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sculpture

  • Au musée Calvet

    Après l’exposition Lee Ufan et le déjeuner, nous avions simplement envie de flâner dans les rues d’Avignon quand nous avons aperçu la belle cour d’entrée du musée Calvet dans un hôtel particulier classé du dix-huitième siècle. J’ignorais tout du médecin humaniste et collectionneur dont il porte le nom : Esprit Calvet (1728-1810). L’Institut Calvet prend soin de ses collections, enrichies de dons et de legs, conservées dans six musées et deux bibliothèques à Avignon et à Cavaillon.

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    Osias Beert, Citrons, grenades et branches de citronnier dans une coupe en porcelaine
    de Chine posée sur un entablement
    (1608-1610), huile sur bois, musée Calvet, Avignon

    Belle surprise dès de début du côté des beaux-arts, avec des copies anciennes d’après Brueghel l’Ancien, Brueghel le Jeune, Bosch… J’ai eu un coup de cœur pour une des premières natures mortes, peinte par un maître anversois, Osias Beert : Citrons, grenades et branches de citronnier dans une coupe en porcelaine de Chine posée sur un entablement (1608-1610).

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    Charles William de Hamilton, Plantes, reptiles et insectes dans un sous-bois,
    vers 1730-1750, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    Plus d’un siècle plus tard, Charles William de Hamilton peignait ces Plantes, reptiles et insectes dans un sous-bois, une nature morte plus « sauvage » qui m’a intriguée. L’histoire du genre pourrait continuer avec cette délicate Etude d’une branche de lilas par Christiaen van Pol (après 1782).

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    Galerie des sculptures, musée Calvet, Avignon

    Nous arrivons au seuil d’une belle galerie de sculptures en marbre où la lumière abonde. Un copiste est au travail. J’admire une Jeune indienne à la pose très naturelle (de F.-J. Bosio, à droite sur la photo) et puis ce Monument en l’honneur de Pétrarque et de Laure (François Consonove) : sur une colonne à la lyre, un ange relie les médaillons qui se font face, celui du poète florentin et de la belle Laure.

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    François Consonove, Monument en l'honneur de Pétrarque et de Laure,
    salon de 1872, marbre, musée Calvet, Avignon

    A la fin de la visite du Palais des Papes, j’avais lu sur un mur ces vers du Canzoniere (1374) traduits par René de Ceccaty : « Le temps a resserré plus fort les nœuds, / Etouffant le cœur sous un puissant lien, / qu’il ne sera que mort pour dénouer. » Au bas du monument (ci-dessus), quatre textes sont gravés dans le marbre, entre autres un extrait de la Vie de Pétrarque par Lamartine.

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    Albert Gleizes, Maternité, 1934 / Vierge à l'Enfant, 1932-1934, huiles sur toile, musée Calvet, Avignon

    Au fond de cette salle, on accède à une aile consacrée aux artistes des XIXe et XXe siècles : son frère Paul en Jeune Romain par Camille Claudel voisine avec Jour d’hiver de Bonnard (dépôt du musée d’Orsay). Un terrible Vlaminck, Sur le zinc, avec deux grandes toiles d’Albert Gleizes, une Maternité et une Vierge à l’Enfant, intéressantes à comparer. Un grand masque Ibo inattendu trône sur une sellette.

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    Pietro Torrigiano (1472-1528), Tête de Jésus-Christ en Sauveur du monde,
    bronze creux à patine brune, musée Calvet, Avignon

    Sans disposer de plan du musée, nous revenons sur nos pas, nous avons manqué une salle aux œuvres plus anciennes. Je ne sais plus où j’ai été retenue par cette Tête de Christ sauveur en bronze par Pietro Torrigiano, ou encore devant la magnifique Lutte de Jacob et de l’ange de Pietro Ricchi…

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    Jean Raoux, La liseuse, vers 1716-1728, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    On monte un bel escalier pour découvrir d’autres œuvres à l’étage, dues à des artistes français et de la région, si je me souviens bien. J’ai photographié des portraits de femmes de styles très différents. Jean Raoux offre un magnifique éclairage à sa Liseuse au fin sourire, puis voici Zéphyre et Flore, une peinture anonyme. La jeune mère d’Eugène Carrière, lumineuse dans la simplicité de son intérieur, contraste avec le portrait d’une cantatrice richement vêtue peinte par Vigée-Lebrun.

