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amour - Page 9

  • Tomber amoureux

    Court roman ou longue nouvelle, La vie princière de Marc Pautrel est une lettre d’amour à L*** (Gallimard, 2018). Son auteur, un romancier, a été si heureux à ses côtés pendant les quelques jours qu’elle a passés au Domaine, il se sent si désespéré par son départ, qu’il décide de lui écrire pour expliquer comment il est tombé amoureux d’elle ; il en espère quelque soulagement. Plusieurs fois, elle lui a répété qu’elle avait « un compagnon », raison pour laquelle il ne lui a rien avoué, afin d’éviter toute gêne entre eux.

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    Sa lettre remonte le temps. Il est installé au Domaine depuis un mois, et comme tous les résidents, invité aux dîners de séminaires – où il se sent mal à l’aise vu sa faible maîtrise de l’anglais parlé par tous les participants. Un soir, quand il arrive à « la Grande Maison », il lève les yeux de son téléphone, l’aperçoit dans l’obscurité tout près de lui, sursaute, s’en excuse en français, ce à quoi elle répond dans la même langue, en riant.

    C’est le début de leurs conversations, qu’ils continueront à table, l’un à côté de l’autre : elle, enthousiaste et posant plein de questions sur l’art d’écrire des romans, lui, heureux de parler français avec quelqu’un et attiré par l’énergie de cette « thésarde en littérature à Paris ». Dans son Journal, il note au sujet de la jeune femme née en Toscane, de père américain et de mère italienne : « Intéressante, environ trente ans, souple et pointue. A suivre. »

    Tous les détails de leurs rencontres, de leurs échanges, il les puise dans sa mémoire, notamment cette douleur foudroyante quand elle a prononcé pour la première fois ces mots : « mon compagnon ». De soir en soir, ils se racontent leurs voyages, leurs rêves, leurs origines. Elle a été élevée dans le catholicisme, dans une famille d’origine ashkénaze, ce qui les rapproche encore.

    Aucun désaccord entre eux. « L’amour déformait peut-être mes perceptions, mais je croyais que tu pensais toujours comme moi et que tu souhaitais tout ce que je souhaitais. Et aussi que tu voulais rester avec moi autant que je voulais rester avec toi. » Quand ils décident de faire ensemble le tour du Domaine à pied, elle semble chaque fois si heureuse de le voir – ils marchent, ils parlent.

    Tout est organisé au Domaine pour le plus grand confort des résidents, d’où le titre. « Oui, ici, c’est vraiment la vie princière, la vie portée à son maximum, le lieu idéal, les trois mille oliviers et les trois mille cyprès, les pins parasols et les amandiers, ainsi que les êtres qu’il faut, et pour moi l’être qu’il faut c’est toi. »

    Marc Pautrel donne dans ce roman une fine observation de leurs rencontres, de la naissance en lui du sentiment amoureux jusqu’à la perte – il finit toujours par être séparé des femmes dont il tombe amoureux. (Ecrira-t-il un jour la réponse de L*** à sa lettre ? Comment une femme se plaît à la compagnie d’un homme, sans pour autant tomber amoureuse de lui ? Ce serait un changement de point de vue radical.)

    La vie princière est le septième roman de Marc Pautrel, publié dans la collection « L’infini » de Philippe Sollers qu’il a rencontré à Bordeaux en 2006. Un éloge appuyé de son roman à l’émission « On n’est pas couché » lui a valu de nombreux nouveaux lecteurs.

    Le style élégant de cette lettre à L***, un récit au présent, participe à la beauté de ce qu’elle rapporte, comme une offrande en retour à une femme dont il a aimé la proximité, la manière d’être, la connivence. « C’est cela que tu m’as donné, cinq jours de joie, cinq jours d’état de grâce intime, et c’est pour cela que je veux te remercier, grazie mille, merci, mille mercis pour tout cela. »

  • Drôle de mot

    loridan-ivens,marceline,l'amour après,récit,littérature française,shoah,camps de concentration,amour,récit de vie,correspondance,lettres,culture« Mais j’ai découvert l’autonomie à Birkenau. J’étais seule, sans famille, contrairement à Simone qui survivait sous le regard de sa mère et de sa sœur. Et quelque chose s’est enclenché pour moi, un processus, un sentiment de liberté – drôle de mot je sais pour évoquer Birkenau – mais ce moment où personne ne vous protège et ne vous commande, ce moment où il faut vivre, en l’occurrence survivre, seule. Ce moment où l’on quitte ses parents. »

