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visite guidée - Page 2

  • Avenue Cambier

    Rendez-vous était donné par PatriS à l’angle de la place Meiser d’où part l’avenue Cambier, une autre belle artère de Schaerbeek. On y va ? Avant la promenade, Cécile Dubois a présenté la place, si encombrée aux heures de pointe, si calme en ce week-end du 15 août. Elle s’est appelée Cambier comme l’avenue puis a pris le nom d’un héros de 1914-18, Jean-Baptiste Meiser. 

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    Place Meiser (à l'arrière-plan, la tour Reyers)

    D’un côté de la place, des constructions basses, de l’autre, de hauts immeubles. Le coût de la construction a augmenté après la première guerre. Le succès des appartements, moins chers, a conduit à promulguer en 1924 la loi sur la copropriété : avant, les immeubles « de rapport » à trois ou quatre niveaux, sans ascenseur, n’accueillaient que des locataires – le propriétaire habitait ailleurs –, après, on va quasi doubler la hauteur des immeubles conçus cette fois pour une clientèle bourgeoise. 

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    Immeuble "moderniste" (1935) au 14, place Meiser

    Celle-ci apprécie dorénavant de vivre à l’horizontale avec tout le confort : ascenseur, réceptions, espaces privés, services, chambre de bonne – un habitat considéré comme plus moderne et plus économique. Les domestiques peuvent servir plusieurs propriétaires, un seul concierge veille sur tous. (Aujourd’hui, une conciergerie signifie plus de charges communes et on recherche souvent de petits immeubles sans concierge.) 

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    L'avenue Cambier, vue de la place Meiser

    Il nous a fallu un moment pour repérer sur la place les immeubles « jumeaux » construits dans les années ‘30 par l’architecte Schaepherders : des façades similaires, une alternance de briques rouges et d’enduit blanc, des terrasses symétriques séparées par une colonne (photo 1). Plus près, entre les avenues Rogier et Cambier, un immeuble blanc tout en rondeurs (photo 2) paraît plus « moderniste ».  

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    Dans un ensemble de douze villas de style cottage (1922-1923), architecte Prosper de Meyst

    Le plan d’origine prévoyait que le parc Josaphat s’étende jusqu’à la place, mais il s’est arrêté à la ligne de chemin de fer au-dessus de laquelle passe l’avenue Cambier. En 1914, Schaerbeek obtient une dérogation pour y vendre des terrains pour villas, dans une avenue arborée, avec des jardinets à l’avant. Les grilles de jardinets pourront être remplacées par des haies. La première villa construite est aujourd’hui un restaurant. (Pour ceux que le passé du quartier intéresse, deux sites à consulter : celui de Bruciel, des vues aériennes de Bruxelles à différentes époques, et celui de l’Inventaire du patrimoine architectural.) 

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    Avenue Cambier 30 (photo 2013) © MRBC-DMS

    Nous marchons à la découverte de maisons souvent groupées par deux ou trois, de style pittoresque ou art déco ou encore « normand » avec des colombages (souvent faux). Beaucoup ont été construites entre les deux guerres. Les entrées sont soignées. Au numéro 30 (ci-dessus), la tourelle d’angle « sous terrasse à parapet à amortissements en boule » cache une entrée latérale, prisée pour les villas à trois façades. 

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    Villa à trois façades conçue par et pour l'architecte G. Hano, 1922.

    Celle de l’architecte G. Hano est très différente, d’inspiration « beaux-arts », avec une entrée monumentale où trône un hibou de pierre et un mascaron à la clé de voûte. De maison en maison, la guide nous fait observer des détails, comme ces bas-reliefs sur celle du sculpteur G. Vandevoorde, à qui on doit le monument aux martyrs de la place des Carabiniers, près de la RTBF. 

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    Villa à trois façades conçue par l'architecte J. Van den Hende pour l'entrepreneur Robert Martiny, 1923

    Chaque maison a son histoire, son style. Celle construite au 24 par un architecte gantois pour son beau-frère entrepreneur est raffinée : un enduit de simili-pierre présente de faux joints qu’on ne remarque pas au premier abord. La toiture est à corniche débordante, des « denticules » et des « chapelets de perles » ornent la façade ainsi que des feuillages en bas-relief. 

