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Textes & prétextes

  • Orwell à Barnhill

    Notre monde ne ressemble-t-il pas de plus en plus à celui décrit dans 1984 ? La chambre d’Orwell (2025) de Jean-Pierre Perrin s’ouvre à bon escient sur cette citation de l’écrivain britannique : « Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire ». Publié en 1949, son roman visionnaire a été écrit à Barnhill sur l’île écossaise de Jura, où Eric Blair (1903-1950) a vécu de mai 1946 à janvier 1949 – « trois années entrecoupées de séjours plus ou moins longs dans des sanatoriums écossais. »

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    La ferme de Barnhill, île de Jura, Ecosse

    L’auteur, journaliste et écrivain français, s’est rendu sur cette île en grande partie déserte, au climat venteux et pluvieux, où on lui a dit qu’il n’y avait rien à voir. Il souhaitait rendre compte de cette dernière période de la vie d’Orwell peu explorée par ses biographes, et voir sa ferme à Barnhill. Sur place, c’est Kate Fletcher, la soixantaine, qui en a les clés. Ses parents ont bien connu Orwell quand il vivait là.

    A Londres, Orwell se sentait étouffé par le journalisme et voulait trouver un endroit où on ne viendrait pas le déranger, où il pourrait écrire un nouveau roman, après le succès de La ferme des animaux. En 1945, sa femme, Eileen O'Shaughnessy, est morte d’un cancer de l’utérus, à trente-neuf ans. Ne pouvant pas avoir d’enfants, le couple venait d’adopter un nourrisson, Richard. Les proches d’Orwell s’effrayaient de le voir s’installer dans un endroit si sauvage et « absolument in- at-tei-gna-ble » comme le soulignait l’écrivain.

    L’auteur est allé sur ses pas. « Nous découvrons une vaste combe sauvage tapissée de digitales et de fougères, la ferme dressée comme un récif entre les vagues de collines arrondies, le surplomb de l’océan d’un bleu mystique […] » Comme « hors du temps et du monde », Orwell qui aime la solitude s’installe à Barnhill et prévient ses amis qui voudraient le voir « qu’il faut parcourir les huit derniers kilomètres à pied. »

    En août 1946, il commence à écrire sur sa Remington un roman d’abord intitulé « Le dernier homme en Europe » : « C’était une journée froide et lumineuse d’avril, et les horloges sonnaient treize heures. » (première phrase de 1984). Sa sœur Avril, 41 ans, est venue le rejoindre ; après quelques semaines de vacances, elle a accepté de rester pour s’occuper de la maison et de l’enfant qu’Orwell a ramené de Londres.

    En novembre 1947, un jeune officier démobilisé après avoir perdu une jambe à la guerre, arrive aussi sur les terres de la famille Fletcher comme ouvrier agricole. Puis un ami d’Orwell, vétéran de la guerre d’Espagne et de la Seconde guerre mondiale, Sir Richard Lodowick Rees. « Un petit phalanstère est en cours de constitution. » Orwell écrit beaucoup de lettres, notamment à Sonia Bromwell, une jeune secrétaire qui travaille pour le magazine Horizon – ils ont eu une « aventure sans lendemain » et elle sera le modèle de Julia dans 1984.

    Jean-Pierre Perrin raconte les travaux de l’écrivain au jardin dès son emménagement « à partir d’une jungle folle ». Il souhaite vivre en autarcie : légumes, fruits, poulailler. Une fois par semaine, il marche jusqu’à Ardlussa pour chercher son courrier, les journaux et passer commande à l’épicerie. Parfois il prend la moto, mais le chemin est trop « raboteux ». Ancien élève d’Eton si maladroit dans sa jeunesse, il a appris « au fil des expériences, à tout faire avec ses mains ». Il a aussi un poney, élève une vache, un cochon et des chèvres, chasse les lapins, pas les cerfs – « privilège réservé aux propriétaires de l’île ». Il pêche dans l’océan.

    « Pendant près de trois années, Orwell vivra ainsi, une main sur la machine à écrire, une autre sur le revolver, la herse, la faux, la bêche, la rame ou la canne à pêche, même après que la maladie l’aura durement empoigné. » Sa vie dans l’île est connue grâce aux nombreuses lettres qu’il y a écrites et à ses « domestic diaries », pas vraiment un journal intime, plutôt le journal d’un jardinier.

    Avec les confidences de la descendante des Fletcher de Barnhill, ces textes permettent à Jean-Pierre Perrin de raconter ces années-là tout en rappelant ce qu’Orwell a vécu et écrit avant, ainsi que ses séjours au sanatorium de Cranham. C’est là qu’il corrigera les épreuves de 1984, publié en juin 1949. Le 2 janvier de cette année, il avait dû quitter l’île pour de bon, la tuberculose ayant fait trop de dégâts dans son organisme.

