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  • Eau vive

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    Cette main recevant l’eau et la refilant dans le même courant

    Suggère que l’eau n’est qu’empruntée,

    Qu’elle poursuit son cycle perpétuel et qu’il faut en prendre soin.

    Main bienveillante, ouverte et réceptive, sensible,

    Qui reçoit et laisse filer entre ses doigts écartés sans retenir.

    La main ne capte pas l’eau tout à fait, elle ne se l’approprie pas.

    Elle la saisit un instant puis la retourne au bisse

    Afin qu’elle poursuive sa course vivifiante.

    Principal constituant des êtres vivants,

    L’eau est une ressource commune, universelle, à préserver

    Et à passer, saine, au suivant.

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    Sculpture de M. Raphaël Pache. 1753 Matran (juillet 2010)

    & texte sur le Bisse Vieux de Nendaz


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  • L'eau des bisses

    « Bisse » : le mot m’était inconnu jusqu’à ce que je découvre, il y a quelques années, la région de Nendaz, près de Sion, dans le Valais, le « pays des bisses ». Si les Alpes offrent aux marcheurs des vues superbes, toutes ces fleurs sauvages que je me plais à nommer quand je les connais, à identifier quand j’ignore leur nom, c’est d’abord l’eau qui les fait vivre : neige et glaciers, torrents, cascades, lacs de haute montagne – et bisses.

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    Les paysans du Valais, pour échapper aux conséquences de la sécheresse, captent l’eau en altitude depuis des siècles, pour la dévier artificiellement sur les coteaux et arroser leurs cultures d’abricotiers, framboises ou vignes.  « Tous les bisses de Nendaz ont leur prise d’eau dans la rivière La Printse, qui prend sa source aux glaciers du Grand-Désert et de Tortin. Les promenades des bisses sont faciles et de faible déclivité, idéales pour les familles, les enfants et les personnes âgées. » (Brochure de Nendaz) 

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    C’est donc sur les chemins des bisses, le long de l’eau qui s’écoule doucement, silencieusement par endroits, court et cascade à d’autres, que les jambes des promeneurs se délient pour aller de Nendaz à Planchouet par le Bisse du Milieu, pour en revenir par le Bisse Vieux, ou bien, variante, de Planchouet à Veysonnaz par le Grand Bisse de Vex – il faut alors prendre le bus postal pour rentrer. Remis en eau pour les touristes après avoir été abandonné, ce Bisse de Vex est l’un des plus variés dans ses aménagements, la promenade y est très agréable, ouverte sur le paysage.

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    Un jour de beau temps, lorsque les muscles sont bien dégourdis – le chemin demande plus d’attention –, on accède à Siviez par télésiège au plus haut des canaux d’irrigation de Nendaz, le Bisse de Chervé : il n’est plus en activité, ce bisse « aérien et spectaculaire », mais il permet de splendides balades au-dessus des 2000 mètres, soit vers Thyon 2000, où l’on rencontre en chemin un restaurant apprécié des promeneurs, soit vers le lac de Cleuson (lac de barrage à 2186 m) puis, pour les plus sportifs, le lac du Grand-Désert (2642 m).

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    Six bisses de Nendaz sur huit – je vous les laisse découvrir sur le site de la commune – sont encore « en eau », grâce à un travail formidable et à une attention constante. Les promeneurs sont invités à ne rien y jeter et à ne pas abîmer leurs berges, les bisses sont fragiles. Ce qui me frappe, c’est l’ingéniosité et le travail nécessaires pour faire passer l’eau malgré les difficultés du relief, le plus souvent à ciel ouvert. L’eau circule par endroits protégée par un coffrage de bois ou de fer ; pour le promeneur, des passerelles permettent de contourner un rocher, traverser un torrent. Les gardiens des bisses n’ont pas oublié les bancs ni les tables de pique-nique.