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    A l’angle de la rue des Pavots, une villa très pittoresque, art déco et « cottage », donne l’occasion à la guide d’expliquer la différence entre une toiture à croupe ou à croupette – leçon de vocabulaire. Au bout de cette rue vers le boulevard, une maison habitée par Jacques Brel, de 1962 à 1965, fait face à une grosse villa à logements multiples. 

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    Villas jumelles, G. Leemans, 1926

    Aux 101, 103 et 105 de l’avenue Cambier, on se rapproche de l’art déco dont nous verrons de belles réalisations plus loin. Mais nous jouons d’abord au jeu des comparaisons devant deux maisons de G. Leemans « en miroir », dont les façades ont évolué très différemment, l’une couverte de céramiques, l’autre d’un enduit uniforme. Cet architecte, déjà croisé avenue Demolder, aimait varier la disposition des briques pour orner les façades. 

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    L'entrée d'une maison de rapport art déco joliment restaurée, au n° 105

    Arrivés à la ligne de chemin de fer, nous sommes invités à entrer dans le jardin potager écologique Cambier (sur un terrain loué à Infrabel), où on peut déposer ses déchets organiques pour en faire du compost, après accord passé avec la commune. Un apiculteur, au fond, s’occupe de ses ruches. 

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    Cécile Dubois veut terminer la promenade au monument Ernest Cambier près du parc Josaphat. Mais comment ne pas s’arrêter devant la belle Parc Résidence avec ses lanternes intégrées de part et d’autre de l’entrée ? Comment ignorer la sympathique invitation d’un jeune propriétaire qui vient de rénover une maison art déco dans les règles de l’art ? 

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    La balade s’achèvera donc devant le monument au major Ernest Cambier (1844-1909), son visage en médaillon sur le socle. Au service de l’Association internationale africaine contre l’esclavage, il a œuvré à la fondation de Karema et à la construction du chemin de fer au Congo. Les feuillages du parc Josaphat encadrent joliment ce monument dû à Claus Cito (1920).

  • La petite Anatolie

    A Bruxelles, « la petite Anatolie » est le surnom d’un quartier à cheval sur deux communes, Schaerbeek et Saint-Josse-ten-Noode. Dimanche dernier, c’était le but de la promenade guidée proposée par PatriS en « prélude à Europalia Turquie ». Le rendez-vous était donné sous le porche de l’église royale Sainte-Marie, paroisse autrefois aristocratique, située entre le Palais de Bruxelles et le château de Laeken 

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    Colonnes du porche de l'église royale Sainte-Marie

    Yves Jacqmin nous y a présenté le quartier et la communauté belgo-turque qui l’habite aujourd’hui avec un grand souci d’objectivité et de nuances, à rebours des clichés. Nous irons donc cette fois non pas à la découverte du patrimoine, mais de lieux liés à cette communauté très attachée à son pays d’origine. 

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    En 1964, comme on l’a rappelé l’an dernier pour les cinquante ans de l’immigration marocaine et turque, l’Etat belge a fait appel aux travailleurs étrangers pour ses industries et ses gros chantiers, la main-d’œuvre manquait. Ensuite, avec le regroupement familial et les familles nombreuses, la communauté belgo-turque s’est accrue en Belgique, on l’estime aujourd’hui à environ 150000 personnes. Parmi les Bruxellois d’origine étrangère, un dixième est d’origine turque (derrière la France, l’Italie, le Maroc, la Pologne et le Portugal, entre autres).

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    Bruxelles multiculturelle

    Les habitants du quartier sont pour la plupart originaires d’Emirdağ, une petite ville au cœur de l’Anatolie, d’où son surnom. D’abord locataires, ils sont devenus propriétaires, et c’est grâce à eux que le quartier se maintient et se développe, après avoir échappé au grand projet du quartier de la Gare du Nord qui prévoyait de le faire traverser, près de l’église royale, par une nouvelle « autoroute urbaine ». 

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    En haut de la rue des Palais, le guide nous montre une enfilade d’hôtels de maître où on reconnaît la signature de Frans d’Ours et Charles Neyrinck (1910), des architectes qui œuvraient à la même époque dans la prestigieuse avenue de Tervueren. Un peu plus bas, nous passons devant l’IFSFC, une haute école, puis nous nous arrêtons en face d’un grand immeuble récent. 