    J’ai été surprise d’apprendre qu’en juillet 1949, non seulement il se réjouissait du grand succès de son roman, mais avait obtenu de Sonia Bromwell qu’elle l’épouse dans sa petite chambre d’hôpital, discrètement, le 13 octobre, quelques mois avant sa mort en janvier 1950. Perrin cite à plusieurs reprises, dans La chambre d’Orwell, l’excellente biographie d’Orwell par Bernard Crick. Ici, en s’attachant aux dernières années de l’écrivain, il nous permet de façon très concrète de l’approcher « dans la fabrique de 1984 ».

  • Vu à Avignon

    Avignon Palais des papes Chaise (9).jpgAu Palais des Papes d’Avignon, les chaises des gardiens ont une forme particulière. Leur dossier reprend l’arc brisé de l’architecture gothique. (Pas sûr qu’elles soient confortables.) Celle-ci a attiré mon regard, à l’entrée de la bibliothèque du conservateur, exceptionnellement fermée à la visite, comme on pouvait le lire sur la porte.

     

     

    Avignon Palais des papes (61) haie de pots.jpg

     

    Dans les jardins du Palais, que je vous ai montrés vus d’en haut, les grands pots en terre cuite où s’alignent des arbustes sont  – non pas carrément mais rondement, si j’ose dire – intégrés dans la haie taillée qui les accueille. C’est d’un bel effet, non ?

     

     

    Avignon musée lapidaire Othoniel.jpgAnnexe du musée Calvet, dont il recèle les collections archéologiques, le Musée lapidaire est installé dans la chapelle du Collège des jésuites d’Avignon. Ce « fleuron de l’architecture baroque » (XVIIe) est l’œuvre de deux grands architectes, Etienne Martellange et François des Royers de la Valfenière.
    La lumière jouait sur les briques colorées d’Othoniel qui occupaient les niches de la façade depuis sa grande exposition en 2025. Elles sont en cours de démontage.

  • Au musée Calvet

    Après l’exposition Lee Ufan et le déjeuner, nous avions simplement envie de flâner dans les rues d’Avignon quand nous avons aperçu la belle cour d’entrée du musée Calvet dans un hôtel particulier classé du dix-huitième siècle. J’ignorais tout du médecin humaniste et collectionneur dont il porte le nom : Esprit Calvet (1728-1810). L’Institut Calvet prend soin de ses collections, enrichies de dons et de legs, conservées dans six musées et deux bibliothèques à Avignon et à Cavaillon.

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    Osias Beert, Citrons, grenades et branches de citronnier dans une coupe en porcelaine
    de Chine posée sur un entablement
    (1608-1610), huile sur bois, musée Calvet, Avignon

    Belle surprise dès de début du côté des beaux-arts, avec des copies anciennes d’après Brueghel l’Ancien, Brueghel le Jeune, Bosch… J’ai eu un coup de cœur pour une des premières natures mortes, peinte par un maître anversois, Osias Beert : Citrons, grenades et branches de citronnier dans une coupe en porcelaine de Chine posée sur un entablement (1608-1610).

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    Charles William de Hamilton, Plantes, reptiles et insectes dans un sous-bois,
    vers 1730-1750, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    Plus d’un siècle plus tard, Charles William de Hamilton peignait ces Plantes, reptiles et insectes dans un sous-bois, une nature morte plus « sauvage » qui m’a intriguée. L’histoire du genre pourrait continuer avec cette délicate Etude d’une branche de lilas par Christiaen van Pol (après 1782).

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    Galerie des sculptures, musée Calvet, Avignon

    Nous arrivons au seuil d’une belle galerie de sculptures en marbre où la lumière abonde. Un copiste est au travail. J’admire une Jeune indienne à la pose très naturelle (de F.-J. Bosio, à droite sur la photo) et puis ce Monument en l’honneur de Pétrarque et de Laure (François Consonove) : sur une colonne à la lyre, un ange relie les médaillons qui se font face, celui du poète florentin et de la belle Laure.

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    François Consonove, Monument en l'honneur de Pétrarque et de Laure,
    salon de 1872, marbre, musée Calvet, Avignon

    A la fin de la visite du Palais des Papes, j’avais lu sur un mur ces vers du Canzoniere (1374) traduits par René de Ceccaty : « Le temps a resserré plus fort les nœuds, / Etouffant le cœur sous un puissant lien, / qu’il ne sera que mort pour dénouer. » Au bas du monument (ci-dessus), quatre textes sont gravés dans le marbre, entre autres un extrait de la Vie de Pétrarque par Lamartine.

