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patrimoine - Page 12

  • Remarquables

    jardins d'annevoie,jeux d'eau,patrimoine,xviiie,belgique,wallonie,anhée,promenade,fontaines,château,culture,nature,art des jardins« La plupart des arbres que l’on rencontre aux détours des sentiers sont remarquables par leur stature et leur développement, plus que par la rareté de leur essence. D’immenses marronniers, de magnifiques hêtres pourpres, des mélèzes du Japon et de remarquables charmilles, tantôt taillées en forme de haies, tantôt formant de hautes palissades. »

    Source : Une promenade dans les jardins d'Annevoie (Les lignes de l’Entre-Sambre-et-Meuse)

     

     

  • Jardins d'Annevoie

    Au bord de la route qui longe la Meuse après Namur vers Dinant, la direction des Jardins d’Annevoie est indiquée en grand, et nous avons laissé la voiture au parking juste en face pour revisiter ce « domaine classé Patrimoine majeur de Wallonie ». Des jardins du XVIIIe siècle où l’eau est reine, depuis 250 ans. Un réseau de canaux y distribue les eaux du Grand Canal par vases communicants, sans machinerie : ce sont des « jardins d’eau ».

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    Mes souvenirs d’enfance étaient vagues et un peu sombres, sans doute les avions-nous visités par un jour sans soleil. Peut-être espérais-je y voir davantage de fleurs, alors que le goût du XVIIIe allait davantage aux perspectives et aux massifs taillés ? Cette fois, de belles éclaircies ont accompagné une bonne partie de la promenade.

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    Le plan des Jardins donne de brèves explications sur le parcours discrètement numéroté, qui se découvre au regard peu à peu. De part et d’autre du chemin, la verdure à la surface d’eaux stagnantes attirait de nombreuses libellules en pleine saison des amours semble-t-il, et même sur le dos d’un visiteur.

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    La salive du « Grand Cracheur » monte jusqu’à sept mètres de haut, précédant des cascades. Conçus d’abord dans le style français (perspectives et symétrie), les jardins offrent aussi des surprises, des contrastes, dans le style italien, et çà et là des imitations de la nature, à l’anglaise. Et de grands arbres remarquables.

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    Ce qui est très gai, aux Jardins d’Annevoie, c’est leur variété. Il suffit de se retourner pour voir apparaître une vue différente ou inattendue de l’endroit qu’on vient de traverser. Le domaine est vaste : son histoire est racontée dans une série de billets du site de Bob intitulé Les lignes de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

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    Quand on approche du château, côté jardin, on voit bien qu’il a été construit en plusieurs étapes dans cette belle pierre grise de la région namuroise : à la jonction entre façades, aux fenêtres différentes, aux briques sous certaines corniches… La gentilhommière sur la droite est la partie la plus ancienne.

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    On le découvre d’abord « côté eau » puisque la façade sud du château se mire dans l’eau, juste en face d’un rare « buffet d’eau », un des seuls en Europe « à avoir subsisté en parfait état de fonctionnement sans l’intervention d’aucune machine depuis sa construction en 1760 ». Au-dessus, à contre-jour, les silhouettes de Neptune et d’Amphitrite. Contourner le château est un régal pour la vue, au jeu des reflets.

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    Non loin d’un autre miroir d’eau, la « fontaine Triton » montre un enfant aux cheveux bouclés tenant les rênes du grand poisson qu’il chevauche, le visage de la fillette qu’on découvre de l’autre côté est ravissant. A travers les ouvertures aménagées dans les haies, le regard s’échappe, devine ce qui l’attend.

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    Que de belles perspectives ensuite, avec des arbres taillés en cônes, des murets, des plates-bandes fleuries ! On se contente de jeter un coup d’œil vers la cour intérieure du château (défense d’y entrer), en face de la « grande Allée » dont les parterres sont plantés d’impatiences de Nouvelle-Guinée rouges et oranges, comme des tapis au pied de statues des quatre saisons (en trompe-l’œil).

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    Orangerie, potager, bassins et fontaines, passages de verdure couverts, il reste bien des choses à découvrir ensuite. Et même des groseilles rouges à cueillir, trois enfants ne s’en privaient pas. Des bancs bien placés permettent de contempler les jardins à l’aise, on a le temps – du moins, si le ciel le permet.

