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Peinture - Page 42

  • Olivia Hernaïz

    Tout au bout du musée d’Ixelles, côté jardin, l’installation d’Olivia Hernaïz s’intitule « As Long As the Sun Follows Its course ». La lauréate d’ArtContest 2016, sous des couleurs pimpantes, propose une vision faussement « soft » du monde dominé par la politique, l’argent, les multinationales, et interroge les mythes contemporains en trois temps.

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    « Make Yourself Comfortable » : un canapé arrondi plein de coussins colorés permet de s’asseoir bien à l’aise pour mettre un des casques accrochés à la table basse et regarder une vidéo. Des tentures imprimées aux fenêtres parachèvent ce décor « cosy ». A y regarder de plus près, tout est parodie. Par exemple, les tissus reprennent des symboles de mouvements politiques de divers pays et des logos d’institutions financières.

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    « All About You » : derrière un paravent aux motifs tirés du langage des mains utilisé à la Bourse, une table de massage où s’allonger pour regarder et écouter un clip. Olivia Hernaïz chante avec une voix douce les slogans rassurants des banques. En quelque sorte : endormez-vous, bonnes gens, nous nous occupons du reste.

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    « The Solar Economy » : un petit homme en costume sombre à tête de soleil (emprunt à un logo politique japonais) se mêle à des publicités pour des nouveautés technologiques (années 80) qui surfent sur les beautés de la nature que leur modèle de croissance met en péril. Crânement, Olivia Hernaïz « exagère les traits du système dans lequel on vit afin d’en démontrer l’absurdité ».

  • De la Chine à Taïwan

    Une belle exposition vient de s’ouvrir au musée d’Ixelles : « From China to Taïwan. Les pionniers de l’abstraction (1955-1985) ». A l’exception de Zao Wou-Ki, ces peintres chinois étaient des inconnus pour moi. Or Zao Wou-Ki, Chu Teh-Chun et Lee Chun-Shan ont tous les trois étudié puis enseigné à l’école des Beaux-Arts de Hangzou, dont certains professeurs s’étaient formés en Europe. En 1948, Zao Wou-ki part s’établir à Paris. En 1949, quand Mao Zedong prend le pouvoir, les deux autres s’installent à Taipei (plus d’un million de Chinois quittent alors le continent chinois pour Taïwan).

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    S’écartant du conservatisme, ces jeunes peintres découvrent par eux-mêmes l’art occidental et se tournent vers l’abstraction. Huit élèves de Lee Chun-Shan créent en 1956 le groupe Ton Fan (1956-1971), ce qui veut dire « Orient » en chinois et exprime leur volonté de ne pas renier la tradition orientale. Leurs œuvres sont exposées dans la grande salle au rez-de-chaussée. La présentation du groupe Wuyeu ou Fifth Moon (1957-1972) – « mois de mai » en chinois, le mois de leur exposition annuelle – se poursuit à l’étage.

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    Tous ces artistes cherchent une troisième voie picturale, entre Orient et Occident. Sur les petites vidéos-portraits placées près de certaines notices biographiques (à lire sur le site de la Galerie Sabine Vazieux – l’auteure du catalogue les a rencontrés dans leur atelier), ils font souvent part de leur volonté de renouveler la peinture chinoise sans tourner le dos à la tradition. Ils cherchent à « s’inscrire dans la modernité internationale tout en exprimant leurs racines profondes » (Dossier de presse).

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    © Zao Wou-ki, 17.02.71- 12.05.76 (1971), collection privée
     

    De Nous deux (1955) encore inspiré de la calligraphie chinoise à ce paysage abstrait (ci-dessus) de Zao Wou-ki, l’évolution du grand peintre est déjà visible. En 1953, il disait tendre « vers une écriture imaginaire, indéchiffrable »  (Fondation Zao Wou-ki). Son travail aura une grande influence sur ses compatriotes, notamment après son séjour à Hong-Kong en 1958.

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    © Hu Chi-Chung, Sans titre (1960), collection privée

    Le passage vers l’abstraction s’accompagne d’expérimentations techniques. Fong Chung-Ray privilégie l’encre sur papier, noire ou rouge. Hu Chi-Chung mêle du sable à l’huile sur la toile, créant des effets de pastel. Liu Kuo-Sung fabrique de nouveaux papiers et pratique le « pelage » pour obtenir des traits blancs sur l’encre noire.

