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  • Avez-vous vu Flow ?

    Sous le charme de Flow, sous-titré Le chat qui n’avait plus peur de l’eau, je vous en dis quelques mots. Ne passez pas à côté de ce film d’animation hors du commun, qui a de quoi séduire non seulement les enfants et les amoureux des chats, mais tout le monde, il me semble. Ce long métrage d’animation franco-belgo-letton réalisé par Gints Zilbalodis, sorti en 2024, vient d’être diffusé à la télévision. Je l’avais enregistré pour y jeter un œil, vu les nombreux prix remportés, dont le César et l’Oscar du meilleur film d’animation en 2025 et aussi le prix cinématographique européen du public. Je l’ai regardé de bout en bout et même une seconde fois le jour suivant.

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    Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau  (Photo Allociné © UFO Distribution)

    Je n’en raconterai pas l’histoire, sinon qu’elle se déroule sans aucun personnage humain sur une terre imaginaire où les eaux montent, et sans aucun dialogue. Quelques animaux en sont les héros (j’en ai découvert dont je ne connaissais ni le nom ni l’existence). Ils sont obligés de fuir, mais vers quel ailleurs ? Ce n’est pas pour autant un film d’apocalypse. C’est une histoire de survie et de solidarité.

    Ce qui fascine, c’est le rendu du mouvement. « Le réalisateur explique que raconter des histoires par les images et non par les mots est sa force, et que l’objectif avec Flow a toujours été de faire avancer l’histoire grâce aux images. » (Wikipedia) Le titre du film désigne parfaitement la caractéristique principale de sa réalisation : la fluidité.

    Le chat Flow, en particulier, curieux et peureux comme quasi tous les chats, court, saute, bâille, se cache ou réagit avec un naturel formidable. « Inspiré par son propre chat, le réalisateur a choisi d’exagérer délibérément la rondeur des traits et opté pour un traitement plus stylisé de la fourrure pour éviter un design trop stérile et privilégier l’expressivité. » (Wikipedia)

    Montagnes, forêts, arbres… Dans ce monde aquatique émergent çà et là des ruines, des statues inattendues, des objets fabriqués par des êtres humains. La musique « planante » est ponctuée de bruits naturels et de cris d’animaux. L’absence des humains m’a paru plus intéressante que triste, elle met l’accent sur la vie animale et végétale. Flow est avant tout un film très poétique qui suscite émotions et interrogations chez le spectateur, captivé par ce flux d’images, comme dans un rêve.

  • A proprement parler

    muriel cerf,la femme au chat,roman,littérature française,couple,chat,chien,culture,extrait« William donc, at five, prenait le thé, et si ce n’était pas du thé, oubliant tout alibi anglomane, du café, du chocolat, de la brioche, des tartines, une glace, solides et liquides censés réparer des forces mises à l’épreuve par une énième prouesse domestique. Et lorsque Willy exerçait, la bonne âme, ses talents de pâtissier, c’était face à une épouse que renvoyaient à l’anorexie la seule perspective de collationner au beau milieu de l’après-midi, et le bloc compact de ce cake fauve aux tranches grenues, et les rectangles dodus, liserés d’or brun, de ces financiers aux amandes qui étaient à proprement parler la madeleine de William, sa mère lui ayant appris la recette, entre V. et Saint-Brévin-les-Pins, de cette douceur du même ordre que l’illustre proustienne – d’un petit gâteau à pâte molle que William trempait, lui, dans un café viennois houppé de crème Chantilly, plus volontiers que dans la sobre transparence d’un thé… »

    Muriel Cerf, La femme au chat

  • Chien et chatte

    En retirant de ma bibliothèque La femme au chat (2001), je savais que j’y retrouverais de magnifiques passages sur une chatte – la quatrième de couverture en donne un, le premier paragraphe qui m’avait sans doute fait acheter ce livre – mais pour le reste…

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    Dans un style très soutenu, celle qui contemple la chatte, une persane noire, passe à « quelqu’un qu’il ne sera pas question de contrarier non plus », sa mère, « un être aussi imprévisible qu’épouvantable », une « bondissante septuagénaire ». Elle s’appelle Anna Baxter et sa fille, la narratrice, Cora Baxter, nom de jeune fille gardé « pour des raisons qui n’intéressent que moi – sans doute, sûrement, parce que chez Duras, il y a une Vera Baxter ».

