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  • Vu à Avignon

    Avignon Palais des papes Chaise (9).jpgAu Palais des Papes d’Avignon, les chaises des gardiens ont une forme particulière. Leur dossier reprend l’arc brisé de l’architecture gothique. (Pas sûr qu’elles soient confortables.) Celle-ci a attiré mon regard, à l’entrée de la bibliothèque du conservateur, exceptionnellement fermée à la visite, comme on pouvait le lire sur la porte.

     

     

    Avignon Palais des papes (61) haie de pots.jpg

     

    Dans les jardins du Palais, que je vous ai montrés vus d’en haut, les grands pots en terre cuite où s’alignent des arbustes sont  – non pas carrément mais rondement, si j’ose dire – intégrés dans la haie taillée qui les accueille. C’est d’un bel effet, non ?

     

     

    Avignon musée lapidaire Othoniel.jpgAnnexe du musée Calvet, dont il recèle les collections archéologiques, le Musée lapidaire est installé dans la chapelle du Collège des jésuites d’Avignon. Ce « fleuron de l’architecture baroque » (XVIIe) est l’œuvre de deux grands architectes, Etienne Martellange et François des Royers de la Valfenière.
    La lumière jouait sur les briques colorées d’Othoniel qui occupaient les niches de la façade depuis sa grande exposition en 2025. Elles sont en cours de démontage.

  • Au musée Calvet

    Après l’exposition Lee Ufan et le déjeuner, nous avions simplement envie de flâner dans les rues d’Avignon quand nous avons aperçu la belle cour d’entrée du musée Calvet dans un hôtel particulier classé du dix-huitième siècle. J’ignorais tout du médecin humaniste et collectionneur dont il porte le nom : Esprit Calvet (1728-1810). L’Institut Calvet prend soin de ses collections, enrichies de dons et de legs, conservées dans six musées et deux bibliothèques à Avignon et à Cavaillon.

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    Osias Beert, Citrons, grenades et branches de citronnier dans une coupe en porcelaine
    de Chine posée sur un entablement
    (1608-1610), huile sur bois, musée Calvet, Avignon

    Belle surprise dès de début du côté des beaux-arts, avec des copies anciennes d’après Brueghel l’Ancien, Brueghel le Jeune, Bosch… J’ai eu un coup de cœur pour une des premières natures mortes, peinte par un maître anversois, Osias Beert : Citrons, grenades et branches de citronnier dans une coupe en porcelaine de Chine posée sur un entablement (1608-1610).

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    Charles William de Hamilton, Plantes, reptiles et insectes dans un sous-bois,
    vers 1730-1750, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    Plus d’un siècle plus tard, Charles William de Hamilton peignait ces Plantes, reptiles et insectes dans un sous-bois, une nature morte plus « sauvage » qui m’a intriguée. L’histoire du genre pourrait continuer avec cette délicate Etude d’une branche de lilas par Christiaen van Pol (après 1782).

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    Galerie des sculptures, musée Calvet, Avignon

    Nous arrivons au seuil d’une belle galerie de sculptures en marbre où la lumière abonde. Un copiste est au travail. J’admire une Jeune indienne à la pose très naturelle (de F.-J. Bosio, à droite sur la photo) et puis ce Monument en l’honneur de Pétrarque et de Laure (François Consonove) : sur une colonne à la lyre, un ange relie les médaillons qui se font face, celui du poète florentin et de la belle Laure.

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    François Consonove, Monument en l'honneur de Pétrarque et de Laure,
    salon de 1872, marbre, musée Calvet, Avignon

    A la fin de la visite du Palais des Papes, j’avais lu sur un mur ces vers du Canzoniere (1374) traduits par René de Ceccaty : « Le temps a resserré plus fort les nœuds, / Etouffant le cœur sous un puissant lien, / qu’il ne sera que mort pour dénouer. » Au bas du monument (ci-dessus), quatre textes sont gravés dans le marbre, entre autres un extrait de la Vie de Pétrarque par Lamartine.

