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  • Explosion

    Europeana Partage_Plus_ProvidedCHO_Museu_Nacional_d_Art_de_Catalunya_157758_G.jpeg« La seconde moitié du XIXe siècle a vu une explosion des médias imprimés comme les romans, bulletins, journaux, caricatures, estampes et livres illustrés. Les lignes sinueuses et les motifs inspirés par la nature de l’Art Nouveau apparaissaient fréquemment sur les couvertures de livre et les ex-libris. »

    « Art Nouveau – Un style universel », Europeana Collections, 2017.

     

    Ex-libris de W. Porter Truesdell, 1903, Alexandre de Riquer i Inglada
    (Museu Nacional d’Art de Catalunya)

  • Art Nouveau européen

    Peut-être recevez-vous comme moi, de temps à autre, un courriel émanant des Collections Europeana ? On s’y inscrit en ligne. Cette bibliothèque numérique européenne, lancée en novembre 2008, a pour vocation de faire découvrir ou redécouvrir l’héritage culturel européen : pas moins de « 54.227.288 œuvres d’art, objets, livres, vidéos et sons de toute l’Europe » ! Les courriels d’Europeana arrivent à présent dans la langue de son choix et à l’entrée du site, on peut choisir entre 23 langues pour la présentation, bien que l’usage de l’anglais reste prédominant. Le blog Europeana, muni dun traducteur, permet den suivre lactualité.

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    http://www.europeana.eu/portal/fr

    En plus de ses collections (art, mode, musique), Europeana présente des expositions thématiques. L’Art nouveau, déjà évoqué antérieurement, est le thème de la dernière exposition mise en ligne, avec de belles illustrations. Je vous propose d’y faire un tour. La fameuse ligne coup de fouet de Victor Horta introduit « Art nouveau – Un style universel », un parcours sur ce courant esthétique qui porte beaucoup d’autres noms comme « Jugendstil, Modernisme, Szecesszió, Style Liberty, Skønvirke ».

    Les origines de l’art nouveau remontent au mouvement Arts & Crafts en Angleterre durant la seconde moitié du XIXe siècle, avec William Morris. L’expression « art nouveau » apparaît pour la première fois dans la revue belge L’Art moderne, en 1884, pour caractériser certains artistes du groupe des XX. L’art nouveau prône l’unité de tous les arts, sans hiérarchie entre les beaux-arts (peinture et sculpture) et les arts décoratifs, entre les artistes et les artisans. Leur but : créer des objets beaux et fonctionnels à la fois.

    D’abord associé au luxe, l’art nouveau connaît rapidement un succès commercial en Europe par le biais des affiches, des expositions universelles, et de certains commerces qui s’adressent à la classe moyenne comme Liberty & Co, d’où le « style Liberty ». Arthur Liberty est l’un des premiers à surfer sur la vague du japonisme, stimulée par le succès des « Ukiyo-e ». Siegfried Bing, éditeur du mensuel Le Japon artistique, ouvre en 1895 sa galerie L’art nouveau à Paris. C’est dans la capitale française que l’Exposition universelle de 1900 « marque le point culminant de l’art nouveau » – ce qu’illustrent des séquences filmées d’époque.

    « Inspiré par la nature », troisième volet, présente les formes florales et organiques recréées par les maîtres verriers, les illustrateurs de livres, les créateurs de bijoux… Je ne connaissais pas les noms d’Eugène Grasset (1845-1917) et de son élève Maurice Pillard Verneuil (1869-1942) dont les dessins botaniques ont été transposés dans le Jugendstil. Papillons, libellules, paons, cygnes, toute une faune décorative prend place sur les vitraux, les vases et autres objets art nouveau.

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    Salon des Cent. Exposition d'une partie de l'oeuvre de E. Grasset : [2ème exposition], 1894

    Des fleurs entourent de jeunes femmes idéalisées – femmes-fleurs ou femmes fatales : le quatrième volet illustre l’omniprésence du motif féminin dans l’art nouveau, et en particulier dans la publicité. Chevelures végétales, corps nus, sensualité, ce sera un leitmotiv dans l’œuvre de Mucha. Certaines vedettes sont inséparables de ce courant : Sarah Bernhardt, représentée par Mucha en princesse byzantine dans Gismonda ; Jane Avril, la danseuse de cabaret peinte par Toulouse-Lautrec ; Loïe Fuller et ses voiles tourbillonnants aux Folies-Bergère.

