? Philippe Delerm, sur le même modèle, commente une cinquantaine de moments sportifs dans La tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives (2006). Aux sportifs, aux amateurs, cela rappelle de fameux souvenirs, de ces souvenirs que l’on partage avec tous ceux qui ont vécu aussi ces instants de sport magiques, inoubliables.

     

    Le titre rend hommage aux Classiques du Nord, « Classiques flandriennes, ou ardennaises. Tour des Flandres. Gand-Wevelgem. Amstel Gold Race. Flèche wallonne. Liège-Bastogne-Liège. Ce n’est plus tout à fait l’hiver, mais c’est tellement au nord. Tous ces noms installent à la fois une distance et une familiarité, liée à la succession rapprochée de ces rendez-vous. »  

     

    Terre battue.jpg

     

     

    Cela pourrait s’appeler « arrêts sur image » : le service à la cuiller osé par Chang à Roland-Garros contre Lendl, en 1989 ; le passage des patineurs, attendant l’évaluation de leur prestation au « kiss and cry », devant la caméra ; l’attente du coureur dans les starting blocks. Delerm se concentre sur l’instant fatidique. « Peur, plutôt, et désir de vivre seul ces quelques secondes où tout va se jouer. On a tout préparé et l’on ne peut plus rien, c’est effrayant. » (Filmer sa peur)

     

    Delerm mêle à l’histoire du sport au vingtième siècle ses propres souvenirs d’enthousiasme ou de transpiration. L’essai s’ouvre, dans Légende aux Tuileries, sur le souvenir d’un livre vert pomme reçu à la fin d’une année scolaire, une autobiographie du boxeur Georges Carpentier. En 1970, il le reconnaîtra aux Tuileries, « un vieux monsieur tout seul en pardessus, mains dans les poches, qui en fin d’après-midi fait sa petite promenade hygiénique ». Distinction, solitude, et lui de rester à distance. « Surtout ne pas effaroucher l’écho d’une légende. »

     

    Bien sûr, on mord plus aux textes consacrés aux disciplines familières. Qui regarde chaque année en juin le passionnant tournoi de Roland-Garros appréciera Ils connaissent le film. Ici l’auteur braque son attention non sur le joueur de tennis, mais sur l’arbitre au moment où il sait, où il sent qu’il doit descendre de sa chaise pour vérifier le point sur le court. « Une fois qu’il a touché le sol, il trottine vers le lieu du litige, et là encore la maîtrise est subtile : assez rapide pour manifester son sens des responsabilités, sa certitude ; assez lent pour ne pas avoir l’air de succomber à la pression populaire ni à l’ire du joueur prétendument spolié qui l’attend de pied ferme. »

     

    Chat écorché propose une réflexion touchante sur les jeunes championnes de gymnastique, maigres, pâles, quand elles retournent s’asseoir, une veste sur les épaules, « ces petites filles si explosives sur le tapis, sur le cheval, aux barres asymétriques, et puis si tristes et résignées dans l’immobilité. Leur corps osseux, pas même musculeux, n’a le droit de bouger que dans l’intensité barbare de la presque perfection. » En contraste, les lianes élégantes qu’on doit, selon Delerm, à Fosbury : « Il a tout simplement inventé un nouveau type de beauté féminine : la sauteuse en hauteur. » (Elles portent des noms slaves…)

     

    Hommage aux décathloniens (Héroïsme pendulaire), poésie du curling – « Par leur pureté, certains gestes sportifs nous disent autre chose » (Quitter l’enfance) – beaucoup de grands moments, pour les sportifs et pour les spectateurs. Mais le sport, ce sont aussi les ratés, comme un drame sur une patinoire. « Tomber n’est rien. Mais continuer, sourire, saluer comme si tout avait été voulu. » (Sourire après)

     

    Champion déchu (toutes catégories), Cocotte nerveuse (ping-pong), Les flambeurs funambules (saut à la perche), Delerm s’amuse avec les titres, lui qui a rêvé d’être titreur à L’Equipe.  « La musique du sport est singulière : plus forte, plus belle encore quand elle joue ses gammes. » (Pays d’avant)