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    Albert Gleizes, Maternité, 1934 / Vierge à l'Enfant, 1932-1934, huiles sur toile, musée Calvet, Avignon

    Au fond de cette salle, on accède à une aile consacrée aux artistes des XIXe et XXe siècles : son frère Paul en Jeune Romain par Camille Claudel voisine avec Jour d’hiver de Bonnard (dépôt du musée d’Orsay). Un terrible Vlaminck, Sur le zinc, avec deux grandes toiles d’Albert Gleizes, une Maternité et une Vierge à l’Enfant, intéressantes à comparer. Un grand masque Ibo inattendu trône sur une sellette.

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    Pietro Torrigiano (1472-1528), Tête de Jésus-Christ en Sauveur du monde,
    bronze creux à patine brune, musée Calvet, Avignon

    Sans disposer de plan du musée, nous revenons sur nos pas, nous avons manqué une salle aux œuvres plus anciennes. Je ne sais plus où j’ai été retenue par cette Tête de Christ sauveur en bronze par Pietro Torrigiano, ou encore devant la magnifique Lutte de Jacob et de l’ange de Pietro Ricchi…

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    Jean Raoux, La liseuse, vers 1716-1728, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    On monte un bel escalier pour découvrir d’autres œuvres à l’étage, dues à des artistes français et de la région, si je me souviens bien. J’ai photographié des portraits de femmes de styles très différents. Jean Raoux offre un magnifique éclairage à sa Liseuse au fin sourire, puis voici Zéphyre et Flore, une peinture anonyme. La jeune mère d’Eugène Carrière, lumineuse dans la simplicité de son intérieur, contraste avec le portrait d’une cantatrice richement vêtue peinte par Vigée-Lebrun.

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    Eugène Carrière, La jeune mère, 1879, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    D’une très grande peinture au sujet religieux de la même année, le Martyre de Ste Cécile (Cécile de Rome ?) par Henri Bouchet-Doumencq, voici un détail, pour terminer. « Longtemps après sa mort, ai-je lu en note sur Wikipedia (note 14 d’après un livret non identifié), des chrétiens retrouvèrent son corps  miraculeusement conservé ». On voit ici son sang « qu’étanchent deux vierges chrétiennes, ç’a été un beau prétexte, à M. Henri Bouchet-Doumenq pour peindre des étoffes et des figures de femmes de grandeur naturelles [sic]. Une grande suavité de tons règne dans cette toile. Il y a de la poésie et du sentiment. »

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    Henri Bouchet-Doumencq, Le Martyre de sainte Cécile (détail), 1879, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    Vous le voyez, les riches collections du musée Calvet à Avignon méritent à coup sûr la visite, bien plus vastes que ce que je vous en ai montré ici au fil de mon parcours. Vous pouvez découvrir plus d’œuvres sur le site de l’Institut Calvet. Deux siècles après que l’Hôtel de Villeneuve-Martignan a été acheté par un moulinier en soie d’Avignon pour y installer son industrie, le musée Calvet accueille gratuitement et gentiment les curieux et les amateurs d’art – bravo et merci.

  • S'arrêter

    Cairn.jpg« En pénétrant dans cet espace, je ressens une empreinte du temps qui a mûri. En tant qu’artiste et voyageur temporaire dans ce monde, je souhaite ouvrir une brèche dans le flux temporel et révéler l’immensité de l’humanité. À l’ère de l’IA qui cherche à effacer le temps, je souhaite au contraire encourager tout le monde à prendre le temps de s’arrêter. Je suis appelé en un lieu où respirent encore les traces des histoires complexes qui se sont succédé, dans un espace où d’innombrables âmes ont transité. Moi qui m’attarde un instant, je disparaîtrai demain, et d’autres, innombrables, traverseront ce lieu. »

    Lee Ufan

    Lee Ufan, Relatum – Primitive Room (détail), plaques d’ardoise, 2026, Palais des Papes, Avignon

