Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Exposition

  • FIL, 9 artistes

    Il ne reste qu’une semaine pour visiter à la Maison des Arts de Schaerbeek la belle exposition « FIL », enfin vue la semaine dernière (entrée libre, s’inscrire sur le site) : « 9 artistes contemporains travaillent le fil ». Mélanie Coisne, directrice du TAMAT à Tournai, rappelle dans le catalogue l’évolution du tissage à l’artisanat, de l’artisanat d’art à l’art textile (à partir des années 1960).

    fil,exposition,art textile,maison des arts,schaerbeek,hélène de gottal,maren dubnick,alice leens,ethel lilienfeld,erwan mahéo,mireille asia nyembo,elise peroi,chiharu shioata,josé maria sicilia,culture,art contemporain

    Deux artistes très connus figurent au début du parcours dans cette Maison des Arts bien restaurée. J’ignorais que José María Sicilia, aux fleurs rouges sur cire inoubliables, s’était tourné ces dernières années vers le tissu et la broderie. Dans le hall d’entrée est suspendu un « suzani » (textile traditionnel en soie d’Asie centrale, cousu pour la dot, XIXe) où il a collé de petits ronds de peinture blanche : « El Ojo de agua » (L’œil d’eau, 2009) représente une constellation céleste. On retrouvera cet artiste à l’étage.

    fil,exposition,art textile,maison des arts,schaerbeek,hélène de gottal,maren dubnick,alice leens,ethel lilienfeld,erwan mahéo,mireille asia nyembo,elise peroi,chiharu shioata,josé maria sicilia,culture
    © Chiharu Shiota, State of Being (kimono), 2014

    Le parcours commence dans la belle salle à manger où deux œuvres de Chiharu Shiota, « State of  Being » (Etat d’être), distillent leur mystère dans la pénombre : la chute de lettres capitales retenues dans les fils noirs tendus dans une cage de verre et, devant les vitraux anciens d’une fenêtre, un kimono clair qui flotte dans les jeux de lumière et d’ombre des fils croisés – à la fois présence et reliquaire, c’est fascinant.

    fil,exposition,art textile,maison des arts,schaerbeek,hélène de gottal,maren dubnick,alice leens,ethel lilienfeld,erwan mahéo,mireille asia nyembo,elise peroi,chiharu shioata,josé maria sicilia,culture
    © Hélène de Gottal, Pourquoi naître esclave ?, 2017, installation (détail)

    Des vidéos de deux, trois minutes permettent de faire connaissance avec les sept autres artistes intervenant dans cette exposition. Le travail d’Hélène de Gottal est présenté au petit salon. Je vous recommande de l’écouter au sujet de « Pourquoi naître esclave ? », son installation de petits objets, de pierres et de dentelles près d’une réplique d’un buste de Carpeaux qui l’a inspirée.

    fil,exposition,art textile,maison des arts,schaerbeek,hélène de gottal,maren dubnick,alice leens,ethel lilienfeld,erwan mahéo,mireille asia nyembo,elise peroi,chiharu shioata,josé maria sicilia,culture
    © Elise Peroi, Sous-bois, 2020, installation

    Mon coup de cœur va au « Sous-bois » d’Elise Peroi, une œuvre réalisée expressément pour cette expo : vers 1920, le jardin de la Maison des Arts était un sous-bois. Elle en évoque l’atmosphère en utilisant la technique de la double chaîne pour créer des effets de volume, de transparence. A partir d’une soie peinte et de fils de lin, elle établit un pont entre le passé et le présent dans ce grand salon où l’air circule à la lumière généreuse des fenêtres, entre les murs tapissés de nuages. C’est superbe ! Un détail a servi pour la belle affiche de FIL.

    fil,exposition,art textile,maison des arts,schaerbeek,hélène de gottal,maren dubnick,alice leens,ethel lilienfeld,erwan mahéo,mireille asia nyembo,elise peroi,chiharu shioata,josé maria sicilia,culture

    Des rayons de bibliothèque sans livres, c’est triste. Erwan Maheo structure cette pièce en longueur à l’aide de cloisons textiles (recto et verso) qui rythment l’espace. Leurs motifs, signes ou mots, m’ont paru hermétiques. Le parcours fléché continue à l’étage. On y accède par un bel escalier au pied duquel une petite table vitrine contient des tissus de la famille qui habitait cette maison, construite en 1825 pour de riches drapiers. Notamment un « couvre-lit post accouchement » : était-il destiné aux visites à la jeune mère ?


