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bruxelles - Page 3

  • Mon plaisir

    Tenaerts Jaurès.jpgC’est mon plaisir, je ne m’en lasse pas, de me promener dans le quartier Huart Hamoir. Je vous ai déjà vanté les charmes de cette belle avenue qui porte le nom d’un ancien bourgmestre de la commune, côté pair et côté impair.

    Dans l’une des avenues qui s’étirent de part et d'autre du petit parc ovale à mi-hauteur entre la gare de Schaerbeek et le square Riga, j’avais déjà remarqué la façade pimpante de cette jolie maison qui porte la plaque bleue de l’avenue Jean Jaurès – sans savoir qu’elle était signée Louis Tenaerts et que je la retrouverais à l’exposition du Centre culturel.

    Louis & moi / ik Tenaerts, Centre culturel de Schaerbeek > 11.07.2021

  • Louis Tenaerts, arch.

    A côté du patrimoine architectural remarquable, des maisons plus modestes du siècle dernier charment encore par leur style. L’exposition sur Louis Tenaerts (1898-1994) au Centre culturel de Schaerbeek permet de faire connaissance avec un architecte-constructeur des années Art déco méconnu, quoique « extrêmement prolifique ». Cécile Dubois, qui guide souvent les amoureux du patrimoine bruxellois, et Massimo Minneci, propriétaire d’une maison Tenaerts moderniste, ont déjà repéré 200 immeubles« du logement, rien que du logement » – construits par lui entre 1922 et 1939.

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    Réalisée par ARCHIstory qui l’a présentée l’an dernier aux Halles Saint-Géry, l’expo Louis & moi / ik Tenaerts montre et raconte sur deux niveaux son parcours d’architecte. Il a travaillé avec le Comptoir immobilier belge (C.I.B.) dans les années 1930 et plus tard dans l’entreprise de construction Cobeltra. En 1964, il a pris sa retraite et s’est consacré à la musique, au dessin et à la peinture.

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    Classique ou moderne ? Des photos de Willy Kessels (conservées au CIVA) permettent d’observer que Tenaerts pouvait être tantôt l’un, tantôt l’autre. Spécialisé dans les maisons à petit budget, il dessinait aussi des « habitations plus cossues » pour la bourgeoisie. Durant l’entre-deux-guerres, de nouveaux quartiers ont été créés dans les communes bruxelloises de la « seconde couronne » et on retrouve la signature de L. Tenaerts sur de nombreuses façades d’Anderlecht à Uccle, de Laeken aux deux Woluwe, en passant par Schaerbeek, entre autres.

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    Quand la commune de Jette lui confie une série de terrains dans la rue des Augustines, il y construit dix-sept maisons en quatre ans ! L’exposition, très didactique, explique et illustre la « méthode Tenaerts » pour construire autant en si peu de temps, notamment en pratiquant le « copier-coller » des compositions de façade et des plans.

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    Entre l’Art nouveau et le modernisme, l’Art Déco « développe un riche répertoire formel ». On peut en observer les motifs et les variations sur une « enfilade imaginaire » de façades, reprise sur le feuillet de l’exposition, qui résume la production de Tenaerts de 1922 à 1939. Il excellait dans le style paquebot (hublot, bastingage, mât ou cheminée inspirés des navires transatlantiques).

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    A l’étage, on a multiplié les angles d’approche pour faire découvrir les maisons de Louis Tenaerts. Des familles qui y vivent actuellement ont accepté de poser devant avec le dessin de la façade ou une photo ancienne, et le sourire. C’est une façon très sympathique de relier ces archives architecturales au présent : l’art de l’architecte qui conçoit une habitation ne se résume pas à sa signature, il est au service des êtres humains qui vont l’occuper.

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    Plusieurs plans exposés – maison bourgeoise, atelier de sculpture, unifamiliale… – permettent de visualiser la distribution des espaces et aussi de jolies maquettes colorées. J’ai aimé découvrir, dans de petites niches, des photos de famille qui témoignent des aménagements intérieurs en même temps que d’un style de vie, d’une époque.

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    On est très bien accueilli au Centre culturel de Schaerbeek, où vous pouvez visiter cette exposition jusqu’au 11 juillet prochain. L’entrée est gratuite, la réservation souhaitée. L’adresse de contact : louis.tenaerts@hotmail.com peut aussi servir à signaler une construction signée Tenaerts, C.I.B. ou Cobeltra et à en envoyer une photo, comme nous y invitent les exposants. Dans un article du Soir sur ses cinquante ans de carrière en tant qu’architecte et promoteur, paru en 1991, il affirmait avoir 1635 constructions à son actif ! Ouvrons l’œil.

