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schaerbeek - Page 16

  • Maison Art Déco

    Pour la dernière des Estivales auxquelles je me suis inscrite cet été, Cécile Dubois nous a fait visiter une « maison Art Déco à tendance moderniste » au 59, boulevard Reyers, juste en face de la RTBF, un boulevard qui a beaucoup gagné avec la démolition du viaduc cette année, encore en travaux. Un atelier d’architecture occupe cette maison de 1932, signée Paul Aernaut.

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    Je reprends à l’Inventaire du Patrimoine architectural cette définition : « Le modernisme (à partir des années 1920) est un courant international prônant la suprématie de la fonction sur la forme. Il se caractérise par l’emploi de volumes géométriques élémentaires, de la toiture plate, des fenêtres en bandeau et des matériaux modernes comme le béton armé. »

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    C’est à la fin du XIXe siècle qu’on a décidé le tracé des grands boulevards bruxellois, celui-ci s’est appelé d’abord « Boulevard militaire » avant de prendre le nom d’Auguste Reyers, bourgmestre de Schaerbeek de 1909 à 1921. Le Tir National, juste en face, disposait de terrains vallonnés pour l’entraînement. Après sa destruction, ce sont les radios-télévisions belges qui s’installent là dans les années 60-80 ; aujourd’hui cachées par des immeubles de bureaux, elles vont faire place au futur Mediapark. 

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    L’architecte Paul Aernaut a construit cette maison pour deux Verviétois, des fabricants de matériel électrique qui par la suite vendront aussi des radios. Puis un salon de coiffure s’y est installé, fréquenté par des gens de la RTBF. L’urbanisme a refusé l’ajout d’un étage supplémentaire, puis la conversion de la maison en bureaux. Enfin, le propriétaire actuel l’a restaurée. Au-dessus de l’atelier d’architecture se trouvent une salle à manger et un salon que nous pourrons visiter, mais pas le dernier niveau tout à fait privé.

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    Les pièces en enfilade sont éclairées par de grandes baies vitrées permises par une structure en béton et dotées par-dessus d’un vitrage aux motifs géométriques que nous retrouverons partout dans la maison, en particulier dans les portes. Les suspensions contemporaines des bureaux s’y intègrent bien. Les cheminées d’angle en marbre ont été maintenues.

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    Nous suivons notre guide au jardin, où une surprise nous attend : une œuvre de Willy Anthoons, élève d’Oscar Jespers, passé du figuratif à l’abstrait (œuvres au Middelheim et au Kroller-Muller). Ici, derrière un petit bassin circulaire, sous une pergola en béton, trois bas-reliefs (1933) illustrent le thème du sport, en vogue à cette époque favorable à l’hygiénisme.

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    En rentrant dans la maison, dotée d’un toit terrasse, nous traversons la cuisine au sol noir et blanc (comme à la Villa Cavrois) pour aller admirer le hall et la cage d’escalier. La rampe a été poncée, elle était du même bois noirci que le reste. L’enduit au mur est nouveau, à l’origine il était à la feuille d’or. Les marbres du hall et du vestibule sont conservés. 

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    A l’étage, nous retrouvons les mêmes baies vitrées, avec une jolie vue arborée côté boulevard, et en plus, au salon, une alcôve dotée du même éclairage par le haut. Idem, plus étonnant encore, pour l’alcôve de la belle salle de bain en marbre strié de noir où est placée la baignoire, avec de part et d’autre de petites portes au vitrage identique. Les grilles de rue originales mériteraient une restauration.

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    Un peu plus loin sur le boulevard Reyers, la guide nous arrête devant une maison de la même époque, transformée en appartements, dont les châssis originaux ont été remplacés – et cela modifie beaucoup son allure. Paul Aernaut ayant aussi construit une maison pour le père de Jacques Brel, Cécile Dubois nous montre, en plus de photos anciennes et d’une monographie sur Anthoons, une biographie du chanteur avec des photos de ses multiples domiciles à Bruxelles.

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    Nous verrons sa maison natale au cours de la promenade dans les rues « des pierres précieuses » (saphir, émeraude, diamant…) mais nous commençons par l’avenue Emile Max, une avenue aérée aux larges trottoirs, pour admirer une belle maison d’inspirations Beaux-Arts et Art Déco occupée à présent par l’Ecole anglaise, au 163 (ci-dessus) : Jules Libois y a apposé une signature très explicite sur sa profession et son origine.  