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    Eugène Carrière, La jeune mère, 1879, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    D’une très grande peinture au sujet religieux de la même année, le Martyre de Ste Cécile (Cécile de Rome ?) par Henri Bouchet-Doumencq, voici un détail, pour terminer. « Longtemps après sa mort, ai-je lu en note sur Wikipedia (note 14 d’après un livret non identifié), des chrétiens retrouvèrent son corps  miraculeusement conservé ». On voit ici son sang « qu’étanchent deux vierges chrétiennes, ç’a été un beau prétexte, à M. Henri Bouchet-Doumenq pour peindre des étoffes et des figures de femmes de grandeur naturelles [sic]. Une grande suavité de tons règne dans cette toile. Il y a de la poésie et du sentiment. »

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    Henri Bouchet-Doumencq, Le Martyre de sainte Cécile (détail), 1879, huile sur toile, musée Calvet, Avignon

    Vous le voyez, les riches collections du musée Calvet à Avignon méritent à coup sûr la visite, bien plus vastes que ce que je vous en ai montré ici au fil de mon parcours. Vous pouvez découvrir plus d’œuvres sur le site de l’Institut Calvet. Deux siècles après que l’Hôtel de Villeneuve-Martignan a été acheté par un moulinier en soie d’Avignon pour y installer son industrie, le musée Calvet accueille gratuitement et gentiment les curieux et les amateurs d’art – bravo et merci.

  • Obstinément

    Schlesser Hammershoi.jpg« Laisse-moi t’expliquer. Hammershøi fut un homme discret, nerveux dès lors qu’il lui fallait prendre la parole, assez mélancolique aussi. Les témoignages à son sujet disent qu’il ne parlait que très peu et, par ailleurs, qu’il n’entendait pas très bien – il était sourd de l’oreille gauche. Je t’avais déjà cité le nom du grand poète Rainer Maria Rilke il y a quelques semaines. Eh bien, figure-toi que celui-ci rendit un jour visite à Hammershøi dans son sobre et bel appartement du premier étage du 30, Strangade à Copenhague – celui qui sert de cadre à ce tableau. A cause de la réserve naturelle de l’artiste et de la barrière de la langue, ils n’échangèrent quasiment aucun mot et Rilke repartit en observant : « On sait qu’il ne se consacre qu’à la peinture, qu’il ne pourrait ni ne désirerait faire autre chose que de peindre. » Je crois que c’est vrai. Hammershøi était hanté par sa vocation. Il ne souhaitait même pas commenter, analyser sa production, ni débattre d’esthétique. Il peignait, en silence, tout le temps, obstinément. C’était son unique moyen d’expression et, d’une certaine façon, sa seule manière d’exister. Et d’ailleurs, que peignait-il ? Son existence dans ce qu’elle avait de plus immédiat. Rien de plus, rien de moins. Son foyer, ses objets. Et son épouse Ida. »

    Thomas Schlesser, Les yeux de Mona

    Vilhelm Hammershoi, Hvile, 1905, huile sur toile, H. 49,5 ; L. 46,5 cm
    © Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt

  • Au musée avec Mona

    Dédié par Thomas Schlesser à « tous les grands-parents du monde », son roman Les yeux de Mona (2024) a remporté un tel succès que son sujet vous est sans doute connu. Il s’ouvre sur une crise de cécité : Mona, dix ans, voit subitement « tout noir ». Emmenée à l’hôpital par ses parents, Camille et Paul, la fillette récupère la vue mais ses yeux doivent être examinés et contrôlés régulièrement, pour prévenir une rechute.

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    Son père tient une brocante où Mona aime passer du temps quand elle n’est pas à l’école, mais c’est surtout son grand-père, Henry Vuillemin, qui va jouer alors un rôle de premier plan. Veuf de Colette depuis sept ans, il porte au cou le même pendentif que celui de Mona : « un joli petit cérithe goumier monté sur un fil de pêche » ramassé avec son épouse à la Côte d’Azur. Mona ayant besoin d’un suivi psychologique une fois par semaine, il décide sans le dire à sa fille qui lui fait confiance d’emmener sa petite-fille plutôt au musée tous les mercredis après-midi, pour une cure de beauté.

    « Les Yeux de Mona n’est pas une histoire de l’art, c’est une initiation à la vie par l’art » déclare l’auteur, historien de l’art, dans un entretien (Beaux-Arts). Le grand-père et sa petite-fille iront au Louvre, à Orsay puis au centre Pompidou, pour y regarder ensemble une seule œuvre et échanger à son sujet. Le roman raconte l’évolution de Mona à la maison, à l’école et ses rendez-vous du mercredi avec son grand-père et avec l’art.