  • Elise Peroi au Bota

    Depuis que j’avais vu son Sous-Bois, je me réjouissais à l’idée de découvrir d’autres œuvres textiles d’Elise Peroi. Là où se trouve la forêt, le titre de son exposition au Botanique, est prometteur. Cela vaut la peine de la visiter, bien que l’espace qui y est dédié m’ait déçue, à l’opposé du grand salon ensoleillé de la Maison des Arts de Schaerbeek.

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    © Elise Peroi, Semer (détail), 2021, lin, soie peinte, bois
    (désolée pour le jaunissement des couleurs, photo prise sans flash)

    Le Botanique : l’endroit paraissait idéal pour cette artiste. Mes beaux souvenirs de l’orangerie qui s’étire au-dessus des jardins ne m’avaient pas préparée au choc du chantier de restauration en cours. Effacée, la carte postale. C’est une forêt d’échafaudages qu’il faut traverser dans un long couloir puis autour de la rotonde, avant de monter à la « galerie » où n’arrive pas une goutte de lumière naturelle.

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    Restauration en cours au Botanique

    Mais l’exposition nous la rend, la lumière, celle des jardins, des bois, et l’ombre bienfaisante des arbres. Au centre de la salle, Forêt, une enfilade de quatre panneaux, aimante le regard. Près des murs, d’autres œuvres et je commence par celle que j’ai mise en premier, Semer, où l’artiste même semble nous accueillir : une femme se penche vers la terre. Les jeux des fils dans la double chaîne donnent du relief à cette apparition et l’œil s’attarde entre feuillages et fleurs, entre vides et pleins. On retrouvera cette figure dans Clairière, plus loin.

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    © Elise Peroi, Forêt (détail), 2021, lin, soie peinte, bois

    Le premier élément de Forêt – si c’étaient les quatre saisons, ce serait l’hiver – est en noir & blanc, ce qui donne toute une gamme de gris et accentue le contraste entre fils tendus et parties tissées. Dans Ce qu’il reste de gestes, la belle monographie très bien illustrée qui vient de paraître aux éditions CFC, le texte central d’Elise Peroi, « Absence/Présence », s’articule comme ses œuvres dans la dualité : « Pièce et processus », « Corps et outil », « Tisseur et jardinier », « Corps et décor ». Elle y cite entre autres François Cheng et Gilles Clément.

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    © Photo Thomas Jean Henri / Elise Peroi, Vue d’atelier pour Assemblée, 2017

    Je ne vous montre que des détails de cette grande œuvre installée au milieu de la salle – ma photo d’ensemble ne donne pas grand-chose. Le soleil se fraie un chemin entre les feuilles, éclaire un tronc, des branches, l’œuvre invite à se promener dans les quatre temps de ce paysage évoqué avec douceur. Non pas des couleurs passées mais des couleurs, des espaces où l’on passe.

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    © Elise Peroi, Pour faire une prairie (détail), 2020, lin, graminées

    Sur de petites étagères, Elise Peroi a déposé des graines glanées au Jardin Botanique. Des graminées sèches entrent dans le tissage de Pour faire une prairie, créent une bordure naturelle accordée aux fils de lin. C’est beau. Sa pratique artistique établit des liens subtils. On aurait envie de toucher, en plus de regarder. 
    Là où se trouve la forêt, l’exposition aussi se dédouble : Faire sillons est présenté en parallèle au Centre culturel de La Tour à Plomb. « Exposition miroir en deux lieux distincts », écrit Coline Franceschetto sur le feuillet du Botanique : « visant à mettre en exergue ce paysage dans la mise en perspective de notre système de représentation basé sur la verticalité et l’horizontalité. Une forêt levée, un champ sillonné. »

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    Awful Things, 2018 © memymom

    La grande salle du musée du Botanique accueille l’exposition Home Game de memymom, un duo bruxellois, Marilène Coolens et Lisa De Boeck, mère et fille. Cette rétrospective de plus de de 220 œuvres, de 1990 à aujourd’hui, permet de découvrir le « langage visuel post-moderne attrayant et haut en couleur » de ces autodidactes qui font tout elles-mêmes : « photographie, recherche des décors et des lieux, casting, éclairage et postproduction » (Botanique). Pas d’autoportraits mais des mises en scène. Un univers décalé en guise de « mémoires ». La vidéo proposée sur le site du Botanique présente très bien leur démarche.

  • Piano 2021, les six

    On connaît depuis samedi soir les noms des six finalistes du Concours Reine Elisabeth de piano 2021, une édition extraordinaire à plus d’un titre : reporté d’un an pour cause de pandémie, le concours se déroule dans les lieux habituels (Flagey puis Bozar) en présence du jury, dont les membres (masqués) se sont installés à bonne distance les uns des autres dans les fauteuils du public par ailleurs vides, et applaudissent seuls les jeunes pianistes et l’orchestre. Certains candidats ont été honorés par la présence de la reine Mathilde, qui a repris le flambeau du Concours après la Reine Fabiola.