    « Il faut être un forcené bien naïf pour écrire, et dans ce bagne parfois voluptueux et toujours secret, savoir d’avance, aussi, lire le mot, celui des autres ou le sien avant que la pensée l’ait formulé, que l’œil l’ait déchiffré – c’est vivre avant, dans le prélogique absolu ; c’est juste savoir, et se méfier du talent, de ses minces pyrotechnies qui fusent dans l’espace inconnaissable juste au-dessus de vous, où grelottent des étoiles que, du coup, vous ne regardez plus – se méfier du talent, chose sémillante qui en exclut d’autres, et celle-ci en premier, ce prélogique, ce religieux qui, dans le cri bâillonné de Duras, ce presque silence, est plus puissant encore. »

    Sa mère, « Mutti », s’habille souvent en rose, a lu naguère mais ne lit plus, va au spectacle, juge qu’être écrivain, ce n’est pas un métier. « Ma mère est une tueuse, dont je dois bien tenir quelque chose, qui eut raison de mon père dont l’adorable vulnérabilité évoque tant celle de William, qui est mon mari. » Les chats aussi sont des tueurs.

    Le portrait de Willy, qui opte lui pour le laconisme, mêle maladresses et habileté manuelle, dépression et bonne humeur : il ponce, peint, répare méticuleusement tout ce qui doit l’être dans leur pavillon de banlieue, cuisine, cultive la marijuana, bégaie, sourit… C’est grâce à lui, son « blond et pâle mari », que ni Cora ni la chatte Pupe ne meurent de faim. A présent au chômage, il dirigeait une collection dans la maison d’édition où ils se sont rencontrés. Ajoutons un yorshire-terrier, Precious Malcolm, chiot avec pedigree que vient d’acheter William – ils sont inséparables – et vous connaissez tous les protagonistes du roman.

    La narratrice est aussi lectrice : outre Duras, La Recherche et Henry Miller, elle truffe son récit de références littéraires, historiques, cinématographiques (« Pupe » est un hommage à Visconti), et aussi de chansons de Françoise Hardy. Dans ce huis clos, les frictions ne se terminent pas toujours bien. L’une est féline, l’autre canin : pourront-ils continuer à vivre ensemble ?

    On lit jusqu’au bout ce roman tenu par l’écriture plus que par les événements. On relit des pages somptueuses d’observation féline, comme sur le mouvement de la chatte qui s’enroule – pour dormir ? rêver ? – dans un paragraphe éblouissant qui commence ainsi : « La sphère étant inscrite, où se drapent le corps et l’âme du chat, il n’est plus rien à chercher d’autre, ni pour lui ni pour vous […] ».

    Ne la connaissant guère, je lis la biographie de l’écrivaine sur Wikipedia et découvre qu’à trente ans, elle a été renversée par une voiture qui lui a brisé les jambes et l’a contrainte à cesser de voyager pour devenir sédentaire et recluse dans son appartement parisien. Son premier livre, L’Antivoyage (1974), inspiré par un périple en Asie, avait été salué par la critique, comme la révélation d’une « jeune surdouée de la littérature ». Avez-vous lu Muriel Cerf (1950-2012) ?

  • Le Chat au parc

    Le Chat déambule, c’est le titre de l’exposition de Philippe Geluck au parc de Bruxelles, dans sa ville natale, après Paris, Bordeaux, Caen, Genève, Monaco et Montreux : vingt-deux statues monumentales installées en plein air, juste en face du Palais Royal, place des Palais. Les allergiques au Chat ou à son maître, passez votre chemin. Les amateurs, n’attendez plus : l’expo se terminera le 10 septembre.