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    Vue d’ensemble de quelques toiles de Chuang Che

    Sur l’estrade au bout de la salle, on expose un bel ensemble de Chuang Che. Ce peintre mêle huile et acrylique sur ses grandes toiles à la fois graphiques et fluides, mystérieuses aussi. Elles invitent à la contemplation. « Maître du paysage abstrait sur toile, poète et philosophe, la spiritualité de ses œuvres est dans la lignée des grands artistes traditionnels chinois. » (Sabine Vazieux)

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    © Hsiao Chin, Red Cloud (1985), collection privée
     

    A l’étage, l’abstraction vire au minimalisme chez Richard Lin : il privilégie les lignes pures, appose de petites barres d’aluminium sur la toile, où le blanc domine, en subtiles variations. Ho Kan conjugue l’abstraction géométrique avec des signes calligraphiques issus de son héritage culturel. Hsiao Chin pratique l’encre sur papier de façon très personnelle, invente des rythmes, des cadrages. J’aime sa manière de jongler avec les formes et les couleurs.

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    © Ho’Kan, Sans titre (1967), collection privée
     

    Cette peinture chinoise de la seconde moitié du XXe siècle mérite absolument d’être découverte, je vous recommande cette exposition. L’accrochage de plusieurs œuvres de chaque artiste évite la sensation d’éparpillement. Chaque fois, un univers original s’offre au regard. En même temps, on perçoit une tendance commune au renouveau du langage pictural, d’une façon différente de celle proposée avant eux par les peintres abstraits occidentaux. Le musée d’Ixelles attirera sans doute beaucoup de visiteurs avec cette exposition inédite.

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    Vue d’ensemble de quelques toiles d’Elie Borgrave

    Comme à chaque fois, en plus de la grande exposition, des expositions temporaires sont à découvrir de l’autre côté des collections permanentes (qui valent la visite pour elles seules, avant les travaux d’agrandissement prévus en 2018). « Elie Borgrave. L’équilibre des contraires » est la première rétrospective consacrée à ce peintre belge (1905-1992). Son oeuvre abstraite a traversé plusieurs périodes (bruxelloise, américaine, italienne, hollandaise) déclinées ici en une quarantaine de tableaux et dessins. De quoi se régaler.

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    © Jean Coquelet, M 35. 3 (1997), collection privée
     

    Place ensuite à Olivia Hernaïz avec une installation très intéressante, je vous en parlerai dans mon prochain billet. Enfin, un « Hommage à Jean Coquelet » (1928-2015), ancien directeur du musée d’Ixelles, historien d’art qui avait d’abord étudié la sculpture, permet de découvrir ses magnifiques photographies du nu féminin. Ces expositions sont visibles durant tout l’été au musée d’Ixelles, jusqu’au 24 septembre.

  • D'Yves à Yves Klein

    Oui ? Non ? J’avoue que j’hésitais à visiter l’exposition « Yves Klein. Le théâtre du vide » au Palais des Beaux-Arts. Et puis je me suis souvenue de celle sur Daniel Buren, qui m’avait tout de même appris quelque chose, et j’y suis allée. Ils ont des points communs : le monochrome (Buren alterne avec du blanc), le travail dans l’espace, la rupture avec la tradition.

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    Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ou Bozar, 26.4.2017 (architecte : Victor Horta)

    Près de la grande photo du Saut dans le vide au début du parcours, un photomontage qui fait bel effet au-dessus de l’entrée du bâtiment (photo ci-dessus, il est interdit d’en prendre à l’exposition), de jeunes malentendants suivaient les explications de leur guide en langue des signes, et j’ai partagé un moment leur silence. Yves Klein (1928 -1962) avait soigneusement préparé cette performance à Fontenay-les-Roses intitulée « Théâtre du Vide », sans prendre de risques puisqu’une couverture avait été tendue pour le recueillir et un matelas posé sur le trottoir.

    De sa biographie résumée dans la première salle, accompagnée de photos de l’artiste français, je retiens surtout sa première passion : le judo – pour lui la « découverte par le corps humain d’un espace spirituel ». Quatrième dan du Kodokan, il l’a enseigné et a même écrit un livre sur « Les fondements du judo ». L’art n’est pas sa vocation première, il a aussi été libraire à Nice, entraîneur de chevaux en Irlande, mais dès 1949, il peint des monochromes.

