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  • Traces rouges

    Pour écrire La Fin de l’homme rouge ou Le Temps du désenchantement (2013, traduit du russe par Sophie Benech), Svetlana Alexievitch (°1948) a entrepris d’enregistrer les traces de l’Homo sovieticus – une figure tragique pour certains, un pauvre ringard pour d’autres – en s’efforçant « d’écouter honnêtement tous ceux qui ont participé au drame socialiste ».

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    Avant-propos : « Lui – c’est moi. Ce sont les gens que je fréquente, mes amis, mes parents. J’ai voyagé à travers l’ex-Union soviétique pendant de nombreuses années, parce que les Homo sovieticus*, ce ne sont pas seulement les Russes, mais aussi les Biélorusses, les Turkmènes, les Ukrainiens, les Kazakhs… Maintenant, nous vivons dans des pays différents, nous parlons des langues différentes, mais on ne peut nous confondre avec personne. » Ce qu’elle écrit ici, « miette par miette », c’est l’histoire du socialisme « domestique », comment il vivait « dans l’âme des gens ».

    Le vol de Gagarine dans l’espace avait convaincu son père de croire dans le communisme – « Nous étions les premiers ! Nous pouvions tout ! » Elevée dans cet esprit, elle a été « octobriste […], pionnière, komsomole ». Après la perestroïka (1985), on a ouvert les archives et la découverte de ce qu’on leur avait caché fut un choc. « Comment vivre avec ça ? Beaucoup ont accueilli la vérité comme une ennemie. Et la liberté aussi. »

    Pour recueillir ces traces de la « civilisation soviétique », des faits et aussi des émotions, elle a posé aux gens des questions « non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse […].  Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu. » Elle leur a demandé : « C’est quoi, la liberté ? » Vous pouvez lire le début en ligne : « Tiré des bruits de la rue et des conversations de cuisine (1991-2001) ».

    Svetlana Alexievitch est de la dernière génération des Soviétiques, celle de Gorbatchev, après celles de Staline, Khroutchev, Brejnev. Au lieu d’avancer comme sa génération l’espérait vers un idéal de liberté, un socialisme à visage humain, la société s’ouvrait en réalité aux rêves matérialistes, au capitalisme effréné : inégalités et pauvreté pour les uns, richesse arrogante pour les autres.

    Après avoir lu « La consolation par l’apocalypse » (première partie), j’ai manqué d’air pour m’attaquer à la seconde, « La fascination du vide ». Le livre est à la bibliothèque, je pourrai le réemprunter plus tard. La lecture de La fin de l’homme rouge, témoignage après témoignage, m’a rappelé, mutatis mutandis, celle de L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne.

    « Avant la révolution de 1917, Alexandre Grine avait écrit : « On dirait que l’avenir a cessé d’occuper la place qui lui revient. » Cent ans ont passé, et voilà que de nouveau l’avenir n’est plus à sa place. Nous sommes entrés dans une époque « de seconde main » » (traduction littérale du titre). Des jeunes nés après la dissolution de l’URSS, en 1991, devant les difficultés de la vie, en viennent même à ré-idéaliser Staline et l’empire soviétique, dont l’hymne a été rétabli.

    Entre les Russes, les désaccords sont nombreux. L’autrice rencontre deux amies, l’une fière d’être communiste, l’autre, de Gorbatchev : leurs vécus et leurs visions s’opposent, mais elles sont restées amies en évitant de commun accord de parler de politique. « Nous vivons ensemble, les messieurs et les camarades, les Blancs et les Rouges. Mais personne n’a plus envie de tirer sur personne. Il y a eu assez de sang comme ça. »

    « Chez nous, toutes les souffrances, on les soigne avec un seul remède : la patience. » Peu à peu, au cours de l’entretien, la parole se délie et des gens finissent par lui confier ce qu’ils n’ont jamais dit à personne : « On n’a nulle part où blottir son âme. » Beaucoup étaient prêts à mourir pour la liberté, pas pour le capitalisme. Pour les vieux, le regret du passé est le regret d’une époque où les retraites suffisaient pour vivre, où il n’y avait pas de « sans-abri ».