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    Si l’eau fait le bisse, et l’eau des bisses un billet de vacances à partager avec vous, le pays des bisses, ce sont bien sûr mille autres choses dont je pourrais vous parler : arbres et fleurs, promeneurs et riverains, oiseaux et insectes, stations et villages, framboises et abricots, vieux chalets et constructions nouvelles qui sortent de terre comme des champignons  chaque été…

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    Sur les nouvelles bornes qui indiquent ici ou là le tracé du bisse, quand il croise une route ou un autre chemin, une ligne ondulante figure avec simplicité l’eau serpentine. Ce serpent de lumière au sympathique glouglou laisse à ceux qui l’ont suivi un goût de revenez-y.

  • Sauvagerie

    « Je suis dans un pays superbe de sauvagerie, un amoncellement de rochers terrible et une mer invraisemblable de couleurs ; enfin je suis très emballé quoique ayant bien du mal, car j’étais habitué à peindre la Manche et j’avais forcément ma routine, mais l’Océan c’est tout autre chose. »

    Claude Monet à Gustave Caillebotte (Catalogue Monet au musée Marmottan et dans les collections suisses, Fondation Pierre Gianadda, Martigny, 2011)  

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    Claude Monet, Tempête sur la côte de Belle-Ile, 1886 (collection particulière)

     

     

     

  • Monet à Martigny

    En prenant la route de Martigny pour voir à la Fondation Gianadda « Monet au Musée Marmottan et dans les collections suisses », je me demandais si j’y serais surprise. Après la formidable exposition de l’Hermitage, ne serait-ce pas un accrochage, disons, plus conventionnel ? C’est sans doute à cela qu’on reconnaît les grands peintres, ils nous surprennent toujours, même quand nous croyons déjà les connaître.

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    Claude Monet, Le jardin de Vétheuil

    Chronologique, cette exposition retrace le parcours pictural et la vie de Claude Monet. Sur la plage à Trouville (Musée Marmottan-Monet), une mère et sa fille en vêtements rayés de bleu et de blanc, révèle dès la première période du peintre, initié au plein air par Boudin, sa volonté de restituer la lumière, les lumières. Soleil, nuages, neige, à chaque paysage son atmosphère, à chaque heure du jour, à chaque saison ses ambiances. La Promenade d’Argenteuil (collection particulière) offre une belle perspective le long d’un chemin de halage qui mène à une grande demeure, à l’horizon, prétexte à de multiples correspondances : reflets des nuages dans la Seine, cheminée d’usine faisant écho à une tour, panache de fumée jouant avec les couleurs du ciel.

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    Claude Monet, La promenade d'Argenteuil

    Trois ans plus tard, en peignant La Neige à Argenteuil (Musée d’art et d’histoire, Genève), Monet compose un paysage d’hiver où les gris, les jaunes, les roux rendent un merveilleux crépuscule doré. Deux petites silhouettes féminines ponctuent La Promenade d’Argenteuil, ici une femme de dos, dont la jupe balance, passe devant les maisons, plus loin deux personnages rejoignent déjà l’horizon.

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    Claude Monet, Au parc Monceau

    Les Tuileries vues d’en haut, Le Pont de L’Europe à la gare Saint-Lazare dans les panaches des locomotives, vu d’en bas, c’est le Paris traditionnel et c’est la ville moderne, ou encore des maisons qu’on devine à travers les feuillages des arbres, Au parc Monceau (c.p.), à l’ombre desquels des promeneuses se sont assises et des enfants jouent, dans le tournant d’une allée. Tous les verts, tous les bleus, et ces touches de blanc qui donnent vie à la scène.

    Les Champs de coquelicots près de Vétheuil (Fondation Bührle, Zurich), choisis pour l’affiche et la couverture du catalogue, offrent un de ces spectacles ravissants où Monet combine l’enchantement des fleurs – les coquelicots couvrent quasi la moitié inférieure de la toile –, le charme d’une promenade à la campagne – un couple et ses deux enfants forment des bouquets –, une vue de Vétheuil sous les nuages dont les couleurs froides contrastent avec cet avant-plan joyeux.  