    José Maria Sicilia, Light on light (au début de la bande-annonce de FIL)

    « Light on light » de José Maria Sicilia intrigue, dans la première chambre. Francisco Calvo Serraller, sur le site de la galerie où vous trouverez d’autres de ses créations, explique son cheminement autour de la lumière : « Il ne s’intéresse donc pas à la lumière elle-même, mais à sa fuite ; le phénomène de sa dispersion dans l’ombre. » Ses broderies sur soie jouent avec la lumière, la couleur, la transparence. Des motifs épars flottent dans l’air et sur la toile fine.

    fil,exposition,art textile,maison des arts,schaerbeek,hélène de gottal,maren dubnick,alice leens,ethel lilienfeld,erwan mahéo,mireille asia nyembo,elise peroi,chiharu shioata,josé maria sicilia,culture
    © Mireille Asia Nyembo, Effacement, éclatement et reconstruction (série), 2020

    Regardez sur le site de la Maison des Arts, si vous voulez, Ethel Lilienfeld présentant sa mystérieuse vidéo « Elle essayait de se réconcilier avec la nuit ». Ecoutez Mireille Asia Nyembo expliquer ce qui la motive et toutes les phases de son travail pour « Effacement, éclatement et reconstruction » (ci-dessus) : je suis restée longuement devant cette suspension magnifique, faite de cendre de raphia sur pagne wax rigidifié (elle rappelle que le raphia est le véritable patrimoine textile du Congo, son pays natal, l’origine du wax est ailleurs).

    fil,exposition,art textile,maison des arts,schaerbeek,hélène de gottal,maren dubnick,alice leens,ethel lilienfeld,erwan mahéo,mireille asia nyembo,elise peroi,chiharu shioata,josé maria sicilia,culture,art contemporain
    Vue partielle d'œuvres présentées par Alice Leens (coton)  

    Dans les autres chambres, on découvre les enroulements en fuseau de Maren Dubnick qui enveloppe divers objets et même des éléments architecturaux – si vous ne l’avez pas remarqué en arrivant, arrêtez-vous sur le porche dont elle a entouré une colonne, ton sur ton. Les sculptures d’Alice Leens, une artiste qui travaille le fil et la corde, révèlent à la fois des textures, des volumes, des structures qui occupent l’espace et qu’on a envie de toucher : du textile devenu sculpture à part entière !

    fil,exposition,art textile,maison des arts,schaerbeek,hélène de gottal,maren dubnick,alice leens,ethel lilienfeld,erwan mahéo,mireille asia nyembo,elise peroi,chiharu shioata,josé maria sicilia,culture,art contemporain
    Maren Dubnick à l'oeuvre : Entasis, 2021,
    installation sur le porche de la Maison des Arts : ficelle agricole

    FIL est une exposition très réussie, riche et diversifiée. Chaque artiste y a son espace propre, ce qui permet de bien se concentrer sur chacun de ces neuf univers. Durant ma visite, j’ai pensé à certaines d’entre vous qui tricotent, brodent, cousent, en me disant que ce serait vraiment bien de regarder tout cela ensemble. Puissent ces mots et ces photos, ces liens, vous atteindre où que vous soyez.

    A voir à la Maison des Arts de Schaerbeek jusqu’au 25 avril,
    en nocturne le jeudi 22 (sur inscription).

  • Un tour au musée !

    L’exposition « .be modern, de Klee à Tuymans » est prolongée jusqu’au 21 février aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, qu’on se le dise. Je l’avais boudée jusqu’ici, à tort – c’est si gai, après un an, de refaire un tour au musée ! Même si cet accrochage temporaire d’une sélection d’œuvres des XXe et XXIe siècles rappelle un scandale qui n’en finit pas de durer : dix ans déjà depuis la fermeture du Musée d’art moderne à Bruxelles.

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © Georges Meurant, Sans titre, huile sur bois, 2019, Bruxelles, MRBAB

    Le long du couloir d’accès sont exposées des œuvres contemporaines d’acquisition récente : VidéoSculpture XXI d’Emmanuel Van der Auwera ; une huile sur bois sans titre de George Meurant inspiré par les arts traditionnels subsahariens ; Je suis un rebelle de Chéri Samba ; des dessins de Hugo Claus dans l’esprit de Cobra, entre autres. On aperçoit d’en haut un bel ensemble graphique qui ouvre le parcours : un long fusain de Giuseppe Penonne, Palpebra ; un autre de David Nash ; les pierres du Cercle de l’Utah de Richard Long.

