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poème

  • Du vivant

    eric brogniet,le nuage et la rivière,poésie,littérature française de belgique,poème,cultureLe mot n’est pas la chose
    Mais je dis ressac
    Et c’est le bruit des vagues que tu entends
    Je dis fraîcheur et tu ressens de l’eau
    La caresse glacée sur ton visage
    Mais je dis fraîcheur aussi
    Et c’est alors le soir qui tombe
    Avec toutes ses étoiles et tu frissonnes
    Je dis ton corps et je te dis beauté
    Et c’est la vibration
    De mon âme qui te traverse
    Le mot n’est pas la chose
    Il n’est que la mémoire
    Du vivant que tu éprouves

    Eric Brogniet, Le nuage et la rivière

  • Images partagées

    Le carreleur

     

    Un jour le carreleur croira terminé son ouvrage

    qui occupait toute sa vie. Il sera différent

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    non plus agenouillé, renivelant sans cesse

    Mais debout. Il prendra le sol de ses mains

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    et l’immense tapis de grès et de faïence

    flammes, fleurs et oiseaux, tessons et les carreaux

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    Il les dressera d’un seul coup. Le mur ne sera que lumière

    multicolore et verticale où il disparaîtra.

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    Pierre Seghers (Les mots couverts, 1970)

     

    En hommage aux ouvriers que je vois ouvrir les trottoirs, les refermer, d’une rue à l’autre, pour l’électricité, la fibre et autres nécessités, quel que soit le temps.

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    En hommage à ceux qui installent de nouvelles mosaïques de trottoir, au bonheur de ceux qui les composent et de celles & ceux qui rêvaient de partager ces images.

    Tania

  • En mai

    Armand Silvestre,en mai,poème,littérature française,printemps,nature,cultureDans la tiède haleine des fleurs
    Le printemps passe par bouffées,
    Brodant l’aile aux mille couleurs
    Des libellules et des fées.

    Son vol accroche aux réseaux verts
    Des broussailles ébouriffées,
    Dépouille errante des hivers,
    De longs fils de soie, en trophées.

    L’air du soir sonne les abois
    Des belles filles décoiffées :
    – Dans nos cœurs, comme dans les bois,
    Le printemps passe par bouffées !  

    Armand Silvestre (1837-1901)

    Photo : à la Réserve de Rixensart

  • Je t'appelle

    Je t’appelle. Je choisis un moment de grand calme
    où ma voix est solide, mon corps sans émotions parasites.
    Un oiseau chante, j’ai ouvert la fenêtre
    pour que, du dehors, mon petit jardin m’aide.
    Tu me dis l’étonnement des médecins qui constatent
    que dans un état désespéré à l’échéance prévisible
    ta vitalité soit si forte et que rien,
    sinon la boule qui croît à grande douleur,
    n’indique que tu es à ce point atteinte.
    J’en atteste, tu es celle que j’ai toujours connue,
    ta voix n’a pas changé,
    tu rebondis de jour en jour.
    Je prends avec toi des leçons de bien-mourir, diraient certains,
    je dis, moi, de bien-vivre
    car Tu sais, je suis encore là. »

    Caroline Lamarche, Cher instant je te vois

  • Cher instant

    Cher instant je te vois : à son dernier récit publié cette année, Caroline Lamarche a donné un très beau titre, emprunté à un poème de Samuel Beckett cité en épigraphe :
    « cher instant je te vois
    dans ce rideau de brume qui recule
    où je n’aurai plus à fouler ces longs seuils mouvants
    et vivrai le temps d’une porte
    qui s’ouvre et se referme »

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    En vers libres, les phrases s’interrompent le temps d’un passage à la ligne, un blanc sépare les séquences. Caroline Lamarche raconte la maladie, l’amitié, après avoir clairement annoncé son sujet dès le début :
    « Un poème par jour, Margarida, c’est peu
    et c’est beaucoup pour notre tendresse captive
    de ton corps mangé par le crabe sournois. »

    Margarida Guia « s’est éteinte le 19 juillet 2021 à l’âge de 48 ans. Créatrice sonore, compositrice, performeuse à la voix étonnante, elle rayonnait dans de multiples domaines. Artiste merveilleusement singulière, elle fut aussi, pour tous ceux qui l’ont connue, une amie inoubliable. » Caroline Lamarche la présente en ces termes sur son site en lui rendant hommage.

    « Je sais tout de toi par les mots que tu me laisses
    enregistrés sur ton téléphone portable. »
    Le chapeau chic acheté dans la Galerie du Roi, son métier de compositrice avec un micro à bout de bras, ses chiens, sa vie de comédienne, les souvenirs : c’est une sorte de portrait que l’écrivaine dessine au fil des pages, en même temps qu’elle reprend les mots reçus de l’amie, le temps qu’il fait, et les étapes du cancer du sein d’abord sous-estimé, puis aggravé.

    « Le poème est un flacon de larmes
    artificielles et bienfaisantes.
    Je l’ouvre trois fois par jour, verse quelques gouttes sur moi-même,
    stratégie palliative, discipline minuscule,
    un mot après l’autre, mais
    ce sont tes mots, Margarida,
    que l’aube me voit relire
    avec mes larmes de la veille. »

    Un tel récit ne se résume pas. On le lit souvent le cœur serré, on sourit quand les échanges entre les deux amies se font joueurs. Caroline Lamarche raconte le quotidien, les lectures, écritures, rencontres, les saisons. Elle déroule le fil de leur amitié, s’arrête aux instants précieux d’un mot, d’un geste. D’autres vers de Beckett se glissent dans le texte, toujours à la pointe de l’exactitude. Les deux amies savent l’issue fatale, mais entretiennent leur lien autant que possible.

    Lamarche, notre contemporaine, je l’ai découverte comme beaucoup en 1996, quand le prix Rossel lui a été attribué pour Le jour du chien. On peut lire sur Objectif plumes sa biographie et un portrait par Jeannine Paque dans Le Carnet et les Instants sous le titre : « Caroline Lamarche : une subversion sans tapage ». A la Wittockiana, j’avais admiré la manière dont Kikie Crèvecœur avait illustré ses Trognes pour un livre d’artiste. Le très beau Cher instant je te vois incite à pénétrer plus avant dans son œuvre.