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écriture - Page 9

  • Dignement

    musée L (10).jpg« Quand vous avez accompli dignement la tâche qui vous donne votre pain quotidien, fermez le guichet et prenez votre violon d’Ingres. »

    Frans Van Hamme

    Bernard Van den Driessche, Le legs Frans Van Hamme à l’origine de notre musée, Le Courrier n° 32, 1er décembre 2014 - 28 février 2015, Musée de Louvain-la-Neuve / musée L.

    © Rik Poot, Buste de Frans Van Hamme, 1954

  • Au musée L

    Retourner à Louvain-la-Neuve, où j’ai vécu deux ans, c’est chaque fois retrouver des souvenirs. La ville piétonne s’est fort développée en quelques décennies. Le musée L, inauguré en novembre 2017, présente les collections scientifiques et artistiques de l’Université Catholique de Louvain (UCL). L’ancienne Bibliothèque des sciences, bâtiment phare de la ville nouvelle, revit dans une perspective muséale très réussie.

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    En chemin vers la place des Sciences, sous le ciel d’azur ramené par un temps froid et sec, on est frappé par la modernité de la façade est avec sa pointe, son mélange de droites et de courbes. La façade principale, emblématique, s’élève au-dessus de la place en gradins comme une cathédrale sur son parvis. Le temps a passé, le lierre a poussé, le bâtiment d’Albert Jacqmain reste un manifeste magistral de l’architecture brutaliste avec ses façades en béton brut non revêtu « dont les surfaces présentent souvent une texture héritée du bois de coffrage » (Wikipedia).

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    Musée L, vue sur le hall d'accueil

    Elle m’a agréablement surprise dès l’entrée, cette texture blonde du béton où les lignes du bois et parfois des échardes sont visibles, avec sa couleur chaude et douce. Sur l’escalier central qui relie les six niveaux d’exposition permanente, le tapis en fibres y est assorti. On circule dans un espace calme et accueillant, à la fois isolé de la ville et ouvert sur elle par des baies vitrées de formes variées.

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    Le musée L, musée universitaire, déploie ses collections autour de « cinq élans » de l’humanité : s’étonner, se questionner, transmettre, s’émouvoir, contempler. Un tableau noir résume l’histoire des collections, issues des différentes facultés, de legs divers de collectionneurs et d’artistes. Un « petit cabinet d’histoires naturelles » (tortues, oiseaux, poissons naturalisés) partage le premier niveau avec un espace consacré à la rénovation d’un triptyque, L’adoration des mages.

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    Statue-cube d'un homme accroupi, Egypte, 1552-1292 av. J.-C., basalte

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    Anonyme, écriture japonaise, manuscrit d'un conte illustré, 17e s.

    A chaque niveau, science et art se côtoient. Sur la ligne du temps menant à la section « Ecrire et calculer », surprise, une photo de Virginia Woolf ! Parmi les documents et objets anciens, j’ai aimé la statue égyptienne d’un homme accroupi en basalte avec ses mains croisées au-dessus d’une inscription en hyéroglyphes, un manuscrit japonais illustré, les instruments de calcul… Des numéros renvoient aux légendes dans de petites brochures en trois langues, mais ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver.

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    Squelette de tourterelle, collections scientifiques de l'UCL

    La collection de paléontologie comporte des fossiles spectaculaires et une intéressante suite de crânes pour illustrer l’évolution entre l’australopithèque et l’homo sapiens. Des moulages de petits animaux sculptés, des Vénus de Lespugue et de Willendorf près de la toute petite Dame de Brassempouy… Des boîtes d’entomologie sont disposées sur les cloisons, des documents sous des tables vitrées ; il y a beaucoup à voir, trop pour une seule visite.

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    © Gigi Warny, Georges Lemaître, monument à la mémoire du père du « Big Bang », détail
    Place des Sciences, Louvain la Neuve (2017)

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    Le musée rend hommage à ses grands chercheurs, dont Georges Lemaître, « père de la théorie du Big Bang », dont une « représentation graphique des univers de Friedmann-Lemaître » vers 1930 a inspiré la sculpture qui lui rend hommage sur la place des Sciences. Passion de la recherche ici, diversité du monde là, dans deux cabinets de curiosités où se côtoient dans une semi-obscurité toutes sortes d’objets bien éclairés, des kaléidoscopes fort attirants. Plus loin, des parures, des bijoux, des tissus... Il faudra prendre un médiaguide la prochaine fois pour regarder cela de manière plus ordonnée.

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    Les niveaux supérieurs accueillent les collections artistiques. L’art moderne dans sa « liberté créatrice » est présenté dans un espace lumineux et aéré, près des fenêtres : je m’attarde devant des œuvres de Walter Leblanc, Louis Van Lint, Mig Quinet, Oscar Jespers, des artistes belges du XXe siècle.