    Sous l’influence des créateurs art nouveau, la tenue féminine évolue : les tissus des robes se font plus légers, voire vaporeux, les motifs et les tons se modernisent, on fabrique pour les femmes des vêtements plus pratiques pour les loisirs et le sport. A l’opposé de ce que représente la femme, incarnation du bien ou du mal, dans les œuvres de certains poètes ou peintres mystiques, et aussi dans les œuvres graphiques : ex-libris, affiches, couvertures de revues…

    « Architectures et intérieurs » forment le volet suivant de cette exposition. Guimard à Paris, Mackintosh à Glasgow, Hoffmann à Bruxelles pour le Palais Stoclet (voyez la superbe fresque de Klimt) et bien sûr Horta, Gaudí à Barcelone. Pour terminer le parcours, on présente quelques chefs-d’œuvre des arts décoratifs signés Tiffany, Gallé, Lalique. Les connaisseurs jugeront sans doute cette « exposition » très générale, mais pour qui souhaite aller plus loin, les ressources d’Europeana passant par un grand nombre de musées et institutions d’Europe, une série de liens en rapport avec l’art nouveau permettent de prolonger la découverte.

    Le plus formidable apport des Collections Europeana, à mon avis, c’est d’offrir à qui s’intéresse à tel ou tel sujet un nombre impressionnant de documents divers. Une recherche sur « art nouveau » mène, par exemple, à 51.931 images, 25 textes et 8 vidéos. Une des manières les plus originales de « parcourir » ces collections au hasard est de choisir une couleur : le turquoise, figurez-vous, mène à Alfred Hitchcock !

  • Genoux

    « En général, une bibliothèque, ou n’importe quel bâtiment d’ailleurs, donne l’impression d’être un espace limité. Comment peut-on rester du matin au soir, tous les jours, dans 1200 m2 sans s’ennuyer ? Mais pour Dewey, la bibliothèque municipale de Spencer était un univers immense, regorgeant de tiroirs, de placards, d’étagères, de rayonnages, d’élastiques, de machines à écrire, de tables, de chaises, de sacs à dos, de sacs à main et d’innombrables mains pour le caresser, de jambes pour s’y frotter, de bouches pour chanter ses louanges. Et de genoux. La bibliothèque était toujours miséricordieusement, superbement remplie de genoux. » 

    Vicki Myron, Dewey 

    Deweys-Nine-Lives-430x650.jpg


  • Dewey Readmore Books

    Si vous aimez les bibliothèques publiques, ce livre est pour vous ; si vous adorez les chats, n’hésitez pas, lisez Dewey, l’histoire du chat de la bibliothèque de Spencer, Iowa« Le destin extraordinaire d’un chat abandonné »raconté par Vicki Myron, sa directrice, avec la collaboration de Bret Witter (traduit de l’anglais par Bérangère Viennot). 

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    Ce chat doit son prénom à la classification décimale de Dewey, un système de classement développé par un bibliothécaire américain qui lui a donné son nom, au XIXe siècle, et qui a été perfectionné au début du XXe siècle par Paul Otlet, créateur de la Classification Décimale Universelle, avec Henri La Fontaine.

    Dewey, best-seller aux Etats-Unis, raconte l’histoire vraie d’un chaton abandonné en janvier 1988 par moins quinze degrés dans la boîte de dépôt en métal fixée au mur et destinée à recueillir les livres rendus en dehors des heures d’ouverture de la bibliothèque. Ce lundi matin-là, en soulevant le couvercle, Vicki Myron constate qu’un livre coincé dans la fente laisse entrer de l’air glacé et découvre « la tête penchée, les pattes repliées sous lui », un chaton qui se fait le plus petit possible. 

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    Mère célibataire et fille de la campagne, Vicki n’est pas une sentimentale, mais quand elle prend contre elle ce petit chat de huit mois à peine pour le réchauffer, c’est lui qui la fait fondre. Il tremble si fort qu’elle décide de lui donner un bain chaud dans l’évier et à son grand étonnement – les chats n’aiment pas l’eau d’habitude – le chaton se met à ronronner. Après un shampooing et le séchage avec un séchoir à colle, il se révèle « un magnifique chat tigré roux aux poils longs ». Ses coussinets gelés vont blanchir et peler dans la semaine, mais il s’en remet et manifeste une confiance totale envers ses sauveteuses. 

    Il faut évidemment l’accord du conseil d’administration de la bibliothèque de Spencer pour le garder et n’importe quel chat ne conviendrait pas. Mais Vicki pressent à l’attitude bienveillante de celui-ci envers tout le monde, personnel d’abord, puis visiteurs, qu’il fera un excellent « employé de bibliothèque » à demeure. Dans le contexte difficile de la crise agricole qui frappe leur région dans les années 80, ce chat très sociable va devenir pour la ville beaucoup plus qu’un animal de compagnie.