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    Bâtie pour un haut fonctionnaire, cette maison de 1930 possède dans sa large façade (14m90) une deuxième porte pour l’entrée de service, à côté de la porte de garage. Un seul étage pour cette demeure dotée d’une véranda à l’arrière, d’un grand palier servant de salle de billard et de vastes réceptions. Le terrain continuant à l’arrière jusqu’à l’avenue de l’Opale, son propriétaire y fera construire deux maisons pour ses enfants. L’éclectisme du 163 contraste avec la maison moderniste juste à côté (1928), d’un style plus radical, en blanc et noir (ci-dessous).

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    Que de choses à regarder ! La hauteur de porte, au numéro suivant, semble conçue pour un géant. Et voici un endroit particulier : Albert Delcorde a construit ici une école catholique avec un local pour les scouts à l’arrière – l’unité scoute de Jacques Brel dans son quartier natal – et l’entrée du plus vieux cabaret bruxellois, L’os à moelle.

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    De l’autre côté de la rue, Cécile Dubois commente à la demande d’une participante une belle façade de style Beaux-Arts, au 142 (ci-dessous, à gauche), aux matériaux coûteux, en plus des sculptures ornementales, un style qui « a chevauché » la première guerre mondiale, contrairement à l’Art nouveau qui a laissé la place à l’Art Déco. Celui-ci caractérise les deux immeubles à appartement aux numéros 141 et 143, « identiques en miroir » (1933). 

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    Le site du comité Opale-Opaal, tenu par des Opaliens attachés à leur quartier, propose un index des maisons intéressantes rue par rue, dont la rue d’Opale, forcément, et aussi l’avenue du Diamant où je choisis, pour terminer ce billet, de vous montrer la maison natale de Jacques Brel, aujourd’hui celle d’un notaire, au 138.

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    L’architecte René Doom,  déjà primé au concours de façades de Schaerbeek de 1913 pour les numéros 130 et 132, a remporté la médaille d’or au concours de 1914 pour sa propre maison, au 143, de style éclectique, avec le même motif de vigne qu’il a souvent choisi pour l’ornementation.

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    (Ne manquez pas de cliquer sur les liens vers l’IPA dont les notices comportent souvent plusieurs photos.)

     

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  • Nouer des liens

    EHôtel communal (31).JPGn visitant l’Hôtel communal de Schaerbeek à la découverte de ses collections, nous n’avons pu entrer cette fois dans la salle des mariages, un magnifique décor pour nouer des liens durables.

    Hôtel communal (32) détail.jpg

     

    Juste en face, dans le « Hall des bourgmestres », non loin d’un banc ouvragé, se dresse une belle sculpture d’Edouard Fiers, Le lien d’amour.

     

     

     

     

     3 septembre :
    Jour du souvenir à Webbekom-Assent,
    en hommage à Hilaire Gemoets, résistant fusillé le 3/9/1944.
    Et cette année, nous irons aussi sur les tombes des sept hommes d’équipage
    du Lancaster III JA976 « S for Sugar » abattu à Webbekom le 26/4/1944.

     

  • Collection communale

    En plus des promenades guidées du dimanche, vous l’aurez vu sur le programme des Estivales 2016, l’asbl PatriS (Patrimoine de Schaerbeek) organise des visites plus courtes le jeudi à midi trente. Yves Jacqmin nous y a donné un aperçu des collections artistiques de Schaerbeek à l’Hôtel communal, dont l’inventaire comporte plus de 1600 œuvres – la liste des artistes est disponible sur le site de la commune, non illustrée. (Désolée pour la très mauvaise qualité des photos prises sur place.) 

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    Au premier étage de l'Hôtel communal, bustes des anciens bourgmestres de Schaerbeek.

    Lors de l’agrandissement de l’Hôtel communal après l’incendie de 1911, on a prévu une salle pour les exposer – j’y ai vu plusieurs expositions intéressantes, il me semble qu’elles sont moins fréquentes ces dernières années – mais des peintures et des sculptures sont visibles un peu partout dans l’Hôtel communal, les plus précieuses à l’abri dans les cabinets du bourgmestre et des échevins.