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    Marguerite Gérard, L’Élève intéressante, 1786, Huile sur toile, 65 × 49 cm, Coll. musée du Louvre, Paris

    52 semaines, 52 chapitres, 52 artistes : c’est gai de retrouver des œuvres qu’on connaît, qu’on reconnaît en lisant leur description précise et d’en découvrir le commentaire. Pour les revoir en images, j’ai sorti des catalogues de ma bibliothèque ou cherché l’illustration sur le site même du musée. C’est encore plus gai d’en découvrir que je n’ai jamais observées ou d’artistes dont je ne connaissais même pas le nom.

    Marguerite Gérard, par exemple, avec L’élève intéressante, une peinture où figure dans un détail qui ne saute pas aux yeux celui qui fut son professeur, Fragonard. Ou Marie-Guillemine Benoist, avec le Portrait d’une femme noire, dont je n’avais jamais déchiffré la signature. Les femmes artistes sont bien présentes dans le roman.

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    Julia Margaret Cameron, Mrs Herbert Duckworth (Julia Jackson), 1872, épreuve au charbon, H. 39,8 ; L. 25,5 cm.
    Don, 1986 © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

    De Julia Margaret Cameron, une photographe britannique, le portrait de Mrs Herbert Duckworth est celui de Julia Jackson, la mère de Virginia Woolf et de Vanessa Bell, que leur père avait épousée en secondes noces. Ayant reçu en 1863 un appareil photographique, elle avait « entre autres reconverti sa réserve à charbon et son poulailler en véritable studio ». La belle gamme de gris de ses négatifs offre des ombres, des nuances et un « manque de netteté » qui lui donne de la profondeur, juste avant la naissance du « pictorialisme ».

    Au Centre Pompidou, Stries rouge, jaune et noir [sic] (1924) de Georgia O’Keefe,  Mère (1930), un dessin-collage de Hannah Höch, L’Aubade (1942) de Picasso  ou encore Proue noire (1976) d’Anna-Eva Bergman sont quelques-unes des belles découvertes que je dois à la lecture de Thomas Schlesser. Celui-ci a écrit une biographie de cette peintre franco-norvégienne qui a épousé par deux fois Hans Hartung : Anna-Eva Bergman - Vies lumineuses (2022).

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    Pablo Picasso (1881, Espagne - 1973, France), L'Aubade, 4 mai 1942 © Succession Picasso
    Photo crédits : Centre Pompidou, MNAM-CCI/Georges Meguerditchian/Dist. GrandPalaisRmn

    J’ai lu Les yeux de Mona avec grand plaisir. Dans ce roman formidablement visuel, la fillette à la vue menacée est une héroïne qu’une bonne fée a dotée d’une acuité visuelle hors norme – elle perçoit le moindre détail de ce qu’elle regarde – ainsi que d’une mémoire étonnante. Elle peut ainsi rapprocher des œuvres, se souvenir des explications de son grand-père érudit et des mots savants qui s’y glissent, pour en faire usage elle-même. Il en résulte « un conte initiatique efficace pour redécouvrir l’histoire de l’art » (Bosco d’Otreppe, La Libre Belgique).

  • Beauté & laideur

    Riche de nombreuses œuvres d’art de la fin du XVe au XVIe siècle, Bellezza e bruttezza (Beauté & laideur), l’exposition phare du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar), présente « L’idéal, le réel et le caricatural à la Renaissance ». Une approche comparative entre des artistes italiens et du Nord de l’Europe, 95 œuvres venues de collections internationales.

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    Anonyme, Les trois Grâces, marbre, 1e moitié du IIe siècle, Musée du Vatican

    Une Vénus de Lorenzo di Credi  (vers 1490, Galerie des Offices, Florence) et ces Trois grâces en marbre rappellent l’influence de l’Antiquité sur les artistes de la Renaissance. Deux pages des Quatre Livres sur les proportions humaines (1528) d’Albrecht Dürer illustrent son intérêt pour ces proportions, né au cours de ses voyages en Italie. La beauté, perçue de manière subjective, est donc « aussi ordonnée et expliquée rationnellement ». Pour la laideur, un Papposilène en marbre (IIe s.) et des portraits de personnes âgées, bizarres ou peu avenantes.