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    IKB 191, monochrome par Yves Klein, 1962 (Wikimédia Commons)

    Son premier livre, Yves. Peintures, rassemble de petits rectangles de couleur unis où il a apposé simplement son prénom en guise de signature. Il trouvera son bonheur en mélangeant de la résine et des pigments purs. Avant de devenir ainsi le « bleu Yves Klein » certifié, le bleu outremer est pour lui la couleur du ciel, de l’espace, de l’infini. Lors d’une exposition à Paris en 1957, il procède à un lâcher de 1001 ballons bleus pour ouvrir la « révolution bleue ». Dans le cadre d’une exposition collective à Anvers en 1959 (Pol Bury y participait), il tient une conférence sur « l’évolution de l’art vers l’immatériel ».

    Des vidéos font face à quelques monochromes plutôt lisses, à part le jaune qui présente une texture. Les éponges imbibées de son fameux bleu qu’il montre au début des années soixante illustrent son intérêt pour les reliefs et la perception du support. Une autre expérience l’occupe un certain temps : les peintures de feu « Le feu est bleu, or et rose aussi ». Des photos, des films de diverses performances – avec des flammes de gaz – accompagnent une série de peintures où le brun de la toile varie avec l’intensité de la brûlure.

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    Yves Klein Untitled Shroud Anthropometry, (ANT SU 5), 1960 ca.
    Dry pigment and synthetic resin on paper mounted on thin canvas, 77 x 50 cm © Yves Klein, ADAGP, Paris / SABAM, Bruxelles, 2017

    Puis vient la salle des « anthropométries » : on peut y voir sur un petit écran le film (en noir et blanc) et des photos du « happening » de 1960 qui avait scandalisé à l’époque. Plusieurs modèles nues – femmes pinceaux – se sont enduites de couleur puis, sur les directives de l’artiste, dandy au nœud papillon, ont apposé leurs formes sur les toiles tendues aux murs et des papiers sur le sol, devant le public convié au spectacle. Quelques-unes sont exposées, des empreintes tantôt légères, tantôt fortes, bleues, bleu et or, roses, on y voit la trace des corps, d’un baiser. Je n’avais jamais vu ces « anthropométries » de près : une étape dans l’évolution de l’art manuel vers l’art conceptuel, qui occupe tant de place dans la création contemporaine. Et une expérience annonciatrice de lArt corporel.

    Pierre Restany, critique d’art et son complice pour cette soirée, figure du Nouveau Réalisme, écrira dans un Manifeste : « Nous voilà dans le bain de l’expressivité directe jusqu’au cou et à quarante degrés au-dessus du zéro dada, sans complexe d’agressivité, sans volonté polémique caractérisée, sans autre prurit de justification que notre réalisme. Et ça travaille, positivement. » (L’aventure de l’art au XXe siècle, Chêne/Hachette, 1988)

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    Miet Warlop, HORSE © DR/GR (Bozar)

    Pendant l’exposition (jusqu’au 20 août), Bozar organise des performances « d’illustres artistes belges et internationaux ». Des vidéos dans une salle annexe présentent celles de deux Belges qui ont eu lieu le 28 mars dernier : « Horse » de Miet Warlop, (une jeune femme en robe rose et collants noirs chevauche un homme aux jambes nues chaussé de hauts talons et traverse ainsi les salles d’exposition, sur une musique de guitares et d’harmonica) et « Paint Explosions » de Pieter Van den Bosch (des explosions de noir, de jaune et de rouge), dans l’esprit provocateur de Klein. Le programme des prochaines « performances » prévues est donné sur le site de Bozar, avis aux amateurs.

    Le parcours se termine par la grande salle des monochromes bleus – y compris un grand « tapis de sol » (ce n’est pas son titre, mais c’est à quoi j’ai pensé, quoique les gardiens veillent de près à ce qu’on n’y touche pas) – un ensemble qui m’a fait peu d’impression, d’autant plus que les peintures sont exposées sous verre. Le bleu, couleur froide, produit par lui-même de la distance. En passant devant ces « boîtes » transparentes, on y découvre son ombre, son reflet, pas de quoi s’attarder. Peut-être est-ce volontaire, me suis-je dit en regardant un petit film où on voit Yves Klein scruter l’espace vide d’une pièce aux murs blancs, la surface des parois, et y déplacer son ombre (lors de son exposition du Vide !)