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    Quand on monte vers le Grand Canal, après être passés devant la crypte où reposent Charles-Alexis de Montpellier et ses descendants (à l’arrière de l’église d’Annevoie), on jouit de nouvelles vues superbes sur le château et les jardins. Mais de gros nuages noirs nous ont fait presser le pas pour terminer le parcours avant la pluie – j’aurais bien passé plus de temps au « Jardin des fleurs » et continué la promenade au-delà.

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    Chaque saison donne une atmosphère différente aux Jardins d’Annevoie, comme on peut s’en rendre compte sur les photos du site. En été, ils sont peut-être moins fleuris qu’au printemps, mais on y goûte particulièrement la fraîcheur des eaux dans cette belle nature civilisée, héritage du siècle des Lumières.

  • Privat Livemont

    Henri Privat Livemont (1861-1936), parfois appelé « le Mucha belge » en raison de ses belles affiches Art nouveau, a souvent été sollicité par les architectes pour agrémenter des façades de sgraffites. Certains décors ont disparu, faute d’entretien ; d’autres subsistent, parfois mal en point mais récupérables, et aujourd’hui on maîtrise à nouveau la technique du sgraffite, ce qui permet de meilleures restaurations.

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    On peut encore admirer de nombreux sgraffites de Privat Livemont à Schaerbeek, comme ce beau profil féminin dans un médaillon au-dessus de l’entrée du numéro 20, rue Laude, et ces guirlandes de marguerites et têtes de béliers sous la corniche.

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    Détail © MRBC-DMS 

    Peintre-décorateur, peintre de chevalet, affichiste, dessinateur et illustrateur, Privat Livemont a enseigné pendant plus de quarante ans la composition décorative et la peinture de fleurs à l’école industrielle de Schaerbeek. Femmes-fleurs aux chevelures bouclées, volutes végétales, arabesques, tous ces motifs Art nouveau inspirés par la nature font le bonheur de qui se promène en rue le nez en l’air.

  • Le quartier Pogge

    Qu’y avait-il à voir dans ce coin de Schaerbeek où je n’ai jamais remarqué grand-chose en passant ? Dans le cadre des Estivales 2016, Yves Jacqmin nous a beaucoup appris lors de la promenade guidée du 26 juin dernier dans le quartier Pogge, pour une bonne part sous les parapluies. Le rendez-vous était donné place Pogge, où l’aubette du tram nous a abrités un moment – à l’arrêt Pogge, du nom d’un personnage de l’histoire locale.

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    Bien que nous y soyons sur la chaussée de Haecht, un amoureux du patrimoine y a fait apposer une plaque « place Pogge » sans valeur administrative pour rappeler le toponyme ancien de ce quartier de commerçants et d’artisans. Issu du brabançon dialectal (le nom se prononce « ge » et non « gue », sans doute dérivé de « Pouchelle » ou « Poesjenel »), Pogge est le surnom de Pierre De Cruyer (1821-1890), le petit « Tijl Uylenspiegel schaerbeekois » grand amateur de gueuze et de faro. Yves Jacqmin complètera cette visite-ci centrée sur l’architecture (aussi le 31/7) par une promenade contée axée sur les gens, le folklore et l’histoire locale (20/7 et 4/8).

    « Les amis de Pogge », dès 1875, organisaient une kermesse en son honneur et promenaient sa statuette en cortège lors de la kermesse, une manière de faire la nique aux paroissiens de Saint-Servais, une des nombreuses histoires de la rivalité entre catholiques et laïques à Bruxelles. Ouvrier schaerbeekois, Pogge avait sa maison (et un âne) sur la petite place triangulaire, juste en face de l’athénée royal Alfred Verwée.

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    Le guide a attiré notre attention sur la toiture courbe à l’angle supérieur de la place, où une parcelle étroite (1m80 au sol) est occupée par des commerces – les anciens se souviennent de la dame corpulente quasi bloquée derrière le comptoir de son Bollewinkel (magasin de bonbons). La devanture est d’Henri Jacobs ; nous verrons de nombreuses traces Art nouveau dans les environs, parfois discrètes comme ce sgraffite protégé par une vitre au-dessus de la porte du n° 384 (maison à rez-de-chaussée commercial conçue en 1908 par l’architecte Gustave Strauven), parfois spectaculaires.