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    Albert Gleizes, Maternité, 1934 / Vierge à l'Enfant, 1932-1934, huiles sur toile, musée Calvet, Avignon

    Au fond de cette salle, on accède à une aile consacrée aux artistes des XIXe et XXe siècles : son frère Paul en Jeune Romain par Camille Claudel voisine avec Jour d’hiver de Bonnard (dépôt du musée d’Orsay). Un terrible Vlaminck, Sur le zinc, avec deux grandes toiles d’Albert Gleizes, une Maternité et une Vierge à l’Enfant, intéressantes à comparer. Un grand masque Ibo inattendu trône sur une sellette.

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    Pietro Torrigiano (1472-1528), Tête de Jésus-Christ en Sauveur du monde,
    bronze creux à patine brune, musée Calvet, Avignon

    Sans disposer de plan du musée, nous revenons sur nos pas, nous avons manqué une salle aux œuvres plus anciennes. Je ne sais plus où j’ai été retenue par cette Tête de Christ sauveur en bronze par Pietro Torrigiano, ou encore devant la magnifique Lutte de Jacob et de l’ange de Pietro Ricchi…

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    Jean Raoux, La liseuse, vers 1716-1728, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    On monte un bel escalier pour découvrir d’autres œuvres à l’étage, dues à des artistes français et de la région, si je me souviens bien. J’ai photographié des portraits de femmes de styles très différents. Jean Raoux offre un magnifique éclairage à sa Liseuse au fin sourire, puis voici Zéphyre et Flore, une peinture anonyme. La jeune mère d’Eugène Carrière, lumineuse dans la simplicité de son intérieur, contraste avec le portrait d’une cantatrice richement vêtue peinte par Vigée-Lebrun.

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    Eugène Carrière, La jeune mère, 1879, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    D’une très grande peinture au sujet religieux de la même année, le Martyre de Ste Cécile (Cécile de Rome ?) par Henri Bouchet-Doumencq, voici un détail, pour terminer. « Longtemps après sa mort, ai-je lu en note sur Wikipedia (note 14 d’après un livret non identifié), des chrétiens retrouvèrent son corps  miraculeusement conservé ». On voit ici son sang « qu’étanchent deux vierges chrétiennes, ç’a été un beau prétexte, à M. Henri Bouchet-Doumenq pour peindre des étoffes et des figures de femmes de grandeur naturelles [sic]. Une grande suavité de tons règne dans cette toile. Il y a de la poésie et du sentiment. »

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    Henri Bouchet-Doumencq, Le Martyre de sainte Cécile (détail), 1879, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    Vous le voyez, les riches collections du musée Calvet à Avignon méritent à coup sûr la visite, bien plus vastes que ce que je vous en ai montré ici au fil de mon parcours. Vous pouvez découvrir plus d’œuvres sur le site de l’Institut Calvet. Deux siècles après que l’Hôtel de Villeneuve-Martignan a été acheté par un moulinier en soie d’Avignon pour y installer son industrie, le musée Calvet accueille gratuitement et gentiment les curieux et les amateurs d’art – bravo et merci.

  • Sortir

    fernandez,sois un monde à toi-même,essai sur la solitude,littérature française,essai,solitude,art,création,tiepolo,seurat,kiefer,culture« Paradis pour quelques-uns, la solitude est une punition pour la majorité. Le désir impérieux de communiquer ses émotions, d’échanger ses soucis et ses joies, de partager ses idées, entraîne les gens dans une agitation incessante. Ils attendent des autres ce qu’ils sont incapables de trouver en eux. Aller au café, au restaurant, au théâtre, au cinéma, répond à ce besoin de « sortir », sortir à tout prix, s’évader de ce qu’on est par peur de n’y trouver que du vide. Jouit de la solitude celui à qui elle apporte la tranquillité de l’âme, la paix intérieure. Souffre de la solitude celui qui a besoin d’amitié et d’amour et s’en voit privé par quelque fatalité injuste. La plupart des humains se croient abandonnés lorsqu’ils n’ont ni proches à qui se confier, ni amis, ni enfants ; c’est la douleur de l’isolement, lequel n’est pas du tout la même chose que la solitude. Peu nombreux sont les hommes qui prêtent à celle-ci une vertu philosophique. »

    Dominique Fernandez, Sois un monde à toi-même. Essai sur la solitude

    Georges Lemmen (1865-1916), Dame lisant

  • L'art et la solitude

    Sois un monde à toi-même de Dominique Fernandez a pour sous-titre « Essai sur la solitude ». « Y a-t-il des solitudes heureuses ? » L’essayiste convoque Sénèque et quelques écrivains avant de constater que « La solitude philosophique, la solitude choisie, la solitude aimée, les peintres dans leur ensemble ne la représentent quasiment jamais. » Le pêcheur de Seurat coupé par le titre en couverture illustre le domaine de sa réflexion : la peinture. Il a choisi trois artistes pour aborder son sujet : Tiepolo, Seurat, Kiefer.