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © David Nash, Pyramid in the Sticks, 1989 | Giuseppe Penone, Palpebra | Richard Long, Cercle de l’Utah

    Ligne et couleur, matière, figure humaine, ce sont les trois thèmes de l’expo, bien introduite par Hommage au carré. Signal de Josef Albers. Voici un magnifique petit Klee dont un détail a été repris sur l’affiche, Avec les comètes (1917), une « aquarelle sur gaze de coton apprêtée au gypse, encre de Chine sur carton », près d’un Picasso. Plus loin, Le Jeune homme au perroquet vert d’Heinrich Campendonck me plaît beaucoup.

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    Paul Klee, Avec les comètes, 1917, Bruxelles, MRBAB

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © Heinrich Campendonck, Le jeune homme au perroquet vert, huile sur toile, 1921, Bruxelles, MRBAB

    Donné aux MRBAB en 2000, un beau paysage signé Maurice de Vlaminck, La Seine à Chatou, date aussi du début du XXe siècle. En face, peintes dix ans plus tard, Les hélices de Fernand Léger et Verreries de Marthe Donas présentées côte à côte offrent un beau sujet de comparaison sur le vide et le plein, la droite et la courbe, la lumière et la matière, la façon d’encadrer…

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © Maurice de Vlaminck, Paysage. La Seine à Chatou, huile sur toile, Bruxelles, MRBAB 

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © Fernand Léger, Les Hélices | Marthe Donas, Verreries, Bruxelles, MRBAB 

    Les années 30 rapprochent deux artistes qui sont frères avec Jeune femme, un églomisé de Floris Jespers et un bois sculpté d’Oscar Jespers. Son nu féminin regarde vers L’homme des nuages de Frits Van den Berghe, une toile dont je ne me souvenais pas. On passe d’un nom à l’autre, c’est le risque dans ce genre d’exposition pour donner un aperçu d’une collection. Cet éparpillement me gêne moins pour les sculptures, bien placées tout au long du parcours.

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © Oscar Jespers, Jeune femme, Bois (1930), 167 x 39,5 x 35 cm

    Le fils prodigue ? me suis–je demandé devant ce bronze à la posture très expressive, mais ce Zadkine de l’après-guerre s’intitule La ville détruite. Il faut tourner autour de Cuivre rouge (sur socle de chêne) de Reinhoud tant il y a de différences entre ses profils, ses formes qui s’ouvrent ou se ferment, comme une grande plante exotique aux feuilles coupantes.

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © Ossip Zadkine, La ville détruite (1947) bronze, 128 x 57,5 x 56,5 cm, Bruxelles, MRBAB

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    Eugène Dodeigne, Main sur la cuisse (1965), pierre de Soignies / Femme (1952), bois, Bruxelles MRBAB

    Dans une section qui met en valeur la matière, contraste absolu entre deux œuvres d’Eugène Dodeigne : Main sur la cuisse, en pierre de Soignies, frappe par ses formes abruptes, l’aspect massif de la figure, où la taille, voire le combat avec la pierre, prend le pas sur la ligne, plus présente dans ses dessins.  Je n’imaginais pas retrouver son nom pour Femme, une silhouette fine, un superbe bois poli tout en élégance, encore marqué par l’influence de  Brancusi.

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © Günther Uecker, Kreisformation. Objekt, vers 1963, Bruxelles, MRBAB

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © Lynn Chadwick, Figures ailées, fer et composition, 229 x 123 x 151, Bruxelles, MRBAB

    Ni sculpture ni peinture, Cercle en formation. Objet est caractéristique de Günther Uecker, un artiste allemand proche de l’art cinétique, qui a beaucoup travaillé avec des clous. Une œuvre créée quelques années après Figures ailées du très spectaculaire et reconnaissable Lynn Chadwick. Denmark, un artiste contemporain belge, comme son nom ne l’indique pas, a serré des journaux entre deux serre-joints – je ne connaissais pas son travail à partir du papier imprimé, qu’il recycle de toutes sortes de manières (à voir sur son site).

    exposition,be modern,de klee à tuymans,mrbab,collection,xxe,xxie,art moderne,réserves,musée sans musée,peinture,sculpture,vidéo,culture,art,artistes belges,art contemporain
    © Christian Boltanski, Reliquaire : meurtres (1989-1990), Bruxelles, MRBAB

    Pour terminer, un impressionnant Reliquaire : meurtres de Christian Boltanski : 261 boîtes en fer blanc, 9 grandes boîtes où sont suspendues des ampoules électriques – chaque grande boîte contient une photo en noir & blanc. J’aurais pu vous parler aussi de Matisse, Bacon, Christo… En plus de la peinture et de la sculpture, .be modern propose des œuvres sur papier, des installations, des vidéos : ce sera pour la prochaine fois.