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    Trois étages y sont occupés par Fedactio, un groupe d’associations turques sous l’égide de Fethullah Gülen. Originaire d’Anatolie, émigré aux Etats-Unis, ce leader religieux promeut l’étude des sciences, l’engagement dans la société civile et l’ouverture aux autres « religions du Livre ». Il s’oppose à la politique actuelle du gouvernement turc. Certains le comparent à Calvin. « Fédération des associations actives de Belgique » : pas d’allusion à la Turquie sur la plaque de Fedactio, ni sur celle du centre culturel « Sema », rue de la Poste. C’est la même volonté de se fondre dans le pays d’accueil et aussi un signe d’indépendance par rapport aux organismes officiels turcs présents dans le quartier. 

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    Par la rue de la Constitution, nous rejoignons la chaussée de Haecht pour nous arrêter devant la grille verte de la Maison des Arts, juste en face de l’APAJ. Cette « Association Pédagogique d'Accueil aux Jeunes » vise la formation par le travail dans le domaine du bâtiment, il est dommage que la presse n’en parle que lors de problèmes liés à la délinquance (un tiers des places y est réservé à des personnes en semi-détention ou en surveillance électronique). 

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    En septembre s’ouvrira un peu plus loin la première école secondaire islamique en Fédération Wallonie-Bruxelles, dans la continuation de l’école primaire : « La Vertu » s’implante au cœur de la petite Anatolie, entre deux grandes écoles catholiques depuis longtemps ouvertes aux enfants du quartier : le Centre scolaire des Dames de Marie (CSDM), où flottent encore les bannières des 150 ans, et le Centre scolaire Sainte-Marie La Sagesse(L’ouverture de cette école confessionnelle a donc été autorisée finalement, bien qu’il ne manque pas d’écoles secondaires dans le quartier.)

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    Nous abordons ensuite un tronçon de la chaussée de Haecht très fréquenté pour ses restaurants turcs typiques, de plus en plus soignés (souvent de simples snacks à l’origine, comme ce « Snack anadolu » explicitement anatolien). Cet été, les terrasses ont envahi les trottoirs et remportent un joli succès, même par ce temps pluvieux. Les enseignes colorées sont nombreuses. Mes photos ne donnent pas grand-chose sous le ciel nuageux et la bruine qui nous accompagne. Certaines affichent leur lien avec la culture et la cuisine turques, d’autres la gomment, mais ici une « pizzeria » sert en réalité des pide, des barquettes à la turque. 

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    La communauté musulmane est représentée dans le quartier par différentes associations, parfois en désaccord : la BIF, Fédération islamique de Belgique, a pris ses distances par rapport à la puissante BTI Diyanet Vakfi, organe religieux officiel du gouvernement turc, en face du CSDM, où M. Erdogan ne manque pas de passer quand il vient à Bruxelles. Entre les deux, la mosquée Fatih a fait couler beaucoup d’encre lors de sa demande d’installation d’un minaret – non pour l’appel à la prière, mais pour plus de visibilité. L’autorisation lui a été finalement accordée, à condition d’en réduire la hauteur, via la législation existante sur les enseignes, une solution de compromis typiquement belge. 

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    En revenant sur nos pas, je remarque de nouvelles enseignes plus sobres, comme celle d’une boulangerie pâtisserie en cours d’installation, et l’affichage fréquent des trois langues locales : français, néerlandais et turc. Yves Jacqmin nous a cité des mots turcs très proches du français par leurs sonorités et expliqué quelques caractéristiques du turc qui facilitent l’apprentissage du néerlandais aux turcophones. Parmi les nombreux chiffres fournis, que je n’ai pas notés – le parapluie à la main, c’était difficile –, il y avait le faible pourcentage d’élèves bruxellois qui parlent le français quand ils rentrent chez eux.  

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    J’ignorais un autre aspect de la double nationalité : l’obligation du service militaire pour les Belgo-Turcs, réduit à trois semaines moyennant le paiement d’une somme importante et obligatoire pour conserver la nationalité turque. Mehmet Koksal, journaliste belge d’origine turque qui ne craint pas d’aborder les sujets tabous, s’est interrogé sur le cas des élus belgo-turcs qui ont prêté en Turquie un serment de fidélité qui pourrait mettre en conflit leurs deux appartenances. En tout cas, cette visite nous a montré une communauté belgo-turque plus diverse qu’on ne le pense.