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    Les trois Parques
    par Egide Rombaux (dans le fond, Jeune Hollandaise de Eugène Smits)

    La visite commence par celui de l’échevin de l’Etat civil, qui a gardé son décor historique depuis 1887, l’incendie ayant surtout affecté l’aile droite de l’ancien bâtiment. « Le plus beau », affirme l’échevin, qui nous présente les œuvres les plus remarquables dans cette pièce, en rapport avec les différents âges ou états des personnes. Un magnifique ensemble sculpté par Egide Rombaux (1865-1942) décore le manteau de cheminée (ci-dessus) : Les Trois Parques, en bois de citronnier. On doit notamment à ce sculpteur la statue de Gabrielle Petit place Saint Jean et celle du Cardinal Mercier devant la cathédrale.

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    Vitraux aux fenêtres du cabinet de l'échevin de l'état civil

    Symboles aussi des trois âges de la vie (enfance, maternité, vieillesse), ces trois figures fines et élégantes s’inspirent de la Renaissance italienne, comme les pilastres des lambris (en bois de Hongrie, ce que des visiteurs roumains ont contesté). Aux fenêtres donnant sur la place Colignon, des vitraux illustrent les quatre saisons – les vitraux de l’Hôtel communal parlent de sa construction (escalier d’honneur) et évoquent à chaque fenêtre la symbolique des différentes pièces. Parmi les tableaux accrochés ici, une Jeune Hollandaise par Eugène Smits, un verger en fleurs d’Yvonne Vonnot-Viollet (nièce de Viollet-le-Duc, épouse d’Oswald Poreau).

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    Classe des filles
    de Dagmar Furuhjelm

    Nous passons dans le cabinet des Travaux Publics où on peut admirer de grandes peintures « de qualité muséale ». D’abord l’étonnante Classe des filles de Dagmar Furuhjelm (1868-1918). Cette Finlandaise, qui a séjourné en Belgique, a peint l’atelier réservé aux filles, distinct de celui des garçons, à l’académie alors située dans la petite rue des Secours. Le modèle se tient dans la lumière, face à la verrière exposée au nord. Des jeunes filles dessinent, peignent, sculptent ; dans l’angle, un artiste donne des conseils. Très beau rendu des couleurs et de la lumière, une œuvre pleine d’atmosphère.

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    Forge par Maurice Langaskens

    Spectaculaire aussi, « La procession du quinze août à Heist » de Jan Verhas, où quatre jeunes filles en robe bleue, suivies par des enfants en blanc et des religieuses, portent une statue de la Vierge. Sur le trottoir, des gens s’arrêtent pour les regarder passer. Une image d’un passé révolu. Et puis voici des vaches dans une prairie peintes par Alfred Verwée, qui savait « travailler » ses ciels, et d’autres vitraux anciens aux fenêtres, des allégories du Commerce, de l’Industrie… Deux jolis marbres près de la cheminée, dont un Nu de Pierre Theunis – beaucoup de sculpteurs avaient leur atelier à Schaerbeek au XIXe siècle.

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    Cheval sculpté par G. Devreese, devant une toile de C. Barthélemy

    Le cabinet de l’Economie renferme plusieurs œuvres animalières : d’Eugène Verboeckhoven, qui a souvent peint des moutons, une étonnante meute de loups ; un intérieur d’étable de Jan Stobbaerts ; près d’un cheval en bronze de Godefroid Devreese (vous vous souvenez du vase Bacchanale de l’avenue Louis Bertrand ?), une scène très enlevée signée par un Ardennais, Camille Barthélemy. Le linteau de cheminée porte une vue de Forge rougeoyante de Maurice Langaskens ; le monde du travail, des usines, est aussi le sujet traité par Oswald Poreau, juste à côté. 

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    Le géographe par Léon Frédéric

    J’arrête ici l’énumération : cette première partie de la visite illustre assez l’intérêt et la diversité des collections schaerbeekoises, vouées surtout aux artistes qui ont habité la commune ou y avaient leur atelier. Yves Jacqmin nous a emmenés ensuite au premier étage, où il y a aussi de belles choses à voir. Dans les couloirs, les tableaux sont souvent mal éclairés – « Le Géographe » de Léon Frédéric reçoit une meilleure lumière dans un escalier latéral – mais on peut tout de même y apprécier, entre autres, des vues de Schaerbeek, notamment de la place des Bienfaiteurs ou de l’ancienne église Saint-Servais qui se trouvait à mi-hauteur de l’avenue Louis Bertrand (et qui a abrité l’école de dessin avant d’être démolie).