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    Claude Monet, Champs de coquelicots près de Vétheuil

    Mais Le Jardin de Vétheuil (c.p.) a ma préférence, avec ses longs tuteurs posés à l’enfourchure d’un arbre dans un jardin sans apprêt dont l’allée, éclairée çà et là par le soleil à travers le feuillage, conduit le regard vers l’escalier devant la maison. Ombres bleues et taches de lumière, courbes et droites, le cadrage réunit comme par magie la liberté des formes végétales et les lignes de l’habitation, et invite l’œil à se promener sur la toile dans ses moindres recoins. La barrière en bois qui clôt La Terrasse à Vétheuil souligne de la même manière la grâce du jardin où une femme en chapeau, à l’ombre d’un arbre, lit près d’une table ronde, devant un massif fleuri.

    Des marines par temps divers, la Seine prise dans les glaces, des paysages normands (Fécamp, Falaise), italiens (Bordighera) mais aussi des plans rapprochés, comme un Poirier en fleurs (c.p.) qui s’épanouit au-dessus d’un portillon, un virage sur une Route près de Giverny (c.p.), des Pivoines (c.p.) qui couvrent la toile (de quoi inspirer William Morris), et tout à coup, le Portrait de Poly, pêcheur de Kervillaouen, « avec son teint de brique, sa barbe éparse et rude comme une touffe de varech, sa bouche serrée, ses regards aigus qui voient les poissons et les coquillages au fond de l’eau et au creux des rocs, son chapeau déteint, son tricot vert et bleu, couleur de la mer » (Gustave Geffroy, Notes prises lors de sa première rencontre avec Monet à Belle-Ile-en-Mer, 1886).

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    On croit connaître Monet, on en a vu tant de posters « décoratifs » qu’une exposition comme celle-ci rafraîchit la vue, avec ces toiles qui montrent un homme hyperattentif aux jeux du jour sur les choses, qu’il cherche à rendre rapidement, sans trop y ajouter : « Quant au fini, ou plutôt au léché, car c’est cela que le public veut, je ne serai jamais d’accord avec lui. » (Claude Monet à Paul Durand-Ruel, 3 novembre 1884) Magnifique Matinée sur la Seine (c.p.) : dans un format carré, le ciel et l’eau se répondent de part et d’autre de l’horizontale qui les sépare, moitié-moitié.

    Et puis, bien sûr, Giverny, l’étang aux nymphéas, les iris du jardin, les agapanthes, les saules pleureurs et les extraordinaires glycines qui inspireront Joan Mitchell. Le Musée Marmottan a prêté de grandes toiles splendides.
    Un seul regret : le manque, ici, d’éclairage naturel.
     

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    Au sous-sol de la Fondation Gianadda, on peut découvrir une très intéressante sélection d’estampes japonaises collectionnées par Monet et prêtées par la Fondation Monet de Giverny. Deux oiseaux en vol (une corneille noire, oiseau de bon augure et symbole d’amour filial dans la culture japonaise, et une aigrette blanche) forment un duo harmonieux qui a trouvé sa place dans ma bibliothèque (une carte postale). Beaucoup de figures féminines, de beaux visages par Utamaro (« Quand souffle une brise fraîche », « Jeune femme au voile de gaze »), des scènes familières de Kiyonaga, et des paysages par Hiroshige, Kuniyoshi, Hokusai

    Ecoutez ce titre évocateur : « La rivière de cristal où l’on bat le linge pour lui donner de l’éclat » (Toyokuni). Les estampes japonaises couvraient les murs de la maison de Monet, elles ont inspiré les aménagements du « jardin d’eau ». Comme les maîtres du « monde flottant », Claude Monet a poursuivi avec passion les variations de la lumière et les palpitations du temps.

  • Carte postale

    Juillet a été plutôt frais en Valais comme en Belgique, et le retour du beau temps pour le dernier week-end du mois nous y a retenus un peu plus longtemps. Vous avez joué le jeu en mon absence, je vous répondrai, bien sûr – merci à toutes et à tous ! Je pourrais vous parler du jardin des Alpes retrouvé, éclatant de couleurs sous les cinq degrés matinaux d’une balade vers un lac de montagne entre nuages et promesse de soleil (tenue), du bleu des aconits et des gentianes, du jaune des renoncules, de la fraîcheur des marguerites, mais je vous promets pour bientôt d’autres couleurs, celles de deux belles expositions de cet été, à Lausanne et à Martigny. Avant de quitter la Suisse qui préparait le premier août, jour de fête nationale, je me suis laissé inspirer par Le Temps du samedi 30 juillet 2011, et voici une revue de presse en guise de carte postale, composée pour vous en plein air, de tasse en tasse de thé. 