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    Couverture du livre sur l'exposition du vide (1958)
    aux éditions Dilecta

    Au bout de cette salle, une vitre de séparation donne sur l’exposition Pol Bury dont je vous ai parlé et qui m’a beaucoup plus intéressée que celle-ci pour laquelle, sans doute, il me manquait des clés de compréhension. Yves Klein, figure mythique de l’avant-garde parisienne des années 60, m’a paru surtout comme un metteur en scène. Sa marque déposée IKB, « International Klein Blue », et ses « actions » spectaculaires annoncent certaines voies de l’art contemporain.

  • Cela remue

    « Regardez bien comme cela remue, comme cela fléchit, éPol Bury (74).JPGcoutez comme cela grince, comme cela grogne, comme cela geint, entendez bien comme ça remue, pas beaucoup, un tout petit peu, ça bouge à peine et ça s’arrête et ça rebouge. »

    Eugène Ionesco

    Pol Bury. Time in motion,
    Bozar, Bruxelles, 23 février > 4 juin 2017

     

    © Pol Bury, 74 Sphères sur un plan, 1979, Cuivre/moteur électrique,
    Collection particulière, Belgique

     

  • Le tempo de Pol Bury

    Devant les sculptures en mouvement de Pol Bury (1922-2005), rien ne se passe si vous ne vous arrêtez pas. Le comble de son art cinétique, c’est qu’il nous immobilise devant l’œuvre : le temps d’attendre, d’observer, de guetter le frémissement d’un fil, d’une boule ou d’un cylindre. L’exposition « Pol Bury. Time in motion » au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (jusqu’au 4 juin) retrace tout le parcours de l’artiste belge, dont on ne connaît souvent que la part la plus célèbre : ses fontaines mobiles à Bruxelles, Paris ou New York.

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    © Pol Bury, Fontaine installée pour l'exposition au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

    Sous l’influence d’Achille Chavée, poète, avocat et anarchiste, cet artiste né dans le Hainaut fait ses débuts de peintre dans la veine surréaliste, comme l’illustre bien La serrure inspirée par Magritte, puis fréquente CoBrA, évolue vers l’abstraction. Jignorais que Pol Bury avait commencé par peindre, Bozar offre une vision très complète de son oeuvre, je ne pourrai parler de tout. Les « Compositions » montrent d’abord des entrelacements, des superpositions, mais par la suite il travaillera surtout des formes géométriques.

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    Vue partielle de la deuxième salle (Bozar)

    Une exposition de Calder, en 1950, l’entraîne sur une toute nouvelle voie, celle des « Plans mobiles », des « Multiplans » et des « Girouettes ». Finis les aplats de couleurs sur toile, Pol Bury se met à construire des objets composés de panneaux colorés qui pivotent. Au début, le spectateur peut les faire bouger lui-même – le plus souvent, il s’amuse à le faire à toute vitesse – puis Bury décide d’y ajouter un moteur à propulsion électrique qui suscite un mouvement très lent. C’est lui qui décide du tempo, le spectateur n’a plus qu’à regarder.

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    © Pol Bury, Multiplans (1957), Bois peint (détail)

    Ni peintre ni sculpteur au sens traditionnel, Pol Bury signe en 1953 le manifeste du Spatialisme « dont les éléments essentiels sont le temps, la durée et le mouvement » (Guide du visiteur). A la recherche de nouvelles techniques, il vise un art plus démocratique qui s’intègre dans la vie quotidienne. Comme il le raconte avec humour, il ne s’approvisionne plus dans les magasins de « matériel pour artistes » mais dans les quincailleries où on lui demande souvent : « C’est pour quoi faire ? »

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    © Pol Bury, Mélangeur, 1967, Bois teinté/moteur électrique

    Pol Bury est non seulement polyvalent, artiste et bricoleur, mais il est aussi très facétieux et donne libre cours à son côté potache dans son travail d’illustrateur au Daily Bûl, revue et maison d’édition qu’il fonde en 1957 à La Louvière avec André Balthazar : L’art à bicyclette et la révolution à cheval, L’Art inopiné dans les collections publiques, entre autres. « A l’instar des discours incendiaires, la poésie a toujours la boîte d’allumettes en poche. » (Pol Bury)