    Une prof de russe dont le fils s’est pendu à quatorze ans se reproche de l’avoir éduqué dans le culte ambiant de la guerre, de la mort en héros armé. Un homme très âgé parle de « la bonne bouffe qui a gagné » et pense qu’avant « le paradis du marché », « personne ne vivait pour soi ». Mais que de morts sur la conscience, de déportés, de dénonciations par peur, de suicides… Que de récits terribles sur la vie au camp, la violence, la torture, la faim…

    Lorsqu’elle a reçu le prix Nobel de littérature en 2015, Svetlana Alexievitch, à présent de nationalité biélorusse, a dit ceci : « Flaubert a dit de lui-même qu’il était « un homme-plume ». Moi, je peux dire que je suis « une femme-oreille ». Quand je marche dans la rue et que je surprends des mots, des phrases, des exclamations, je me dis toujours : combien de romans qui disparaissent sans laisser de traces ! Qui disparaissent dans le temps. Dans les ténèbres. Il y a toute une partie de la vie humaine, celle des conversations, que nous n’arrivons pas à conquérir pour la littérature. Nous ne l’avons pas encore appréciée à sa juste valeur, elle ne nous étonne pas, ne nous passionne pas. Moi, elle m’a envoûtée, elle a fait de moi sa prisonnière. J’aime la façon dont parlent les gens... J’aime les voix humaines solitaires. C’est ce que j’aime le plus, c’est ma passion. »

  • Dur comme fer

    Filippova Place publique Le Monde.jpg« Les choses qui comptent sont autant ailleurs qu’ici. La connaissance de soi passe par la découverte de l’autre, de l’étranger, dans ce libre jeu entre l’ancrage et le mouvement qui fonde l’idéal cosmopolite. Si tant de personnes de la génération de mes parents demeurent encore nostalgiques des dernières années de l’empire soviétique, s’ils refusent de reconnaître ses vices, depuis la pénurie de papier-toilette jusqu’au racisme ordinaire, c’est qu’ils croyaient dur comme fer à cette utopie-là. Ces Soviétiques jeunes, instruits, optimistes, métissés à l’image de leurs bibliothèques, attendaient de la perestroïka qu’elle ouvre les vannes de la démocratie dans la même joie unanime qu’avait fait jaillir la glasnost, quand tout le monde se mit à lire les livres que la veille encore on planquait sous le manteau.
    On connaît la suite. »

    Diana Filippova, De l’inconvénient d’être russe

    Photo : Parmi les fondateurs de Place publique, le 5 novembre 2018, à Paris.
    De gauche à droite, Claire Nouvian, Diana Filippova, Raphaël Glucksmann

     

  • Le choix du français

    Le titre choisi par Diana Filippova, De l’inconvénient d’être russe (2023), rappelle Cioran, mais ce sont Marina Tsvetaïeva (Le Mal du pays) et Georges Perec (Ellis Island) qu’elle cite en épigraphe. Née en 1986 à Moscou, arrivée en France en 1993, l’autrice porte un regard sans concession sur son pays natal.

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    L’attaque de la Russie en Ukraine l’a décidée à écrire, non pas son projet de « suite moscovite, comme Elena Ferrante et son quatuor napolitain, Knausgard et son hexalogue norvégien », un « grand roman russe » sur « l’âme insondable de ses habitants », mais son parcours d’assimilation, d’éradication même de sa « russéité » : « Devenir autre supposait de cesser tout à fait d’être russe. »

    Sa mère est russe, son père est né en Russie de parents et de grands-parents grecs, à Iessentouki, « sorte d’Odessa du Caucase », « terre d’exil pour un certain nombre d’opposants et d’indésirables du régime communiste ». Grâce aux bons professeurs « trop mollement alignés » rétrogradés dans cette station thermale, « [son] père et ses camarades reçurent une excellente éducation européenne. » Sa passion pour la science l’amènera à s’exiler en France quand il ne pourra plus faire son métier dans des conditions décentes, peu après la chute de l’URSS.

    Diana Filippova explique la particularité du passeport soviétique qui « classe, délimite, ordonne, interdit. » L’origine ethnique s’y ajoute à l’adresse de domiciliation : son père était « soviétique et grec », en décalage avec « le commun des Russes », mais moins que les Soviétique géorgiens ou juifs discriminés par « l’article cinq », appelés « les handicapés du groupe cinq ».

    « D’aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours su que je n’étais pas une Russe pure. » Les Grecs étaient perçus en Russie comme des « Caucasiens », non pas au sens de « Blancs européens », mais de peuple du Caucase (avec les Géorgiens, les Arméniens, les Ossètes, les Azerbaïdjanais...), voire comme des « tchernye – Noirs ». Derrière l’image internationaliste de l’URSS, le racisme en fonction de l’origine ethnique existait déjà, il se montrera plus violemment à partir des années 1990.

    « Pâle et sombre, pur et mélangé : cette séparation m’était aussi familière que les visages de ma mère et de mon père. […] J’arborais pour ma part des cheveux foncés et des yeux noisette virant sur le jaune, ma peau était mate, comme celle de ma mère. » Son père, « l’homme idéal », s’occupait de ses couches, de la nourrir, de l’endormir. Ses parents étaient de jeunes scientifiques prometteurs, elle grandit entourée de livres. 