  • L'église St-Servais

    Inséparable de la belle avenue Louis Bertrand qu’elle domine, l’église St-Servais attend une restauration depuis des années – elle devrait commencer bientôt. Ce jeudi 23 juillet, Yves Jacqmin, notre guide PatriS, l’a présentée au groupe des Estivales, d’abord devant l’entrée où les échafaudages dissimulent en partie la statue du Saint. 

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    Paroisse historique de Schaerbeek, cette église a été construite pour remplacer la première, petite église de village, qui se situait en contrebas (emplacement marqué aujourd’hui par le grand « Vase aux Bacchantes » de G. Devreese). Il n’en subsiste que la cure et son jardin de curé. St Servais, premier évangélisateur en région gallo-romaine au IVe siècle, a été l’évêque de Tongres avant de partir pour Maastricht où se trouvent sa tombe et son « Trésor ».

     

    La décision de démolir l’ancienne église a été prise en 1864, malgré sa valeur architecturale – des artistes se sont mobilisés en vain contre cette destruction exécutée en 1905. La nouvelle église St-Servais inaugurée en 1876 et l’ancienne ont donc coexisté quelque temps. La petite, désacralisée, a servi de gymnase (on y pratiquait l’escrime) et d’école de dessin (qui préfigure l’Ecole de la Ruche). 

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    On compte une trentaine de paroisses dédidacées à Saint Servais entre la mer du Nord et Cologne. D’après la Légende dorée, inspiratrice de tant d’artistes, il descendrait de la sœur de Sainte Anne, mère de Marie. On raconte que, prisonnier des Huns, il a été protégé par des anges et un aigle. Le musée de Tongres contient des objets le concernant. Servais avait une réputation de diplomate. (C’est aussi le troisième des « saints de glace », fêté le 13 mai.)

     

    Les plans de l’église sont de Gustave Hansotte, architecte entre autres de l’église Royale Sainte-Marie. Le choix de son emplacement est lié avant tout à un plan d’urbanisme, le chœur n’est plus orienté vers l’est comme le voulait la tradition. La façade est signée. La commune de Schaerbeek s’est impliquée financièrement dans son édification, vu son accroissement démographique à la fin du XIXe siècle. 

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    L’église St-Servais est de style néo-gothique, mais de construction moderne avec une armature métallique dissimulée. Certaines pierres viennent de carrières locales, on a utilisé aussi la pierre de Gobertange. A l’intérieur, le guide nous rappelle la diversité du patrimoine religieux de Schaerbeek, tous les styles y sont représentés : éclectisme à l’Eglise Royale Sainte-Marie, romane et byzantine, néo-classicisme à Sts-Jean-et-Nicolas, néogothique pur ici et à Ste-Elisabeth (Cage aux Ours). Au XXe siècle, le néogothique sera mêlé à l’art déco ou stylisé.

     

    En outre, St-Servais a conservé son mobilier du XIXe siècle, « rescapé de Vatican II » : confessionnaux, chaire de vérité, fonts baptismaux, autels, statues polychromes, banc de communion sont restés en place. On les doit à des artisans spécialisés primés à des concours internationaux. L’orgue (1935) est remarquable, deux concerts par an permettent d’apprécier ses très belles sonorités. Il est du facteur allemand Johannes Klais.  

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    Bien qu’imitateur du XIIIe, le néogothique du XIXe siècle comporte sa part d’invention. Nous regardons des visages copiés de l’antique sous les colonnettes des ogives, une chaire de vérité en bois sculpté d’inspiration médiévale. Guillaume Geefs, l’auteur des fonts baptismaux (c’est lui qui a réalisé le monument de la Place des Martyrs) était aussi portraitiste royal. D’origine modeste (des parents boulangers), devenu bourgmestre en 1850, il a réussi une belle ascension sociale. Schaerbeek était au XIXe une commune de sculpteurs : Léon Mignon y avait son atelier, Paul De Vigne, Constantin Meunier (avant de s’installer rue de l’Abbaye), Charles Van der Stappen

     

    Les toiles anciennes accrochées à gauche du chœur proviennent de l’ancienne église St-Servais, qui dépendait du chapitre de Soignies. On y faisait la quête pour l’entretien des églises mais l’abbaye tardait à restituer cet argent à la fabrique d’église de St Servais qui peinait déjà pour assurer les travaux nécessaires. Heureusement, des curés actifs prenaient des initiatives, comme l’organisation d’un pèlerinage à St-Servais dont on faisait le tour à cheval. 