    Marceline Loridan-Ivens, L’amour après
    (avec Judith Perrignon)

  • Valise d'amour

    L’avez-vous vue et entendue à La Grande Librairie, Marceline Loridan-Ivens ? Cela valait le coup. Elle y était pour L’amour après, écrit avec Judith Perrignon, lu quasi d’une traite. Actrice, scénariste, réalisatrice de documentaires, cette femme de quatre-vingt-neuf ans y offre le récit de sa vie amoureuse et bien davantage : « Je suis une fille de Birkenau et vous ne m’aurez pas. »

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    Je n’ai pris aucune note, je l’ai écoutée de bout en bout. Il y a eu beaucoup d’hommes dans sa vie, des rencontres, des mariages, des séparations. Beaucoup de lettres. Elle les a conservées dans une valise, elles lui servent de point d’appui pour raconter ce qu’elle a vécu, comment elle a survécu au camp, aux souffrances d’une famille où certains ont choisi la mort, pas elle, surtout pas. Elle vit, Marceline, avec un numéro de matricule tatoué sur le bras.

    Elle boit, elle danse, elle fume, elle aime. Une jeunesse à Saint-Germain-des-Prés, « alors le lieu du mélange, des idées, des lettres, de la musique, des mondains, des égarés » : « Les gens qui traînent se trouvent vite, ils n’ont pas besoin de se donner rendez-vous. » A trente ans, à peine divorcée, c’est là qu’elle va après avoir mené ses enquêtes de psychosociologie (rappelez-vous Les choses de Perec), un travail obtenu grâce à un Juif hongrois réfugié, une connaissance de sa mère.

    « Je ne m’habillais pas de noir comme les filles du quartier, j’accentuais le roux de mes cheveux, j’optais pour des robes à couleurs vives, des pantalons, j’avais besoin qu’on me remarque, qu’on m’entoure, qu’on m’accepte, et je demandais à tous les artistes et intellos du périmètre ce que je devais lire. » Dans le récit de Marceline Loridan-Ivens, on croise Freddie, Vladimir, Camille, Merleau-Ponty, Perec (deux lettres citées), Edgar Morin, Simone Veil, Caramel et beaucoup d’autres.

    « Aimer quelqu’un, c’est l’aider à vivre. » Pour déchiffrer les lettres sorties de la vieille valise, avec sa mauvaise vue, elle se sert d’une machine, « un bloc de métal froid avec une surface plane et vitrée, une loupe, une lumière puissante, l’écran devant moi qui grossit tout, d’une police à deux décimales. » Ces pages d’un temps « chargé de courrier », pas toujours datées, rappellent le besoin de phrases « amicales, amoureuses, fâcheuses et menteuses ».

    « Il nous fallait nous écrire pour raisonner et nous orienter dans ce monde. Nous allions dans les graves du drame, puis dans les aigus du bonheur. Tout est là, dans une valise. Et c’est maintenant que je n’y vois plus grand-chose que je me décide à l’ouvrir. C’est là que surgit l’amour, puisqu’il faut bien qu’on en parle, là que commence le ballet des hommes qui a chassé le nom de mon père de mon état civil. »

    Marceline porte le nom de Francis Loridan, son premier mari, ingénieur en construction, et celui de Joris Ivens, un réalisateur hollandais, trente ans de plus qu’elle, épousé en 1963 – « Faire l’amour n’était qu’une composante parmi d’autres de notre amour. Mon corps n’était plus un enjeu enfin. Et doucement, à ses côtés, la jeune femme et la survivante ne firent plus qu’une seule. »

    Une psychanalyste à qui elle avait demandé un jour si elle avait besoin d’une thérapie lui avait répondu : « Non, fais des films, ne t’occupe pas du reste, ta force créatrice te suffit. » Formidable Marceline. Dans L’amour après, elle nous communique son « incroyable force vitale » (CultureBox).

  • Critique

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    « La critique n’est pas là que pour saisir la portée de l’œuvre, elle se confond à son paroxysme avec l’œuvre, elle est la rencontre de deux sensibilités. »

    Cyrille Falisse, Fonction et rôle de la critique (Le passeur critique)

     

     

    Quelques critiques du Cercle littéraire de Guernesey :

     http://www.allocine.fr/film/fichefilm-196612/critiques/presse/