     

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    Passons sur l’envolée du franc suisse par rapport à l’euro, coûteuse pour les vacanciers mais aussi pour les autochtones. Calendrier oblige, Le Temps livre quelques articles autour de « l’identité suisse ». Le Suisse moyen est une femme, dans la quarantaine… Sous le titre « Des bananes, 1,42 enfant, le bonheur », Albertine Bourget propose un réjouissant « inventaire subjectif nourri de statistiques ». Les Suissesses composent 50,8 % de la population, plus souvent divorcées que mariées. En tête des courses suisses, les bananes et les kiwis, et ça leur réussit : 59,2 % des Suisses arborent un indice de masse corporelle correct, avant 55 ans du moins. Non fumeurs à 72,1 %, ils sont une majorité à se laver les dents deux fois par jour. Leur salaire mensuel brut médian fait rêver (5840 FS, soit environ 5000 euros). « Le Suisse aime lire. Aux toilettes pour 51 % de la population. »

     

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    Dans Le Temps Week-End, les amateurs de saucisses peuvent lire l’histoire de ce « boyau typique du premier août », « Sa Majesté Cervelas Ier », en l’honneur de qui Antoine Jaccoud, scénariste et dramaturge, a même composé un petit poème en prose, « L’embarras du cervelas ». Les admirateurs de Madame Grès visiter l’exposition parisienne au Musée Galliera (« Le sacre du pli »). Les amateurs d’anecdotes royales s’émouvoir de l’éclipse récente de Rania de Jordanie (« Attention, reine fragile » par Stéphane Bonvin).

     

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    Toute une page pour la musique classique, bravo. Julian Sykes s’est entretenu avec le chef d’orchestre Daniel Harding. Interrogé sur sa gestuelle, celui-ci répond : « Les gestes d’un chef, son comportement, tout cela a une incidence très concrète. Imaginez une centaine de personnes sur scène. Comment faire bouger cette masse sans que cela paraisse une lutte ? » En une du Samedi culturel, une photo pleine page – Fred Astaire et Cyd Charisse dansant sur fond rouge – annonce le dossier consacré à « Vincente Minnelli, tisseur de rêves » qui « a fait sienne cette observation de Van Gogh : « J’ai voulu peindre avec le rouge et le vert les terribles passions humaines. » »

     

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    Formidable page littéraire : Georges Nivat rend hommage au fondateur de l’Age d’Homme, Vladimir Dimitrijevic, le « brigand serbe », décédé en juin dernier. Il dresse le portrait d’un passionné à la fois arrogant et humble, dont la soif de lecture remonte aux rêves d’un enfant qui, à Belgrade, « regardait les vitrines de librairies : elles seront pour jamais son arbre de Noël ». Ce « chercheur d’or » a fait connaître Grossman, Zinoviev, Witkiewicz et d’autres grands « que l’Occident s’obstine à ne pas lire », comme Dobritsa Tchessitch dont, je vous l’avoue, le nom même m’était inconnu.

     

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    Veysonnaz vu de Nendaz (Sornard), juillet 2011

     

    Bien des pistes de lecture s’ouvrent ainsi, en feuilletant un journal : je suis partante pour « Le Droit de vivre ou le problème des sans-parti » de Panteleïmon Romanov (enthousiaste Isabelle Rüf). Les meilleures ventes de livres en Suisse sont délicieusement placées sous la rubrique « Effeuillage ». J’y ai vu avec plaisir un roman que je viens de lire en sixième position, je vous le présenterai bientôt. Que Le Temps me pardonne ces emprunts non autorisés sans m’accuser de plagiat, j’espère avoir bien mis tous les guillemets. Si j’avais été résidente suisse, nul doute que j’aurais souscrit à son offre estivale d’un mois d’abonnement gratuit – mais non, j’en aurais été exclue… puisque je figurerais déjà sur la liste des abonnés.