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    © Pol Bury, 1682 Points blancs, 1973, Bois teinté en noir/fil de nylon/moteur électrique, Collection privée, Bruxelles (détail)

    Apparaissent alors les points blancs, qui s’agitent au bout de leur fil de manière imprévisible et aléatoire sur un fond noir, blanc, parfois rouge. Ses œuvres portent des titres souvent descriptifs (865 points), parfois suggestifs (Erectiles). La série « Ponctuation » consiste en panneaux perforés superposés où le mouvement modifie les virgules, apostrophes – ou phases de la lune, comme écrit Roger Pierre Turine – dans les petits cercles ouverts, et quelquefois la lumière (Ponctuation lumineuse). 

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    © Pol Bury, Ponctuation 380, 1960, Masonite peint/moteur électrique, Kunstmuseum Krefeld

    Si Pol Bury dispose dans l’espace des formes géométriques, en métal ou en bois, le mouvement lent et aléatoire auquel il les soumet introduit une autre dimension, celle de la durée, du temps. Il fait à la fois voir et percevoir ce que produisent le déplacement, suivi de la vibration pour les œuvres à fils, et le retour à l’immobilité. Dans quelques œuvres exposées, ce sont des tiges en métal martelé qu’il fait bouger, un jeu d’arabesques.

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    © Pol Bury, 134 Chevilles de chêne sur fond de chêne, 1964, bois/moteur, Collection ?, Cologne (détail)

    « Les déboulés de Pol Bury », titrait Roger Pierre Turine dans La Libre. Certains perdent la boule, Pol Bury la trouve, si j’ose dire, en la plaçant sur un plan incliné où elle ne roule pas, où même elle ira jusqu’à remonter la pente, défiant la loi de la pesanteur. Dans 16 boules, 16 cubes sur 8 rangées, une belle œuvre prêtée par la Tate (Londres), « il remplace la couleur originelle du bois par des variantes subtiles de couleur ocre, de rouges et de verts » (Guide du visiteur).

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    © Pol Bury, 16 Boules, 16 cubes sur 8 rangées, 1966, Bois/nylon/moteur, Tate, Londres

    Ce qui m’a frappée dans cette rétrospective, c’est la diversité, même si des procédés se répètent. Dans les années 70, Pol Bury crée des œuvres « à cordes » où des cylindres de bois accrochent la corde et déclenchent le son. Des gravures sur bois. Des bijoux, où il décline ses obsessions formelles en miniature. L’utilisation du métal poli l’amène à exploiter aussi le pouvoir des aimants pour déplacer les billes. Comme Capteurs de ciel, ses œuvres « design » au fini irréprochable sont loin des bricolages du début, et pourtant on perçoit le fil conducteur.

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    © Pol Bury, Capteurs de ciel (détail), 1980, Collection privée, Bruxelles

    Enfin, les plans sur lesquels il installe sphères et cylindres vont laisser la place à des œuvres monumentales, ses fontaines en acier inoxydable. Tantôt à boules, tantôt à cylindres, toujours en mouvement ; cette fois, c’est le poids de l’eau qui mène la danse. On en a installé une à la sortie de l’exposition, qu’on aurait préféré voir entourée d’un peu de verdure, comme disait la personne qui m’accompagnait. Pour ma part, je suis restée sous l’impression du magnifique paravent de chêne noir prêté par le Centre Pompidou, parsemé de barrettes en hêtre, 4087 cylindres érectiles.

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    A l'arrière-plan : Pol Bury, 4087 cylindres érectiles, 1972, MNAM, Paris © Centre Pompidou

    L’artiste qui cachait soigneusement ses mécanismes ne serait pas heureux de voir des fils électriques pendre sous certaines pièces. L’article de Guy Duplat sur Paul Gillard, « l’homme qui répare les œuvres de Pol Bury », explique les problèmes de conservation et l’instauration de pauses pour éviter l’usure trop rapide. Quoi qu’il en soit, je vous invite à faire l’expérience de la lenteur et du hasard avec Pol Bury, artiste et poète : « Le cube caressé prend de la rondeur (pour peu, on l’entendrait ronronner). »