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    Paysage par Euphrosine Beernaert (très mal éclairé)

    De notre guide passionné par l’histoire de l’art à Schaerbeek, j’ai apprécié entre autres les observations sur les femmes artistes, trop longtemps empêchées d’exercer leur art ou cantonnées dans des genres mineurs. Merci à lui de s’être arrêté devant un beau paysage boisé d’Euphrosine Beernaert (1831-1901), « une rareté » de cette paysagiste ostendaise, dans le style de l’école de Barbizon.

    * * *

    Du 12 au 18 septembre à la Maison des Arts : "Peintures, sculptures, dessins, portraits, scènes historiques et mythologiques… autant d’œuvres néoclassiques issues de la collection communale et à découvrir dans les salons et bibliothèque de la Maison des arts." (Schaerbeek Info)

  • Quartier des Cerisiers

    Cette fois, les Estivales 2016 nous emmènent à la limite de Schaerbeek et de Woluwe-Saint-Lambert (WSL) pour découvrir le quartier des Cerisiers (autour de l’avenue éponyme), du XIXe siècle au modernisme. Yves Jacqmin, qui nous guide ce dimanche-là, rappelle que sur ce plateau qui surplombe aujourd’hui l’échangeur d’autoroute, on voyait auparavant des champs, des prairies, des moutons. Frontière orohydrographique, à proximité de Reyers et de Meiser, le plateau de Linthout « constitue la ligne de partage des eaux entre les bassins versants du Maelbeek et de la Woluwe. »

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    Vierge à l'enfant (Chapelle de l'église du Divin Sauveur) - Qui en connaîtrait l'auteur ?

    L’avenue de Roodebeek, percée au XIXe afin de relier le hameau de Roodebeek au Quartier Léopold, comportait alors un péage au profit de WSL qui a financé les travaux. C’était la campagne, on y construisait de belles résidences dotées de parcs privés. « Roode » désigne une zone essartée (défrichée, déboisée), « beek » un ruisseau. Il y a deux Roodebeek, l’affluent du Maelbeek qui traverse Schaerbeek et le Roodebeek à WSL.

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    Au 199, des bâtiments ruraux subsistent dans l’alignement du XIXe, avec leur façade typique (ci-dessus) : le cimenteur recouvrait les briques d’un enduit qui imite la pierre, à peindre éventuellement, un procédé économique, solide et durable, comme on le voit cent ans plus tard. Plus loin, on a mis à nu des briques trop fragiles pour rester à l’air libre. Après nous avoir signalé une ancienne usine de papier gommé en intérieur d’îlot, Yves Jacqmin s’arrête devant une grille en fer forgé devant un terrain arboré : c’était l’entrée d’une grande propriété d’avant 1870, démantelée par l’urbanisation – nous verrons plus tard la demeure qui subsiste dans une autre rue.

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    L’église du Divin Sauveur est la première étape du parcours sur les traces du modernisme architectural. Cette église art déco d’inspiration néo-romane jouxte une école homonyme de style contemporain – bois et baies vitrées. Construite entre l’avenue de Roodebeek et la rue Aimé Smekens durant l’entre-deux-guerres, selon les plans de Léonard Homez (qui dessinera ceux de l’église Sainte-Alix, à Woluwe-Saint-Pierre), l’église comporte sur sa façade nord en triangle un bel ensemble de vitraux intitulé L’arbre de Jessé (Pierre Majerus, 1985). Devant, de vénérables robiniers faux acacias ; le plus vieux est à l’inventaire des arbres remarquables. Le guide nous fait remarquer la maison de Paul Ramon à côté (un des architectes de la RTBF), dont les briques et les arcs en plein cintre s’harmonisent avec le style de l’église.

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    Erigée en 1935 grâce à un don privé, l’église comporte de nombreux vitraux abstraits, aussi aux façades latérales – l’occasion de rappeler qu’à Schaerbeek, commune d’artisans, ont habité de nombreux maîtres verriers. Nous entrons sur le côté dans la nouvelle extension conçue vingt ans après (Jean Dehasse) par une large porte dont les bords (ainsi que deux fenêtres latérales) sont éclairés par du verre enchâssé dans le béton (Louis Stroobant) – le bénitier bleu en céramique s’harmonise avec ces éclats de bleu, de jaune et de blanc.

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    Mais le plus spectaculaire dans cette belle chapelle post Vatican II, ce sont les hauts vitraux traversés par le soleil, en face de l’autel, au sud, dans l’esprit des théories du chanoine Lemaître sur le Big Bang et de Teilhard de Chardin (Mauritz Nevens et Hermann Mortier).