    De l’inconvénient d’être russe : « C’est l’histoire d’une femme française, métisse dans le pays où elle est née, formée avant toute chose par la littérature du monde entier, écrivant en français. C’est l’histoire d’une femme russe qui depuis sa plus tendre enfance a décidé de ne plus l’être. C’est l’histoire d’une lente désunion et du commencement de la réconciliation. »

    Diana Filippova raconte comment elle a appris la guerre en Ukraine, la peur, l’aide aux Ukrainiens. Surprise que ses amis lui écrivent « Et toi, ça va ? », elle s’est sentie tout à coup rappelée à ses origines. Une journaliste ukrainienne s’était étonnée de l’entendre dire « autre chose que la propagande poutinienne ».

    Dans « Les choses qui font que je suis qui je suis », elle parle beaucoup de ses lectures. De l’école de banlieue où elle se rendait à pied en traversant un parc : « Avant toutes choses, la France eut pour moi le goût du loisir, des parcs et de la marche. » De la honte pour les immigrés post-soviétiques « d’appartenir à une nation rétrogradée ». Peu à peu, elle cessera de penser à la Russie, de se penser comme russe – « et je cessai de l’être. »

    De l’inconvénient d’être russe raconte le parcours d’une femme, son héritage familial, son regard sur la chute de l’URSS, l’ascension de Poutine, l’évolution politique. Diana Filippova dénonce, entre autres, le refus russe du travail de mémoire (l’ONG Memorial a été dissoute deux mois avant la guerre en Ukraine) et la complaisance de certains Russes parisiens envers le régime actuel.

    Les grands écrivains russes, français et autres, occupent une place importante dans cet essai. L’enjeu de la langue aussi : d’intéressantes pages sur le « mat’ » russe, « langue carcérale », grossière, prisée des gens au pouvoir ; sur l’apprentissage du français et sa volonté d’écrire dans la langue de son pays, même si son français est « irrémédiablement infesté de [son] russe ».

    « Aujourd’hui, Diana Filippova est une femme engagée, qui défend les droits humains à la mairie de Paris. On voudrait lui dire que, pour cette défense-là, être russe n’est pas un inconvénient mais un atout, une carte biface : cruauté à combattre d’un côté, humanisme à la coupole dorée à défendre de l’autre. » (Cécile Dutheil de la Rochère)

  • Un toast

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    « Nous avons unifié l’Etat de telle manière que toute partie qui se sépare de l’entité socialiste, non seulement inflige des dommages à celle-ci mais ne peut exister seule, livrée à elle-même sans tomber un jour ou l’autre sous le joug étranger. Celui qui tente de détruire cette unité de l’Etat socialiste est un ennemi, celui qui s’efforce d’en séparer une partie ou une nationalité est un ennemi juré de l’Etat et du peuple de l’URSS. Et cet ennemi, fût-il un ancien bolchevik, nous l’éliminerons ainsi que ses parents et sa famille. Celui qui, par ses actions ou en pensée, oui, même en pensée, agit contre l’unité de l’Etat socialiste sera impitoyablement éliminé. A la destruction de tous les ennemis, jusqu’au dernier, à la destruction des ennemis et de leur parenté ! »

    Toast de Staline le 7 novembre 1937, pour le vingtième anniversaire de la révolution d’Octobre, lors du repas chez Vorochilov.

    Cité par Eugen Ruge dans Le Metropol.

  • Le Metropol, 1936-37

    « Ceci est l’histoire que tu n’as pas racontée. Que tu as emportée dans ta tombe. Que tu croyais à jamais enfouie. Que tu as toute ta vie cherché à faire oublier, à écarter de ta mémoire. Et tu y as presque réussi.
    Pendant longtemps je ne savais même pas que tu avais vécu en Russie. J’étais étonné de t’entendre parler russe avec mon autre grand-mère russe. […]
    Tu étais ma
    grand-mère mexicaine. Dans ton jardin d’hiver, une fontaine bruissait doucement entre les plantes tropicales. »

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    C’est à Charlotte que s’adresse le narrateur d’Eugen Ruge dans le prologue du Metropol, un des personnages de Quand la lumière décline (qui raconte comment elle est revenue du Mexique avec Wilhem, son compagnon après son divorce, pour vivre en Allemagne de l’Est à partir des années cinquante). L’intrigue du Metropol (traduit de l’allemand par Jacqueline Chambon) est antérieure : c’est le roman des années passées en Union soviétique par cette communiste allemande après la prise de pouvoir des nazis.