  • Hommage

    C’était émouvant de retourner dans le musée des Arts du Livre et de la Reliure pour la première fois depuis la mort de son fondateur, Michel Wittock, le 6 juillet 2020, à 84 ans. On l’y apercevait presque à chaque visite, souvent dans la bibliothèque.

    Kikie Crêvecoeur (61) BW.JPG
    Bibliotheca Wittockiana, 23 rue du Bemel, 1150 Bruxelles

    Sur la page d’accueil du site de la Bibliotheca Wittockiana, vous trouverez une belle photo de lui par Saskia Vanderstichelen, assis sur le livre de pierre devant l’entrée, et un bel hommage signé Jean-Luc Outers.

    Kikie Crêvecoeur (47) Poème de Serge Meurant.jpg
    Photo prise à l'exposition
    Kikie Crêvecœur entre les pages

    Vous aimez les beaux livres ? Voyez aussi les « trésors de confinement » mis en ligne par la Wittockiana. Depuis 2011, ses collections sont confiées à la Fondation Roi Baudouin.

  • Kikie Crêvecœur

    Kikie Crêvecœur entre les pages, la formidable exposition de la Bibliotheca Wittockiana, se prolonge jusqu’au 23 août 2020 : ne la manquez pas. Quel bonheur de découvrir l’univers d’une artiste, une première pour moi depuis mars dernier. Et quelle artiste ! Née à Bruxelles en 1960, Kikie Crêvecœur grave, imprime, enseigne, expose en Belgique et à l’étranger. L’expo de la Wittockiana permet de faire mieux connaissance avec ses « gommes », ses « trognes » et autres gravures, ses livres d’art.

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture
    L'entrée de la Bibliotheca Wittockiana

    Entre les pages, l’œil circule. A l’entrée de la première salle, « Bribes et échappées », un ensemble de linogravures, ici sous forme de cartes postales, frappe d’emblée par le noir et blanc lumineux évoquant « une nature métamorphosée, fragmentée par le souvenir et l’oubli » (éditions Esperluète / Centre de la Gravure). Au mur, une phrase de Pierre Reverdy chapeaute le texte de présentation : « J’ai tellement besoin de temps pour ne rien faire, qu’il ne m’en reste plus assez pour travailler. »

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture
    © Kikie Crêvecoeur, Ailleurs, 2013, impressions de gommes gravées, 100 cm x 200 cm (composition unique)

    Des écrivains, des livres, des mots & des images. L’œuvre de Kikie Crêvecœur est à la fois visuelle et tactile, pas seulement pour elle qui grave gommes et linos, mais aussi pour les visiteurs à qui elle donne envie de toucher le papier imprimé, ses reliefs, par exemple dans une grande composition d’inspiration végétale, Ailleurs. Végétales aussi, ces « trognes » dont l’histoire vaut d’être contée.

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture
    © Kikie Crêvecoeur / Caroline Lamarche, Trognes, 2011, Gerpinnes : Tandem

    Les éditions Tandem lui avaient proposé de réaliser un livre pour la collection « Textes & images » avec un écrivain de son choix. A Caroline Lamarche, rencontrée lors d’une biennale à Liège et devenue une amie, elle offre un calendrier orné de gravures d’arbres élagués dont les moignons taillés vigoureusement s’appellent « trognes » pour les sylviculteurs, comme les saules têtards en bordure des champs, comme les platanes nombreux en ville, que la taille réduit chaque année à un gros poing.

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture
    http://kikiecrevecoeur.be/livres/nggallery/livres-a-feuilleter/Trognes

    Ce sera le point de départ du livre réalisé en commun, Trognes : Kikie Crêvecœur avec douze linogravures de l’arbre étêté dans tous ses états, avec une légère pointe de couleur dans le noir selon la saison ; Caroline Lamarche avec douze textes, en regard, sur les pages de droite aux teintes pastel. Chaque poème est composé en résonance avec l’image, le mot « noir » descend d’une ligne à chaque mois.