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    « Tiepolo. La solitude sacrée » s’ouvre à Burano, petit village de pêcheurs où s’arrête le vaporetto de Venise avant d’arriver à Torcello. L’afflux des touristes  lui donne envie de s’en aller aussitôt mais au bout de la rue principale, il se décide à entrer dans une église qui semble inintéressante. Mais là, dans la pénombre, il est attiré par « un grand tableau oblong accroché au-dessus d’un confessionnal », où ses yeux finissent par distinguer « une toile qui vous sidère ».

    C’est un calvaire au centre duquel le Christ sur la croix, « tout blanc, nu », est « couvert seulement d’un pagne bouffant et flottant qui sent son XVIIIe siècle ». Nous suivons son regard sur cette peinture théâtrale jusqu’à la figure d’« un homme botté, sans âge, dont la tunique claire a des raies verticales noires » qui regarde la Vierge évanouie au pied de la croix et qui incarne la Solitude.

    Ses recherches lui permettent d’identifier la toile : Tiepolo l’aurait peinte à vingt-six ans, en 1722 – « un hapax dans sa production », le plus souvent passé sous silence. En général, les peintures de Tiepolo « fourmillent de personnages ». Il recevait sans cesse des commandes, reconnu pour son art de grouper de nombreuses figures sur un espace circonscrit. Alors l’essayiste cherche des toiles plus intérieures, comme son autoportrait, enquête sur les œuvres de Tiepolo, les déchiffre, à l’affût d’indices le ramenant à ce « quidam anonyme » regardant la Vierge, « dans la stupeur du spectacle d’une solitude inconsolable ».

    Au milieu du livre, un encart reproduit quelques-unes des œuvres examinées par Dominique Fernandez. Sa curiosité profonde pour ce qu’il regarde nous entraîne avec lui. Ce pourrait être assommant d’érudition, ce ne l’est pas. Pour qui s’intéresse un peu à l’art, à la vie et au travail des peintres, l’essayiste est ici un guide interrogeant les œuvres et le sens de ce qui est représenté.

    Puis vient « Seurat. La solitude bourgeoise ». Moins apprécié que les impressionnistes, Seurat a été le peintre de la vie moderne, des banlieues, des loisirs. Verhaeren, qui lui a acheté L’Hospice et le Phare de Honfleur en 1887, s’interroge sur ses expériences scientifiques, Seurat lui semble « s’être donné pour mission de sortir l’art du tâtonnement du vague, du flottant et de l’imprécis ». Fernandez voit dans sa biographie – une enfance morne, un père bigot – l’explication de son caractère peu sociable. Seurat est mort à trente-deux ans. Il a dessiné pendant des années avant de peindre.

    Ses portraits de personnages souvent de dos, sans individualité, montrent chacun « seul, muré dans sa solitude ». Quand il peint, à vingt-quatre ans, Baignade à Asnières, il regroupe plusieurs figures, les montre ensemble mais sans communiquer. L’expression humaine y est comme effacée. Fernandez raconte aussi la préparation minutieuse de La Grande Jatte (croquetons en guise de carnet de notes, 28 dessins, 34 esquisses).

    Des « petits points » que Seurat adopte pour rendre sa vision, l’auteur donne une interprétation originale : « Ils traduisent l’éparpillement de la personnalité, dans une société qui a perdu ses repères et où chacun, se sentant divisé de ses semblables, n’est plus sûr de son identité. » Un peintre de la solitude, à sa manière.

    Enfin « Kiefer. La solitude tragique » – un artiste dont je ne connaissais que le nom. Né en mars 1945 en Allemagne, fils d’un officier dans la Wehrmacht, Anselm Kiefer n’a pas connu la guerre, sinon par ses décombres : « dès ses débuts, il s’est représenté le monde comme un champ de ruines et de désolation », même s’il revendique une œuvre « étrangère aux circonstances, inconditionnelle, absolue ».

    A Barjac, entre Avignon et Nîmes, il habitait une ancienne magnanerie (lieu où l’on élevait des vers à Au musée de la soie). On peut y visiter un domaine de quarante hectares où on circule sur des routes entre « diverses installations, sculptures en plein air, monticules de pierres, amas de détritus, serres, granges, pavillons. Puissance inouïe de cette vision de fin du monde »…

    Un dernier texte d’une quinzaine de pages clôture cet essai sur la solitude, en général et chez les créateurs surtout. Si le livre n’offre pas vraiment du neuf sur la solitude (sujet si bien traité par Jacqueline Kelen), il m’a intéressée par la manière dont Fernandez scrute les œuvres d’art et nous incite à voir ce qui s’y joue, au-delà de la première impression.