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Passions - Page 452

  • Márai, ô ma Douleur

    Quand j’ouvre un roman de Sándor Márai, chaque fois, la voix de son narrateur me captive. La sœur (traduit du hongrois par Catherine Fay) commence ainsi : « Je vais tenter de consigner ici tout ce que j’ai vécu en ce Noël singulier... » Le quatrième Noël de la Deuxième Guerre mondiale, dans une petite station thermale désertée où un écrivain réside pour une semaine dans une auberge bon marché, celui-ci découvre étonné que son voisin de palier n’est autre que « Z., le fameux Z., le grand musicien, encore célébré quelques années auparavant, dans les salles de concert des grandes capitales, par un public international. Devant un homme qui n’est plus que l’ombre de lui-même, mais très calme et discret, il ne voudrait pas « troubler l’équilibre de son âme par une compassion malvenue ». 

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    Enrico Brandani (1914-1979), La chorale

    Au lieu de profiter d’un décor de montagne féerique, les pensionnaires sont confinés à l’intérieur par une pluie glacée qui provoque des avalanches. Seul un petit cheval apporte chaque jour le courrier et des vivres. « Dans cette arche, nous étions sept bipèdes à attendre la fin de la pluie et l’émergence du soleil ». Au bout de trois jours, on trompe l’ennui comme on peut, on s’observe. Le couple de la seule chambre avec balcon intrigue, l’homme et la femme ne descendant jamais ensemble dans la pièce commune : une femme « plus toute jeune, fragile, à l’aspect maladif », un homme « chauve, légèrement empâté, au regard triste et soucieux ». Ils se succèdent pour écouter la radio, attentifs surtout à « la chronique ordinaire des accidents, des disparitions, des morts. »

    La veille de Noël, sceptiques devant la promesse de l’aubergiste d’un beau Noël blanc malgré tout, les vacanciers s’efforcent de faire bonne figure : on décore le sapin, on trinque, on parle. Seuls le couple et Z. sont restés dans leur chambre, et personne d’autre que l’écrivain n’a reconnu le musicien que chacun trouve « très distingué », bien quil quitte la salle chaque fois que la radio diffuse de la musique de danse ou des chansonnettes. Respectant l’incognito de Z., déjà là depuis deux mois, lécrivain s’interroge sur son retrait inexpliqué des scènes de concert. 

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    Un drame, le jour de Noël, met fin à cette drôle d’attente, et soudain, comme promis, le temps change, la neige arrive, puis le soleil. Le pianiste semble à présent prêt à s’épancher auprès de celui qui l’a reconnu – ils se sont quelquefois croisés dans le monde avant de se rencontrer ici sur un chemin de promenade : « Chaque être humain est obligé de porter la passion sur lui comme une croix ». Quand l’écrivain s’inquiète de son retour sur scène, il lui confie ce qui a modifié son destin : deux doigts paralysés à la suite d’une maladie.

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    Huit mois plus tard, le journal annonce la mort de Z. dans une ville d’eaux suisse. Quelques semaines après, l’écrivain reçoit une enveloppe épaisse par la poste. L’ambassade de Suisse lui transmet un manuscrit du pianiste hongrois, « selon la volonté du défunt ». Au tiers du livre, le narrateur cède la place à Z. « Quand une voix s’exprime à partir de l’autre rivage sur des questions de vie et de mort, sur les grandes émotions qui animent les êtres, tels la croyance, l’amour et la passion, ceux qui sont encore sur cette rive ne savent pas répondre. Ils se taisent et écoutent. »

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    Sándor Márai réussit pleinement à installer en nous cette écoute, pour peu que nous acceptions d’entrer dans les abîmes intérieurs. Le récit du pianiste est une histoire d’amour et de musique brisée par la maladie qui l’a frappé brutalement lors d’un séjour à Florence, pour un concert à l’invitation du gouvernement italien. Son dernier concert. Ensuite, c’est la longue traversée de cette maladie qui l’entraîne aux confins de la vie et de la mort.  

    « Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. / Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici… » A l’hôpital où on le traite avec grand soin, et son corps et son âme seront sondés par un professeur courtois et son assistant quelque peu chamane, avec l’assistance de quatre « entremetteuses angéliques », les sœurs infirmières : Dolorissa, Cherubina, Carissima et Matutina. « « La Sœur » de Sándor Márai réunit dans un étonnant dialogue un musicien et la douleur aiguë qui le foudroie », résume très bien Lisbeth Koutchoumoff dans sa critique du Temps.

  • Rosé, livre, expo

    "Rosé" est à présent publié aux éditions Espaces Regards.
     

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    Du 25 au 29 novembre, à la Maison des Femmes de Schaerbeek,

    [ Journée internationale de lutte

    contre les violences faites aux femmes ]

    une exposition autour du livre de Florence Marchal & Annabel Sougné

    253, rue Josaphat - de 9 h à 16 h.

