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Bruxelles - Page 3

  • Beauté & laideur

    Riche de nombreuses œuvres d’art de la fin du XVe au XVIe siècle, Bellezza e bruttezza (Beauté & laideur), l’exposition phare du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar), présente « L’idéal, le réel et le caricatural à la Renaissance ». Une approche comparative entre des artistes italiens et du Nord de l’Europe, 95 œuvres venues de collections internationales.

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    Anonyme, Les trois Grâces, marbre, 1e moitié du IIe siècle, Musée du Vatican

    Une Vénus de Lorenzo di Credi  (vers 1490, Galerie des Offices, Florence) et ces Trois grâces en marbre rappellent l’influence de l’Antiquité sur les artistes de la Renaissance. Deux pages des Quatre Livres sur les proportions humaines (1528) d’Albrecht Dürer illustrent son intérêt pour ces proportions, né au cours de ses voyages en Italie. La beauté, perçue de manière subjective, est donc « aussi ordonnée et expliquée rationnellement ». Pour la laideur, un Papposilène en marbre (IIe s.) et des portraits de personnes âgées, bizarres ou peu avenantes.

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    Adriaen Thomasz Key, Marie Madeleine, huile sur panneau, XVIe siècle, Genève, De Jonckheere

    L’exposition comporte de nombreux portraits de beautés idéalisées, comme ce Nu féminin de Joos Van Cleve (Prague) ou cette fine Marie Madeleine d’Adriaen Thomasz Key (ci-dessus), à la peau très pâle aussi. Sur certains portraits, la noblesse intérieure transparaît en même temps que la beauté physique. Portrait de jeune femme de Sebastiano Mainardi, de profil devant un paysage, séduit par la pureté des lignes et la composition.

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    Sebastiano Mainardi, Portrait de jeune femme, tempera sur panneau, vers 1490,
    Musée du Louvre, Paris, en dépôt au musée Fabre, Montpellier

    La Femme tenant une pomme de Titien (ci-dessous) a du charme sous sa couronne de fleurs, plus terrestre que divine, « imparfaite et réelle ». Près d’un portrait réaliste de Charles Quint visiblement prognathe (comme celui-ci), on signale que Titien, lui, a préféré dissimuler en grande partie cette déformation héréditaire par sa barbe.

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    Titien, Femme tenant une pomme, huile sur toile, vers 1550-1555,
    Washington, National Gallery of Art

    Dans la salle suivante, on retrouve son art de sublimer la beauté du modèle en comparant le portrait de l’aristocrate Giulia Gonzaga par Titien (ci-dessous) à celui réalisé d’après Sebastiano del Piombo. Celle-ci a écrit que la femme peinte par Titien est beaucoup plus belle, « fruit du génie d’un grand artiste ». 

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    Titien, Portrait de Giulia Gonzaga, huile sur toile, vers 1534, Collection privée

    Superbe et étonnant Portrait allégorique d’une femme (Simonetta Vespucci ?) par Botticelli, dans la même salle, consacrée aux « Muses, monstres et prodiges ». Parmi ces « monstres » au sens de « prodiges de la nature », une statue du nain Morgante sur un tonneau par Jean de Bologne, de petites personnes dont la cour des Médicis aimait s’entourer, ou Madeleine Gonzalès, une femme à la pilosité excessive.

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    Sandro Botticelli, Portrait allégorique d’une femme (Simonetta Vespucci ?)
    tempera et huile sur toile, vers 1490, Collection privée

    A côté des portraits de femmes à leur toilette, au bain ou avec leur servante, ce qui est désigné à l’exposition comme « la belle laideur », ce sont des têtes caricaturales comme en a peint Léonard de Vinci, exagérant des défauts physiques de femmes âgées ou  d’hommes grotesques, d’êtres vicieux, méchants ou fous, de bouffons avec leurs attributs (marotte, capuche, grelots) ou en train de rire. La satire sociale, l’opposition moralisatrice des vices et des vertus, étaient des sujets appréciés. Des peintures qui tantôt mettent mal à l’aise, tantôt attirent par la qualité du dessin.

