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majorque - Page 2

  • Mallorquinades

    Mallorca, Majorque, c’est d’abord, pour moi, l’île de l’amitié. De mon séjour au pays de Colo, voici quelques ambiances au fil des balades, que j’ai bien envie cette fois d’appeler mallorquinades, comme me le souffle à l’oreille un bois d’olivier qui a pris place sur mon bureau – sculptural. 

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    L’île a compté des centaines de moulins à vent, quelle surprise d’en trouver en pleine ville ! Les jacarandas commençaient à fleurir dans la très belle capitale des Baléares. Quel plaisir de se promener dans le vieux Palma aux ruelles ombragées, où il y a tant de belles choses à observer, parfois inattendues. Et même des arbres vénérables. 

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    Les calèches font bonne figure sur la place de la Reine, où un étonnant arbre corail (dixit Colo) contraste joliment près d’un jacaranda, et aux alentours de la cathédrale, où je suis allée revoir la chapelle de Barceló. Un concert d’orgue débutait. A cette occasion, le baldaquin de Gaudí au-dessus du maître autel s’est illuminé, baroque, féerique. 

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    En s’éloignant des quartiers les plus touristiques, une agréable surprise : la terrasse du restaurant Es pes de sa palla, sa cuisine simple et délicieuse. Pendant que nous y reprenions des forces avant d’aller visiter le beau cloître du couvent San Francesco, nous avons été intrigués par le va-et-vient devant une maison qui ne compte pas moins de cinq portes. Ses visiteurs montaient un escalier très raide derrière l’une d’entre elles et en sortaient chargés de fruits et de légumes. Amusante aussi, dans un autre genre, cette seconde porte d’un magasin de jouets à la taille des enfants, non ? 

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    Après l’animation de la ville, d’où le regard peut parfois s’échapper vers la mer, quelle douceur de retrouver la campagne mallorquine et de reconnaître la route qui mène à une maison amie. Retrouvailles, émotion, complicité. Sous l’enseigne d’un bistrot à Palma, n’avions-nous pas lu ensemble cette phrase, inscrite en français : « Le bonheur, c’est de ne pas y penser » ? 

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    Une excursion vers les montagnes au nord ouest de l’île – Puig Major, le sommet le plus élevé, se situe à 1445 m d’altitude – nous a permis d’admirer les pentes arborées au-dessus de la mer, où le vert frais des myrtes se mêle aux pierres, et puis de grands lacs de retenue fréquentés par les randonneurs. 

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    Le jour où nous sommes allés au cap Formentor, au bout de la presqu’île – une route sinueuse, des paysages à couper le souffle –, les nuages nous y attendaient et c’était un grand spectacle que cette mer blanche d’où seuls émergeaient les sommets, puis la montée du brouillard vers le phare et, en redescendant, la coulée des nuages dans l’azur.

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    A Cala San Vicente (le site a inspiré bien des peintres, dont Degouve de Nuncques, rappelez-vous cet autre billet de Colo), les eaux turquoises au pied des falaises ont de quoi ensorceler.  

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    Sur la côte est de Majorque très appréciée des vacanciers, nous avons vu les horreurs de la pression immobilière aux dépens du paysage. Tout autre est Porto Colom avec ses criques sauvages, son port paisible et son vieux village où les martinets strient l’air avec fougue. 

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    A peine rentrée, je retourne en rêve sur cette île pleine de charme, aux paysages si variés qui ont inspiré bien des artistes. Sans parler de l’hospitalité mallorquine, de la savoureuse cuisine de la tenancière – Colo en offre de beaux aperçus sur son blog bilingue franco-espagnol. Je vous reparlerai de Mallorca, Majorque, et cette fois, il sera question de peinture. 

  • Un texte sur Barceló

    Lorsqu’après avoir visité une exposition, on en découvre le catalogue, aller de ses souvenirs aux mots, puis des mots aux images, donne souvent envie de retourner devant les œuvres, pour mieux les regarder. Lire Miquel Barceló – Le triomphe de la nature morte, un texte d’une trentaine de pages (suivi de quelques illustrations) de Joëlle Busca (La lettre volée, 2000), c’est entrer par le discours, de biais, dans lunivers dun artiste que je connais peu – dessins, peintures, sculptures – et qui est surtout matière. Je pense à la fameuse chapelle décorée par le peintre catalan dans la cathédrale de Palma de Majorque.

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    Chapelle Sant Père (cathédrale de Palma de Majorque) 

    « Il serait l’un des artistes les plus importants de la scène contemporaine »« il arrive avec la vague néo-expressionniste dans les années quatre-vingts », écrit la critique d’art pour le situer d’abord. Né aux Baléares en 1957, Barceló, nomade, se partage entre plusieurs ateliers à Paris, New York, Majorque, quand il n’est pas ailleurs, en Europe ou en Afrique, au Mali en particulier. L’artiste se veut « sous le joug de la nature », affronte les éléments naturels, pour lui-même comme pour ses œuvres.

