Disponible en ligne, Magnifica Humanitas, la lettre encyclique du pape Léon XIV, porte « sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle » (mai 2026) La table des matières en décline les thèmes, qui ne concernent pas que les catholiques. Des voix diverses ont salué cette lettre, citées par Ilan Manouach (chercheur à Liège, Harvard et Paris VII) dans un article intitulé « Le Vatican a toujours su combler le vide politique » (La Libre Belgique, 8/7/2026).

© Ignace Guisset (1920-2000), My name is nobody
Bill Gates ne tourne pas autour du pot : l’ancien patron de Microsoft appelle à un accompagnement du changement induit par l’intelligence artificielle (IA), propose une taxe sur l’IA, la création d’une instance internationale et la désignation d’emplois réservés aux humains. « Je n’aime pas annoncer de mauvaises nouvelles aux gens ou dire que l’innovation peut avoir des conséquences globalement négatives, mais nous en sommes là », a-t-il déclaré au New York Times (La Libre Belgique, 26/8/2026).
Si l’on n’a pas envie de lire intégralement l’encyclique, rappel bienvenu de valeurs universelles fondamentales, on peut se contenter d’un résumé comme en propose Le Point (L’encyclique du pape pour ceux qui n’auront pas le temps de la lire, 28/5/2026) ou passer les premiers chapitres centrés sur l’Evangile et la doctrine sociale de l’Eglise pour entrer directement dans le vif du sujet au chapitre trois : « La grandeur de la personne humaine par rapport aux promesses de l’IA ».
« Nous sommes appelés à nous interroger sur le grand chantier de notre époque : que sommes-nous en train de construire ? [...] Il ne sʼagit pas dʼun choix concernant notre avenir, mais notre présent, car lʼintelligence artificielle et les autres technologies émergentes font déjà partie de notre quotidien. » (90) Comme expliqué par le pape François dans Laudato si, le développement technologique nécessite un nouveau cadre spirituel, éthique et politique. « Plus puissant ne signifie pas nécessairement meilleur », insiste Léon XIV.
J’en ai retenu de nombreux extraits, comme le paragraphe qui examine trois aspects de l’usage personnel de l’IA à prendre en compte en particulier : « la facilité dʼobtenir un résultat, lʼimpression dʼobjectivité et la simulation de la communication humaine. » (100) Sans oublier les dégâts environnementaux : « Les systèmes dʼIA actuels nécessitent de grandes quantités dʼénergie et dʼeau, ils ont un impact significatif sur les émissions de dioxyde de carbone et consomment des ressources de manière intensive » (101).
LʼIA n’est pas neutre : « En réalité, tout dispositif technique implique des choix et des priorités : ce quʼil mesure, ce quʼil ignore, ce quʼil optimise, et la manière dont il classe les personnes et les situations. » (104) « Il ne suffit pas dʼinvoquer de façon générale lʼéthique : il faut des cadres juridiques adéquats, une surveillance indépendante, lʼéducation des utilisateurs, une politique qui nʼabdique pas son devoir. »(106)
Que signifie « désarmer » l’intelligence artificielle ? Le § 110 l’explique clairement et les suivants insistent sur la nécessité de « préserver lʼhumain ». D’où cette conclusion : « le véritable choix ne se situe pas entre l'enthousiasme et la peur, mais entre deux façons de construire : un progrès au service de la personne et des peuples, ou un progrès qui les soumet à des logiques de pouvoir. » (129)
Préserver l’humain, c’est le thème du chapitre 4 : recherche de la vérité, élément essentiel de la démocratie ; protection des processus éducatifs ; valeur du travail dans une « économie qui valorise la dignité ». « Éduquer à lʼutilisation de lʼIA implique donc dʼéduquer à décider quand et pourquoi ne pas lʼutiliser. » « Nous devons nous éduquer à jeûner de lʼIA et protéger nos jeunes de la promesse de la machine parfaite, de cette séduction subtile qui fait paraître inutile la pensée humaine précisément au moment où elle est la plus nécessaire. » (140) La suite aborde les risques, surtout pour les plus jeunes, et propose des objectifs éducatifs.
Le chapitre 5 sur « La culture du pouvoir et la civilisation de lʼamour » contient un plaidoyer pour la paix, « condition du bien commun universel », et une analyse des dangers de l’utilisation militaire de l’IA, qui pourrait être « un terrain propice à de nouvelles guerres, peut-être encore plus dangereuses que celles du passé, car elles tendent à faire disparaître toute limite éthique ». (207) Confirmation dans La Libre du 28/8 : « Les géants mondiaux alertent contre un risque sans précédent. Plus de 100 entreprises appellent à renforcer d’urgence les défenses face à des cyberattaques de plus en plus puissantes grâce à l’IA. »
« Certes, tout le monde nʼa pas le même pouvoir dʼaction sur la réalité : il y a ceux qui gouvernent, ceux qui décident des investissements, ceux qui dirigent les institutions, ceux qui font de la recherche, ceux qui éduquent, ceux qui informent, ceux qui produisent ; et il y a ceux qui semblent nʼavoir que leur vie quotidienne. Pourtant, personne nʼest sans responsabilité. Chacun dispose dʼun propre champ dʼaction, et cʼest là – et nulle part ailleurs – quʼil est appelé à choisir entre alimenter la logique de la force (ne serait-ce quʼavec indifférence, cynisme, mensonge, haine), ou conserver la logique de la paix (avec vérité, sobriété, proximité, attention). »
Bref, cet appel à un sursaut des consciences nous concerne tous. Les innovations technologiques peuvent favoriser la participation et la justice, ou bien aggraver les inégalités, le contrôle et l’exclusion. A chacun de nous d’adopter un point de vue critique et de faire des choix, d’opter pour la sobriété contre la surconsommation aveugle. Ce grand texte nous y encourage.
Commentaires
Merci, une très large réflexion à tous les niveaux est absolument nécessaire, aucun doute ‼️
Et des décisions doivent être prises, vite.