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    © Mig Quinet, La Roue joyeuse, huile sur toile

    Quelques marches permettent d’accéder d’une part aux magnifiques collections d’art religieux en Occident (Moyen Age et Temps modernes) et de l’autre aux œuvres de l’antiquité, objets, moulages, de toute beauté aussi. Puis vient une histoire de la gravure, du XVe au XXe siècle. Il faudra y revenir, prendre son temps.

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    Relief de l'Ara Pacis Augustae : Tellus Mater, Atelier de moulages des Musées nationaux de Berlin, 19e s. (détail)

    Les derniers niveaux nous attendent, avec des collections africaines, des objets d’art populaire en Europe dont d’étonnantes bouteilles-calvaires, un petit laboratoire des couleurs et, tout en haut, un espace dénommé « Regard d’un amateur » (ma priorité à la prochaine visite, et aussi la boutique livre et art). Un parcours subjectif et esthétique où se mêlent peintures (Dodeigne, Magritte, Delvaux, entre autres), sculptures et objets d’art, l’ancien et le moderne – splendide. Il s’agit de la collection du Dr Charles Delsemme constituée comme un « ensemble voulu » où les œuvres dialoguent entre elles. 

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    "Regard d'un amateur" (au milieu, masque de théâtre Nô, Japon, XVIIIe s.)

    Cette première visite du musée L m’a enchantée. C’est un plaisir de déambuler dans ces espaces originaux qui se prêtent bien au jeu de la découverte. Deux heures permettent d’appréhender la diversité des collections et de confirmer cette formule lue sur le site : « Le musée conserve et expose avec poésie ces signes d’humanité et d’ingéniosité. »

  • Au coeur

    kamel daoud,zabor ou les psaumes,roman,littérature française,algérie,lecture,écriture,société arabe,culture« Tu écris ce que tu vois et ce que tu écoutes avec de toutes petites lettres serrées, serrées comme des fourmis, et qui vont de ton cœur à ta droite d’honneur.
    Les Arabes, eux ont des lettres qui se couchent, se mettent à genoux et se dressent toutes droites, pareilles à des lances : c’est une écriture qui s’enroule et se déplie comme le mirage, qui est savante comme le temps et fière comme le combat.
    Et leur écriture part de leur droite d’honneur pour arriver à leur gauche, parce que tout finit là : au cœur.
    Notre écriture à nous, au Hoggar, est une écriture de nomades parce qu’elle est toute en bâtons qui sont les jambes de tous les troupeaux : jambes d’hommes, jambes de méhara, de zébus, de gazelles : tout ce qui parcourt le désert.
    Et puis les croix disent que tu vas à droite ou à gauche, et les points, tu vois, il y a beaucoup de points. Ce sont les étoiles pour nous conduire la nuit, parce que nous, les Sahariens, nous ne connaissons que la route, la route qui a pour guide, tour à tour, le soleil puis les étoiles.
    Et nous partons de notre cœur et nous tournons autour de lui en cercles de plus en plus grands, pour enlacer les autres cœurs dans un cercle de vie, comme l’horizon autour de ton troupeau et de toi-même. »

    Dassine Oult Yemma, musicienne et poétesse targuie du début du XXe siècle

    En épigraphe de Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud (couverture éd. Barzakh)

     

  • Zabor ou l'écriture

    Dans un style très différent de Meursault, contre-enquête, le dernier roman de Kamel Daoud, Zabor ou les psaumes est un hymne à l’écriture et à ses pouvoirs. « Ecrire est la seule ruse efficace contre la mort », c’est la conviction et le don de Zabor, fils du premier lit du boucher d’Aboukir, écarté par son père d’abord fier puis honteux de ce fils « qui n’arrêtait jamais de lire », ce qui lui vaut les moqueries de la plupart, de ses demi-frères et des enfants du village.

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    A presque trente ans, célibataire, vierge, Zabor remplit autant de cahiers que de personnes rencontrées dans la journée ou de mourants auprès de qui on l’appelle – « Car, si j’oubliais une personne, elle mourait le lendemain. » En trois parties (Le Corps, La Langue, L’Extase), Daoud raconte comment un enfant repoussé, qui vit dans une maison du bas du village avec sa tante Hadjer et son grand-père, analphabètes, affine peu à peu son rêve d’écrire en faisant l’inventaire de toutes choses puis en repoussant la mort.

    « Que croire, si la vie n’était pas une épreuve imposée par un dieu qui ne parlait que notre langue, mais la conjugaison d’un verbe étranger, venu de la mer, qui sous la main d’un débile de village à la voix de chèvre parvenait à redonner la respiration aux blessés, aux enfants malades empoignés par les fièvres et aux centenaires qui parcouraient, nombreux déjà, les rues du village, avec des sourires béats de nouveau-nés ? »

    Quand Abdel l’appelle au chevet de leur père mourant, Hadj Brahim, riche de ses troupeaux et de douze fils en plus de lui, Zabor désire d’abord la mort de celui qui a répudié sa mère avec lui, nouveau-né, pour mettre fin à la jalousie d’une autre épouse. Lui n’aurait pas d’enfant, « pour briser ce cycle ». Puis il accepte de se rendre une première fois auprès de lui, avec trois heures devant lui pour écrire, mais il sera interrompu et chassé.