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    Adriaen Thomasz Key, Marie Madeleine, huile sur panneau, XVIe siècle, Genève, De Jonckheere

    L’exposition comporte de nombreux portraits de beautés idéalisées, comme ce Nu féminin de Joos Van Cleve (Prague) ou cette fine Marie Madeleine d’Adriaen Thomasz Key (ci-dessus), à la peau très pâle aussi. Sur certains portraits, la noblesse intérieure transparaît en même temps que la beauté physique. Portrait de jeune femme de Sebastiano Mainardi, de profil devant un paysage, séduit par la pureté des lignes et la composition.

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    Sebastiano Mainardi, Portrait de jeune femme, tempera sur panneau, vers 1490,
    Musée du Louvre, Paris, en dépôt au musée Fabre, Montpellier

    La Femme tenant une pomme de Titien (ci-dessous) a du charme sous sa couronne de fleurs, plus terrestre que divine, « imparfaite et réelle ». Près d’un portrait réaliste de Charles Quint visiblement prognathe (comme celui-ci), on signale que Titien, lui, a préféré dissimuler en grande partie cette déformation héréditaire par sa barbe.

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    Titien, Femme tenant une pomme, huile sur toile, vers 1550-1555,
    Washington, National Gallery of Art

    Dans la salle suivante, on retrouve son art de sublimer la beauté du modèle en comparant le portrait de l’aristocrate Giulia Gonzaga par Titien (ci-dessous) à celui réalisé d’après Sebastiano del Piombo. Celle-ci a écrit que la femme peinte par Titien est beaucoup plus belle, « fruit du génie d’un grand artiste ». 

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    Titien, Portrait de Giulia Gonzaga, huile sur toile, vers 1534, Collection privée

    Superbe et étonnant Portrait allégorique d’une femme (Simonetta Vespucci ?) par Botticelli, dans la même salle, consacrée aux « Muses, monstres et prodiges ». Parmi ces « monstres » au sens de « prodiges de la nature », une statue du nain Morgante sur un tonneau par Jean de Bologne, de petites personnes dont la cour des Médicis aimait s’entourer, ou Madeleine Gonzalès, une femme à la pilosité excessive.

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    Sandro Botticelli, Portrait allégorique d’une femme (Simonetta Vespucci ?), 
    tempera et huile sur toile, vers 1490, Collection privée

    A côté des portraits de femmes à leur toilette, au bain ou avec leur servante, ce qui est désigné à l’exposition comme « la belle laideur », ce sont des têtes caricaturales comme en a peint Léonard de Vinci, exagérant des défauts physiques de femmes âgées ou  d’hommes grotesques, d’êtres vicieux, méchants ou fous, de bouffons avec leurs attributs (marotte, capuche, grelots) ou en train de rire. La satire sociale, l’opposition moralisatrice des vices et des vertus, étaient des sujets appréciés. Des peintures qui tantôt mettent mal à l’aise, tantôt attirent par la qualité du dessin.

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    Camillo Procaccini, Quatre têtes : personne avec un goître, vieillard barbu, vieille femme et enfant maure, crayon noir et rouge sur papier ivoire, crayon noir sous la première figure à gauche,
    vers 1590, Venise, Galerie de l'Académie

    Parmi les représentations de couples, certaines sont harmonieuses, d’autres moqueuses (l’amour sénile, l’amour vénal). Lucas Cranach l’Ancien a peint une quarantaine de couples « inégaux », plusieurs sont exposés ici. Souvent, c’est un homme âgé avec une donzelle, comme Le vieux fou avec une jeune fille qui se laisse embrasser tout en plongeant la main dans la bourse du vieillard. Plus rarement, une femme âgée (au sourire édenté) avec un jeune homme plus jeune.

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    Lucas Cranach l'Ancien, Le couple inégal (Le vieux fou), huile sur panneau,
    vers 1530, Prague

    La dernière œuvre exposée montre une splendide Pomone (ci-dessous), divinité des fruits et des jardins, peinte par Frans Floris de Vriendt. Assise sous un arbre, elle est entourée de fruits dont la rondeur et les couleurs mettent sa poitrine dénudée en valeur au centre de la toile. Pan tourne vers elle son visage sombre et ricanant. « Les beautés et les laideurs se renforcent mutuellement », écrivait Léonard de Vinci.

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    Frans Floris de Vriendt, Pomone, huile sur toile, s. d., Stockholm, musée Hallwyl

    Le Guide du Visiteur commente quelques œuvres de chaque section du parcours. Pour en savoir plus, je vous recommande les comptes rendus de La Libre Belgique (Guy Duplat) et de Beaux-Arts (Maïlys Celeux-Lanval). « Bellezza e Brutezza » : Bozar présente cette exposition d’œuvres italiennes et flamandes de grande qualité jusqu’au 14 juin prochain.