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    Camillo Procaccini, Quatre têtes : personne avec un goître, vieillard barbu, vieille femme et enfant maure, crayon noir et rouge sur papier ivoire, crayon noir sous la première figure à gauche,
    vers 1590, Venise, Galerie de l'Académie

    Parmi les représentations de couples, certaines sont harmonieuses, d’autres moqueuses (l’amour sénile, l’amour vénal). Lucas Cranach l’Ancien a peint une quarantaine de couples « inégaux », plusieurs sont exposés ici. Souvent, c’est un homme âgé avec une donzelle, comme Le vieux fou avec une jeune fille qui se laisse embrasser tout en plongeant la main dans la bourse du vieillard. Plus rarement, une femme âgée (au sourire édenté) avec un jeune homme plus jeune.

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    Lucas Cranach l'Ancien, Le couple inégal (Le vieux fou), huile sur panneau,
    vers 1530, Prague

    La dernière œuvre exposée montre une splendide Pomone (ci-dessous), divinité des fruits et des jardins, peinte par Frans Floris de Vriendt. Assise sous un arbre, elle est entourée de fruits dont la rondeur et les couleurs mettent sa poitrine dénudée en valeur au centre de la toile. Pan tourne vers elle son visage sombre et ricanant. « Les beautés et les laideurs se renforcent mutuellement », écrivait Léonard de Vinci.

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    Frans Floris de Vriendt, Pomone, huile sur toile, s. d., Stockholm, musée Hallwyl

    Le Guide du Visiteur commente quelques œuvres de chaque section du parcours. Pour en savoir plus, je vous recommande les comptes rendus de La Libre Belgique (Guy Duplat) et de Beaux-Arts (Maïlys Celeux-Lanval). « Bellezza e Brutezza » : Bozar présente cette exposition d’œuvres italiennes et flamandes de grande qualité jusqu’au 14 juin prochain.

  • Duos d'Amélie

    Une fois Le livre des sœurs (2022) d’Amélie Nothomb refermé, une seule phrase à lire sur la quatrième de couverture : « Les mots ont le pouvoir qu’on leur donne. » Heureusement Tristane, la sœur de Laetitia, leur en donne beaucoup, et cela la sauve de parents trop amoureux l’un de l’autre pour lui témoigner une véritable affection, et aussi le duo qu’elle forme avec sa petite sœur pour qui elle éprouve un amour inconditionnel.

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    L’impossible retour (2024) est d’une étoffe plus riche : un roman à la première personne et d’inspiration autobiographique. Il s’ouvre sur une allergie aux départs chez la narratrice qui a passé sa vie à partir. Déménagements successifs des parents diplomates avec « une progéniture plus traumatisée à chaque fois », installation à Kyoto à vingt-et-un ans – « une catastrophe » – puis à Bruxelles, puis à Paris, la seule ville où elle est restée « invraisemblablement longtemps ». Quelques voyages pour le travail, la découverte de l’Italie, de l’Amazonie, néanmoins un départ lui apparaît toujours « comme une violence ».

    Une amie photographe, Pep Beni, a gagné « un aller-retour long-courrier pour deux personnes » et choisi d’aller au Japon en sa compagnie, elle la veut pour guide. Depuis le dernier voyage d’Amélie là-bas en 2012, il y a eu la pandémie, la guerre d’Ukraine, la mort de son père. Guider quelqu’un au pays du Soleil-Levant l’effraye ; sa « langue fantôme », le japonais, parlé jusqu’à l’âge de cinq ans, réappris, lui reviendra-t-il comme lors de ses séjours précédents ?

    Mai 2023. Une fois dans l’avion, l’amie commence à angoisser : elle est asthmatique, allergique aux oreillers de plumes d’Air France. Amélie doit l’aider à éviter une crise d’angoisse – lui parler, l’inciter à regarder un film ensemble. A l’approche du Japon, aperçu par le hublot, celle qui répugnait à partir pleure de joie. D’Osaka, elles prennent le train pour Kyoto, où Pep a réservé des chambres dans une auberge traditionnelle.

    « Ivresse sèche : redécouvrir une ville fréquentée dans son enfance en s’interdisant la nostalgie. » Pep lui a fait promettre de ne pas céder à la mélancolie du souvenir. Elles sont enchantées du repas pris dans une taverne où « un héron attend sa pitance à la fenêtre ». Dans les chambres, Amélie apprécie « l’odeur du tatami frais », son amie veut savoir si le futon est bien « antiacarien » et l’oreiller sans plumes, ce qui semble froisser l’hôtelier.