  • Lee Ufan au Palais

    L’exposition Relatum de Lee Ufan au Palais des Papes nous a attirés cet été à Avignon. Je n’avais jamais rien vu de cet artiste, c’était l’occasion de revisiter ce Palais somptueux. On y présente ce « grand maître de l’art contemporain et de l’art conceptuel et pionnier du Mono-ha », 90 ans, dont l’œuvre naît d’une grande attention à « la relation entre les objets et à la tension qui se produit dans l’espace ». (Sauf mention contraire, les citations viennent des panneaux didactiques proposés aux visiteurs du Palais des Papes.)

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    Lee Ufan, Relatum – Primitive room, Palais des Papes, Avignon, 2026

    « Comme l’indique l’artiste, le propre de l’œuvre d’art est d’ouvrir un instant nous faisant sentir la respiration de l’infini. » Voilà qui paraît abstrait à la lecture, mais s’avère très concret en situation. Relatum – Primitive room, l’œuvre monumentale installée dans la Grande Chapelle, est époustouflante : un tapis d’ardoises – matériau qui, comme la pierre, est « symbole du temps » – contraste avec la pierre blanche du XIVe siècle dans cette nef gothique immense (52 mètres de long sur 15 mètres de large et 20 mètres de haut).

    Des ardoises sont dressées en bordure au bas des murs et à trois endroits sur le sol : ces cairns rejoignent l’élan vers le haut des piliers qui soutiennent les voûtes en croisées d’ogives. La lumière joue sur cette couche gris foncé que les visiteurs longent sur deux côtés. Lee Ufan « invite à parcourir les temps du milieu naturel et de la culture humaine ». (On pourra voir plus loin sur un grand écran l’équipe de l’artiste en train de déposer ces quelque soixante tonnes de plaques d’ardoise sous sa supervision.) L’impression est forte : on s’attarde ici pour contempler et ressentir l’effet de cette installation formidable dans ce lieu aux dimensions démesurées et chargé d’histoire. On aimerait marcher dessus.

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    Sainte Catherine de Sienne (terre cuite), Palais des Papes, Avignon

    En continuant la visite vers les chambres aux fresques magnifiques dont j’avais gardé un vif souvenir, je me suis arrêtée devant ce buste de Ste Catherine de Sienne (copie), venue rencontrer le pape Grégoire XI à Avignon en 1376 « pour négocier la paix entre la ville de Florence et le pape », ce qui, peut-on lire sur la fiche, prépara le retour du pape à Rome l’année suivante.

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    Scène de pêche dans la Chambre du Cerf, Palais des Papes, Avignon

    Dans la Chambre du Cerf, tous les regards se lèvent pour admirer dans un décor naturaliste des personnages occupés à chasser, pêcher, cueillir… sur des fresques très vivantes aux belles couleurs. Le décor de la chambre du pape est très différent : « des rinceaux de vignes et de chênes sur un fond de ciel où évoluent des animaux, oiseaux et écureuils notamment ». Il faut prendre son temps dans cette pièce pour apprécier la variété des motifs et voir apparaître un oiseau après l’autre sur la fresque. On en verra aussi sur le sol de la pièce qui suit, couvert de carreaux colorés en terre cuite émaillée aux motifs divers (fleur de lys, oiseaux, végétaux, blasons…), d’après le pavement original du XIVe siècle mis au jour en 1963 dans ce « Studium ».

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    Détail du décor de la Chambre du pape, Palais des Papes, Avignon

    Dans le Grand Tinel (réfectoire ou salle à manger pour les banquets) sont accrochées des œuvres de Lee Ufan du cycle « Relatum – Response », une pratique picturale minimaliste : « une ou plusieurs formes séparées sur le blanc ». Principales couleurs, « le bleu ou le rouge, dans toute leur intensité au centre de la forme, sont absorbés par l’ombre sur un bord et par la lumière sur le bord opposé. » Ces grandes toiles où le peintre laisse beaucoup de blanc, de vide, d’air autour des parties peintes m’ont paru incongrues dans cette pièce.