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    D’autres tableaux viennent de « couvents improductifs » fermés par Joseph II, comme la « Vision de Saint Servais » par Gaspard de Crayer, un Christ en croix et une Assomption du XVIIe siècle. A droite du chœur, une belle Annonciation est pour l’instant masquée par des échafaudages.

     

    La visite s’est terminée à l’extérieur. En prenant quelques photos avant de sortir, j’ai aperçu de beaux vitraux XIXe dans une chapelle latérale. Yves Jacqmin nous a fait remarquer qu’en faisant le tour de l’église, nous descendons : cette déclivité du terrain a été récupérée par le bâtiment, l’entrée latérale comporte un perron. Le chevet, entouré d’une grille en fonte, est surmonté de faux arcs-boutants. Une petite entrée basse donne sur la sacristie, invisible de l’intérieur. De ce côté aussi, l’église est judicieusement placée dans la perspective de la rue Gallait. 

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    Si comme moi, vous n’étiez jamais entré dans l’église St-Servais, je vous recommande la prochaine visite programmée ce jeudi 30 juillet à 12h30 – si les inscriptions sont encore ouvertes.

  • Maison de caractère

    « Nous cherchions une maison qui ait du caractère » , a raconté la propriétaire d’une belle demeure schaerbeekoise, à l’angle de la chaussée de Haecht et de la rue de l’Est, qui a accueilli avec amabilité le petit groupe inscrit à la première des « Estivales 2015 » – huitième édition des promenades guidées gratuites proposées tout l’été par l’asbl PatriS, avec le soutien de la commune. 

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    Si souvent, en passant sur la chaussée, j’ai admiré la loggia d’angle et les belles façades de cette maison néo-Renaissance flamande. Aussi je me suis inscrite tout de suite à l’annonce de cette visite guidée organisée jeudi dernier. (Une seconde visite de cette maison est prévue le 3 septembre prochain.)

     

    Emmanuelle Dubuisson, notre guide, rappelle que la rue de l’Est (nom lié à la proximité de l’ancien Observatoire) a été percée à la demande de propriétaires privés, en 1881.  A cette époque, la commune attire les bourgeois et les artistes. Ce sont les héritiers Verboeckhoven (Eugène Verboeckhoven, peintre animalier et sculpteur, est mort à Schaerbeek en 1881) qui possèdent le terrain où cette maison va être bâtie et les suivantes, où seront aménagés plusieurs ateliers d’artistes. 

     

    Cette grande maison d’angle construite en 1890 pour un avocat (Maître Campioni-Balasse) disposait à l’origine d’un grand jardin, mais durant la première guerre, des voisins s’en sont approprié des parcelles. Juste en face, une maison du même style, avec tourelle d’angle, a été démolie dans les années soixante pour faire place à un immeuble de bureaux. Ici, heureusement, les propriétaires successifs ont résisté aux sirènes du progrès, qui suggéraient même de la remplacer par une station-service ! 

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    « Schaerbeek - Rue de l'Est n°2 - 002 » par Lumixbx (Wikimedia Commons)

    Pourquoi ce style Néo-Renaissance flamande, avec le mélange des briques rouges et de la pierre bleue, des vitraux et des croisées en pierre ? La visite s’intitule « Plongée dans l’éclectisme » : en façade on voit aussi des éléments néo-gothiques, un pignon en escalier sur le toit, des lucarnes dans le goût pittoresque, ainsi que des épis de faîtage. Au bout des nombreuses travées – la maison est large mais peu profonde – une frise lombarde achève le décor. 

    Les archives de Schaerbeek ayant brûlé avec l’Hôtel communal en 1911, on attribue cette maison à un architecte formé à Saint-Luc, qui a conçu d’autres belles demeures dans le quartier des squares et travaillé pour de nombreux couvents et églises. Après 1870, les libéraux de la « nouvelle Belgique » appréciaient ce style néo-Renaissance flamande par opposition au style néo-classique français.