    La visite des temples de Kyoto rappelle à Amélie celle qu’elle avait faite en 1989 avec son père dont l’émotion était visible, « comme si cette beauté le ravageait ». Au Ryōan-ji, devant le célèbre jardin de pierres, les deux amies partagent un émerveillement silencieux. « On pourrait en effet se dépouiller jusqu’à atteindre l’âpreté la plus rare, celle de l’esprit : ce vide, cette caisse de résonance idéale pour ressentir enfin le monde tel qu’il est, sans l’encombrer de notre tumulte intérieur dans lequel nous avons la vanité de voir de la pensée. Il faudrait ratisser notre vide comme ce jardin. »

    A Nara, autre bain de beauté. Pep Beni admire, photographie, remercie Amélie de si bien la guider. Celle-ci se félicite de ne pas lui avoir montré « les cimes de nostalgie » qu’elle a atteintes mais gardées pour elle-même. A Tokyo, ce sera une autre paire de manches. D’abord elle ne retrouve pas son billet de train dans le Shinkasen, indispensable pour passer le tourniquet de sortie à la gare.

    Ensuite, bien qu’elle ait vécu deux ans dans cette ville, Amélie a perdu ses repères. A l’hôtel prévu, Pep fait une réaction allergique dans la chambre. Heureusement « l’excellente Alice », leur contact sur place, qui vit à Tokyo avec son mari et son fils, propose de l’héberger. Amélie reprend le métro pour retourner seule à l’hôtel et se réjouit d’y commencer la relecture d’A rebours, le chef-d’œuvre de Huysmans qu’elle a emporté pour ce séjour à Tokyo.

    Alice propose aussi de leur faire découvrir la ville, Amélie est ravie, les voilà en de bonnes mains. Une excursion vers une plantation de thé « si près de Tokyo » la surprend – « Rien ne ressemble autant à l’idée du paradis qu’un jardin de thé. » Même sans voir le Fuji, dans les nuages, elle reconnaît les signes du kenshō, « son étreinte de divinité fraternelle » : « On est de plain-pied avec l’éternité, on ne se pose pas la question du devenir de sa transe. »

    Grâce à Alice, le séjour à Tokyo sera une réussite. L’impossible retour fait partie de ces livres où la voix profonde d’Amélie Nothomb se fait entendre, mêlée à l’intrigue. Leur voyage se déroule en quelque sorte sur deux strates : celle d’un séjour touristique avec ses péripéties et les réactions de Pep, au Japon pour la première fois, et celle d’une redécouverte imprégnée de souvenirs pour Amélie, un voyage intérieur où son père est particulièrement présent.

    Pep se sentira « métamorphosée » par ce pays. Amélie revivra l’épreuve de quitter le Japon, énième « arrachement » : « S’il est un art dans lequel je n’excelle pas, c’est celui du retour. »  Le livre refermé, on lit : « Tout retour est impossible, l’amour le plus absolu n’en donne pas la clef. »

  • Les théières

    Les amateurs & amatrices de thé disposent généralement de plusieurs théières, au moins deux, pour le thé noir et pour le thé vert, voire davantage, pour le thé parfumé, pour les infusions d’autres plantes... Celles-ci, trop souvent confondues avec le thé véritable (du camellia sinensis, le théier), sont parfois préparées dans une tisanière à l’ancienne, sur un réchaud en porcelaine assorti. Mais le plus souvent aujourd’hui, le mot désigne une tasse haute (ou un gobelet) munie d’un filtre et d’un couvercle pour conserver sa chaleur à la tisane.

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    Partie de service Hermès, marqueterie de pierres d'Orient et d'Occident 

    Je pourrais ajouter que seul le thé en vrac donne pleinement sa saveur à cette boisson, tout autre que celle fournie par l’infusion d’un sachet de thé, mais ce n’est pas ce dont je voulais parler ici. L’idée m’est venue, entre deux billets de lecture, de dire ici mon goût des théières. Pour leur forme, leur rondeur, leur décor, leurs couleurs. La théière accompagne souvent mes lectures, comme l’évoque bien le logo de ce blog.