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    Miquel Barceló devant une œuvre (2010) © CaixaForum Madrid

    Un thème permanent : la mort, « muette ou proclamée, toujours présente ». Busca décèle dans ses peintures « de piété mélancolique, de désolation paysagère, de ruine dévote »  des « in situ de natures mortes ». Barceló aime inclure l’objet dans l’œuvre, incorporé ou moulé, travailler la surface où il intègre « carcasses, branchages, poissons séchés piqués au formol, choux, papayes… » Si les caractéristiques classiques de la nature morte sont absentes de sa peinture, elle se relie pourtant aux maîtres espagnols de la vanité par « la précision inouïe des détails », « l’isolement spectaculaire des objets et des fruits », « la rigueur de la spatialisation ».

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    Livre sur Il Cristo della Vucciria

    Les plus grands peintres ont illustré le genre de la nature morte, considéré comme mineur : Chardin, Cézanne, Picasso, ou encore Warhol et ses Peach Halves en boîte. « Rien n’est plus trompeur que ces épithètes de mort (nature morte) ou de tranquille (still life), le genre est au contraire bavard et remuant : il y demeure un souffle de vie qui se débat pour être encore et que sauve la peinture. » Barceló peint l’instant, fasciné par le « spectacle de la désintégration toujours triomphante ». Peindre la vie « jusqu’à la mort et au-delà, jusqu’à la décomposition », comme il l’a fait dans une église abandonnée de Palerme avec Il Cristo della Vucciria.

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    Vers 1987, Barceló choisit l’Afrique pour se régénérer, renouveler son imaginaire, se mettre en danger. C’est l’expérience du désert, de la sécheresse, du vide, de l’inconfort. « Il montre tout de ses périodes africaines, les lieux communs, les brouillons d’esquisses, les petits croquis, les aquarelles noyées, il entend ne rien jeter, à la manière africaine. » Il en ressort « une sorte de maniérisme qui se superpose à un matiérisme ». Depuis l’Afrique, Joëlle Busca voit dans le travail de l’artiste « un aspect d’inachevé, d’esquisse qui domine toute autre considération. »

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    Sous le plafond de la salle des Droits de l’homme (Palais des Nations, Genève, 2009)

    Si comme dans toute œuvre, il y a dans celle de Barceló des hauts et des bas, Joëlle Busca constate que l’artiste catalan ne cesse de mettre le spectateur « dans une position instable » et s’interroge : « Où cela va-t-il s’arrêter ? » Miquel Barceló – Le triomphe de la nature morte donne à penser sur l’art contemporain et l’engagement de l’artiste, dans son corps à corps avec la matière, avec le temps.

  • La rose et le livre

    « Pour les Catalans d’aujourd’hui, la rose est encore un symbole de la conscience intellectuelle que l’homme a de la nature ; tous les 23 avril, le jour de la Saint-Georges, chacune de nos filles choisissait une rose au jardin, l’emballait dans de la cellophane ou du papier d’argent et l’apportait à l’école. C’était El Dia de la Rosa, la journée de la Rose, et, dans les salles de classe, c’était à qui apporterait la plus belle pour commémorer la victoire de Saint Georges sur le dragon qui retenait prisonnière la damoiselle éplorée, et la rose qu’elle lui avait offerte en gage de gratitude. C’était aussi El Dia del Llibre, la journée du Livre, et des foires aux livres se tenaient dans toute la Catalogne, et les amoureux de tous âges s’offraient des livres et des roses. Le jour de la Saint-Georges me fait toujours penser à Margarida. » 

    Lucia Graves, Une femme inconnue

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  • Retour en Espagne

    A Colo    

    « Une jeune Anglaise dans l’Espagne de Franco », annonce la quatrième de couverture : Une femme inconnue de Lucia Graves (A Woman Unknown, Voices from a Spanish Life, 1999), traduit de l’anglais par Béatrice Dunner, est une des bonnes surprises de la collection Anatolia aux Editions du Rocher. 

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    « Jeunes filles se promenant sur la Gran Via, Madrid, 1953 »
    Illustration de couverture © Català Roca
     

    La fille du poète Robert Graves a passé son enfance à Majorque où ses parents se sont installés quand elle avait trois ans. Elle revient en Espagne, des années plus tard, pour accompagner sa mère qui y vit toujours et doit subir à Barcelone une opération des yeux. Tant de choses lui parlent, dans cette langue catalane qui est la sienne, avec d’autres, que Lucia Graves, née en 1943, entrouvre les fenêtres de sa mémoire pour raconter sa vie en Espagne, le pays où elle a épousé un musicien barcelonais, où elle a élevé ses filles.
     