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    Source : Concours Reine Elisabeth

    Heureusement, toutes les épreuves sont diffusées entièrement en direct sur internet, à la radio ou à la télévision. La semaine dernière, j’ai suivi pour la première fois la demi-finale dans son intégralité, sur Canvas (16h) et sur La Trois (20h). 58 candidats s’étaient présentés (au lieu des 74 sélectionnés en mai 2020), 49 hommes et 9 femmes. 12 d’entre eux ont été retenus en demi-finale (au lieu de 24 habituellement) dont une seule femme, Su Yeon Kim, une Coréenne déjà en demi-finale dans l’édition précédente, en 2016. Hélas, à nouveau, elle ne passe pas en finale. Mais elle vient de gagner, depuis Bruxelles, le premier prix du Concours Musical International de Montréal, qui se déroulait cette année en virtuel !

    Pierre Solot, qui commentait la demi-finale pour la RTBF, avait été particulièrement élogieux pour cette candidate. Lui qui, en mars dernier, avait raconté un rêve à la radio – « aller au concert » – s’est montré  bienveillant pour chacun des demi-finalistes, insistant surtout sur leurs qualités. Le jeune Chinois Xiaolu Zang n’a pas été retenu non plus. Il m’avait touchée par son jeu « doux mais lumineux » (La Libre) dans le concerto de Mozart n° 23 en la majeur, et son récital avait été jugé « époustouflant » par Martine Dumont-Mergeay.

    Frank Braley dirigeait l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie (ORCW) lors de ces demi-finales, trente ans après son premier prix et le prix du public au Concours Reine Elisabeth de piano 1991 (l’année de naissance de certains candidats actuels). Entre-temps, il a déjà fait partie du jury. Son lien avec le Concours est donc très particulier. Chaque demi-finaliste commençait par interpréter un concerto de Mozart (au choix parmi cinq propositions) avec l’ORCW, avant de se retrouver seul en scène pour jouer son récital, y compris un imposé inédit, la seule partition qu’ils ont déposée sur le piano.

    Ils seront donc six en finale (au lieu de 12 d’ordinaire), six pianistes qui vont rivaliser non pour le titre de « lauréat »  d’ores et déjà acquis, mais pour le classement et les prix attribués aux six meilleurs du Concours. Les six finalistes sont Vitaly Starikov (Russie), Tomoki Sakata (Japon), Keigo Mukawa (Japon), Sergei Redkin (Russie), Dmitry Sin (Russie) et Jonathan Fournel (France), tous nés entre 1991 et 1995. Chacun va séjourner une semaine à la Chapelle musicale Reine Elisabeth pour préparer la dernière épreuve, y entrant jour après jour dans l’ordre de leur passage sur scène à partir du 24 mai.

    Comme je l’avais déjà écrit ici, quel niveau chez ces jeunes musiciens ! Loin d’être des « bêtes de concours », on ressent en les écoutant, en regardant leurs doigts sur le clavier, leur visage, grâce aux gros plans de la caméra peu discrète, à quel point la musique est leur passion, leur vie – leur « jardin féerique » pour reprendre les mots de l’imposé qu’ils vont devoir jouer en finale, une œuvre inédite, « D’un jardin féerique » de Bruno Mantovani.

    Pour ce magnifique bain musical encore plus précieux en cette période, si la musique est pour vous essentielle, rendez-vous donc du 24 au 29 mai prochains au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar) via internet, via la radio ou la télévision, pour écouter chaque soir un des six finalistes interpréter en plus de l’imposé un concerto au choix, avec le Belgian National Orchestra dirigé par Hugh Wolff. Toutes les prestations du concours sont proposées sur le site même du Concours ou sur Auvio. Dommage que nos applaudissements ne puissent leur arriver en direct, ces jeunes musiciens les méritent.

  • Célébrer

    aboriginalités,exposition,musées royaux des beaux-arts,bruxelles,art aborigène,collection philippson,peinture,objets,spiritualité,cultureQuelle beauté ! Naata Nungurrayi qui, selon Wikipedia, fait partie des dix artistes aborigènes vivants les plus collectionnés, se réfère ici aux cérémonies féminines qui célèbrent le point d’eau sacré de « Marrapinta ».

    Même pour un œil non initié, cette grande peinture aux couleurs chaudes, avec ses formes enveloppantes, donne l’impression de célébrer la terre-mère, la vie à sa source.

    Aboriginalités, MRBAB, Bruxelles > 01.08.2021

    © Naata Nungurrayi (°1932), Marrapinti, 2005, acrylique sur toile,
    collection Philippson