     

    Il est temps d’entrer, après avoir appris que le bossage des pierres au bas des murs convient au caractère rustique de l’endroit à la fin du XIXe siècle, c’était encore campagnard. La porte est magnifiquement décorée et garnie de ferronneries d’époque. On monte cinq marches pour accéder au premier niveau d’où on peut admirer les vitraux art nouveau qui encadrent l’entrée, dans des tons orangés, puis les vitraux plus pâles autour de la seconde porte.  

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    Le vestibule a été transformé (confort, chauffage,…) et dans toute la maison, dont l’intérieur aussi est classé aux Monuments & Sites depuis 2004, des éléments qui ne sont pas d’origine ont été intégrés harmonieusement au fil du temps – parfois récupérés dans les chantiers de démolition des belles maisons de maître en pleine période de « bruxellisation ».

     

    Dans le salon de réception qui a conservé son mobilier d’origine, les médaillons des vitraux sont inspirés de tableaux anciens. Les vitraux intérieurs portent aussi des devises, une date : 1831, des motifs illustrant les quatre saisons. Sous le plafond à caissons (dont la peinture s’écaille en attendant un budget de restauration), des poutres se terminent par les têtes sculptées des archiducs Albert et Isabelle.

     

    Toutes les pièces visitées portent des lambris d’origine. De l’autre côté de l’entrée, après un charmant petit bureau, un grand salon de musique, pièce d’angle très lumineuse a des vitraux refaits dans les années 60, portant le blason azur et or de la famille Scribe (deux plumes croisées, quatre escargots), et sur une fenêtre rue de l’Est, un blason de réemploi non identifié qui m’a intriguée, montrant sous une couronne, un oiseau noir avec un anneau d’or dans son bec, juché sur un fer à cheval. Comme les murs peints de ramages et de couronnes de ce salon, ceux de la belle cage d’escalier, éclairée par une verrière à décor floral, ont conservé leur peinture d’origine, de très beaux tons rouge cuivre.  

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    On découvre à l’étage les pièces d’habitation familiale, le salon à l’angle avec ses vitraux refaits sur le modèle d’origine, sa loggia, et une belle cheminée en bois récupérée dans un château – le bois est présent partout dans la maison : les lambris, les parquets dont les motifs varient de pièce en pièce.

     

    Des murs clairs mènent à une jolie cuisine toute en longueur, équipée à la manière actuelle en face des vitraux, avec un coin à manger – tout ce qu’il faut pour une famille ; elle a été conçue en harmonie avec le lieu, la cheminée ancienne. Les cuisines d’origine, comme autrefois à Bruxelles, se trouvaient en cave, reliées au rez-de-chaussée par un monte-plats.

     

    Ensuite on accède à une chambre qu’habite également un chat roux, endormi en rond sur le couvre-lit blanc. Placide, il ne semble pas vite dérangé, accepte même quelques caresses. La cheminée – chaque pièce a la sienne – est imposante, une grande tapisserie d’époque agrémente le décor.

     

    Cette maison qui donne l’impression de voyager dans des temps anciens est contemporaine de la maison Autrique, construite en 1892 par Horta à deux pas d’ici. Un choix architectural et esthétique très différent. Débordant du temps prévu pour la visite, la propriétaire a bien voulu confier les avantages et inconvénients d’habiter une maison classée. Le plus inattendu, ce sont les coups de sonnette d’inconnus qui se croient à la maison communale !

  • Tendresses

    résistance,guerre,mémoire,patrimoine,schaerbeek,visite guidée,patris,monuments,témoignages,culture« Considérer que l'œuvre d’Idel Ianchelevici rayonne davantage par la sérénité de ses approches que par ses audaces n'est pas faire injure à la mémoire d'un homme de bien ! Ianchelevici avouait une affection prononcée pour les scènes bucoliques, les tendresses, les regards amoureux, les quotidiens tranquilles et débonnaires. Ode à la nature des choses, aux gestes simples, aux salutaires attendrissements, l'artiste roumain développa une œuvre en accord constant et parfait avec sa conscience. A ce titre, son travail est un exemple de probité. »

    Roger Pierre Turine, « Bucarest célèbre Ianchelevici, enfant du pays » (La Libre Belgique, 21/9/2003)

    Photo : détail au dos du monument Henri Jaspar (Ianchelevici) à Schaerbeek