    Tout naturellement, une petite collection s’est constituée avec le temps. Mes premières théières, en terre cuite, et puis d’autres, en porcelaine, ont dû être écartées après l’échappée et la chute de leur couvercle. On a beau recoller celui-ci, il ne supportera pas longtemps la chaleur de l’eau. Et puis je me suis tournée vers les théières en fonte, mais à la longue, la rouille m’en a détournée. J’ai acheté des théières, j’en ai reçu en cadeau, des modernes et des anciennes. La plupart se suivent à la queue leu leu sur l’appui de fenêtre. Les plus utilisées restent à la cuisine.

    Point trop n’en faut. Il est rare à présent que j’envisage d’en ajouter à ma collection. Mais, et voilà peut-être la vraie raison de ce billet, il en est une dont je rêve parfois, autour de laquelle j’ai beaucoup tourné, à l’époque où le service « Pierres d’Orient et d’Occident » d’Hermès était en vente dans mon grand magasin préféré qui s’appelait encore l’Innovation. Cette photo d’enchères trouvée sur la Toile – quelques pièces de ce service et la merveilleuse théière octogonale que j’aurais aimé m’offrir alors, vraiment trop chère pour ma bourse – a réveillé ce souvenir. Et vous qui aimez le thé, avez-vous aussi le goût des théières ?

  • Tobias Spierenburg

    Après avoir lu « Les brumes silencieuses de Tobias Spierenburg » par Gwennaëlle Gribaumont dans La Libre Arts du 4 mars dernier, où elle présente l’exposition en cours à la galerie Albert Ier, j’ai immédiatement cherché le site de cette galerie bruxelloise et j’y ai découvert un univers pictural très attirant. Un catalogue reçu m’avait un jour fait visiter une expo de loin, une critique le peut aussi. 

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    © Tobias Spierenburg, Roseaux II, huile sur toile, 80 x 200 cm.

    Né en 1977, d’une famille de peintres, cet artiste néerlandais à première vue paysagiste « déploie une peinture de l’effacement où l’arbre, dépouillé d’horizon, devient pure vibration. » (Citations tirées de l’article et du site de la galerie). Après l’immersion dans le paysage, où il prend parfois quelques photographies, c’est plus tard, dans l’atelier, que le souvenir fait naître la toile : « En peignant, j’essaie tout d’abord de rapprocher l’ambiance de ce souvenir le plus nettement possible, jusqu’à ce que l’image devienne diffuse, qu’il ne reste que de la lumière, et que je sois amené à chercher une autre harmonie de couleurs. »

    « […] et je peins couche après couche afin d’obtenir une profondeur indéfinissable, pour me rendre compte que ce que je peins, c’est mon état d’âme du moment. » Sensation de flottement, apesanteur, flou – « une esthétique de la disparition », écrit la critique, et aussi un appel à la contemplation, au calme, voire à la méditation. Ces jours-ci, le brouillard matinal nous y invite aussi, en ville.

    On peut lire sur le site de la galerie plusieurs textes de Tobias Spierenburg, artiste qui paraît « indifférent aux modes et aux prescriptions du marché ». Le peintre y parle de ses influences, de son art. Il peint aussi des dunes, des nuages. « Souvent, il faut tout un chemin pour accéder à une harmonie naturelle. J’emploie beaucoup de couches transparentes de peinture pour arriver à des couleurs plus subtiles. Ainsi je prends le temps de donner un caractère travaillé à mes peintures dans lesquelles j’essaie de créer des atmosphères poétiques, simples et silencieuses ».

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    © Tobias Spierenburg, Vallée I, huile sur toile, 92 x 65 cm

    Le site de la galerie Albert Ier offre de nombreuses illustrations. Sur celui de la galerie Jamault qui le représente en France, Tobias Spierenburg parle de son travail dans une petite vidéo. « Ses œuvres nous livrent un antidote à la saturation du monde, nous offrant la beauté de l’imperceptible, ce qui n’apparaît qu’à ceux qui acceptent de ralentir », écrit Gwennaëlle Gribaumont. 

    Exposition Tobias Spierenburg, Galerie Albert Ier, Bruxelles > 05.04.2026