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Les ailes de la colombe

Deuxième récit d’Henry James dans mon vieux volume Bouquins, après Daisy Miller, son roman Les Ailes de la colombe (1902, traduit de l’anglais par Marie Tadié) m’a tenue longuement. Sur environ quatre cents pages, il raconte une intrigue assez simple, au déroulement complexe. Un drame à quatre personnages féminins, deux jeunes femmes et deux plus âgées, et trois personnages masculins : deux prétendants et un médecin.

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A Londres, Kate Croy, une jeune femme au visage clair, une beauté qui a du charme, rend visite à son père qu’elle ne voit quasi plus. Il lui a écrit qu’il était souffrant, ce dont elle doute. Toujours « rose et argent de teint et de chevelure », il paraît « le type même du gentleman anglais ». Père absent, distant, Lionel Croy ne s’intéresse pas à sa sœur Marianne, « veuve, presque dans la gêne, avec quatre enfants exubérants », et déplore que Kate lui ait laissé la moitié de l’argent hérité de leur mère.

Kate l’informe de l’offre de sa tante Maud (Mrs Lowder) de la garder près d’elle, à condition de ne plus avoir aucun contact avec lui. Son père lui dit d’accepter, pour ne pas devenir « sordidement pauvre » ni épouser « quelque vaurien sans le sou ». Kate vit chez sa tante depuis la mort de sa mère, dans « la grande maison riche et massive de Lancaster Gate, de l’autre côté du parc et des longues étendues de South Kensington ».

Depuis longtemps, elle se sait « choisie » par sa tante et se sent comme un chevreau qui risque d’être dévoré par une lionne. Toutefois Mrs Lowder symbolise la vie, Londres, une protection non seulement pour Kate, mais aussi pour sa sœur dont elle avait critiqué le mariage. Marianne a mis Kate en garde contre Merton Densher dont elle ne lui parle jamais, beau jeune homme et journaliste sans argent. Elle pressent que leur tante poussera Kate vers Lord Mark, plus fréquentable.

Or Mrs Lowder l’a laissée libre de voir et de recevoir qui elle voulait ; elle a même invité le jeune homme à dîner, comme si elle cherchait « à le connaître pour mieux discerner par où « l’avoir ». » Merton se doute que la tante ne le juge pas assez bon pour Kate, ce à quoi Kate rétorque « pas assez bon pour elle ». Il comprend que leurs rapports ne pourront être simples et que le déshonneur de son père, la pauvreté de sa sœur pèsent sur les choix de Kate.

Lui est prêt à l’épouser sans attendre. Kate préfère patienter et voir jusqu’où veut aller sa tante – « un aigle, avec un bec doré, et des ailes largement déployées ». Mrs Lowder dit à Merton son désir de voir Kate épouser « un homme important ». La jeune femme le rassure et se déclare « engagée » à lui pour toujours.

En voyage en Italie puis en Suisse, deux Américaines, Mrs Stringham, veuve, et Milly Theale, « jeune personne mince, toujours pâle », une riche héritière qui lui a offert de s’embarquer avec elle pour l’Europe, reparlent de l’indisposition de Milly à New York avant le départ, et du médecin consulté pour avis. Quand Milly interrompt soudain leur périple et veut se rendre directement à Londres, Mrs Stringham (Suzanne Sheperd) s’inquiète : Milly est-elle si malade ? Ou bien voudrait-elle revoir Mr Densher, « ce jeune Anglais si remarquablement intelligent » rencontré à New York ?

Suzanne parle à Milly de Maud Munningham, « cette Anglaise bizarre, mais intéressante, qui avait été sa meilleure amie aux jours lointains de l’école de Vevey », avec qui elle correspond. Il s’agit de Mrs Lowder. C’est ainsi que vont se rencontrer les deux duos féminins. Invitées à dîner chez elle, elles font la connaissance de Lord Mark que leur a présenté la « ravissante » miss Croy. Milly tombe totalement sous le charme de Kate, une merveilleuse Londonienne ; elles deviennent amies.

Milly apprend par Suzanne que Maud lui a suggéré de ne pas parler de Mr Densher avec Kate, qui ne parle jamais de lui. Milly n’est pas au bout de ses surprises venant d’elle qui lui a dit en revanche ceci, qui l’a effrayée : « Nous ne pouvons vous servir à rien : il faut bien que je vous le dise. Vous pourriez nous servir ; mais ça, c’est une autre question. Je vous conseillerais honnêtement – elle alla jusqu’aux extrémités – de nous laisser tomber tant qu’il en est temps encore. » Quand Milly lui demande pourquoi elle lui dit de telles choses (« vous arriverez peut-être un jour à me haïr »), Kate répond : « Parce que vous êtes une colombe. »

Quant à Densher, qui adore Kate et se soumet à sa volonté, il comprend que leur amour doit rester secret pour Milly. Les Ailes de la colombe est un roman qui entretient le mystère tout du long : mystère du mal dont souffre Milly, dont elle dissimule la gravité, mystère de la machination de Kate, qui lui cache ses sentiments et cherche à tirer profit de leurs rapports avec une jeune femme si riche et généreuse.