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    Comment l’appeler ? Baptisé Dewey, prénom confirmé par un concours ouvert aux habitués de la bibliothèque, il lui faut un nom de famille et ce sera celui du chat O. G. Readmore qui, entre deux dessins animés, incite les enfants « à lire un livre et regarder la télévision dans sa tête ». Dewey Readmore Books, « un nom pour les bibliothécaires (…). Un nom pour les enfants. Et un nom pour tout le monde. »

    Dewey est le récit de sa vie à la bibliothèque dont il devient l’âme, pendant dix-neuf ans, de la vie de la bibliothécaire qui l’a recueilli et qu’il sauve aussi, à sa manière, et de Spencer, cette petite ville de l’Iowa que le chat roux va rendre si célèbre que même des Japonais viendront le filmer dans son cadre (culturel). Pas à pas, saut à saut, les aventures d’un chat qui a un sens inné de l’accueil et du réconfort, et qui charme les plus indifférents en s’installant sur leurs genoux ou sur la photocopieuse. 

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    Un livre pour « gagas » des chats ? Sans doute, mais pas seulement. Vicki Miron réussit à faire partager son amour du lien social que peut représenter une bibliothèque vraiment au service du public. Elle nous raconte l’évolution de sa ville, au milieu des champs de maïs. Cette histoire d’un chat devenu célèbre qui a même sa propre entrée dans Wikipedia, est aussi, vous l’avez compris, une histoire très humaine. 

  • De choses & d'autres

    Plongée dans un choix de pages du Journal de Paul Léautaud, un livre dont j’ai « hérité » et qui m’a décidée à faire plus ample connaissance avec ce curieux bonhomme des lettres françaises – je savais peu de chose à part sa misanthropie et son amour des chats, son souci des animaux errants –, je lis sa réponse à André Billy qui lui demande un jour s’il aime « le confortable » : « Je lui ai dit que j’aime être bien assis, bien couché, être seul et loin de tous bruits. Rien de plus. » 

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    Bibliothèque de Pouchkine (Saint-Pétersbourg) 

    Billy lui confie son désir de s’enrichir par la littérature afin de pouvoir bien se meubler, manger « sur une table élégante »… A quarante ans passés, Léautaud songe alors à sa vie d’employé mal payé et aux satisfactions qu’il n’aura pas eues comme « être bien mis » ou « pouvoir acheter telle ou telle chose qui (lui) fait envie » – le manque d’argent, prix de son indépendance d’esprit. Jy reviendrai. Cela me ramène à un thème abordé ici et dans la blogosphère : celui des choses dont nous nous entourons, nous encombrons parfois, des objets que nous recevons, que nous conservons, qui nous parlent. 

    Il me semble que c’est chez Ghelderode que j’ai lu les pages les plus fortes sur la présence des choses : l’auteur de Sortilèges était attaché aux objets « qui ont une âme », il les aimait « parce qu’ils ne demandent jamais rien », croyait même au pouvoir maléfique de certains. Sur un beau portrait de Ghelderode photographié par Charles Leirens en 1959, qui est resté longtemps sur une étagère de ma bibliothèque, on distingue derrière lui une silhouette féminine, tournant le dos à un miroir. L’écrivain était troublé par la figure humaine telle qu’on la retrouve dans un mannequin, une poupée, une marionnette, voire un automate. Son cabinet de travail était plein de choses diverses, comme on peut s’en faire une idée à la Bibliothèque Royale, qui l’a reconstitué.

    Entre Léautaud (1872-1956) et Ghelderode (1898-1962), il y aurait matière à comparaison, mais ce n’est pas mon propos. Pour en revenir à mon sujet, j’ai voulu revoir les petits films dont je vous avais parlé un jour, sur des objets d’écrivains, ils ne sont plus en ligne, passons. Me voilà embarquée dans une balade littéraire, alors que je voulais vous entretenir de choses. 

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    Bibliothèque créative Infini sur Coxorange

    Un déménagement, la disparition d’un être proche, et nous voilà confrontés à la nécessité de choisir, donc de trier : qu’allons-nous garder, donner, jeter ? Voir Lydia Flem, Comment j'ai vidé la maison de mes parents. (Encore heureux lorsqu’on ne se dispute pas la possession d’un meuble ou d’un objet.) Pourquoi donc tant de choses ? Je ne parle pas des objets utiles, mais de ceux qui ne servent qu’à habiter l’espace avec nous. La déco d’aujourd’hui se veut souvent ultrasobre, les intérieurs lisses des magazines me paraissent souvent froids, impersonnels – forcément, ils sont inhabités. Le trop-plein me gêne. Entre le vide et le capharnaüm, jopte pour une voie médiane.

    Près de moi, un mur de livres, mais pas seulement. Posés devant eux, de petits objets dont certains me parlent plus que d’autres, et des photos, des cartes postales. Ce qui les rend précieux, pour la plupart, c’est qu’ils me font penser à la personne qui m’en a fait cadeau. Sous l’apparence, une présence. D’autres, souvenirs de voyage, me font remonter le cours du temps : je revois l’endroit, les circonstances… Ôtons toutes ces babioles, ces ramasse-poussière, diront certains, que reste-t-il ? Une bibliothèque, oui, « le don des morts », certes. Mais il y manquerait un peu de vie – paradoxe.