  • Cheminée carrée

    En photographiant cette cheminée, rue Metsys (près dun bâtiment industriel transformé en lofts, il me semble), j’ignorais qu’elle était la dernière cheminée carrée en briques de la région bruxelloise depuis la démolition, l’an dernier, d’une autre cheminée carrée à Molenbeek. « Fin XIXe siècle, les cheminées ont évolué du carré au rond pour pouvoir monter plus haut, profiter d’un meilleur tirage et offrir moins de résistance au vent. C’est une briqueterie de la région de Vielsam qui fabriquait ces briques en trapèze, posées en rond par des maçons spécialisés. » (Bruxelles Fabriques) 

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  • Côté rue

    Même là où nous sommes déjà souvent passés, un jour ou l’autre, question de lumière ou d’humeur, un détail attire soudain l’attention. Cela m’arrive régulièrement quand je flâne dans ma commune au hasard des rues. Et chaque fois, excusez-moi de le répéter, Schaerbeek me fait de l’œil : il y a tant à voir quand on a le temps de s’attarder. 

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    Une énigme, pour commencer : ce « door ons, voor ons » (par nous, pour nous) inscrit dans la pierre en haut d’un pilastre, rue d’Anethan, derrière l’église Sainte Elisabeth. Cette maison rénovée abrite aujourd’hui une asbl d’aide à l’enfant, gérée par la communauté flamande. Je serais curieuse de connaître l’ancienne affectation de ce bâtiment et son histoire. 

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    Dans une autre artère qui part de la Cage aux Ours (nom populaire mieux connu à Bruxelles que celui de la place Verboekhoven) – je vous parlerai une autre fois de sa métamorphose en cours, l’installation récente d’une passerelle métallique au-dessus du chemin de fer commence à faire jaser, pour des raisons esthétiques autant que budgétaires, le retard apporté aux finitions du site n’arrangeant rien –, la commune a placé sous la plaque de rue une brève notice sur l’artiste dont elle porte le nom, ici Jean-François Portaels, un peintre belge. Tout près, ce bel encadrement sculpté dans la pierre bleue, de style art nouveau, garde aussi son mystère qu’une photo trouvée sur Wikimedia n’éclaire pas. Tout renseignement vous vaudra ma gratitude.

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    Les Schaerbeekois qui passent par là – ne disons pas où, il ne faudrait pas attirer les coquins – ont déjà tous repéré ce nouveau membre de la Cité des Anes, qui décore joliment la cour d’une maison (la photo date de l'été dernier). Un clin d’œil à Camille et Gribouille, nos chères mascottes du parc Josaphat, qui ont de nouvelles attributions « au secours de l’environnement », ai-je lu dans Info Schaerbeek : les souffleuses de feuilles y ont été bannies, pour le confort des promeneurs et l’économie, je suppose.

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    De temps en temps, je photographie des arbres par-ci par-là. En automne, certains sont encore plus remarquables, mais ce sera pour un autre billet que je projette d’écrire. Voici tout de même un feuillage de saison, n’est-ce pas que la rue en est enchantée ?

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    Les portes et les fenêtres dessinent le visage d’une façade, j’aime les observer. Ici un splendide auvent de pierre surmonté d’un sgraffite, commande d’un franc-maçon, comme l’indiquent l’équerre et le compas. Là les courbes du fer forgé dessinent un panier fleuri au-dessus d’une porte ; les grilles décoratives qui protègent les vitrages ou entourent les cours et jardinets font parfois le cachet d’une rue.

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    Des campagnes de sensibilisation attirent de temps à autre l’attention sur ce petit patrimoine qui embellit un bâtiment, riche ou modeste. Bien l’entretenir est la meilleure façon de le préserver d’une restauration coûteuse ou pire, d’une disparition pure et simple. Certains propriétaires le négligent. Heureusement, d’autres bichonnent ces détails décoratifs. La Région bruxelloise offre une aide aux particuliers, qui l’ignorent trop souvent.

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    C’est parfois tout en haut que résident les plus beaux atours d’une façade. Que dites-vous de ces superbes sgraffites art nouveau, ces femmes des quatre saisons, sans doute de Paul Cauchie ? Si vous ne le connaissez pas, je vous conseille de visiter un jour la maison du plus célèbre des sgraffiteurs bruxellois, à Etterbeek.  

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    Enfin, à hauteur des passants, s’ils ne sont pas perdus dans leurs pensées ou trop pressés, de belles choses se présentent qui méritent un regard, un sourire, comme ces corbeilles de roses qui nous charment à toutes les saisons. Peut-être voulaient-elles signifier à l’origine que le commanditaire avait les moyens, ou du goût pour l’artisanat. Qu’importe aujourd’hui : ces fleurs de pierre nous offrent, à chaque passage, un certain parfum d’autrefois.

  • Carnets d'esquisses

    Noce Monet couverture.jpg« Monet s’y montre un remarquable dessinateur, croquant ses motifs, posant ses canevas, esquissant des parties de composition, cherchant sur le papier le trait, la fluidité et l’évocation, qu’il va reprendre sur la toile. Autour des nénuphars ou dans le bassin d’Etretat, rien que du blanc. Hors quelques reflets hâtivement croqués, sur deux ou trois feuilles seulement, l’eau n’a pas besoin d’y figurer ; elle est toujours laissée « en réserve », comme on dit dans le jargon pour désigner des parties non dessinées. Elle va trouver sa définition sous le pinceau, grâce à la couleur. Elle est ce qui ne se dessine pas – elle est la peinture. »

    Vincent Noce, Monet, l’œil et l’eau