    Derrière le platane remarquable de la place Pogge, un ensemble de maisons de style éclectique mériteraient un ravalement de façade. Sous l’arbre, on a élevé un monument à Emmanuel Hiel, un militant flamand libéral qui a été conseiller communal à Schaerbeek et a laissé une œuvre poétique et polémique (sculpture d’Emile Namur).

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    Vers le bas, une façade recouverte de briques jaunes en 1940 arbore encore en grand le nom de la bière Forst et de la brasserie Wielemans, à l’angle de la chaussée de Haecht et de la rue Goossens. Plus loin dans cette rue, nous nous arrêtons devant le Snack Pacha pour observer la façade d’une maison de commerce due à l’architecte Victor Boelens : ses occupants n’ont pas ménagé cette construction en beaux matériaux (châssis et porte actuels non conformes), Y. Jacqmin nous fait remarquer son rez-de-chaussée en pierre bleue, la brique de parement blanche d’origine belge (on ne la fabrique plus) et les frises en briques et pierre bleues, la lucarne centrale avec sa toiture, les consoles très découpées d’inspiration Art nouveau. La clientèle conservatrice de l’époque aimait mêler à la tradition un peu de modernisme.

    Je vous laisse la surprise pour la suite du parcours – attention, ne tardez pas à vous inscrire auprès de PatriS, 14 promenades sur 26 affichent déjà complet. Vous y verrez d’autres façades intéressantes, vous apprendrez ce qui se cache parfois derrière un bâtiment récent ou en intérieur d’îlot. Vous suivrez l’ancien cours du Maelbeek et découvrirez du patrimoine industriel qui témoigne de la mixité de la ville au XIXe siècle, quand les fabriques et les logements se côtoyaient. Vous passerez devant une chapelle évangélique de 1900.

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    Si Yves Jacqmin nous a parlé du Bruxelles disparu, il nous a montré plusieurs endroits où apparaît encore le vieux Schaerbeek, de basses fermettes villageoises (rue de Jérusalem) qui figurent sur des peintures anciennes et dont l’avenir est problématique – le patrimoine sans grande valeur architecturale est menacé par la volonté communale de construire de nouveaux logements pour répondre à l’essor démographique. On ne trouve pas toujours des nouveaux propriétaires amoureux de la belle ouvrage comme ces Allemands qui ont rénové le numéro 20 de la rue Ernest Laude, une splendide façade Art nouveau due à Joseph Diongre, un architecte qui a su évoluer après la grande guerre et concevra de belles réalisations art déco dans d’autres communes.

  • Bistrots

    meganck,marc,bruxelles disparu,patrimoine,urbanisation,ville,démolitions,transformations,culture,photos anciennes,histoire« Combien de bars fermés seulement au cours du vingtième siècle ? Le Repos de la Montagne, A la Jambe de Bois, Au coin du diable, Chez Jeannine, Le Bossu, Au vieux Château d’Or… Ou, plus récemment, The Bank, Blues Corner, PP Café, Le Mont Chauve, L’Epsom, Chez Marcel, Le Klashkop, L’Aqueduc… Quand un bistrot ferme définitivement ses portes, les habitués sont jetés à la rue, à nouveau livrés à eux-mêmes. Ils évoluent hagards dans une ville qui leur paraît très agressive comparée à la chaleur qui régnait autour du zinc. Ces hommes et ces femmes sont souvent des gens du quartier, parfois des voisins. Un microcosme gentiment imbibé. Un club très fermé. Car on en est ou on n’en est pas. Le bistrot de quartier a toujours été le lieu de rassemblement d’une famille recomposée, une fratrie forgée dans le liquide et l’immobilisme. Alors, quand tout s’arrête, c’est un petit monde qui s’effondre, un groupe qui se disloque à jamais. »

    Marc Meganck, Bruxelles disparu

    (Source de l'illustration)