  • De Moore à Rodin

    C’est au Middelheim, parc de sculptures d’Anvers, que j’ai vu pour la première fois les personnages à la fois humains et abstraits, aux formes organiques, du sculpteur anglais Henry Moore (1898-1986). Vous avez sans doute déjà vu l’une de ses figures allongées souvent monumentales, sa « forme signature », comme celle du jardin de la Fondation Gianadda à Martigny. La galerie Boon de Knokke exposait à la Brafa deux petits formats attachants qui datent de la même époque, Mère allongée et enfant de 1979 et Femme assise et enfant de 1980 (ci-dessous).

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    © Henry Moore, Femme assise et enfant, 1980, bronze,
    15 x 12,5 x 21 cm, Boon Gallery

    Lors d’éditions précédentes de la Brafa, j’ai découvert l’art de Goudji (°1941), orfèvre et sculpteur français d’origine géorgienne. Ce Toro de fuego en argent martelé et repoussé, jaspe, aventurine, sodalite, agate (42,5 x 27 x 11,5 cm) illustre bien sa manière qui ajoute à la technique de la dinanderie l’incrustation de pierres dures dans le métal. Non seulement pour la cape colorée de ce taureau imaginaire, mais aussi pour ses cornes, ses yeux, sa langue. D’autres pièces sont montrées sur les sites d’Ary Jan et de la galerie Capazza.

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    Goudji, Toro de fuego,1941, argent martelé et repoussé, jaspe, aventurine, sodalite, agate,
    42,5 x 27 x 11,5 cm, galerie Ary Jan

    La nature et le temps, les éléments sculptent la matière minérale. Nous avons observé à la galerie Stone (Pays-Bas), spécialisée dans les cristaux, fossiles et météorites, des pyrites de grande taille aux étonnants cristaux cubiques. Curiosité naturelle, ce lapis lazuli veiné de blanc, très décoratif, se dressait sous un fossile impressionnant.

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    Stone Gallery

    Revenons à l’art avec un sculpteur symboliste belge, George Minne (1866-1941), dont on connaît de nombreuses figures agenouillées, comme celles de la fameuse fontaine de Gand, sa ville natale. Ce sont souvent des adolescents graciles. J’ai été ravie de découvrir chez Thomas Deprez cette Baigneuse en bois de buis, très bien présentée sur une sellette entre des chaises art nouveau (Horta ?). Vous la verrez sous différents angles sur le site de la galerie et en grand sur celui de la Tribune de l’art.

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    Au milieu : George Minne (1866-1941), Baigneuse I, 1899, Buis - 40 cm, Thomas Deprez Fine Arts

    Enfin, Univers du Bronze propose toujours de belles choses pour les amateurs, notamment des sculptures animalières parmi lesquelles figurait un chat couché, un petit bronze de Steinlen comme je les aime. Mais ce qui m’a le plus impressionnée, c’est cette magnifique Tête de Balzac par Rodin (1840-1917), « avant dernier état », dite aussi « Variante S1652 » (détails dans le dossier de presse (pdf) de la galerie).

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    Auguste Rodin, Tête de Balzac, avant dernier état, Bronze à patine brun vert richement nuancé
    19,4 x 18,5 x 18,2 cm 
    Épreuve ancienne signée "A Rodin", fonte au sable et travail probable d'Auguste Griffoul vers 1897-1903)

    Ce bronze à patine brun vert richement nuancée  était présenté entre deux versions d’une tête de femme : Hanako, une actrice populaire japonaise qui s’est produite dans toute l’Europe au début du XXe siècle. Masque d’Hanako, patine verte à l’antique sur un socle de marbre aux veines mordorées, est la plus ancienne (1920-25) de ces deux fontes posthumes qu’on pouvait comparer avec une Tête  à la patine plus foncée. Le musée Rodin compte une cinquantaine de portraits d’Hanako dans divers matériaux et techniques.

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    Auguste Rodin, Masque d'Hanako, étude type E 1907-1908,
    bronze patiné vert à l'antique, 17,9 x 11,4 x 11,9, Univers du Bronze

    De Moore à Rodin, j’ai suivi ici l’ordre de ma visite à la Brafa. A part Goudji, ces artistes ont tous connu deux siècles. Quelle riche période pour l’art dans les dernières années du XIXe siècle et le début du XXe !