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    « Le Point Oméga » d’après Teilhard de Chardin, dessin de Maurits Nevens et réalisation d’Hermann Mortier, 1979

    Nous gagnons ensuite la rue Aimé Smekens où l’église présente une façade triangulaire minimaliste, toute en pierre bleue autour des vitraux. Dans cette rue, la diversité architecturale est frappante. Au 33, voici la grande demeure classique dont le parc aboutissait sur l’avenue de Roodebeek, dans un état impeccable. Elle appartenait à la famille de Meeûs* qui a fait construire d’autres maisons à proximité, dans un style tantôt traditionnel (au 30, avec cette étonnante arche de verdure héritée de l’ancien parc), tantôt moderniste (au 32, années 1950).

    Rectificatif : Marcel Gilon, auteur de deux ouvrages sur l’église du Divin Sauveur (voir la bibliographie à l’IPA) a eu la gentillesse de me signaler que la belle maison classique de la rue Smekens, qui date de 1853, appartenait en réalité au comte de Lunden. En 1929, elle est à l’abandon et son acquéreur l’appelle « Château Linthout ». Cette famille a quitté la maison en 2001 et c’est son propriétaire actuel qui l’a magnifiquement restaurée. *La propriété Lunden s'étendait jusqu’à l’avenue de Roodebeek et c’est cette partie (de l’autre côté de la rue Smekens qui venait d’être ouverte) qui fut achetée par le comte de Meeus ; celui-ci a transformé la maison des concierges en une maison de style néo-gothique. (22/8/2016)

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    Sobriété, lignes horizontales, style bateau entre autres pour les rambardes, angles aux fenêtres ou arrondis, toitures plates, nous reconnaissons plusieurs façades modernistes entre des maisons plus conventionnelles. Pour pallier l’absence d’ornement, l’architecte opte pour un dessin de lignes, laisse le joint creux entre les briques pour faire jouer la lumière. 

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    Rares sont les maisons art déco des années vingt où tout a été conservé. En voici une au 53 (ci-dessous), avec ses vitraux et châssis d’origine, à côté d’une autre qu’un architecte a rehaussée en agrandissant les baies vitrées, aujourd’hui envahie par la verdure.

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    On construisait ici pour une bourgeoisie aisée (comme au quartier des Fleurs), pas toujours favorable à l’innovation. Ainsi, au 31, il a fallu batailler pour obtenir le permis de construire une villa trois façades résolument moderniste (ci-dessous) à côté de « La Pergola ». Hélas, l’urbanisme a autorisé plus tard l’érection d’un immeuble à appartements qui cache largement cette architecture originale.

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    Nous empruntons l’avenue Herbert Hoover jusqu’à l’angle du square Vergote pour admirer une maison unifamiliale de 1928 (ci-dessous) qui, heureusement, se laisse admirer de toutes parts : en briques jaunes (comme la villa Cavrois), elle présente des façades très bien dessinées, des rambardes accrochées avec soin, un soubassement en pierre bleue. Avec sa loggia au plafond ouvragé, ses grilles simples qui soulignent l’arrondi, elle est signée par l’architecte Albert Nyst, qui avait dessiné une maison art déco en 1922 de l’autre côté du square Vergote.

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    Avant d’y aller, nous nous arrêtons devant quelques hôtels de maître sur ce beau square arboré, souvent de style « beaux-arts », puis, le long du boulevard, nous regardons le Monument aux morts du Génie (aérostiers, pontonniers, télégraphistes cyclistes…), dû au sculpteur Charles Samuel.

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    Un passage souterrain (tags et graffitis à gogo) mène de l’autre côté du square coupé en deux par le boulevard (Luc Schuiten en réunit les deux côtés dans sa Cité végétale) – ce sera la fin de notre parcours.

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    A l’angle de la rue Frédéric Pelletier, le guide nous montre une des dernières constructions primées au concours de façades de Schaerbeek, en 1930, de style traditionnel mais originale par la variété des volumes (ci-dessus).

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    Au 45 du square enfin, entre des maisons plus pompeuses, voici l’autre maison dessinée par Nyst (1922) : une façade très graphique en briques rouges « rehaussées de pierre bleue et de carreaux de céramique noirs et or » (IPA) dont le dessin se prolonge sous la corniche. Avec sobriété, la pierre bleue souligne l’entrée, l’avant-corps, et se prolonge dans un bac à fleurs intégré sur le côté. Toutes ces choses qu’on ne découvre en ville qu’en allant à pied !