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture
    © Kikie Crêvecoeur, Eté, 2018, Gerpinnes : Tandem

    http://kikiecrevecoeur.be/livres/nggallery/livres-a-feuilleter/Et%C3%A9

    L’exposition montre toute la gamme des travaux personnels de l’artiste, qui aime évoquer dans ses « gommes » le quotidien, l’actualité et aussi ses souvenirs comme dans Eté. Regardez bien le graphisme du titre sur la couverture et voyez comme le « T » devient fenêtre, fenêtre sur jardin, fenêtre sur enfance à « Nethen-Eden ». Les petits oiseaux de mon jardin, chacun avec leur cri, disent son amour de la nature dans ce qu’elle a de plus simple et de plus enchanteur.

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture
    © Kikie Crêvecoeur, Les petits oiseaux de mon jardin, 2014, Gerpinnes : Tandem

    http://kikiecrevecoeur.be/livres/nggallery/livres-a-feuilleter/Les-Petits-Oiseaux-de-mon-Jardin

    De petits carnets de voyage, accordéons de papier, ou des « Bobines de vie » disent les événements, les lieux, les rencontres. Entre le titre et la date ou inversement, je découvre le grand art de Kikie Crêvecoeur : figurer le monde dans le petit format des gommes. Et puis voici un message d’amitié, avec des petits cœurs rouges : « Aujourd’hui je repasse et toi que fais-tu ». Rouges aussi, les liens d’une Lettre d’amour, la croix d’un coup de gueule contre la guerre.

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture
    © Kikie Crêvecoeur, Courrier créatif, 2008

    Aux « Bricolages de vacances » en couleurs avec de petits collages de mots, pas toujours faciles à détailler en se penchant vers les tables-vitrines, j’ai préféré ses récits « Au jour le jour », impressions de gommes gravées, sorte de journal visuel du quotidien et de faits d’actualité. Sur un plateau, un pêle-mêle de quasi timbres-poste en couleurs pour annoncer l’exposition et le sourire de l’artiste qui dit « Merci de votre visite ».

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture
    © Kikie Crêvecoeur, Au jour le jour, 2012, impressions de gommes gravées

    Des livres, il y en a de toutes sortes. Un Manuel de dessin (comment apprendre à dessiner en sept jours) surréaliste (texte de Jacques Izoard). Dans Mon papa, le faux pas de Shiva et moi de Ben Durant, une vignette bruxelloise attire mon attention (ci-dessous) : on y reconnaît Bozar avec ses drapeaux, le Mont des Arts, L’Atomium, des maisons de la Grand-Place, un boulevard, un avion, Kanal. Il faudrait des heures pour tout regarder et lire. Le catalogue signé Pierre-Jean Foulon, très bien illustré, permet de le faire chez soi, à l’aise.

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture
    © Kikie Crêvecoeur / Ben Durant, Mon papa, le faux pas de Shiva et moi (détail), 2019, Bruxelles : Quadri

    Pour accompagner les poèmes d’Une saison en éclats de Serge Meurant, Kikie Crêvecœur a créé de grandes estampes colorées. Roger Pierre Turine les a choisies pour illustrer son bel article sur l’exposition dans La Libre. Pour les poèmes de Corinne Hoex, Elles viennent dans la nuit, des « paysages cosmiques » en bleu et blanc. Pour les trois contes d’Amélie Nothomb, Brillant comme une casserole, des illustrations à partir de gommes gravées.

    kikie crêvecoeur,entre les pages,exposition,bobliotheca wittockiana,1150 bruxelles,gravure,gommes,trognes,livres d'art,culture

    http://kikiecrevecoeur.be/livres/nggallery/livres-a-feuilleter/Elles-viennent-dans-la-nuit-(feuilleter)

    Vous pouvez écouter Kikie Crêvecœur au micro de Pascale Seys, qui l’a invitée à l’occasion de cette exposition à la Wittockiana dans « La couleur des idées » en mars dernier. A la dix-neuvième minute, l’artiste répond à la question : pourquoi des gommes ? Kikie Crêvecœur entre les pages, c’est à la Bibliotheca Wittockiana, sur rendez-vous (mercredi, samedi, dimanche).

  • Paysage

    montald,constant,peintre belge,exposition,1982,la médiatine,verhaeren,amitié,femmes artistes,symbolisme,eden,nature,beauté,paysage,harmonie,culture,baudelaire,poésie,littérature française[...] Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
    Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
    Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
    Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
    L’Emeute, tempêtant vainement à ma vitre,
    Ne fera pas lever mon front de mon pupitre ;
    Car je serai plongé dans cette volupté
    D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
    De tirer un soleil de mon cœur et de faire
    De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.

    Charles Baudelaire, Paysage (Tableaux parisiens)

    Constant Montald, Bord de rivière, 1913