    « Je parlais le majorquin, une variante du catalan, avec tout le monde au village, l’espagnol avec ceux qui venaient du continent ou qui vivaient à Palma – où, par ordre du régime franquiste, le « dialecte » majorquin se trouvait quasiment relégué aux cuisines. » Lucia Graves rend hommage à Blanca, la sage-femme du village ; c’est le premier des portraits de femmes courageuses, généreuses, qu’elle a rencontrées sur son chemin. « C’était une île, et le village dans la montagne était une île dans l’île, sa vie réglée par les rythmes d’un habitat naturel, et par des rituels si anciens que nul ne se rappelait plus leur origine. » Son enfance se déroule au plus près de la nature : « Le temps était variable, et les choses ne restaient jamais longtemps les mêmes ; après la pluie, les oliviers viraient au vert sombre sur leurs troncs noirs ; ils étaient gris argenté dans le vent et les montagnes pouvaient soudain disparaître entièrement dans un banc de brouillard. »
     

    Ses parents s’installent à Palma pour qu’elle fréquente de meilleures écoles, la maison du village devient leur résidence secondaire. Si son école est « dirigée par un ordre français », elle n’échappe pas au système d’éducation national-catholique : « L’union de l’Eglise et de l’Etat était à la base même de l’idéologie fasciste de Franco. » Le cours d’histoire sert la propagande franquiste, les catholiques sont impitoyables envers la petite Anglaise protestante. Son salut devient pour Lucia « une source de permanente anxiété », jusqu’au jour où elle osera en parler avec son père, qui l’en guérira à jamais. Heureusement il y a Olga, son professeur de danse, son idole, une Lettonne de Riga. Et puis Jimena, qui est devenue pour les Graves « beaucoup plus qu’une femme de ménage, une amie, presque un membre de la famille ».
     

    A quatorze ans, après un an à la maison pour parfaire son anglais, ses parents l’expédient avec son petit frère à Genève, dans une école internationale. Lucia prend conscience de ses difficultés linguistiques, en anglais surtout : « être trilingue, cela voulait dire que je n’avais jamais pu me concentrer véritablement sur aucune de mes langues, que chacune ne couvrait qu’un champ d’expériences donné, et qu’aucune des trois ne me permettait de m’exprimer en toute plénitude. » Son métier de traductrice, Lucia Graves en voit la source dans cette navette incessante entre l’espagnol et l’anglais, cette « permanente dualité » de son existence. En Suisse, son mode de vie très libre – look américain et rock and roll, baignades dans le lac et bains de soleil en maillot – contraste terriblement avec les conditions des Majorquines de son âge – « otra vida » – et pourtant elle regrette son « chez-moi ». Toute sa vie, elle s’est sentie exilée, en Espagne comme en Angleterre.
     

    En 1960, elle rencontre Ramon, un batteur catalan : coup de foudre. Avant de l’épouser cinq ans plus tard, elle étudie les langues modernes à Oxford. Amoureuse, issue d’une famille libérale, elle s’attriste de ce qu’elle constate sur l’île quand elle y retourne : la liberté sexuelle des garçons alors que les filles n’en ont aucune, la « relation morne et sans joie » des couples officiellement fiancés, l’autoritarisme des maris, la soumission des épouses. « Au fil des années, j’ai vu les Espagnoles changer, je les ai vues lutter pour devenir des personnes à part entière, ce qu’elles auraient dû être naturellement si elles n’avaient pas été élevées dans une inconcevable pruderie, enfermées dans une longue répression qui leur avait coupé les ailes. »
     

    Une femme inconnue, livre de mémoire, est loin de se limiter à l’autobiographie et ne suit pas forcément l’ordre chronologique. Lucia Graves y décrit une région, la Catalogne, une époque, les mentalités, la vie quotidienne, et les personnes qui ont marqué sa vie. Discrète sur sa famille (de huit enfants), elle parle surtout de son père, ce poète admiré dont un jour elle traduira les œuvres. Mais les paysans, les pêcheurs, les commerçants, les voisins, les amis, nombreux sont les liens qu’elle a noués dans le pays où elle a grandi puis vécu une large part de sa vie. 
     

    Une amie qui enseigne à l’école de ses filles, Joana, lui a conseillé d’un jour visiter Gérone et le call, son vieux quartier juif. Elle s’intéresse au sort des Juifs d’Espagne, les sépharades qui, eux aussi, avaient « de puissantes attaches » dans deux pays ; ils inspirent son premier roman, La maison de la mémoire. Lucia Graves aborde également l’histoire et la culture de la Catalogne, le déclin puis la renaissance de la langue catalane : « Nos filles ont donc été parmi les premiers enfants de Catalogne, depuis la fin de la guerre d’Espagne, qui aient appris à écrire correctement le catalan, à connaître leurs tables de multiplication dans leur langue paternelle ». A travers la seconde moitié du XXe siècle, c’est le bilan de sa propre vie de femme que nous découvrons dans ce témoignage d’une Anglaise sur l’Espagne où elle a vécu tant de choses essentielles. 

  • Promenades

    « Entre ces deux promenades, la première et la dernière que nous fîmes à Majorque, nous en avions fait plusieurs autres que je ne me rappelle pas, de peur de montrer à mon lecteur un enthousiasme monotone pour cette nature belle partout, et partout semée d’habitations pittoresques à qui mieux mieux, chaumières, palais, églises, monastères. »

    Georges Sand, Un hiver à Majorque

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