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    Lee Ufan, Relatum – The Stone, Palais des Papes, Avignon, 2026

    L’artiste a posé une pierre « monumentale » au centre de la chapelle St-Martial : Relatum – The Stone (2026). « Empruntées à la nature, les pierres sont des symboles d’éternité, de sublimité et de temps accumulé. » (Lee Ufan) Tension, contraste entre cet élément que la nature a érodé et le travail des artisans qui ont décoré la chapelle de fresques sur tous les murs.

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    Lee Ufan, Relatum, Palais des Papes, Avignon, 2026

    Difficile à rendre en photo, nommée simplement Relatum, la deuxième œuvre qui m’a le plus impressionnée est inédite, constituée d’une tôle circulaire d’acier inoxydable (700 x 50 cm), mate à l’extérieur, polie à l’intérieur ; le fond est un miroir. La voûte de la Cuisine haute d’où descend un fil s’y reflète et aussi les visiteurs qui s’y penchent : en harmonie avec le lieu, l’installation donne le vertige. A nouveau, il faut prendre le temps de regarder, de ressentir, pour y percevoir l’infini.

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    Jardins du Palais des papes, Avignon, 2026

    Quel plaisir ensuite de descendre dans les jardins du Palais des Papes au pied de ses hauts murs ! Des haies, des rangées d’arbustes en pot qui s’y insèrent parfois, des plantes aromatiques étiquetées, une fontaine, ces jardins ont été « réaménagés entre 2017 et 2020, sur la base des études historiques et archéologiques réalisées en 2014 » (Wikipedia).

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    Lee Ufan, Relatum – Beyond, Palais des papes, Avignon, 2026

    En sortant du Palais, on découvre une dernière sculpture de Lee Ufan, Relatum – Beyond, installée précédemment aux Alyscamps à Arles. Ici, le poteau et l’arche en acier inoxydable contrastent avec l’architecture médiévale : « Le cercle représente la vacuité, le cycle de la vie, l’univers et l’infini, tandis que la ligne représente un chemin à parcourir, un début et une fin en soi. »

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    « L’exposition « Relatum » demande une disponibilité peu compatible avec le rythme auquel les visiteurs parcourent souvent le Palais des Papes. Rien n’y cherche l’effet immédiat. Les œuvres ne s’imposent pas. Elles invitent plutôt à ralentir, à regarder autrement les espaces que l’on croyait connaître et à mesurer ce qui se joue entre la matière, la lumière et l’architecture. » J’emprunte cette conclusion à l’excellent compte rendu illustré de Jean-Luc Cougy (En revenant de l’expo). A voir jusqu’au 15 novembre.

  • Portraits de femmes

    Portraitiste estimé, Jacques-Emile Blanche était un peintre autodidacte. Pour compléter l’aperçu de l’exposition en cours au musée Angladon, voici trois portraits de femmes qui m’ont frappée par leur qualité et la manière différente avec laquelle ils sont peints. En cliquant sur les titres, vous pourrez lire dans le Catalogue raisonné les explications données à leur sujet.

    Un portrait à distance, à l’anglaise :

    Musée Angladon (112) Louise Baignières (détail).jpg
    Jacques-Emile Blanche, Louise Baignères, 1887, collection particulière

    Un portrait plus intime de sa femme avec son chien :

    Musée Angladon (82) Rose Blanche allongée.jpg
    Jacques-Emile Blanche, Rose Blanche allongée, huile sur toile, 1896

    Un portrait tout en séduction d’une comédienne de théâtre : 

    Musée Angladon (127) Gilda Darthy.jpg
    Jacques-Emile Blanche, Gilda Darthy, huile sur toile, vers 1920

    Jacques-Émile Blanche. Peindre le temps perdu,
    musée Angladon, Avignon >
    dimanche 12 octobre 2025