    Des notes d’archives datées de 1936 et 1937 balisent le récit, des copies obtenues aux Archives d’Etat russes pour l’histoire sociopolitique à Moscou : le dossier de Charlotte (246 pages). La première archive, signée Hilde Tal, datée d’août 1936, mentionne des conversations surprises en 1933 : les camarades Jean et Lotte Germain « ont fréquenté le bandit trotskiste EMEL ». Le roman fait vivre de l’intérieur l’époque des grandes purges staliniennes.

    Charlotte part en vacances sur la mer Noire (de Batoumi à Yalta) avec Wilhem dont le nom de code est alors Jean Germaine – elle lui dit Wilhem comme avant. « C’est difficile d’appeler Jean Germaine un ouvrier métallurgiste qui a l’accent de l’Anhalt. » En ouvrant sur le bateau le journal de l’Internationale communiste en allemand, elle découvre dans un article sur le procès contre Zinoviev (collaborateur de Lenine) le nom de « M. Lurie ». Ils ont connu ce Lurie sous le nom d’Emel en Allemagne, Charlotte admirait cet homme cultivé et insolent dont Wilhem voulait rester « à l’écart ».

    Dès lors, inquiète, Charlotte « joue à être en vacances ». Elle écoute la jeune Jilly Greenwood qui les accompagne lui confier les assiduités dérangeantes de Melnikov, le nouveau chef de l’OMS, le service de renseignements de l’Internationale communiste pour lequel ils travaillent. Avec Wilhem, ils corrigent d’emblée « Nous sommes amis avec un ennemi du peuple » en « Nous connaissons un ennemi du peuple », c’est ce qu’ils diront comme si de rien n’était à Jilly, question de ne rien cacher.

    C’est toute la tension du roman : dès que quelqu’un est cité ou licencié, soupçonné d’intelligence avec l’ennemi ou arrêté, ceux qui l’ont fréquenté se sentent sur la sellette et se demandent comment se comporter. Les « ennemis » se multiplient. Le président du collège militaire de la Cour suprême d’URSS, Vassili Vassilievitch Ulrich, logé dans une suite au Metropol, est débordé : de plus en plus d’accusés comparaissent le même jour ; la parole est accaparée par le procureur qui a l’entière confiance de Staline. Lurie, comme les autres, répond oui à toutes les questions de l’accusation.

    Hilde Tal, qui travaille au quartier général de l’OMS, vit avec Julius dans les appartements collectifs de l’hôtel Lux, réservés aux membres du Komintern. Quand ils ont besoin de se parler franchement, ils sortent se promener. Ils sont écœurés par les procès successifs. Hilde se demande si elle devrait écrire une note sur les Germain qui fréquentaient Emel, surtout Charlotte.

    Au retour de vacances, Wilhem est hospitalisé pour une dysenterie grave et Charlotte réfléchit au conseil de « l’homme de sa vie », entré par idéal au parti communiste : suivre la voie hiérarchique pour déclarer qu’elle a connu Emel. Elle finira par être interrogée et par devoir faire elle aussi « une déclaration complète et véridique qui comprendra une autocritique ».

    Le couple est envoyé sans explication à l’hôtel Metropol, un palace moscovite, en attendant d’être informé sur son sort. Les jours passant, ils s’adaptent à leur nouvelle vie, observent ce qui se passe autour d’eux. Charlotte fait la queue pour s’approvisionner, Wilhem va lire le journal à la bibliothèque Lenine. Ce sera plus facile quand ils recevront des coupons-repas pour le déjeuner de deuxième classe au restaurant.

    En 1937, un nouveau procès commence contre le Centre trotskiste des ennemis de l’Union soviétique. Peu à peu, la moitié de leur équipe à l’OMS arrive au Metropol. Tous gardent leurs distances. Charlotte est excédée, même le chef du NKVD devient un « ennemi du peuple » ! Wilhem reste persuadé du bien-fondé de la politique du Parti. C’est la routine d’un temps de terreur que raconte le roman : défiance, langue de bois, survie, intrigues. Quel sera leur sort ?

    L’écrivain allemand a pu, grâce au succès de son roman précédent, prendre une chambre au Metropol, le grand hôtel de luxe où le Parti installait les étrangers pour les éblouir et ses cadres suspects pour une durée indéterminée. Dans l’épilogue, Eugen Ruge explique comment des souvenirs de famille lui ont donné envie d’écrire cette fiction, appuyée sur une documentation authentique : Le Metropol, « une histoire sur ce que les hommes sont prêts à croire. »