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    Le Chat déambule au parc de Bruxelles

    Quelle réussite ! Les grands bronzes à patine verte trouvent dans une allée du parc un écrin idéal. Geluck explique et montre les vingt étapes de leur fabrication sur son site, du croquis jusqu’à l’état final – ce n’est pas rien. Touristes, passants, amateurs, beaucoup de monde déambule dans l’allée du Chat, le sourire aux lèvres. J’ai rarement vu une telle ribambelle de sourires à une exposition. Des familles, des couples, se prennent en photo avec Le Chat. Les enfants veulent toucher, l’attirance est irrésistible.

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    Philippe Geluck, Le Chaltérophile

    Chacun a ses préférences, bien sûr. Je trouve le Chaltérophile plutôt balourd à première vue, mais… C’est le poids d’un oiseau qui le fait pencher d’un côté et le titre anglais n’est pas mal : « Birdy Builder ». Cela vaut la peine de lire les deux titres, il y a des trouvailles dans les jeux de mots (Ice-crime). Sur les thèmes inépuisables de l’oiseau et du chat, du chat et de la souris, Geluck brode joyeusement.

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    Philippe Geluck, Quel charmeur !

    Quel charmeur ! En plus de l’humour, parfois noir (Sur le fil), il y a là de la tendresse (Le Docteur), de la poésie (La flûte à bec), de l’absurde (Singin’ in the rain, Chantons sous la pluie) ou de l’irrévérence : Le martyre du Chat, par exemple. Au lieu des flèches du martyre de Saint Sébastien, des crayons de couleur sont enfoncés dans le corps du chat, primo, et deuzio, un oiseau est juché sur chaque crayon !

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    Philippe Geluck, Le martyre du Chat

    De l’autodérision aussi, avec Le Chat au journal. L’arrière-plan de chaque statue est raconté sur le site de Geluck si on clique sur la photo. Le Chat est né en 1983 dans un grand quotidien belge, Le Soir. Rawhajpoutachah est un clin d’œil à Hergé : « Le titre de l’œuvre tire son nom du gentil fakir que Tintin (en visite chez le Maharadhjah du Rawajpoutalah) rencontre au début du Lotus Bleu. Chacun se souvient de la sensibilité du fakir s’asseyant sur le divan, et demandant plutôt un siège-planche à clous, sur lequel il se sentira plus à l’aise. » (Geluck)

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    Philippe Geluck, Le dieu du stade

    Le coup de cœur d’un ami pour Le dieu du stade m’a fait mieux regarder ce podium où le chat lève les bras, heureux de sa victoire – sa victoire contre deux concurrents : la tortue est deuxième, l’escargot troisième. A méditer. Tragédie de Racine est d’un mauvais goût vraiment potache – « de racines » aurait mieux valu – rien à faire pour empêcher le pic-vert d’y faire son trou. Quant au Parleur, seul bronze à texte, c’est pour moi, le plus plat des gags.

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    Philippe Geluck, Flûte à bec

    Malgré mes sentiments partagés à l’égard du futur Musée du Chat dans ce quartier des arts (dus avant tout au scandale de la fermeture du musée d’art moderne depuis 2011, j’en ai déjà parlé et je l’écris une fois de plus : quand pourrons-nous enfin revoir à Bruxelles les collections du XXe siècle des MRBAB ?), j’ai pris plaisir à cette expo qui met de bonne humeur. Mon coup de cœur ? La Flûte à bec : voyez comme Le Chat souffle dans une branche d’arbre… C’est l’oiseau perché dessus qui chante et enchante.

    * * *

    Avec la rentrée, Textes & prétextes reprend son rythme habituel
    et pour moi, c’est le temps des vacances.
    Au plaisir de vous retrouver à mon retour.

    Tania

  • Deux

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    Ils étaient deux à nous suivre ou à nous précéder, curieux de l’animation, à un peu de distance. On appelle un chat ? Le plus souvent, sauf pour les familiers, il feint l’indifférence. Il vit sa vie. Pour celui-ci, tiens, c’était juste le moment de faire ses griffes. Pour l’autre, de surveiller ses arrières.

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