C’est à Venise, où la « colombe » s’installe dans un vieux palais et devient l’âme véritable du roman, que les relations entre ces personnages vont évoluer. Henry James, qui excelle dans les portraits comme dans les descriptions, y dépeint de véritables tableaux. Il me faut tout de même signaler que j’ai trouvé le texte fort compliqué par moments. Aussi je vous signale cette nouvelle traduction (illustration) par Jean Pavans qui rendrait de manière plus fidèle la voix du grand romancier.

Commentaires

  • Chic, je l'ai acheté récemment en poche, sans doute une autre traduction, mais pas grave!

  • Je l'avais cherché chez toi sans le trouver, bonne lecture !

  • Je connais ce titre de nom mais je l'avoue je n'ai jamais lu Henry James. Les personnages me semblent vraiment intéressants et le regard de l'auteur à découvrir...je n'en doute pas un instant. Merci de titiller ma curiosité.

  • Bonjour, Manou. Ce roman a fait l'objet de plusieurs adaptations cinématographiques.
    Pour entrer dans l'œuvre de Henry James, un récit court est peut-être plus accessible.

  • L'histoire me disait quelque chose et pourtant je suis sûre de ne pas l'avoir lu. Vérification faite, j'ai vu le film avec Isabelle Huppert. Je ne sais pas jusqu'à quel point il est fidèle au livre. Henri James m'a toujours paru un peu compliqué.

  • Son analyse des caractères et des rapports humains est parfois proche de la dissection, il en dépeint toutes les nuances. Je n'ai pas de souvenir d'un film, mais je vois bien le risque de réduire le roman à une machination. Le texte de James, ici en particulier, est plein de méandres dans son exploration de l'âme humaine. Mes autres lectures de cet écrivain ne m'ont pas posé problème comme celle-ci, c'est pourquoi je doute de la qualité de la traduction.
    Bonne journée, Aifelle. Il a plu un peu hier, chez toi aussi ?

  • Bonjour Tania, je note qu'il y a une nouvelle traduction. Je n'ai pas lu le roman mais j'avais vu le film adapté qui date de 1981 avec Isabelle Huppert. Je n'avais pas adoré. Je l'avais trouvé un peu ennuyeux. Bonne journée.

  • La lenteur et le peu d'action l'expliquent peut-être, et les non-dits apparaissent sans doute mieux à l'écrit, à moins d'une voix off ? Merci pour ton passage, Dasola, bonne après-midi.

  • Pour info, ton pseudo ne conduit plus à ton blog.

  • Bonjour Tania, c'est une erreur de ma part, j'avais oublié un "l" pour canalblog.com et non canablog.com. Merci pour l'info. Bonne journée.

  • Pas de souci, bonne soirée.

  • Je n'ai jamais rien lu d'Henry James, et cette histoire m'a l'air bien compliquée...
    En tout cas, avec 816 pages pour l'édition Folio de 1998, ce gros ouvrage peut tout à fait être éligible aux challenges estivaux sur de gros bouquins, pour Les pavés de l'été chez Sibylline (La petite liste) [500 page minimum] comme pour Les épais de l'été (chez dasola, à partir de 750 pages en 2026)!
    (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola

  • Aucune idée de ce que cela implique, merci pour l'information.

  • Je ne l'ai pas lu, celui-ci, de Henry James... J'ai également le souvenir d'un film avec Isabelle Huppert... Il faudra que je me remette à Henry James, un jour ou l'autre !

  • Tu as attiré mon attention sur l'importance des nouvelles traductions, en voici un exemple. Bonne soirée, Marie.

  • Non, pas une goutte de pluie et rien d'annoncé. La végétation fait triste mine en ville.

  • Ooooh, une heure de pluie c'est déjà mieux que rien.
    La végétation aussi est mise à rude épreuve.

  • Ce n'est pas mon cas, j'aime Henry James depuis longtemps et je me réjouis d'avoir encore des œuvres de lui à découvrir, des romans et des nouvelles. "Le Tour d'écrou" et ses récits courts sont formidables.

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