    Zabor a été sauvé du malheur par les livres et il donne le titre de ceux-ci à ses cahiers, pour exercer sa « magie douce ». Mais sa différence ne lui permet pas de se mêler aux autres, il dort le jour et sort la nuit. Seule l’écriture donne sens à sa vie, cette mission qu’il s’est donnée de tout répertorier. Il aimerait épouser Djamila, une voisine avec deux enfants que sa répudiation condamne à l’isolement chez elle, mais sa tante, jamais mariée et qui lui voue un amour absolu, cherche à l’en dissuader.

    A quatre ans déjà, l’enfant, alors appelé Ismaël, a été chassé du haut du village, injustement accusé d’avoir poussé un autre au fond d’un puits. Puis tout l’a marqué comme un être à part, un malade : sa voix chevrotante, sa mémoire stupéfiante à l’école, avant d’en être renvoyé, ses évanouissements devant le sang, son refus de manger de la viande – la honte de son père.

    Sur un rythme incantatoire, Kamel Daoud déroule le récit de Zabor (ce nom veut dire « les psaumes » en arabe), de ses apprentissages et de ses douleurs, de ses découvertes et de ses désirs. Tel un « Robinson arabe », il s’est détourné des manuels scolaires et des versets sacrés pour écrire sa propre langue, ivre de joie quand il a trouvé la réponse au manque de livres et de bibliothèque dans son village : il avait ses cahiers pour tout inventorier, décrire, raconter. « Le monde ne doit sa perpétuité qu’à la nécessité de sa description par quelqu’un, quelque part – c’est une certitude. »

    Les mots, la langue, le livre, la calligraphie, l’encre… Tout ce qui se joue dans l’écriture est fouillé dans ce roman qui se veut chant et livre, comme un acte de liberté dans un monde d’exclusions. Obsessionnel, poétique, parfois difficile à suivre, Zabor ou les psaumes est un monologue où l’on peut se perdre sans jamais échapper à la note répétée, tantôt aiguë, tantôt grave. Un roman qui dénonce aussi la condition des femmes, l’obscurantisme religieux, le tabou de la sexualité.

    Sur le site de l’éditeur, Kamel Daoud confie ceci : « J’ai écrit Zabor pour raconter mes croyances : toute langue est autobiographique. Écrire, c’est se libérer ; lire, c’est rejoindre ou embrasser ; imaginer, c’est assurer sa propre résurrection. Le dictionnaire est une escalade du sens. Mais aussi une impasse : les livres sacrés racontent la chute mais ne disent rien du goût du fruit défendu. La langue est dans l’antécédent du mot : le goût. C’est aussi le but de cette fable, rappeler cette hiérarchie.
    L’idée était de sauver la Shéhérazade des Mille et Une Nuits et de reposer la plus ancienne des questions : peut-on sauver le monde par un livre ? Vieille vanité à laquelle le dieu des monothéismes a cédé quatre ou cinq fois. »

    Dans un entretien à RTL, l’écrivain algérien qui donne là un roman très personnel, où la fiction porte ses questions fondamentales, se dit « né dans un monde où le statut de la langue a changé, où c’est l’arabe qui est devenu langue de coercition, de violence contre les libertés et le corps et une langue de mort. » Le français est devenu sa « langue de dissidence ».

  • Lundi, mardi

    Lire Comment j’ai vidé la maison de mes parents était une chose, vider l’appartement de ma mère en est une autre. Pour Lydia Flem, c’était en même temps un travail de deuil ; ce n’est pas mon cas, heureusement. Nous rêvons, pour ceux qui nous sont chers, pour nous-mêmes, d’une vie autonome jusqu’au bout, avec de l’aide bien sûr, mais chez soi ; l’accident ou la maladie, le grand âge y mettent souvent un point final, qu’on le veuille ou non.

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    Mes lectures, mes heures de loisir s’espacent. Je pourrais, comme en août, ralentir le rythme du blog. Je préfère, pour quelques semaines, tenter autre chose. Les billets de début de semaine seront plus courts et plus variés. Tant de pistes d’inspiration s’offrent sur les blogs amis : laboratoire d’écriture, poésie, photos, souvenirs, citations, paroles de sagesse, bonheurs du jour, cueillettes dans la presse ou sur les blogs…

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    Amies, amis de la blogosphère, vous m’excuserez d’être ces temps-ci moins présente sur vos blogs – je continue à vous lire régulièrement, je commente moins. Serez-vous plus compréhensifs que Mina la chatte, qui ne voit pas ces absences d’un très bon œil, elle qui aime tant se laisser bercer par le cliquetis du clavier ?

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    Lundi, mardi, ce sera donc une autre façon de bloguer, sans vider le blog de ces échanges qui me sont chers. Juste le temps d’un café, d’un thé, d’un impromptu, cela peut être gai aussi, non ? Bonne semaine & à bientôt.

    Tania